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Podcast / conversationLe Monde (sur YouTube)· 24 février 2020 8 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Pourquoi on se chauffe mal en France (et comment faire bien mieux) #PlanB #épisode1

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    « En 2018, ils ont permis de supprimer de la circulation l'équivalent de 1,5 million de voitures en gaz à effet de serre. »
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    « En 2016, pas loin de la moitié de l'énergie consommée en France l'était pour chauffer des choses. »
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    « En 2016, 79 % de la chaleur produite en France l'avait été à partir d'énergie non renouvelable. »
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    « En France, la loi impose, pour toute chaudière commercialisée après 1998, un rendement minimum de 86 %. »
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    « En 2017, la valorisation de déchets représentait un quart des sources d'énergie des réseaux de chaleur français. »
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    « En 2017, les énergies renouvelables et de récupération représentaient 56 % de l'énergie consommée par les réseaux de chaleur. »
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    « En 2017, seul 5 % de la chaleur produite en France était issu d'un réseau de chaleur. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Vous voyez ces gros tuyaux ? Eh bien on estime qu'en 2018, ils ont permis de supprimer de la circulation l'équivalent de 1,5 million de voitures en gaz à effet de serre. Comment ?

Vous avez de la chance, c'est tout l'objet de cette vidéo. Mais d'abord, il faut que je vous parle de chauffage. Bon, ça y est, il fait froid.

Et comme ce n'est pas nouveau, l'humanité a inventé une chose pour y faire face, une chose qu'elle utilise beaucoup : le chauffage. En 2016, pas loin de la moitié de l'énergie consommée en France l'était pour chauffer des choses, comme nos radiateurs, l'eau de nos douches, ou encore le métal des aciéries. En comparaison, les transports ce n'est que 29 %.

Le problème, c'est qu'une grande partie de toute cette énergie est mal dépensée. Tenez, ça, par exemple. Ça, c'est un radiateur dans les toilettes du Monde, plus connu sous le nom de "grille-pain".

Ça produit de la chaleur très vite et très fort d'un coup à partir d'électricité, et puis ça s'arrête. Quand il fait froid de nouveau, ça recommence. Et puis ça s'arrête.

Et ainsi de suite. Un peu comme si pour aller d'un point A à un point B, une voiture accélérait très fort, puis arrêtait d'accélérer jusqu'à ce qu'elle s'immobilise, puis recommençait, et puis s'arrêtait de nouveau. Bref, vous avez l'idée : c'est une façon très peu efficace d'utiliser de l'énergie.

Mais c'est aussi la façon dont on produit cette énergie qui pose problème. En 2016, 79 % de la chaleur produite en France l'avait été à partir d'énergie non renouvelable, principalement des sources d'énergies fossiles, comme du gaz ou du pétrole. Or, le gaz et le pétrole, ça émet beaucoup de gaz à effet de serre.

Pour toutes ces raisons, on émet donc beaucoup de gaz à effet de serre pour se chauffer. Et c'est là qu'interviennent nos gros tuyaux. Ce matin, je me rends à Massy, au sud de Paris, qui se trouve posséder l'un des plus grands réseaux de chaleur de France.

Et la bonne nouvelle, c'est qu'on va en visiter une partie. Un réseau de chaleur, ou chauffage urbain, c'est un système qui comporte trois parties : un gros chauffage qu'on appelle une chaufferie, un réseau de canalisations qui transporte la chaleur produite sous forme d'eau ou de vapeur, et des bâtiments. En 2017, il en existait 761 en France, pour l'équivalent de 2,4 millions de logements raccordés.

Ce que ça permet, c'est de centraliser le chauffage à l'échelle d'un quartier plutôt qu'à celle d'un immeuble, ou même d'un seul logement. Un seul gros chauffage pour 1 000 logements, plutôt que 1 000 petits chauffages pour 1 000 logements. Et ce gros chauffage se trouve juste ici.

Nous sommes ici à la chaufferie du réseau de chaleur de Massy-Anthony, qui dessert l'équivalent de 26 000 logements. Si ce chauffage centralisé est intéressant, c'est parce qu'il présente deux très gros avantages. D'abord, il permet de consommer moins d'énergie.

Comme il n'y a qu'un seul gros chauffage et pas beaucoup de petits, on peut faire en sorte plus facilement que ce chauffage soit plus performant technologiquement. Cette performance technologique, c'est ce qu'on appelle le rendement d'une chaudière. Pour le calculer, on fait la division entre l'énergie qu'une chaudière produit sous forme de chaleur et l'énergie que cette chaudière a consommée.

Un rendement de 80 %, par exemple, ça signifie que 80 % de l'énergie consommée a été transformée en chaleur. Plus la chaudière est efficace, plus le rendement est élevé, et moins on dépense donc d'énergie pour la même quantité de chaleur. En France, la loi impose, pour toute chaudière commercialisée après 1998, un rendement minimum de 86 %.

Mais désormais, les chaudières modernes permettent d'atteindre des rendements bien supérieurs. Dans un réseau de chaleur, les personnes qui s'occupent de la chaudière sont des professionnels, et ils ont donc beaucoup de temps à consacrer à son état et à son rendement. D'autant plus qu'ils y sont encouragés.

Depuis 2009, l'État subventionne largement les réseaux de chaleur, à condition qu'ils présentent de très bons rendements. Et grâce à toutes ces personnes dont l'entretien du réseau est le métier, les réseaux de chaleur s'adaptent aussi plus facilement aux besoins des consommateurs. C'est une salle de supervision, elle permet d'ajuster la production en fonction de la température extérieure et des besoins des bâtiments.

Quand par exemple le matin, à 5 h, les gens commencent à rallumer leur chauffage et à utiliser l'eau chaude sanitaire, les équipes poussent un peu les unités de production pour produire plus de chaleur. Dans la catégorie des chauffages individuels, au contraire, les fameux "grille-pain" ne sont pas les seuls à être énergivores. Les chaudières au gaz, par exemple, qui sont difficiles à régler pour le commun des mortels, produisent souvent trop de chaleur.

Bref, dans un réseau de chaleur, on se préoccupe en général plus de la chaudière, et on fait donc des économies d'énergie. Mais il y a mieux. Même à énergie consommée égale, les réseaux de chaleur émettent moins de gaz à effet de serre que le chauffage individuel.

Et ce, grâce à ça. Ça, ce sont des déchets qui viennent des poubelles des gens qui habitent dans la région. Ici, on en brûle environ 90 000 tonnes par an et on utilise cette chaleur pour alimenter le réseau.

Cette technique, c'est ce qu'on appelle la valorisation de déchets. Ça consiste à récupérer l'énergie qu'on aurait de toute façon consommée en brûlant les déchets, et à l'utiliser pour remplir d'autres besoins en énergie. On appelle ça une énergie de récupération, et ça permet de produire de l'énergie supplémentaire sans émettre de gaz à effet de serre supplémentaire.

En 2017, la valorisation de déchets représentait un quart des sources d'énergie des réseaux de chaleur français. Mais ce n'est pas tout. Ici, on brûle aussi du bois de récupération.

Ce sont des meubles et des cagettes de marché qu'on a récupérés dans un diamètre de 100 km autour de l'usine. Ce bois que l'on va brûler appartient à une catégorie d'énergie qu'on appelle la biomasse. En 2017, elle représentait 22 % des sources d'énergie des réseaux de chaleur.

Et là encore, en théorie, elle n'émet pas de gaz à effet de serre supplémentaire. Au total, en 2017, les énergies renouvelables et de récupération représentaient 56 % de l'énergie consommée par les réseaux de chaleur. En comparaison, si on prend la totalité de la chaleur produite en France, seul 21 % est issu d'énergies renouvelables.

Pourquoi ? Eh bien parce que c'est beaucoup plus facile d'utiliser des énergies renouvelables quand on est plusieurs que quand on est tout seul. Concrètement, si je devais brûler mes propres déchets et récupérer la chaleur issue de cette combustion pour me chauffer, je connaîtrais probablement quelques difficultés.

Alors que dans un réseau centralisé, les choses techniquement compliquées seul deviennent possibles. Grâce à des réseaux, nous avons accès au gaz, à l'électricité ou à l'eau courante. Mais en ce qui concerne la chaleur, ce n'est pas encore ça.

En 2017, seul 5 % de la chaleur produite en France était issu d'un réseau de chaleur. Au Danemark, la même année, c'était 65 %. Ah oui, dernière chose, c'est plutôt bien de vouloir un chauffage plus efficace et plus propre, mais il y a quand même un problème, c'est l'isolation thermique des bâtiments.

En 2012, un tiers des résidences principales en France était ce qu'on appelle des "passoires thermiques", c'est-à-dire un logement dont les parois laissent s'échapper une grande partie de la chaleur vers l'extérieur. C'est un peu comme si chaque fois qu'on prenait un bain, on laisser couler l'eau sans jamais fermer la bonde. Si on n'a pas émis de gaz à effet de serre pour produire cette eau, c'est très bien, mais ce qu'il faut surtout, c'est fermer la bonde.

Bref, tout ça, c'est très intéressant, mais ce sera surtout pour un prochain épisode.

Pourquoi on se chauffe mal en France (et comment faire bien mieux) #PlanB #épisode1 — Bernard Antony · Pourquijevote