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interviewRMC· 29 avril 2023 9 min

Coupe de France, 1er mai... l'interview intégrale de Laurent Nunez sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

L'invité du jour, c'est vous Laurent Nunez, préfet de police de Paris. Bonjour. Bonjour. C'est vous qui avez autorité sur le Stade de France et la sécurisation de cette Coupe de France ce soir. Et vous avez donc pris cette décision hier, interdiction de la manifestation prévue par l'intersyndicale de Seine-Saint-Denis, qui consistait, cette manifestation, ce rassemblement, je le rappelle, à distribuer des tracts rouges, des cartons rouges, des sifflets aux spectateurs aux abords du stade. Pourquoi prendre cette décision précise ? Pourquoi interdire de tracter Laurent Nunez ?

0:29
Laurent Nuñez

Alors d'abord, c'est effectivement une déclaration qui vise à remettre des tracts. C'est un rassemblement qui est déclaré de 16h à 21h par des organisations syndicales que vous avez citées, l'UDCGT 93, FO 93, Solidaires, mais qui vise en fait à remettre des tracts et surtout des sifflets. Alors, j'interdis cette décision au titre de mes pouvoirs de police. Moi, mon job, c'est de prévenir les troubles à l'ordre public. Je considère que ce rassemblement est susceptible de générer des troubles à l'ordre public pour trois raisons. Le problème, c'est plutôt les sifflets que les cartons rouges ? Je vais y venir, pour trois raisons.

La première, c'est que c'est un rassemblement à un endroit, il va y avoir un flux de spectateurs énorme. Il y a 78 000 personnes qui vont se rendre au stade de France, dont probablement deux fanwalks, c'est-à-dire les endroits où les supporters se rendent de manière groupée au stade, côté Nantais comme côté Toulousain. Donc, on va avoir des croisements de flux à cet endroit qui risquent de créer, évidemment, un certain nombre de perturbations.

1:24
Présentateur

Déjà, entre supporters, ça peut l'être pour n'importe quel match.

1:27
Laurent Nuñez

Donc là, ne rajoutons pas des flux supplémentaires. Vous savez, si lundi 1er mai, sur le cortège de l'organisation syndicale, j'avais des déclarations d'autres manifestations que celles des organisations syndicales, je pense qu'elles me demanderaient de les interdire. Et je le ferai, évidemment. On ne tolère pas les croisements de flux. Et d'une manière générale, chaque fois que vous avez des grands rassemblements de personnes, au titre d'un événement culturel, d'un événement sportif, on interdit les mouvements revendicatifs qui ont lieu à proximité.

1:52
Présentateur

Mais là, c'est une centaine de militants, Laurent Nunez, qui se mettraient aux sorties de métro, de RER. Ça veut dire que, je ne sais pas, une personne qui distribuerait des flyers Deliveroo, ce soir au stade de France, ne pourrait pas le faire non plus ?

2:04
Laurent Nuñez

Vous savez très bien que ça n'est pas comparable. Vous savez très bien que ça n'est pas comparable. C'est une manifestation revendicative. Et donc, on a des risques de croisement de flux. Deuxième argument que j'avance. Il y a trois arguments pour cet arrêté d'interdiction qui ne visent qu'à prévenir des troubles à leur public. Le deuxième argument, c'est qu'on distribue, de ce que je comprends, des sifflets. Or, les sifflets, leur introduction est interdite par le règlement de la Fédération française de football. Pour ne pas perturber l'arbitrage. Pour ne pas perturber l'arbitrage. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que les palpations à l'entrée du stade vont être beaucoup plus soutenues, que ces sifflets vont être écartés par les stadiers de la Fédération française de football. Ça veut dire que les fouilles vont être plus longues. Ça veut dire qu'il va y avoir un attropant de personnes à l'entrée du stade, que quand les sifflets seront écartés, il y aura probablement des risques de troubles à l'ordre public. Donc il y a un deuxième risque de troubles à l'ordre public qui peut se produire à ce moment-là. Donc c'est vraiment les sifflets qui vous ont posé problème, plus que l'écartement ? Évidemment, puisqu'ils sont interdits dans le stade.

Et puis troisième élément, moi j'ai l'Association nationale du supporterisme qui m'a écrit sur la question des grilles levées, grilles baissées, et qui dans le même temps s'étonne que l'on tolère cette manifestation revendicative. Voilà, ce sont les trois raisons. Moi je suis là pour prévenir les troubles à l'ordre public et c'est la seule raison. D'ailleurs, la meilleure preuve, c'est que lundi 1er mai, c'est moi, les forces de sécurité intérieure, qui rendront possible le défilé syndical.

3:14
Présentateur

Et on va en dire un mot dans quelques minutes. Ces grilles, effectivement, ça a été installé tout aux alentours du stade, à l'intérieur du stade, notamment au virage, pour éviter que les supporters n'envahissent le terrain au coup de sifflet final. Réponse de l'intersyndicale, c'est une décision scandaleuse, dit Sophie Vinette de la CGT. C'est une décision ridicule et grave, qui porte atteinte aux libertés publiques, Laurent Nunez.

3:39
Laurent Nuñez

Non, c'est une décision qui vise à prévenir des troubles à l'ordre public. Je pense que Mme Binet ne serait pas contente que nous tolérions d'autres manifestations sur le trajet de l'intersyndicale du 1er mai. Et elle aurait parfaitement raison. Donc c'est une décision qui vise à prévenir les troubles à l'ordre public. Après... Parce que là, la CGT a déposé un référé, il y a donc un risque que votre décision... Le juge administratif franchera. Mais est-ce que vous... Moi, mon but, c'est de prévenir des troubles à l'ordre public. Est-ce que vous pensez que cette interdiction empêchera, de ce que j'en comprends, à la 49ème minute, des gens de manifester leur mécontentement ?

Je ne suis pas certain. Évidemment non. Évidemment non. Vous vous attendez à la 49ème minute ? Est-ce qu'il y ait quand même des cartons rouges levés ? C'est annoncé. On ne va pas empêcher les gens de rentrer avec des cartons rouges dans le stade de France. Qu'est-ce que je réponds, moi, si je m'amuse avec mon carton rouge à moi ? Il n'y a pas d'atteinte à la liberté d'expression. Les mots ont un sens. Les mots ont un sens. Il n'y a pas d'atteinte à la liberté d'expression. Il y a cette volonté de prévenir des troubles à l'ordre public.

4:29
Présentateur

Si je viens avec mon carton rouge à moi, au stade, et qu'elle est à 49ème, je le brandis. Je risque quelque chose, Laurent Nunez ?

4:36
Laurent Nuñez

Écoutez, est-ce que vous imaginez une seconde que je vais demander au stadier de la Fédération française de football, et à fortiori aux forces de l'ordre, d'intervenir dans ce genre de situation ? Les expressions politiques sont interdites dans les enceintes sportives. C'est interdit. Quand des supporters déploient une banderole à caractère politique, généralement, les stadiers l'enlèvent. Mais est-ce que vous pensez qu'on va risquer de créer un trouble à l'ordre public en rentrant à ce moment-là dans l'enceinte ? Mais là, vous êtes dans l'enceinte. Ce que vous me décrivez, c'est dans l'enceinte.

Moi, je veux prévenir des troubles à l'extérieur de l'enceinte, et c'est là que les troubles sont les plus graves.

5:06
Présentateur

Et dans l'enceinte, vous avez pris aussi cette décision. Emmanuel Macron ne descendra pas sur la pelouse pour remettre le trophée. Ça se fera en tribune. Pourquoi, Laurent Nunez ?

5:14
Laurent Nuñez

Pour une raison qui est très simple. D'abord, je me base sur ce que j'ai vu, comme beaucoup de Français, lors de la demi-finale où le club de Nantes était engagé. Il y a eu le match Nantes-Lyon. À la fin du match, les Nantais ont envahi la pelouse. Il y a eu des incidents, il y a eu des dégradations. La Fédération française de football m'a remis un rapport à ce sujet. Il y a eu des affrontements entre des supporters Nantais et Lyonnais. En tout cas, les Nantais ont cherché les Lyonnais. Vous imaginez le protocole de la Coupe de France qui se passe sur la pelouse, avec le président de la République qui remet le trophée sur la pelouse, avec un envahissement de pelouse.

Je serais irresponsable, compte tenu de ce qui s'est passé en demi-finale avec l'envahissement à Nantes, de ne pas prendre les deux décisions que j'ai prises. La première, c'est de jouer gris-levé dans les virages, où il y aura les supporters des deux camps, et évidemment d'imposer que le protocole ait lieu en tribune, remise de la coupe par le président en tribune.

6:03
Présentateur

Et la cohérence voudrait qu'Emmanuel Macron n'aille pas non plus sur la pelouse, saluer les joueurs.

6:07
Laurent Nuñez

Alors là, il y a un protocole qui est prévu. Là, vous n'avez pas besoin de... Voilà, vous avez un protocole qui est prévu. Le président des 3F, de la Fédération française de football, va saluer les joueurs habituellement.

6:17
Présentateur

Juste d'un mot, le 1er mai, c'est donc lundi. 80 000 à 100 000 personnes attendues à Paris, défilés historiques. Il y a des éléments à risque, dites-vous à la préfecture de police de Paris, jusqu'à 2 000 personnes, dans un esprit vengeur, c'est-à-dire ?

6:31
Laurent Nuñez

Non, il y a... D'abord, le... C'est les mots que vous utilisez. D'abord, ce ne sont pas les mots que j'utilise. Ce sont des mots qui ont été soi-disant tirés d'une note de renseignement. Moi, je n'ai pas commenté les notes de renseignement. Les 12 dernières intersyndicales se sont très bien passées. Il n'y a pas eu d'incident avec les organisations syndicales. Les cortèges syndicaux se sont bien déroulés. Nous avons des difficultés avec les pré-cortèges, et avec les black blocs, avec les individus ultra. Nous en attendons plusieurs milliers, donc évidemment, ce sera une manifestation difficile.

Et je tiens et je vous redis, et ce faisant, je réponds aux syndicats qui mettent en cause, qui nous accusent de vouloir remettre en cause la liberté d'expression. C'est très grave. Sans les forces de sécurité intérieure, il n'y aurait pas de premier mai possible. Parce que nous sommes là pour faire en sorte que ce pré-cortège, qui est composé d'éléments à risque, puisse avancer. Nous sommes là pour le disperser quand il empêche les organisations syndicales d'avancer. Et c'est ce que nous ferons lundi. Je l'annonce avec beaucoup de fermeté. S'il y a des éléments perturbateurs devant le cortège syndical, nous ferons tout pour les disperser.

Et de manière à ce que le cortège syndical ait lieu dans des conditions de sécurité normales, comme ça s'est passé lors des 12 fois précédentes.

7:32
Auditeur

Laurent Nunez, juste rapidement, vous avez été pointé du doigt, notamment par le Conseil de l'Europe, pour un usage excessif de la force. Vous allez le prendre en compte, là, pour le 1er mai ?

7:40
Laurent Nuñez

Non, le Conseil de l'Europe, nous n'intervenons pas dans le cortège syndical, que les choses soient claires. Moi, je n'interviens que contre des individus ultra radicalisés, qui ne sont pas des manifestants. Si le Conseil de l'Europe a envie de les qualifier de manifestants, moi, ça n'est pas ma position. Et quand on qualifie des casseurs de manifestants, ça veut dire quelque part, quelque part, qu'on cautionne une forme de violence dans l'expression revendicative. Et ça, c'est très grave, ça ne relève pas... La France est une démocratie qui ne peut pas tolérer une expression qui s'exprimerait sous une forme violente.

8:12
Présentateur

Laurent Nunez, préfet de police de Paris, merci beaucoup d'avoir été en direct avec nous ce matin, avant de vous rendre au Stade de France, dès le début de l'après-midi, avec cette soirée à risque, vous nous le confirmez ce matin sur RMC. Il est 7h51.