Qui veut encore être agriculteur ?
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France Inter
Bonjour à tous, ravis de se retrouver sur France Inter à l'heure où la faim se fait sentir, déjeuner ou petit déjeuner, tout dépend de votre style de vie. C'est l'instant du débat de midi et n'hésitez pas à prendre place autour de la table, on attend vos messages et notes vocales sur le WhatsApp de l'émission au 01 45 24 7000. Et aujourd'hui on prend la clé des champs, alors on va s'échapper un instant des Jeux Olympiques, je vous assure c'est possible, pour rejoindre ceux qui travaillent la terre, nos nourrissent, parfois bloquent les préfectures avec du fumier et aussi, il faut bien le dire, disparaissent peu à peu.
On va parler des agriculteurs, des paysans, vous savez ces femmes et ces hommes que l'on croise l'été sur les marchés mais qui pour beaucoup tentent de survivre le reste de l'année sans que tout le monde s'y intéresse, si l'on voulait encore plus s'impacter, nous pourrions dire qu'il s'agit d'une espèce en voie de disparition.
La proportion d'agriculteurs exploitants en France a fortement diminué, s'ils représentaient 7,1% de l'emploi en 1982, ils ne pèsent plus que 1,5%, ça c'était en 2019, soit à peu près 400 000 personnes, plus âgées que l'ensemble d'ailleurs des personnes en emploi, il faut bien le dire, alors aujourd'hui ils produisent plus qu'avant avec des prix en baisse, un vrai drame humain mais on les aime les paysans et les agriculteurs, ça fait partie du paysage, la preuve, j'en ai vu quelques-uns au salon de l'agriculture, ils avaient l'air en pleine forme.
Une profession s'efface et pourtant elle pourrait jouer un rôle fort et puissant dans la transition écologique mais là il souci, beaucoup mise sur l'intensif pour de meilleurs revenus et dénonce d'énormes environnementales trop contraignantes, écolo et paysans sont-ils condamnés à ne pas s'entendre ? Que s'est-il passé d'ailleurs depuis les mobilisations de janvier dernier dans toute l'Europe et notamment en France ? Qui a encore envie d'être agriculteur aujourd'hui ? C'est la question du débat de midi. N'hésitez pas à intervenir via le WhatsApp de l'émission au 01 45 24 7000, on moissonne vos questions et témoignages. Le débat de midi, ça commence tout de suite sur France Inter.
Jean-Mathieu Pernin, le débat de midi sur France Inter.
Et pour en parler dans le débat de midi, nous avons en studio Thomas Gibert. Bonjour. Bonjour. Vous êtes secrétaire nationale de la Confédération Paysanne Maraîchers en Haute-Vienne, installée sur la ferme collective de la Tournerie. La Tournerie, donc dans le sud de l'Haute-Vienne. Tout à fait. On ne va pas préciser exactement ce que vous préservez comme ça des touristes qui pourraient passer éventuellement pendant leurs vacances. Également en studio, Maxime Buizar-Blondeau. Bonjour.
Bonjour.
Vous êtes membre du bureau des jeunes agriculteurs, producteur dans le Loiret. Alors vous de blé, orge, colza, pois, févérale, pardon. Et safran également, le safran des Templiers, me dit-on, en transformation et vente directe. Voilà, comme ça on a l'ensemble de votre métier. Également en duplex, grâce aux moyens de France Bleu, pays de Savoie, Gilles Perret. Bonjour.
Bonjour.
Vous êtes documentariste, réalisateur entre autres des films La Sociale, Debout les Femmes et aussi d'un sujet qui nous intéresse aujourd'hui, La Ferme des Bertrand. D'ailleurs, c'est votre dernier documentaire sorti en 2024. C'est bien ça ? Oui, c'est bien ça. C'est bien ça, voilà. Les fiches sont à jour. Et Cécile Gazot, bonjour. Bonjour. Alors vous êtes ingénieur agronome, post-doctorante en sociologie à l'Agro-Toulouse sur la diversité des nouveaux agriculteurs et vous avez soutenu une thèse sur l'action publique en matière de soutien à l'installation en agriculture.
Justement, on va en parler beaucoup de ces installations en agriculture, mais juste au début, je voudrais qu'on fasse un petit point sur la suite de ce qui s'est passé en janvier, février dernier, ces mobilisations d'agriculteurs. Alors, on en a vu dans toute l'Europe, ce n'est pas que français, mais dans toute l'Europe, il y a eu ce mouvement d'agriculture, alors c'était des agriculteurs qui bloquaient des routes, parfois déversaient du fumier devant les préfectures, Maxime, Buizard, Blondeau. On se souvient, vous-même, les jeunes agriculteurs, vous étiez mobilisés avec la FNSEA, notamment pour bloquer aussi Paris, on se souvient sur les autoroutes.
Après, finalement, les annonces de Gabriel Attal, après une loi sur l'alimentaire, est-ce que vous êtes aujourd'hui satisfait ? Est-ce que vos mobilisations ont porté leurs fruits ?
Absolument pas. Déjà, je voudrais rappeler que ça fait quasiment un an que les mobilisations ont commencé, c'était à l'automne 2023, avec le message « On marche sur la tête et les pas nous retourner », qui ont commencé dans le sud-ouest de la France en octobre 2023, ça va quasiment faire un an.
Ensuite, les très grandes mobilisations en janvier, février, jusqu'au salon de l'agriculture fin février, beaucoup d'annonces qui ont été faites, beaucoup d'engagements qui ont été pris, mais rien qui ne s'est concrétisé, malheureusement, avec une loi sur l'installation justement en agriculture et l'accompagnement des porteurs de projets, qui est resté bloqué suite à la dissolution, et beaucoup d'engagements sur la simplification, sur la baisse des charges, qui ont été pris, mais qui n'ont pas été tenus.
Et donc, une énorme frustration du monde agricole face à des promesses, encore une fois, non tenues, et une énorme attente qui est renforcée par la moisson que nous sommes en train de vivre, qui est la plus mauvaise, très probablement, depuis quatre décennies. Et donc, à ce manque de crédibilité de l'homme politique vient aussi s'ajouter une problématique économique et financière sur les exploitations, qui était déjà là avant, mais là on entre dans une situation de crise, et donc, je pense, une rentrée périlleuse.
Et pourtant, juste un mot, Maxime Buzard-Blondeau, on se souvient du Premier ministre, alors aujourd'hui démissionnaire, Gabriel Attal, qui avait dit que ça se ferait vite, je rappelle qu'il y avait eu 14 engagements à partir de 2026, portions de retraite calculées sur les 25 meilleures années de revenus, sur le volet financier, des prêts directs d'une valeur maximale de 75 000 euros, des prêts jusqu'à 200 000 euros. Pour vous, enfin, on se dit, c'est vrai que vu de loin, pour vous, la réponse n'est peut-être pas immédiate, mais ça prend du temps, peut-être, non ?
Je pense qu'il y a eu un petit peu d'hypocrisie de la part du gouvernement au moment du salon de l'agriculture, de faire beaucoup, beaucoup d'engagement, donner un planning très serré pour essayer de nous rassurer. Nous, on a joué le jeu, les organisations syndicales, les jeunes agriculteurs, la FNSR, on est rentrés dans nos fermes, on a laissé la vie économique du pays se reprendre, on a libéré la capitale de l'emprise qu'on a mise en place, et au final, on voit bien que le calendrier n'était pas crédible, ou que la volonté politique n'était pas là. Mais dans les deux cas, le résultat n'y est pas.
Et aujourd'hui, on entend que le gouvernement des missionnaires, mais qui dure, commence à préparer le budget 2025. Il y avait des engagements assez forts pour faire un projet de loi de finances rectificatif avant l'été, qui n'a pas eu lieu à cause de l'issolution. On espère que ce n'est que engagement reporté, et si ce n'est pas le cas, et si le projet de loi de finances qui est en train d'être préparé n'inclut pas des mesures fortes pour accompagner notamment la transmission des exploitations et l'installation de porteurs de projets, je crains que la circulation à Paris ne soit plus compliquée à la rentrée qu'elle ne l'est en ce moment.
Ah d'accord, donc vous pouvez éventuellement vous projeter à la rentrée dans des blocages ?
On ne peut pas prendre des engagements et ne pas les tenir sans avoir d'incidence derrière. Pour le coup, la détresse du monde paysan, elle est toujours là. On n'est pas sortis au mois de janvier-février pour se faire plaisir. On est sortis parce qu'il y a une détresse des agriculteurs, un vrai, vrai problème de revenus et de rémunération du travail des agriculteurs. Ce n'est pas résolu et donc il faut des réponses du gouvernement actuel, du prochain.
Ce n'est pas notre problème, mais il nous faut des réponses concrètes. Thomas Ghibert, alors la Confédération Paysanne, bien sûr, ce n'est pas la même chose que les jeunes agriculteurs, il y a différents syndicats dans le monde agricole. Vous, quelle a été votre position à ce moment-là, en janvier-février ? Est-ce que la Confédération Paysanne avait suivi ce mouvement ? Est-ce que vous vous étiez retrouvés dans les blocages ? Aujourd'hui, est-ce que vous pourriez être satisfait par rapport à quelques décisions prises par le gouvernement ?
Oui, nous, bien sûr, on a suivi dès le début ce mouvement. Mais par contre, je suis très étonné de la réaction des JIA et de la FNSEA parce que j'ai vraiment l'impression que le gouvernement a répondu à l'ensemble de la liste de courses qu'avait proposée la FNSEA. Et aujourd'hui, je ne comprends pas pourquoi ils ne sont pas satisfaits des réponses. En revanche, nous, depuis le début, ce qu'on met en avant, c'est que rien ne sera résolu si on ne répond pas à la question centrale qui est la question du revenu et donc du prix rémunérateur de nos productions. Aujourd'hui, quand on regarde la loi d'orientation agricole, rien ne figure pour améliorer le revenu de nos fermes.
Et pour nous, cette question du revenu, elle est intimement liée à la question du libre-échange. Clairement, aujourd'hui, on est face à un dogme du libre-échange qui a été porté par les gouvernements successifs, main dans la main, avec les représentants de la FNSEA, qui ont un peu trahi leur base et qui ont imposé ce dogme de la compétitivité sur le marché international qui a toujours tiré les prix toujours plus vers le bas et qui, du coup, cela a profité à quelques-uns qui sont aujourd'hui à la tête du syndicat majoritaire, mais surtout qui a mis dans une précarité extrême une énorme partie des paysans et des paysannes qui se retrouvent aujourd'hui pour beaucoup à jeter l'éponge.
Parce que c'est ça aussi la couleur agricole. Aujourd'hui, on est quand même face à une situation où dans les années 90, on était encore un million de paysans et de paysannes. Aujourd'hui, on n'est plus que 380 000. Et ça, il faut savoir ce que c'est la réalité dans la ruralité. C'est des services publics en moins, des écoles qui ferment. C'est aussi qu'on est de moins en moins nombreux pour défendre nos intérêts.
Voici le mode de vie et intérêts et aussi ce pourquoi c'est important. Juste une chose aussi, Gilles Perret, vous-même, qui avez donc réalisé ce documentaire La Ferme des Bertrand, lors de ces mobilisations en janvier, février dernier. Qu'est-ce que vous vous êtes dit à propos, justement, de ce monde agricole ? Ça veut dire que les années passent et on sent des crises toujours prégnantes. Même si là, on a vu deux visions, en effet, on va dire, politiques aussi de l'agriculture, on sent que cette crise, elle est pérenne depuis 40 ans maintenant, en permanence, qu'il y a toujours une dégradation de ce milieu.
Oui, bien sûr. Moi, je pose le même constat que vous. Après, moi, je me suis intéressé à cette ferme des Bertrand, qui est la ferme de mes voisins, tout simplement, et j'ai grandi à côté. Et on a filmé sur 50 ans. Donc, on voit cette évolution. Mais ce qu'il faut dire, c'est que nous, on est dans une zone qui sortait justement des problématiques et des problèmes qui étaient évoqués au moment de la crise agricole, puisqu'on est dans une zone d'appellation d'origine protégée, Roblochon, où justement, la production laitière est rémunératrice pour les agriculteurs. C'est-à-dire que les agriculteurs dans cette zone-là vivent bien.
Et donc, c'est vrai que ça allait un peu à l'encontre de ce qui était raconté, parce qu'il ne faudrait pas croire que la production laitière en France va bien. C'est vraiment le contraire. Mais ils vivent bien parce que, justement, on a un cahier des charges dans la zone Roblochon, où il y a énormément de règles. Parce que pendant la crise agricole, c'est ça aussi pourquoi on m'a écouté un petit peu à ce moment-là. C'est qu'on disait, il faut enlever les règles, il faut enlever les règles environnementales, il faut enlever les règles du commerce, il faut libéraliser, etc., pour qu'on puisse être compétitif avec les autres. Alors que nous, c'est exactement le contre-exemple.
C'est justement parce qu'il y a beaucoup de règles qui contraignent les agriculteurs à sortir les vaches 150 jours par an, produire et consommer sur la zone. Enfin, il y a énormément de choses comme ça, pas droit à l'ensilage, que le prix du lait est payé deux fois plus cher dans notre zone Roblochon, c'est-à-dire à peu près 80 centimes du litre, contrairement aux zones de production de plaine, où il est payé 40 centimes. Donc, en fait, c'est parce qu'il y a beaucoup de contraintes et beaucoup de règles que les gens arrivent à vivre dignement de leur travail.
Et donc, voilà, il faut le dire, mais c'est vrai qu'on a, vous parliez du gouvernement démissionnaire, etc., donc on ne sait déjà pas de quelle légitimité prépare le budget pour l'année prochaine, puisqu'ils sont quand même pris trois raclés. Mais enfin, bon, bref. Mais ça n'empêche pas, c'est tout de même, aujourd'hui, c'est la répétition, quand une démocratie, c'est comme ça. D'accord, oui, mais enfin, bon, c'est comme ça. Je ne sais pas si c'est vraiment comme ça. Bref, c'est la constitution, en fait. Je ne sais pas si c'est tout à fait comme ça. Il me semble qu'il y a un petit problème. Mais bref, ce n'est pas le sujet.
Et en fait, c'est vrai qu'on a d'un côté un double discours au niveau politique depuis pas mal d'années, où quand ils vont au salon de l'agriculture, ils font les marioles avec les appellations d'origine protégée, les appellations d'origine contrôlée, et gloire à tous ces produits français, etc., qui sont justement des produits issus d'une production qui est très réglementée, justement, avec beaucoup de règles. Et le lendemain, aussi, il y a des traités de libre-échange avec le Canada, l'Amérique du Sud, etc. Donc, il y a un espèce de double discours qui commence à coûter cher aux agriculteurs.
Oui, c'est ça aussi. Quand on entend Maxime Buzard-Blondeau, on l'a entendu tout à l'heure, Thomas Ghibert, c'est vrai, sur les revenus, c'est vrai que c'est là-dessus, vraiment, que le monde agricole s'est mobilisé. Quand on entend les difficultés de certains, quand on entend, là aussi, ce témoignage de Gilles Perret, on dit qu'aujourd'hui, devenir agriculteur, ça peut intéresser énormément de gens, mais il n'y a que des difficultés ?
Non, il n'y a pas de difficultés. Déjà, je voulais rappeler, et c'est pour ça, je pense, que notre profession est si populaire, c'est qu'on a la chance extraordinaire d'avoir un métier qui a du sens. C'est-à-dire que moi, je préfère mille fois produire l'alimentation, directe ou indirecte, suivant les produits qu'on fait, mais produire l'alimentation de mes concitoyens et de l'ensemble des habitants de la planète, plutôt que de préparer des commandes chez Amazon ou d'être caché chez Carrefour. Donc, on a un métier qui a du sens, on a un métier qui a un cadre exceptionnel, c'est celui de travailler avec du vivant, pour la plupart d'entre nous, de travailler en plein air.
On a un métier qui n'est pas répétitif, ni tout au long de la journée, ni tout au long d'une saison. Malheureusement, beaucoup de nos compatriotes n'ont pas des conditions de travail équivalentes. Donc, on a un métier qui a un potentiel, parce qu'il correspond aux attentes de ma génération et des générations à venir, celui d'un métier où on sait pourquoi on se lève le matin. On a un potentiel d'attractivité qui est énorme.
Malheureusement, on a un sujet que je pense que tout le monde partage, qui est l'inadéquation entre l'énergie à déployer, l'investissement personnel, y compris en termes de capitaux à mettre pour devenir agriculteur, et en face des revenus qui, non seulement sont fluctuants, mais sont globalement trop faibles. Ils ne sont pas en adéquation. Et donc, le premier des combats, mais qu'on partage tous, on n'a pas la même vision des solutions apportées, mais le premier des combats, c'est bien la rémunération de la production agricole et la rémunération des services rendus par l'agriculture à la société, y compris des services environnementaux.
Oui, c'est ça. Alors, Cécile Gazon va parler, bien sûr, tout au long de cette émission, de ces personnes qui s'installent, ces nouveaux agriculteurs. Aujourd'hui, vous, qui avez travaillé sur l'action publique en matière de soutien à l'installation, à l'agriculture, pourquoi, finalement, aujourd'hui, on s'installe en tant qu'agriculteur, en tant que paysan ? Est-ce qu'on n'est pas un petit peu refroidi par tout ce qui se passe et cette ambiance de colère et parfois de désespoir dans les exploitations agricoles ?
Oui, alors, plusieurs choses dans cette question et il va falloir y faire attention, c'est à distinguer bien tous les profils de personnes qui veulent s'installer et qui, aujourd'hui, posent problème, finalement, au dispositif de soutien à l'installation qui était pensé historiquement pour des profils assez homogènes et qui étaient notamment issus du milieu agricole.
Donc, il va falloir bien dissocier à la fois les volontés et ce qui pousse les personnes doivent s'installer en fonction des profils et il n'y a pas vraiment de vérité, c'est-à-dire qu'on peut être issus du milieu agricole ou non issus du milieu agricole, s'installer hors cadre familial ou dans un cadre familial et avoir des problématiques très différentes des personnes qui pourraient éventuellement nous ressembler. Ce qui fait que, pour revenir sur tout ce qui a été dit, effectivement, la question des revenus, la question de la formation, elle n'a pas été soulevée non plus.
Tout ça doit être pris en compte dans les dispositifs qui sont mis en place et qui aujourd'hui ont du mal à intégrer toutes ces dimensions-là, bien qu'elles en intègrent déjà beaucoup et ont du mal à s'adapter à tout ça.
Une chose, Thomas Ghibert, quand on voit, vous parliez tout à l'heure, bien sûr, comme tout le monde, des revenus, il y a une enquête IFOP réalisée suite au mouvement des agriculteurs, c'était en janvier, février dernier et sur les revenus, forcément, qui dit des meilleurs revenus pour les agriculteurs, dit des prix un peu plus élevés pour les consommateurs et sur les prix des denrées, deux tiers des Français se diraient prêts à payer plus cher afin de garantir un revenu correct aux agriculteurs.
Est-ce que, pourtant, quand on a une démarche, il est vrai que quand on peut aller souvent au supermarché, notamment, puisque c'est là où majoritairement on va faire des courses, on s'intéresse aux bonnes affaires. Est-ce que vous pensez que c'est une réalité, qu'on est prêts véritablement à payer plus cher, nous, les consommateurs, pour vous garantir un revenu décent ? Pour moi,
la question, elle ne va clairement pas dans le sens de la responsabilité individuelle des gens. Aujourd'hui, moi, je suis en circuit court, effectivement, le fait que je vende en circuit court donc plus cher me permet de vivre de ma production que je fais comme il me semble le plus juste. Mais le problème, c'est que mes productions, je les vends assez cher et je vois bien, mais ma clientèle, c'est plutôt la classe moyenne supérieure. Et aujourd'hui, il faut bien savoir qu'il y a quand même 10 millions de Français qui sont dans une précarité alimentaire. 2,5 millions de personnes qui bénéficient de l'aide alimentaire.
Alors dire que ce serait juste de la bonne volonté des gens de payer un peu plus cher, ça ne fonctionne pas. C'est pour ça que nous, on milite pour une redistribution massive de la richesse par l'ouverture d'un cinquième volet de la sécurité sociale, la sécurité sociale de l'alimentation qui permettrait de socialiser l'alimentation et qui permettrait de rendre accessible à tous et toutes une alimentation de qualité.
Et en plus de ça, ça permettrait de solvabiliser le marché français pour une agriculture paysanne qui répondrait aux enjeux environnementaux, sociaux, puisque du coup, des paysans et des paysannes seraient rémunérés à la juste valeur de leur travail pour pouvoir rendre accessible en plus une alimentation de qualité pour tous et toutes.
Oui, Maxime Bjarbondot, sur cette hausse des prix, parce qu'il y a un moment aussi, on est tous, tout le monde en le souvient, c'était assez populaire ces mobilisations, cette hausse des prix des consommateurs, pour vous, il n'y a pas d'autre choix que d'en passer par là pour continuer justement à pouvoir vivre dignement de son travail ?
Déjà, ce qu'on peut regretter, c'est une certaine schizophrénie, une certaine hypocrisie de la part de nos compatriotes, c'est-à-dire que le citoyen soutient les agriculteurs, le citoyen, quand on lui demande son avis, dit qu'il est prêt à payer plus cher son alimentation, mais dès que les prix augmentent un petit peu, le consommateur est le premier à râler, le consommateur est le premier à demander à la fois au GMS et au gouvernement de faire des efforts sur les prix de l'alimentaire et le consommateur est le premier à ne pas regarder les petits pictos, vous savez qu'ils existent maintenant et qu'ils sont assez bien faits, légumes de France, porcs de France, volailles de France, œufs de France, ils sont maintenant assez visibles, enfin on commence à avoir un étiquetage qui ressemble à quelque chose dans nos rayons et on voit bien que c'est un critère de choix mais parmi beaucoup d'autres et que le critère prix est devenu prépondérant sur le critère d'origine.
Donc on peut regretter cette hypocrisie, ce qui est sûr c'est que si on veut améliorer notre situation, la situation des agriculteurs de France, il faut améliorer les revenus, ça passe soit par une augmentation du prix payé par les consommateurs, soit par une augmentation de l'accompagnement public, c'est-à-dire de l'argent que la collectivité met pour son alimentation et pour son agriculture, ça peut être un cinquième pilier de la sécurité sociale, ça peut être des bons alimentaires, on peut imaginer plein de choses mais on ne peut pas rester dans la situation actuelle où il n'y a pas d'adéquation entre le prix payé par la société et par les consommateurs et la qualité des denrées que nous fournissons tous au quotidien à nos compatriotes.
Gilles Perret, sur ce problème que l'on peut avoir de perception, on va dire, entre la réalité du soutien que l'on a au monde agricole et la réalité ensuite concrète financière, est-ce que là-dedans il n'y a pas un peu une ambiguïté de notre part à nous qui ne sommes pas de ce monde agricole ?
Oui, bien sûr, mais moi je suis d'accord avec le représentant juste avant, on ne peut pas faire confiance à la responsabilité individuelle, il ne s'agit pas d'incriminer qui que ce soit et effectivement, une fois de plus, on va dire qu'il y a du double discours c'est sûr que c'est quand les choses sont prises en main collectivement qu'on change radicalement l'état du pays et c'est vrai que moi qui ai fait un film sur la sécurité sociale, l'histoire du cinquième pilier sur la sécurité alimentaire, c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup parce que là, on parle du collectif et on parle de règles justement et de lois qui fait que là, on change radicalement les choses.
Si on attend que tout le monde se comporte de manière vertueuse sachant qu'il y en a qui n'ont pas les moyens, on peut encore attendre longtemps.
Oui, c'est vrai. Allez, on va revenir dans un instant, on va continuer à parler de ce monde agricole et aussi de ces nouveaux agriculteurs qui tentent de s'installer et qui malgré tout y croient encore à ce travail de la terre dans le débat de midi. Dans un instant, c'est juste après Barbagallo avec Je dis merci. Dans le débat de midi, nous parlons du monde de la terre, de ces agriculteurs et paysans qui nous nourrissent mais qui sont aussi au cœur de vraies problématiques contemporaines. On a pu les voir se mobiliser notamment au début de l'année en 2024 avec un salon de l'agriculture particulièrement houleux pour le président de la République.
On en discute ce midi avec Thomas Gibert qui est secrétaire national de la Confédération Paysanne qui est lui-même maraîcher en Haute-Vienne. Maxime Buizar-Blondot qui est membre du bureau des jeunes agriculteurs producteurs lui dans le Loiret. Gilles Perret documentariste notamment de la ferme des Bertrands. Et Cécile Gazot qui est ingénieur agronome et qui elle aussi en sociologie à l'agro-Toulouse. Alors bien sûr vous réagissez au 01 45 24 7000 en nous laissant des messages vocaux et également des messages écrits.
Juste une question alors d'une personne Maxime Buizar-Blondot qui s'appelle Moucheron bon je ne sais pas si c'est son vrai nom mais qui nous dit il me semble que l'avenir de la petite paysannerie est mal en point. Les fermes sont de plus en plus grosses destinées à être vendues à des sociétés car les porteurs de projets à taille humaine n'ont pas les moyens pour acheter des exploitations énormes. Nous assistons ainsi dit-elle à la mort de cette profession. Est-ce qu'il est vrai aujourd'hui que la petite paysannerie comme on dit les petites exploitations aujourd'hui existent de moins en moins au profit des très grosses exploitations en France ?
La première chose c'est que petite paysannerie le terme est beau et je pense qu'on idéalise un petit peu ce que c'est que la petite paysannerie parce que la petite paysannerie c'est ce qu'il y avait dans l'entre-deux-guerres des petites exploitations pour le coup où il y avait 7-8 unités de travail humaine donc toute la famille était dedans mais derrière des conditions de vie des conditions de travail et une capacité à vivre qui était déplorable pour le coup s'il y a eu l'exode rural avant et après la première guerre mondiale c'est bien parce que les conditions de travail de la petite paysannerie étaient exécrables et que les revenus dégagés étaient ridicules donc je ne suis pas sûr qu'il faille être nostalgique de ça après sur la taille des exploitations oui les exploitations grandissent en France je le regrette ce n'est pas quelque chose de souhaitable on a intérêt à avoir des exploitations qui restent de taille raisonnable de taille humaine en France ce n'est pas le pire il faut se réjouir quand même de ce qui marche plutôt bien on a un système de régulation en France qui marche plutôt bien ce qui fait que l'écart entre les petites exploitations et les grandes exploitations reste plutôt modéré malheureusement il y a des coins en France où il y a des très grosses exploitations et des exploitations de 2000-3000 hectares c'est quelque chose
on pense par exemple à la Beauce c'est ça par exemple c'est le cas en Beauce les exploitations c'est un mauvais exemple
en Beauce les exploitations sont plus petites que sur le reste du territoire national justement parce qu'en Beauce il y a des cultures à forte valeur ajoutée des pommes de terre des betteraves qui permettent de garder des petites fermes là où il y a des très grosses exploitations c'est là où il n'y a pas eu de revenus et pour compenser une marge à l'hectare un revenu à la surface qui est faible on a essayé d'agrandir les exploitations en se disant qu'on avait plus gagné ce qui est évident c'est que ça ne fonctionne pas et qu'on aboutit juste à des structures qui ne sont pas transmissibles où on ne peut trouver personne derrière donc il faut combattre ça et nous on se bat à jeunes agriculteurs pour renforcer les outils qu'on a on en a déjà mais il y a des trous dans la raquette il y a des fragilités il y a un petit peu d'archaïsme aussi et donc il faut renforcer tout ça pour garder des exploitations à taille humaine et pas aller vers un modèle à l'allemande à l'américaine ou à l'anglaise où on a des fonds d'investissement qui achètent des terres qui exploitent des terres et qui court-circuitent tout un tissu économique et rural qui fonctionne bien
Thomas Gilbert justement sur cette question quand on parlait petite paysannerie en effet le terme peut être un peu littéraire mais pour vous ça existe encore ? Pour petite paysannerie ?
Pour moi clairement il y a une paysannerie qui existe et qui est notamment qui est selon nous l'avenir puisqu'elle répond clairement aux enjeux environnementaux et sociaux de demain mais pour moi la question sous-jacentrante à tout ça c'est la question du foncier et donc de la répartition des moyens de production et pour nous le foncier c'est clairement la terre agricole c'est notre outil de travail et donc à la Confédération Paysanne on ne cesse de répéter il nous faut une nouvelle loi foncière qui permette de mieux répartir de répartir ce foncier et surtout de rendre accessible ce foncier aux porteurs et porteuses de projets C'est-à-dire
quand vous dites ça c'est-à-dire aujourd'hui clairement si moi demain je vais m'installer c'est presque inaccessible en fait ça coûte très cher
D'une part il y a cette question du sur-endettement avec des terres qui coûtent très cher mais pour contre-carre ça il est possible de louer des terres et d'ailleurs il y a des règles en France qui permettent de prioriser à qui revient les terres qui se libèrent qui s'appelle le contrôle des structures et malheureusement on est face à un phénomène d'ampleur qui s'appelle le montage sociétaire qui en fait permet à certains de créer plusieurs sociétés des SCEA chapeautées par des holdings et qui du coup vont réussir à contourner ces règles de priorisation contourner ce contrôle des structures et du coup qui vont pouvoir passer outre par exemple la priorisation de la terre à une installation et par exemple Arnaud Rousseau qui est président de la FNSEA qui à la tête d'une immense ferme de 700 hectares a mis en place ces montages sociétaires pour pouvoir récupérer tout ce foncier là donc aujourd'hui on se dit ceux qui sont aux responsabilités du syndicat majoritaire n'ont clairement pas envie qu'on puisse mieux répartir et n'ont clairement pas envie de travailler sur cette question du renouvellement des générations qui est quand même la question centrale de notre système agricole aujourd'hui
Cécile Gazeau quand on entend ça en effet le foncier c'est très présent et notamment même dans les questions qu'on reçoit au 01, 45, 24, 7000 on se dit voilà alors tout à l'heure je parlais des difficultés il est vrai que je ne vais pas tout le temps parler des difficultés rencontrés pour s'installer mais vous-même lors de votre thèse sur l'action publique en matière de soutien à l'installation d'agriculture vous l'avez identifié aussi ça comme problème ?
Alors oui effectivement le foncier c'est quelque chose de crucial et pour revenir au débat qu'on avait eu avant la pause finalement la difficulté pour mener des politiques de soutien à l'installation c'est la complexité qu'il y a autour des enveuages chevêtements des politiques parce que là on parle du foncier mais on pourrait très bien aussi parler de la politique agricole commune et donc à la fois de son premier et deuxième pilier la question du revenu d'un appareil de libre-échange de la question de la multifonctionnalité de l'agriculture et par exemple aussi des aides bio et aujourd'hui ce qui est difficile c'est quand on veut travailler sur l'installation elle est déjà cette politique très complexe par le nombre de dispositifs qui existent donc qui peuvent être vraiment très liés à l'accompagnement ou à des aides publiques la question du foncier avec le contrôle des structures la question de la SAFER des sociétés d'aménagement foncier et d'établissements ruraux qui sont là pour effectivement garder un contrôle sur à qui vont les terres agricoles pour éviter justement des phénomènes d'agrandissement et pour faciliter les installations aujourd'hui il y a des défaillances et c'est les débats qu'il y a sur la loi qu'il y a eu puisqu'aujourd'hui elle a l'air d'être un petit peu enterrée c'est comment on met donc la loi d'orientation agricole pardon c'est dont on a parlé tout à l'heure c'est comment on met dans une même loi des choses qui peuvent avoir trait à toutes ces politiques-là qui sont enchevêtrées et qui dépendent en plus de plusieurs échelons politiques donc pour revenir sur la
une loi qui a été votée en effet au printemps qui est en discussion aussi au Sénat je vais revenir dans un instant sur les lois mais juste avant je voudrais qu'on on évoque aussi finalement on a parlé de beaucoup de choses de choses très concrètes autour de ce qui est le travail d'agriculteur et les difficultés mais aussi sur le fait d'être agriculteur aujourd'hui quelle réputation ont les agriculteurs et pour ça je voudrais vous faire écouter un son alors c'est celui d'un homme que l'on commence à bien connaître parce qu'on l'a vu sportivement sur les terrains c'est celui d'Antoine Dupont vous savez le fameux joueur de rugby médaillé d'or à 7 qui vient justement de ce monde agricole qui a des parents agriculteurs et récemment il livrait son témoignage de fils d'agriculteur et regardez écoutez plutôt ce qu'il disait
quand j'étais petit on avait presque honte de dire qu'on était paysans la connotation elle était toujours négative moi je me souviens à l'école j'écrivais même pour le métier des parents mon père j'écrivais hôtelier au restaurateur et j'écrivais pas agriculteur alors que c'est ce qu'il faisait la plupart du temps et aujourd'hui on arrive à être fier et à plus valoriser ça
voilà ça c'était Antoine Dupont donc interviewé par le Média Brut Gilles Perret ce sentiment pour vous aujourd'hui ça a changé quand vous avez pu interviewer justement lors de votre documentaire la ferme des Bertrand voisins les fermiers des Bertrand ça a changé cette réputation ou alors c'est toujours de temps en temps pour certains et bien on ne veut pas dire qu'on est agriculteur encore aujourd'hui
non ça a changé un peu dans les nouvelles générations qui justement d'autant plus chez nous ils vivent plutôt bien en fait voilà ils ont là où pendant pas mal de générations on avait des agriculteurs qui faisaient ça non pas par choix mais par tradition familiale etc maintenant on a quand même beaucoup d'agriculteurs et de jeunes agriculteurs qui font ça vraiment par choix et donc déjà ça change déjà le regard qu'on a sur soi-même mais aussi ce qu'on peut donner à voir aux autres donc il y a quand même justement une certaine fierté je sais que nous sur un territoire qui est assez touristique ce qui pose pas mal de problèmes notamment au niveau du foncier pour les reprises de fermes il y a une pression foncière qui est très importante et bien on a une espèce d'identité chez les jeunes agriculteurs qui se développent il ne faudrait pas qu'elle se développe trop non plus mais en tout cas il y a quand même une certaine fierté une revendication à appartenir à ce monde agricole là et je crois que ça ça a quand même plutôt bien changé et c'est tant mieux quoi
Maxime Buzard-Londeau sur ce que disait Antoine Dupont quand il disait moi quand j'étais petit donc c'était pas vieux mais j'avais honte de m'être de dire que mes parents étaient agriculteurs je disais qu'ils étaient hôteliers, restaurateurs c'est quelque chose qui vous parle ça que vous aviez déjà entendu ? Moi pour le coup
j'ai 32 ans je me rappelle quand même alors que j'habite en zone rurale de moquerie de la part de mes camarades parce que j'étais fils d'agriculteur et c'est quand même nettement moins le cas aujourd'hui où ma génération mais aussi ceux qui aujourd'hui sortent des études en 20, 22 ans peuvent se dire paysans et fiers de l'être et je pense que c'est un vrai changement d'approche qu'a eu notre société depuis une quinzaine d'années qui est une très bonne chose qui est un retour à la connexion entre le consommateur le grand public les citoyens les agriculteurs connexion qu'on avait perdu y compris parce que nous on n'avait pas mis d'énergie et d'intérêt et donc ce retour du contact direct entre le producteur et le consommateur c'est une très bonne chose j'y ajouterais une nuance quand même pour l'avoir vécu et pour avoir nombreux collègues qui l'ont vécu qui est un certain agribashing sur le volet environnemental
où de manière générale
les français sont fiers de leurs agriculteurs sont fiers de leur production agricole et de leurs produits alimentaires mais suivant les moments de l'année y compris à cause des médias on a tendance à dire les agriculteurs c'est ceux qui gaspillent la ressource en eau c'est ceux qui polluent les sols c'est ceux qui font du mal-être animal et donc on a parfois un sentiment de rupture entre une très grande fierté de la part de nos compatriotes et des fois un bashing très ponctuel qui est lié à une activité une polémique du moment et parfois ça a tendance à démoraliser je pense notamment à quelques collègues qui sont sur le pourtour des villes où il y a quand même des relations qui sont parfois très tendues entre les urbains et les agriculteurs
Thomas Ghibert sur ce sentiment en effet aujourd'hui d'être agriculteur que c'est un peu terminé mais c'est ça aussi cette ambiguïté en gros de dire de temps en temps on aime beaucoup les agriculteurs et en effet sur ce alors bashing on va y revenir sur le thème environnement bashing parce que c'est pas toujours le cas mais qu'est-ce que vous en pensez de cette ambiguïté qu'on peut avoir aussi nous par rapport à cette profession et à ce milieu
pour moi clairement la problématique autour des questions environnementales liées à l'agriculture elle est intimement liée à la question du revenu dont on parlait tout à l'heure effectivement plutôt que de dire voilà c'est les agriculteurs qui polluent la confédération paysanne on a plutôt l'analyse qu'en fait par exemple pour la question des pesticides pour nous les pesticides c'est une arme de concurrence sur le marché international c'est-à-dire que si le paysan si on interdit un pesticide du jour au lendemain le paysan va augmenter son coût de production ça va réduire sa marge et il va se retrouver dans une précarité encore pire que dans la selle dans laquelle il est donc aujourd'hui clairement il faut savoir qu'il n'y aura pas de transition agricole tant que nous resterons dans un système libéral comme on est aujourd'hui et ça il faut être clair et net ce n'est pas la responsabilité individuelle des paysans et des paysannes mais c'est bien la responsabilité du système économique qui nous met en concurrence sur le marché international et qui permet aussi à l'agro-industrie et à la grande distribution de se gaver sur notre dos parce que ça aussi il faut le dire aujourd'hui on est le seul secteur où il est encore possible de vendre à perte et nous on se bat pour un prix minimum garanti qui doit comporter plusieurs choses il doit comporter nos charges de production il doit comporter notre rémunération mais aussi nos cotisations sociales parce que nous on veut payer des cotisations pour avoir une protection sociale digne parce qu'en fait on en a marre d'avoir une retraite de misère on en a marre quand on a un accident du travail de ne pas avoir de remplaçant etc et ça c'est des questions qu'il faut qu'on mette en avant et ça ne se réglera pas tant qu'on restera dans ce dogme du libéralisme
il y a un mot vous parliez tout à l'heure donc Maxime Buzard-Mondeau d'agribashing on entend souvent ça notamment de la part des jeunes agriculteurs de la FNSEA mais il est vrai que de temps en temps on peut s'interroger par rapport aussi aux conséquences sur l'environnement quand on voit on le sait très bien une agriculture très importante comme on dit entre guillemets productiviste on sait qu'elle est très gourmande en eau qu'aujourd'hui on a des problèmes avec l'eau et notamment quand on le voit sur l'élevage en batterie on le sait sur le bien-être animal et sur ce que ça peut amener on se dit pourquoi faire venir des camions pourquoi utiliser tout ça alors qu'on se dit ces animaux pourraient être élevés je le dis en plein air je le dis peut-être d'une manière très naïve mais il y a une réalité aussi ça veut dire qu'à un moment chacun peut-être doit jouer son rôle
toute activité humaine a un impact sur l'environnement mais certaines peut-être plus certaines plus que d'autres mais la population française a triplé en 200 ans mécaniquement on pollue trois fois plus qu'il y a 200 ans sans même mieux vivre l'agriculture c'est la même chose on produit aujourd'hui quatre fois plus que ce qu'on produisait en 1960 et donc forcément même en faisant des efforts même en étant vertueux l'impact de l'agriculture sur l'environnement n'est pas anecdotique là où il y a de l'agribashing c'est de courir à la facilité on ne peut pas répéter et accepter tout le monde le fait qu'il y a un changement climatique qu'il y a des variations climatiques d'une année à l'autre extrêmes et donc le fait qu'on a des années extrêmement pluvieuses comme c'est le cas cette année et d'autres on en parlait en antenne qui sont extrêmement sèches et en même temps refuser de dire que nous devons optimiser notre gestion de l'eau et quand il y a des manifestations contre les réserves d'eau ce que vous appelez les méga-bassines je trouve que beaucoup d'acteurs publics de commentateurs de chroniqueurs d'hommes et de femmes politiques ont une approche très facile des choses où stocker l'eau déformer la nature parce que c'est bien ce que nous faisons serait forcément négatif non c'est quelque chose qui est nécessaire pour s'adapter au changement climatique et continuer à produire et le vrai sujet c'est d'avoir non seulement une juste rémunération de la production mais aussi de maintenir une production de qualité diversifiée en quantité et pour ça aujourd'hui on a besoin d'engrais on a besoin de produits phytosanitaires on a besoin d'accès à l'eau et de gérer aussi l'excès d'eau et là-dessus je trouve que la société française les hommes et les femmes politiques français ne sont pas assez courageux pour faire de la pédagogie
c'est-à-dire gérer l'eau c'est-à-dire que tout le monde aussi doit en prendre part ça veut dire aussi bien par exemple quand on doit refroidir une centrale nucléaire il faut choisir il faut refroidir une centrale nucléaire ou alors permettre à des vaches en élevage intensif de boire
la question c'est de réussir à stocker davantage d'eau et d'avoir davantage d'eau disponible
donc voilà donc en tout cas c'est en réflexion Gilles Perret vous vouliez réagir
oui non je voulais dire c'est-à-dire que l'agribashing il est aussi alimenté par une méconnaissance quand même de ce qu'est le métier d'agriculteur aujourd'hui parce qu'il y a mille agricultures différentes sur le territoire français entre un gros céréalier alors j'allais dire de la bosse mais il faut faire attention parce que c'est pas et puis un producteur de reblochon c'est pas du tout les mêmes métiers c'est les mêmes différences que chez vous chez les journalistes entre un éditorialiste de plateau et quelqu'un qui va sur un front de guerre et donc du coup moi je me suis rendu compte en tout cas en tournant avec le film La Ferme des Bertrand c'est que les gens ne se rendent pas compte de la complexité du métier d'agriculteur aujourd'hui et de toutes les différences qu'il peut y avoir c'est un métier où il faut énormément de connaissances dans tous les domaines que ce soit agronomie géologique informatique robotique etc et c'est vrai que j'étais surpris par le public français qui est venu voir ce film qui en voyant ce film là se disait tiens c'est donc ça le métier d'agriculteur aujourd'hui alors comme on ne connait pas on a tendance à mettre tout le monde dans le même bateau et c'est vrai que je sais que les agriculteurs chez nous se faire traiter de pollueurs etc alors que quand on regarde le cahier des charges de la production reblochon mais c'est vrai dans toutes les autres AOP c'est un peu dur parce que c'est vrai qu'ils n'ont pas le droit à plein de produits et puis pour respecter le cahier des charges ça contribue à respecter l'environnement Thomas Gibert s'il vous plaît Moi je voulais rebondir sur la question de l'eau et du stockage de l'eau puisque c'est quand même quelque chose d'assez important et dont on parle beaucoup clairement à la Confédération Paysanne nous ne sommes pas contre l'irrigation nous ne sommes pas contre le stockage moi je suis irrigant j'ai un projet de stockage d'eau le problème de la question de l'eau c'est une ressource qui va être de plus en plus limitée ça on le sait tout le monde le sait et donc la vraie question c'est la question de la répartition de cette ressource et pour nous elle doit se questionner en trois phases donc répartir pour qu'elle puisse bénéficier à un maximum de paysans et de paysannes plafonner pour éviter que certains se gavent de leurs ressources et empêchent d'autres d'en profiter et puis prioriser les cultures auxquelles on va irriguer nous il nous semble quand même plus important aujourd'hui en France de prioriser la production de fruits et légumes qui est déficitaire de 50% on importe quand même plus de 50% des fruits et légumes en France il nous semble que c'est plus important d'irriguer ça plutôt que du maïs qu'on va envoyer à l'exportation ou du maïs qui va aller nourrir un méthaniseur pour produire de l'agro-énergie donc clairement cette question est importante c'est des questions de choix politique et il faut arrêter de penser qu'on serait des écolos complètement bornés à ne vouloir empêcher qu'il y ait une agriculture nous le faisons pour qu'il y ait une meilleure répartition de la richesse et qu'il y ait le maximum de paysans et de paysannes sur les territoires
on va continuer à en parler de temps en temps on le voit en effet ces lignes de fracture au sein du monde agricole mais aussi finalement pourquoi on le soutient et avec ces difficultés on continue à en parler n'hésitez pas à vous à réagir au 01 45 24 7000 tout de suite on s'écoute Fabiana Palido stay with through the night Jean-Mathieu Pernin
le débat de midi
le débat de midi nous parlons du monde agricole de ces difficultés dont on a beaucoup parlé bien sûr cette année souvenez-vous janvier février ces mobilisations sur les routes françaises en France mais également dans toute l'Europe et pour en parler nous recevons ce midi Thomas Gibert secrétaire national de la Confédération Paysanne maraîcher lui-même en Haute-Vienne Maxime Buizar-Blondeau membre du bureau des jeunes agriculteurs producteurs dans le Loiret Gilles Perret documentariste auteur notamment de la ferme des Bertrand et Cécile Gazot ingénieur agronome au 01 45 24 7000 vous réagissez avec Valentin qui nous dit quel salarié français accepterait de travailler 60 à 80 heures par semaine ne pas avoir 5 semaines de congés payés une retraite de misère l'insécurité financière un métier rémunérateur est attractif et ce ne sont pas les aides qui doivent être la source de rémunération Emilie qui nous dit je passe par UNAMAP une association pour le maintien d'une agriculture paysanne pour la quasi-totalité de mes légumes pour nourrir ma famille nous sommes une famille de 4 et la ration de légumes bio à 25 euros par semaine suffit largement l'agriculteur avec lequel nous sommes en contrat gagne sa vie il cultive à moins de 5 km lui de mon lieu de vie alors pourquoi il n'y a pas d'élargissement et communication sur ce mode de consommation il y a également beaucoup de tient qui nous dit bonjour il y a la même inégalité chez les agriculteurs qu'au sein de la société et surtout beaucoup des critiques envers la FNSE je tenais aussi à vous le dire Maxime Buizar-Blondeau mais aussi forcément par rapport aux grandes surfaces et aussi à ses vendeurs bien sûr les grandes surfaces c'est vraiment aujourd'hui Maxime Buizar-Blondeau sur les marges sur les revenus on voit que c'est vraiment aussi ce qui a marqué nos auditeurs et peut-être aussi les français parce qu'on ne s'attendait pas à de telles différences à de telles marges de la part de la grande distribution
le problème il est identifié depuis longtemps pour le coup à Jeunes Agriculteurs on a fait un rapport d'orientation sur la construction du prix c'était en 2016 ça a engendré la première loi Eugalim en 2017 malheureusement on est en 2024 on voit que le sujet n'est toujours pas réglé on en est à travailler sur la quatrième version de la loi Eugalim après Eugalim 1 Eugalim 2 et la loi d'Escrozaille qui a les clés de ça
c'est qui c'est ? les agriculteurs c'est les grandes surfaces
c'est qui ?
il y a une part de la responsabilité qui vient des agriculteurs qui dans certaines filières ont mis un petit peu de temps à s'organiser pour accepter le fait qu'il y aurait une part de leurs revenus qui ne serait pas opportuniste parce que jusque là il y avait une part de nos revenus qui opportuniste quand les cours sont très hauts on est content de pouvoir en bénéficier quand ils sont très bas on est content de pouvoir réclamer des aides et le fait de rentrer dans une construction en marche en avant du prix c'est-à-dire de définir son prix de revient de calculer ses charges fixes on parlait des cotisations des revenus ça impose un prix qui soit moins variable y compris à la hausse et il y a certaines filières qui ont mis un petit peu de temps à s'y mettre donc on a notre part de responsabilité il y a l'Etat qui a mis beaucoup de temps à vraiment faire autre chose que de l'habillage politique et se dire on va vraiment obliger l'ensemble des acteurs d'abord les collecteurs ensuite les transformateurs les industriels et après les grandes surfaces à jouer le jeu et donc qui a mis du temps à mettre les moyens humains pour vérifier notamment au moment des négociations commerciales que les contrats étaient bien établis et puis il y a surtout les GMS les grandes surfaces qui ont des moyens juridiques et financiers qui sont sans commune mesure avec ceux des agriculteurs ou même ceux des industriels vous savez les petits abattoirs les petites littrées que nous avons dans nos territoires et qui mettent une pression derrière et un chantage qui est astronomique et pour lutter en face de ça il faut une volonté politique très forte et malheureusement depuis le 2017 cette volonté on ne l'a pas vous ne l'avez pas
un mot aussi Cécile Gazeau sur ces installations d'agriculteurs j'ai lu en effet qu'une majorité aujourd'hui de personnes non issues du milieu agricole veulent s'installer aujourd'hui ça veut dire que une des solutions pour redonner de l'oxygène à ce milieu agricole c'est ça en fait ce sont des personnes qui ne viennent pas du tout de ce milieu
une des solutions c'est vite vie parce que ça ne résout pas tous les endroits comme on a parlé tout à l'heure donc à la fois qu'on sait pas qu'il y a etc donc c'est vrai qu'il faut dire pour revenir sur les chutes de l'installation on a à peu près 21 000 personnes qui se présentent dans les points avec l'installation qui sont la porte d'entrée du dispositif public de soutien à l'installation sur 21 000 personnes on a 13 000 qui viennent au bout d'une installation et parmi elles on en a 5 000 qui ont bénéficié du dispositif d'adoptation d'un agriculteur qui est l'aide publique du coup prévue par l'État et soutenue par l'Union Européenne pour rentrer dans l'agriculture et donc quand on parle de la majorité de personnes en issue du milieu agricole qui veulent s'installer on est sur à peu près 60% des 21 000 personnes qui veulent s'installer dans l'agriculture aujourd'hui la part est statistique qui ne permet pas de connaître très finement qui sont ces personnes-là et ni même de suivre leur projet d'installation c'est-à-dire portion de personnes qui veulent s'installer et qui finalement n'y arrivent pas on ne sait pas dire pourquoi on ne sait pas dire qu'est-ce qui les a amenés et en fait ce qu'il faut regarder et qu'on a parlé tout à l'heure de l'agribashing et parfois de l'idéalisation du métier d'agriculteur c'est que des personnes en issue du milieu agricole et ça a été vraiment accéléré avec la crise du Covid et du coup le nombre de personnes ont voulu se projeter dans l'agriculture on a aujourd'hui tout un décalage auquel il faut répondre entre du coup cette volonté de s'installer en agriculture et les appréhensions du métier et la connaissance finalement des difficultés du métier d'agriculteur qui vont pousser parfois certaines personnes à abandonner leur projet sans parler des fois des difficultés pour accéder aux fonciers pour trouver une formation pour accéder aux aides ou pour financer ne serait-ce que l'installation dans un contexte où les installations sont effectivement de plus en plus grandes et de plus en plus difficiles à reprendre sur le plan capitalistique notamment
c'est ça Thomas Ghibert vous-même vous voyez en effet des personnes non issues de ce milieu qui s'installent et qui souhaitent aujourd'hui travailler la terre et se lancer dans le monde de l'agriculture
oui bien sûr d'ailleurs moi j'en fais partie je suis non issue du milieu agricole comme on dit et en fait nous à la Confédération Paysanne on dit que on souhaite qu'il y ait un million de paysans et de paysannes en vrai quand on refait le calcul pour généraliser une agriculture paysanne qui répondrait aux enjeux sociétaux environnement etc il faudrait 2,5 millions de paysans et de paysannes aujourd'hui dans la LOA dans la loi d'orientation agricole ce qui a été proposé pour accompagner l'installation c'est un guichet unique c'est ça un guichet unique donc un guichet unique pour moi c'est comme aller à la guerre avec un couteau à beurre c'est comme mettre un numéro vert pour empêcher les violences faites aux femmes aujourd'hui on a clairement besoin d'une politique extrêmement forte d'installation qui permet l'accès aux moyens de production qui permet l'accès aux fonciers qui accompagne la formation qui accompagne de manière générale les porteurs et porteurs de projets et notamment les personnes de l'issue du milieu agricole qui ne bénéficient pas d'une structure qui tourne qui ne bénéficient pas mais pas que il faut aussi en priorité garder les paysans et les paysannes déjà installés parce que l'idée c'est quand même qu'on ne perde pas les quelques-uns qui restent aujourd'hui on ne cherche pas à grand remplacer les paysans et les paysannes par des personnes non issues du milieu agricole ça c'est un délire qui ne convient à personne et donc aujourd'hui on a besoin de politiques fortes et elles ne sont
clairement pas au rendez-vous quand vous dites un million c'est-à-dire ce que je disais en début d'émission c'est ce qu'il y avait à peu près dans les années 80 c'est ça en France tout à fait dans les années 90 donc c'est pas non plus quelque chose d'absolument dément quoi et pour aller dans votre sens qui je reprends le terme alors vous vous avez dit numéro vert et en effet dans le projet de loi souveraineté c'est France Service Agriculture voilà c'est comme ça que ça s'appelle maintenant on le voit Gilles Perret aussi c'est assez intéressant de voir que des personnes en 2024 sont toujours tentées par le travail de la terre même s'ils n'en sont pas culturellement issues et dont les familles aussi ne deviennent pas de ce genre d'exploitation
bien sûr mais je pense qu'il y a beaucoup de gens dans notre société aujourd'hui qui cherchent un sens à leur vie un sens à leur travail à quoi ils servent pourquoi ils sont là qu'est-ce qu'on transmet et l'agriculture fait partie des métiers au moins on voit à quoi on sert je pense qu'aujourd'hui dans nos sociétés il y a beaucoup de gens qui se demandent où ils sont et au moins dans l'agriculture on sait et je crois que c'est ce que les gens recherchent aussi un petit peu un contact direct avec la nature et puis rendre service aussi à la société mine de rien parce que sans eux on va avoir du mal à manger
bah oui en effet voilà on vous a en tout cas on a essayé de vous donner quelques clés dans le débat de midi qui doit se clore ce midi déjà oui parce qu'il est midi 58 précisément il est temps d'aller à table peut-être soyons conservateurs là-dessus sur l'heure du déjeuner merci beaucoup en tout cas à Thomas Gibert à Maxime Buizar Blondeau Gilles Perret et Cécile Gazot d'avoir participé à ce débat merci à France Bleu Pays de Savoie pour la liaison en duplex depuis Annecy une émission préparée par Lison Chambre Cyrine Bagnonès Caroline Prota Alexandre Bigot Raphaël Baudurey Bagnès merci beaucoup à la réalisation Étienne Bertin programmation musicale Thierry Dupin à la technique aujourd'hui Adèle Caglard demain nous nous poserons une question essentielle peut-on encore avoir des animaux de compagnie à suivre le journal de 13h avec Jérôme Cadet que l'on rejoint tout de suite en direct du Club France bonjour Jérôme
bonjour Jean-Mathieu bonjour à tous au programme aujourd'hui on va parler danse et sport la chorégraphie les corps les corps en mouvement sur les scènes les scènes sportives les scènes artistiques scènes étonnantes à la natation artistique hier soir je ne vous en dis pas plus on a hâte en tout cas on vous retrouve tout de suite
Jérôme et le débat de midi on revient bien sûr demain à midi Sous-titrage Société Radio-Canada