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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 16 juin 2023 26 minComplaisantActualité / polémiqueAgriculture & alimentationEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Arnaud Rousseau, président de la FNSEA : "N'importons pas l'alimentation que nous ne voulons pas"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 20 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:58OuverteRéponse directe

    Comment vous définissez-vous ? Chef d'entreprise, agriculteur, industriel céréalier ?

  • 2:13OuverteRéponse directe

    Pourquoi pas très attiré par reprendre la ferme familiale au début ?

  • 3:15OuverteRéponse directe

    Beaucoup de Français ne connaissent plus rien à l'agriculture. Comment réduire ce fossé ?

  • 4:40OuverteRéponse directe

    Comment recruter des agriculteurs non issus du monde agricole ?

  • 5:43OuverteRéponse directe

    Comment inverser la tendance des importations alimentaires en France ?

  • 7:32OuverteRéponse partielle

    Faut-il produire plus pour gagner des parts de marché ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:43Invité politiqueChiffre
    « on ne représente plus qu'un et demi pour cent de la population active »
  • 6:12Invité politiqueChiffre
    « nous importons 25% de notre bio de bovine, l'essentiel de nos fruits et légumes »
  • 6:31Invité politiqueFait
    « la non-négociabilité de la matière première agricole a redonné effectivement des marges de manœuvre »
  • 6:40Invité politiqueChiffre
    « quand ils ont 100 euros de disponibles, c'est seulement 13% qui est consacré à l'alimentation, c'était près de 30% des années 70 »
  • 7:34Invité politiquePromesse
    « dans l'assiette des Français d'ici 3 ans, on ait inversé cette courbe de l'importation »
  • 8:56PrésentateurFait
    « préconisations de la Cour des Comptes, qui préconisaient de réduire le cheptel français pour limiter les émissions de gaz à effet de serre »
  • 10:12PrésentateurChiffre
    « En 40 ans, le nombre d'oiseaux des champs a diminué de 60% en Europe »
  • 16:56Invité politiqueFait
    « on a des impacts du climat de plus en plus fort, sécheresse, gel, pluviométrie »
  • 18:00Invité politiqueFait
    « Les forces de l'ordre qui étaient présentes lors de cette manifestation à proximité de Nantes ne sont pas intervenues »
  • 22:51Invité politiqueFait
    « L'État apporte une réponse qui est l'arrachage. Elle est une réponse nécessaire à certains endroits, mais pas suffisante »
  • 23:24Invité politiqueChiffre
    « près de 116 000 agriculteurs vont partir en retraite dans les 5 ans »
  • 24:10PrésentateurChiffre
    « l'inflation reste élevée dans l'alimentaire, c'est 4,3% au mois de mai »
  • 24:29Invité politiqueFait
    « il y a eu des négociations commerciales qui ont constaté l'inflation que nous avions vécue en 2021-2022 »

Temps de parole

  • Arnaud Rousseau66 %
  • Présentateur24 %
  • Auditeur5 %
  • Invité5 %

2,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour Arnaud Rousseau, bonjour Jérôme Cadet, bienvenue sur France Inter, vous êtes depuis trois mois maintenant le nouveau président du premier syndicat agricole français, la FNSEA, 210 000 adhérents, beaucoup de sujets d'actualité à aborder avec vous ce matin, la sécheresse qui frappe plusieurs de nos départements, le coût des produits alimentaires, on parlera aussi du dialogue, pas simple à établir ou à rétablir avec les écologistes sur toutes ces questions, les auditeurs et les auditrices de France Inter peuvent vous interroger directement au 01 45 24 7000 ou via l'application France Inter, d'abord un mot sur votre parcours Arnaud Rousseau, les auditeurs vous connaissent pas ou peu, vous êtes producteur de grandes cultures, colza, tournesol, blé, maïs en Seine-et-Marne, donc en Ile-de-France, vous êtes également président du groupe d'agro-industrie Avril, 7 milliards de chiffre d'affaires, vous produisez des huiles vendues notamment sous les marques Le Cieur et Puget, on peut dire que votre profil tranche avec celui de votre prédécesseur Christiane Lambert qui était éleveuse de porc, comment est-ce que vous vous définissez Arnaud Rousseau ?

Vous êtes un chef d'entreprise, un agriculteur, un industriel céréalier ?

1:14
Arnaud Rousseau

Écoutez d'abord, je suis un agriculteur, vous voyez, je me suis installé en 2002 sur la ferme de mes parents, de mes grands-parents, donc j'ai un ancrage dans le territoire auquel je suis attaché et c'est vrai que j'ai viscéralement la volonté de m'engager pour ce métier auquel je crois et c'est la raison pour laquelle très tôt je me suis engagé dans le syndicalisme et le syndicalisme m'a mené à la responsabilité professionnelle.

Nombre de mes collègues agriculteurs sont engagés dans la coopération agricole, moi je suis dans une entreprise qui s'appelle Avril, qui est détenue par le monde agricole et qui a une particularité, c'est de créer de la valeur et de ne pas verser de dividendes pour pouvoir continuer à développer la production agricole en France.

Et puis je suis aujourd'hui le président de la FNSA, vous l'avez rappelé, qui est un syndicat dans lequel beaucoup de profils différents se retrouvent, vous l'avez dit, je suis différent de Christiane Lambert et pour autant nous portons ensemble la même vision, celle d'une agriculture entrepreneuriale qui a le goût d'entreprendre et qui est différente en fonction du territoire dans lequel on se situe.

2:13
Présentateur

Vous êtes diplômé d'une école de commerce, vous n'avez pas fait d'études agricoles à la base, pour quelle raison ?

2:18
Arnaud Rousseau

Parce que chez moi, depuis toujours, mes parents m'ont dit que c'était important de pouvoir avoir un regard ouvert sur le monde, de faire autre chose, et que la ferme familiale, cette petite entreprise, pourrait m'accueillir, mais que pour faire ce métier, c'est bien aussi d'avoir le regard sur l'horizon, de savoir un peu ce qui se passe ailleurs.

2:33
Présentateur

Mais vous avez toujours eu dans l'idée de reprendre la ferme familiale ?

2:35
Arnaud Rousseau

J'ai fait évoluer mon jugement, c'est vrai qu'au début, je n'étais pas forcément très attiré, mais je trouve que ça a du sens, ce métier, cet ancrage, ses racines, et j'y trouve aujourd'hui complètement mon épanouissement.

2:46
Présentateur

Pourquoi pas très attiré ?

2:48
Arnaud Rousseau

Parce que quand vous êtes né dans une ferme, que vous viez dans une ferme, et je pense que ça parle à de nombreux jeunes aujourd'hui, dont les parents sont agriculteurs, vous voyez parfois les difficultés, parfois les questionnements, et que vous vous dites que vous n'avez pas forcément envie de travailler comme vos parents, de voir autre chose, et puis quand vous prenez un peu de maturité, quand vous avez la chance comme moi d'être salarié, d'avoir un peu voyagé, vous découvrez que de là où vous venez, là où sont vos racines, ça donne du sens à la manière dont vous avez envie de vivre. Je crois que ça, c'est quelque chose qui est très ancré dans le monde agricole.

3:15
Présentateur

Vous faites le constat, Arnaud Rousseau, que beaucoup de Français ne connaissent plus rien à l'agriculture. Vous avez déclaré récemment, nous devons repasser un pacte avec la société, avec nos compatriotes, qui pour nombre d'entre eux n'ont plus aucune idée de la saisonnalité des conditions d'exercice de ce métier. Il y a un fossé aujourd'hui entre le monde agricole et le reste de la société ?

3:36
Arnaud Rousseau

Je ne sais pas s'il y a un fossé, en tous les cas, là où de nombreux Français avaient un cousin, un oncle, un grand-père agriculteur, c'est moins le cas aujourd'hui, on ne représente plus qu'un et demi pour cent de la population active. Et donc ce constat, il ne faut pas le voir comme un fossé, il faut le voir comme une opportunité de réexpliquer aux gens que si on veut demain mieux manger, mieux produire, la saisonnalité, ça a du sens. Rappelez qu'en agriculture, il y a des cycles, il y a des cycles dans l'élevage, il y a des cycles dans la production végétale. Et ça, quand je rencontre des élèves ou quand je rencontre des jeunes adultes, ils n'en ont pas toujours conscience.

4:10
Présentateur

Ça explique beaucoup de choses, cette méconnaissance, dans les difficultés du dialogue, dans peut-être les difficultés de recrutement aussi ?

4:17
Arnaud Rousseau

Oui, oui, bien sûr, ça explique et c'est pour ça que les agriculteurs qui sont à la base plutôt des taiseux, des gens qui n'étaient pas toujours enclin à l'échange et à la communication, ont fait de gros efforts. On est en ce moment, par exemple, pour les trois jours, là, sur les journées nationales de l'agriculture. Moi, j'invite tous les gens qui s'intéressent aux questions agricoles à aller dans les fermes. Et puis, effectivement, il faudra qu'on soit plus attractif demain parce qu'on a besoin de recruter dans nos fermes.

4:40
Présentateur

Un agriculteur sur deux partira à la retraite d'ici une dizaine d'années. Donc, c'est demain. Comment est-ce qu'on fait pour recruter des agriculteurs qui ne seront pas issus du monde agricole ?

4:51
Arnaud Rousseau

Eh bien, on a plusieurs leviers. D'abord, celui du sens du métier. Moi, je crois que produire pour nourrir, faire en sorte que trois fois par jour, on ait dans nos assiettes de plus en plus de produits de qualité, de proximité, de naturalité, mais aussi des possibilités de produits d'ailleurs, parce que la singularité, c'est qu'aujourd'hui, on importe beaucoup. Faire en sorte qu'on puisse avoir du revenu, parce qu'une ferme, ça reste malgré tout une petite entreprise qui a besoin de pouvoir dégager du revenu pour celui qui opère. Faire en sorte qu'on puisse réduire parfois les astreintes ou les difficultés de ce métier. Voilà ce qu'on doit faire pour demain. Renouveler les générations.

Vous savez qu'on a perdu près de 100 000 agriculteurs. Vous savez que on a la moitié de la population agricole qui va partir en retraite dans les dix prochaines années. Et si on veut continuer à avoir des fermes sur tout le territoire et à pouvoir mailler et produire, on a besoin d'attirer des talents.

5:43
Présentateur

Vous avez parlé des revenus, on va parler des prix alimentaires dans quelques minutes, mais vous avez dit produire pour nourrir. Or, aujourd'hui, nous importons 40% de nos fruits, plus de la moitié de nos légumes, c'est 60%, 50% de nos poulets. Comment est-ce qu'on inverse la tendance d'une France qui était, je crois, la deuxième puissance exportatrice mondiale et qui est aujourd'hui la cinquième ?

6:05
Arnaud Rousseau

Vous faites bien de le rappeler, et on a bien changé en 30 ans, c'est-à-dire que cette fameuse image du productivisme à la française a vécu. Aujourd'hui, nous importons 25% de notre bio de bovine, l'essentiel de nos fruits et légumes. On a besoin de se reposer la question de la production qui passe d'abord par le prix. Et c'est tout le combat que nous avons mené avec la loi EGalim pour faire en sorte que la valeur ajoutée redescende dans les exploitations agricoles. C'est le cas aujourd'hui ? C'est modifié. Oui, ça va mieux depuis un an. Pendant 10 ans, les prix agricoles étaient en déflation.

6:37
Présentateur

Les agriculteurs français gagnent plus d'argent aujourd'hui qu'il y a un an ?

6:40
Arnaud Rousseau

En tous les cas, la non-négociabilité de la matière première agricole a redonné effectivement des marges de manœuvre. Ce que je veux expliquer à vos auditeurs, c'est que quand ils ont 100 euros de disponibles, c'est seulement 13% qui est consacré à l'alimentation, c'était près de 30% des années 70 et ça n'est pas tenable pour les agriculteurs.

7:01
Présentateur

Donc les Français consacrent davantage d'argent à leur nourriture ?

7:03
Arnaud Rousseau

Absolument, une nourriture de meilleure qualité et on a en ce moment une forte inflation qui a conduit à une baisse de la consommation. Donc il faut qu'on trouve l'équilibre pour que le consommateur puisse consommer des produits de qualité, des produits français et faire en sorte que l'agriculteur puisse vivre.

7:18
Présentateur

Dans le contexte actuel, on ne peut pas blâmer des consommateurs d'aller vers l'étiquette qui est la plus basse ?

7:23
Arnaud Rousseau

Oui, on le comprend très bien et on l'observe, mais il faut qu'on soit conscient que cette nourriture à bas coût, c'est une nourriture qui vient de l'extérieur et nous on dit n'importons pas l'alimentation dont nous ne voulons pas. Donc il faut produire plus ? Il faut en tous les cas reprendre les parts de marché. L'objectif que nous nous sommes fixés à l'FNSA, c'est de faire en sorte que dans l'assiette des Français d'ici 3 ans, on ait inversé cette courbe de l'importation. Donc plus de volume ?

Non, pas nécessairement plus de volume, en tous les cas moins d'importation, ça veut dire effectivement à certains endroits plus de volume, ça veut dire aussi une politique de prix et d'accompagnement, y compris, et je tends la main à la grande distribution, pour mettre en valeur nos produits.

7:58
Présentateur

Si on veut continuer à exporter et en même temps gagner des parts de marché dans le marché national, Arnaud Rousseau, ça veut dire que fatalement il faut produire plus, si je suis votre raisonnement. Pourquoi pas l'assumer au fond ?

8:07
Arnaud Rousseau

Ah mais moi je vous dis depuis le début que produire est un mot noble, je le dis partout, et que quand on cesse de produire, on importe. Nous ce qu'on dit aujourd'hui c'est qu'il faut continuer à produire, mais vous avez compris que quand on perd 100 000 agriculteurs, quand on a du mal à renouveler les générations, et bien on ne produit plus, et si on ne produit plus, on ne nourrit plus, ou en tous les cas on met la nourriture dans la main d'autres pays, et donc on se met en dépendance, c'est ce que nous ne voulons pas.

8:34
Présentateur

Est-ce que c'est compatible avec la transition écologique, avec la diminution du recours aux pesticides par exemple ?

8:41
Arnaud Rousseau

Alors, il faut être précis sur ce sujet. Oui, produire en France, ça continue à avoir du sens, et le faire de manière responsable. Il y a eu, vous le savez depuis quelques jours, des sujets polémiques autour de l'élevage. Eh bien nous, nous disons qu'aujourd'hui, importer 25%...

8:56
Présentateur

Faites référence aux préconisations de la Cour des Comptes, qui préconisaient de réduire le cheptel français pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Eh bien nous, nous disons que...

9:06
Arnaud Rousseau

On sont responsables, les vaches. Absolument. Si on réduit les vaches en France, que fera-t-on de nos prairies, qui sont des puits de carbone ? Au passage, il y a de moins en moins de vaches en France, depuis plusieurs années. Bien sûr, et c'est pour ça que nous tirons la sonnette d'alarme. Alors que la consommation par ailleurs de viande bovine ne baisse pas, ou très peu. Et donc, nous avons besoin de produire. Vous parliez des phytosanitaires, je ne veux pas m'échapper. Nous, demain, nous disons, nous devons faire mieux, mais nous ne voulons pas d'interdiction sans solution de production. Si nous nous mettons dans des impasses, que va-t-il se passer ?

Nous allons importer de l'alimentation d'ailleurs, produits dans des conditions qui ne respectent pas les standards et les attentes des consommateurs. Et donc ce que nous disons, c'est, nous devons faire des efforts, avec un certain nombre de produits, de biocontrôle, avec un certain nombre d'avancées agronomiques, le retour peut-être plus fort à l'agronomie, le respect des sols. En revanche, faisons attention de ne pas nous mettre dans des impasses. J'entendais la chronique sur France Inter sur les médicaments. Relocaliser la production de médicaments, c'est aussi faire le constat qu'on l'a abandonné. Nous, on ne veut pas qu'on abandonne la production en France.

10:05
Présentateur

Il y a une étude qui a beaucoup frappé les esprits le mois dernier, Arnaud Rousseau. Elle concerne la disparition des oiseaux. Vous avez sans doute entendu cette information. En 40 ans, le nombre d'oiseaux des champs a diminué de 60% en Europe. Et pour la première fois, les chercheurs ont hiérarchisé les causes. Et en tête, arrive l'utilisation des pesticides et des engrais de synthèse. Qu'est-ce que vous dites quand vous découvrez de telles études qui sont validées, qui sont sérieuses ?

10:28
Arnaud Rousseau

D'abord, je ne nie pas les faits. Ensuite, je dis que cette étude qui a été faite montre qu'elle est plurifactorielle, mais que l'agriculture a une responsabilité. Donc, il nous appartient de faire en sorte que nous apportions un certain nombre de correctifs par rapport à la restauration de la biodiversité. On est en train de discuter en ce moment de comment on peut réimplanter plus de haies pour amener une évaluation des écosystèmes, une amélioration des écosystèmes. On est en train de regarder, je vous l'ai dit, comment on peut réduire nos impacts. Mais tout ça nécessite du temps, nécessite de l'investissement, nécessite des politiques publiques.

Et nous, on est tout prêts à accompagner ça parce qu'on est conscients aussi de nos responsabilités. Maintenant, on n'est pas prêts à ce que l'agriculture assume la totalité de ses impacts. On le sait, il y a aussi d'autres facteurs, l'urbanisation, un certain nombre d'impacts industriels. Donc, nous prendrons...

11:17
Présentateur

Mais là, vous dites quoi ? Il ne faut pas de normes de demande supplémentaire de la part de l'État ? Ça suffit ? On en a assez ?

11:24
Arnaud Rousseau

Écoutez, en tous les cas, il faut faire attention que la logorée normative qui pèse aujourd'hui sur l'agriculteur, qui la rend complètement incompréhensible. Il y a tellement de normes aujourd'hui que pour un agriculteur de bonne foi, c'est devenu intenable. Mais en revanche, quand on parle du dérèglement climatique, quand on parle de l'effondrement de la biodiversité, évidemment, il faut continuer à ce qu'on les accompagne. Ce n'est pas nécessairement la norme ou l'obligation. Ça peut être aussi un certain nombre d'indicateurs qui montrent comment on peut évoluer.

Je veux dire aussi qu'entre le moment où cette enquête a été faite et aujourd'hui, il y a un certain nombre de progrès qui ont été faits.

11:58
Présentateur

Arnaud Rousseau, vous avez parlé des revenus pour les agriculteurs. On a entendu votre slogan « Produire pour nourrir ». Vous ne faites pas de l'adaptation au changement climatique l'une de vos priorités en tant que président de la FNSEA. Pour quelles raisons ?

12:12
Arnaud Rousseau

C'est évidemment un sujet puisque nos priorités, je vous l'ai dit, c'est la souveraineté et le revenu. Et aujourd'hui, le climat, je comprends que pour vos auditeurs, ça puisse être particulier, mais le climat, c'est une constante de l'agriculture depuis toujours. On ne peut pas être agriculteur sans être directement corrélé au climat. Et donc le dérèglement climatique, les agriculteurs le mesurent depuis bien longtemps. Nos moissons, nos vendanges, nos fenaisons ont été avancés de 15 jours à 3 semaines depuis 20 ans. Donc nous l'observons. Mais ce sujet qui est devenu un sujet central de la discussion dans les médias, c'est un sujet qui est consubstantiel à l'agriculture depuis toujours.

Un agriculteur, vous le rencontrez, il va vous parler de la pluie, du beau temps, du gel. Donc ce n'est pas une priorité pour nous, c'est notre quotidien.

12:57
Présentateur

Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas s'y adapter et mettre en place un certain nombre de politiques pour cela.

13:03
Arnaud Rousseau

C'est ce que vous avez dit, pas seulement des politiques. Vous savez, les agriculteurs n'ont pas simplement besoin de politiques. Vous l'avez dit tout à l'heure dans votre introduction, je produis du tournesol chez moi, sur ma ferme. C'est une production que je n'avais pas il y a deux ans. C'est une production que j'ai mise en place parce que ça résiste mieux à la sécheresse, ça a besoin de peu d'eau pour faire son cycle végétal. Et donc les agriculteurs s'adaptent.

S'adaptent dans leurs assolements, dans les parcelles qu'ils cultivent, s'adaptent aussi avec un certain nombre de moyens, mais ont aussi besoin de recherche et d'innovation pour pouvoir demain être plus performant et mieux résister à ces changements.

13:33
Présentateur

Sur ce thème, il va nous parler de céréales d'ailleurs. Denis nous appelle du département de l'Oise. Bonjour Denis.

13:39
Invité

Oui, bonjour. Voilà, j'ai entendu le président de la FNSEA dire que les gens qui habitaient la réalité n'avaient aucune notion de rotation concernant les saisons. Mais nous sommes quand même témoins et nous avons acquis une expérience, je pense juste... Alors je prends un exemple. Le maïs qui est considéré comme une céréale très demandeuse en haut, ça a été une catastrophe au niveau de la production l'année dernière par manque d'eau. Et je constate cette année que le maïs est encore omniprésent. Je précise, je ne l'ai peut-être pas dit que j'habite à la région de Picardie, très bien radiaire. Et je constate que le maïs est omniprésent.

On arrose en journée, alors qu'on est dans une période de sécheresse, je peux vous dire que je constate que l'eau s'évapore avant d'atteindre la terre. Il y a quand même certaines précautions à prendre. Par exemple, envisager des CRL beaucoup plus rustiques, peut-être moins productifs, tels que le surgoût. Pourquoi ne pas réfléchir justement à l'idée de plantes plus résistantes à la sécheresse et aux canigules qui vont devenir de toute façon, avec le temps, récurrentes ?

14:57
Présentateur

Merci à vous, Denis, pour cette question. Arnaud Rousseau vous répond.

15:01
Arnaud Rousseau

Oui, absolument. Je crois que Denis a raison. L'adaptation s'opère. Je voudrais dire à Denis que cette année, la solde de maïs en France est la plus faible que nous ayons constaté depuis bien longtemps. Donc j'expliquais que les gens étaient en train de s'adapter. Et votre auditeur faisait référence au surgoût. Je viens d'en implanter chez moi pour la première fois. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas de renoncement en agriculture. Le sujet du climat, nous allons devoir l'affronter en face.

15:27
Présentateur

Donc vous êtes en train de vous dire qu'il faut planter moins de maïs en France. C'est ce qui est d'ailleurs en train d'être fait ?

15:30
Arnaud Rousseau

Non. Je vous dis qu'aujourd'hui, en fonction des régions et des moyens dont on dispose, l'agriculture s'adapte. Le maïs, on en a besoin. C'est une plante importante.

15:38
Présentateur

Vous avez dit que cette année, il y a moins de plantations que l'année dernière.

15:40
Arnaud Rousseau

Oui, c'est exact. Les chiffres montrent que cette année, on a moins de maïs parce que les agriculteurs s'adaptent. Je ne dis pas par ailleurs que nous n'avons pas besoin de maïs et que le maïs est une plante qui, au kilo de matière produit, utilise assez peu d'eau. Il y a d'autres sujets d'ailleurs sur le maïs, mais par rapport à la question de votre auditeur, ce qui est important et le message que je veux passer, c'est que les gens s'adaptent. Parce que les agriculteurs, à la fin, s'ils ont peu ou pas de production, ils n'ont pas de chiffre d'affaires, pas de résultats et ils ne peuvent pas vivre. Donc ils s'adaptent. Ils le font partout. Mais tout ça prend aussi un peu de temps.

On est sur du vivant. On ne peut pas le faire du jour au lendemain, mais on s'adapte.

16:12
Présentateur

Sur l'eau, une quinzaine de départements, quasiment le double par rapport à juin dernier, sont déjà en situation de crise sécheresse. Il y a dans ces départements des restrictions d'eau. Est-ce que cela va avoir un impact sur la production cette année ? Est-ce que la situation est pire que l'an dernier, Arnaud Rousseau ?

16:28
Arnaud Rousseau

C'est très disparate. Vous avez des endroits évidemment qui sèchent, qui souffrent très fortement de la sécheresse. Je pense notamment aux Pyrénées-Orientales. Mais vous avez d'autres régions en ce moment qui ont des pluies incessantes. Je discutais avec une éleveuse de l'Aveyron qui m'expliquait hier qu'elle a du mal à rentrer ses foins parce qu'il pleut quasiment tous les jours. Un viticulteur de l'Hérault, proche de Montpellier, me disait aussi qu'il pleuvait. Donc la situation est très disparate. Ce qui est sûr, c'est qu'on a des impacts du climat de plus en plus fort, sécheresse, gel, pluviométrie.

Et la question centrale pour nous, c'est la question de l'eau et notamment de son stockage. Il n'y a pas d'agriculture sans eau. Et l'eau est un sujet de souveraineté depuis toujours. Donc on a besoin, dans ces conditions, de discuter dans la planification écologique de la manière dont on pourra mieux utiliser l'eau pour continuer à produire et produire durablement.

17:13
Présentateur

Sur la relation entre agriculture et écologie, vous alertez Arnaud Rousseau sur une inquiétante, je vous cite, « hystérisation du débat ». Il y a eu cette action de militants écologistes dimanche dernier au sud de Nantes. Ils ont arraché des plantes muguées, des tuyaux pour les remplacer par du sarrasin. Ils dénoncent l'accaparement des terres. Derrière cette manifestation, il y a un collectif qui regroupe notamment les soulèvements de la terre. Une plainte a été déposée lundi par une fédération de maraîchers. Qu'est-ce que vous attendez des pouvoirs publics ?

17:40
Arnaud Rousseau

On attend plusieurs choses. D'abord, on attend le respect de l'état de droit. Nous n'avons pas compris les raisons pour lesquelles les forces de l'ordre qui étaient présentes lors de cette manifestation à proximité de Nantes ne sont pas intervenues. Non pas durant la manifestation, puisque le droit de manifester est un droit acquis, mais lors des dégradations. La deuxième chose, c'est que... Ils ont laissé faire, c'est ce que vous dites ? Absolument. Et les agriculteurs en ont assez, assez, de voir un certain nombre de leurs biens détruits. La question de l'écologie par ailleurs est une question sérieuse, auxquelles l'agriculture veut contribuer.

Je vous ai dit que la FNSEA voulait repasser un pacte avec la société. Donc nous sommes prêts à parler de ces sujets, mais on ne peut pas accepter, un, les atteintes aux biens. Et je le dis parce que le syndicalisme, parfois, a eu aussi des problématiques de ce niveau.

18:26
Présentateur

Il y a eu le lot de préfectures sous préfectures, d'administrations dégradées, effectivement.

18:29
Arnaud Rousseau

Je veux être sans détour. Nous n'acceptons pas la violence de quelque nature qu'elle soit. Et je dis aussi que dans le moment de forte tension dans lequel on est, les pouvoirs publics doivent agir rapidement. Je le dis parce que si nous appelons à la raison et au calme, un certain nombre de nos adhérents n'en peuvent plus et nous disent nous n'allons pas tenir si durablement des gens viennent détruire nos biens et que l'État n'intervient pas. Donc je me réjouis d'avoir appris hier que la Première Ministre allait procéder à la dissolution de cette association qui détruit. Et par ailleurs, je dis aux gens qui s'intéressent à cette question de l'écologie, que nous sommes prêts à en discuter.

19:01
Présentateur

Deux élus d'Europe Écologie Les Verts, Sandrine Rousseau et Marine Tondelier, ont été insultés en début de semaine par des vignerons. C'était dans le département de l'eau d'insultes sexistes. Qu'est-ce que vous avez pensé de cette action ?

19:11
Arnaud Rousseau

Écoutez, je ne suis pas très fier de ça. Mais par ailleurs, je vous expliquais avant que le niveau de tension est tel que cette action, si elle n'est pas acceptable sur le plan du vivre ensemble, elle est compréhensible sur le plan de l'exaspération.

19:28
Présentateur

C'est compréhensible d'insulter des élus qui viennent vous rencontrer ? Je vous ai dit...

19:33
Arnaud Rousseau

J'ai mal compris. Je redis, je reprécise que ce type d'action, on ne peut pas, si on veut vivre ensemble, insulter les gens et faire en sorte d'utiliser la violence. Donc il n'y a pas d'ambiguïté. Ce que j'essaie de vous expliquer, c'est que le degré de tension et d'exaspération du monde agricole qui se traduit par ce genre d'acte que je ne cautionne pas, est aujourd'hui à son paroxysme. Et que si on n'intervient pas rapidement avec des mesures fortes, on va avoir ce type d'événement qui se multiplie. J'ai appelé à la raison, j'ai appelé à l'échange, mais je redis.

20:04
Présentateur

Est-ce que vous pourriez rencontrer Marine Tondelier, par exemple ?

20:06
Arnaud Rousseau

Je parle à tout le monde. La FNSEA parle à tout le monde. Mais moi, j'attends aussi de Marine Tondelier qu'elle soit très claire pour dire « Je ne cautionne pas les actions des soulèvements de la Terre », ce qu'elle ne fait pas. Et donc vous ne voulez pas la rencontrer prochainement ? Ça serait un exemple de dialogue ? Je vous ai dit que j'étais prêt à parler avec tout le monde. Donc je suis prêt à parler avec Marine Tondelier comme avec n'importe qui, pour peu qu'on soit très clair sur la dénonciation des actes de violence, ce que je viens de faire sur votre antenne.

Et quand Mme Rousseau, Mme Tondelier viennent chercher les images, je leur dis que si on discute, on peut le faire de manière apaisée et qu'on n'a pas besoin des caméras pour le faire.

20:42
Présentateur

Magali nous appelle de Nantes. Bonjour Magali.

20:45
Auditeur

Bonjour, bonjour France Inter. Bonjour Monsieur le Président. J'ai une question. Je suis fille unique. Mes parents sont viticulteurs dans le Bordelais. À 30 minutes de Saint-Emilion, c'est une toute petite exploitation. Aujourd'hui, triste de constater que ça fait trois ans qu'ils ne vivent pas de leur activité. Ils ont plus de charges que de recettes. C'est très malheureux et ils sont des milliers comme ça. On a des suicides, on a des gens qui sont silencieux face à cette crise. Ils ont créé un comité. Aujourd'hui, la seule chose que l'État leur propose de financer, c'est un plan d'arrachage avec un blocage des terres pendant 20 ans.

Où pendant 20 ans, ils ne pourront absolument rien faire de ces terres, ni les vendre, ni les exploiter. Est-ce que c'est ça la solution pour la souveraineté alimentaire, pour les petits viticulteurs ? J'entends que la SNSA parle à tout le monde. L'agriculture doit s'adapter. Mais aujourd'hui, elle met à mal tout le patrimoine de ces petits viticulteurs. Sur l'exploitation de mes parents, on est quatre générations. Aujourd'hui, dans deux ans, il n'y aura plus de vignes. Parce qu'ils vont les arracher, tout simplement.

21:51
Présentateur

Parce que, Magali, la production se vend moins bien ?

21:54
Auditeur

Elle se vend moins bien. On pense que le bordelais, c'est que des pesticides, alors que malheureusement, les pesticides, il y en a partout. Et qu'évidemment, il y a une régulation de ces pesticides que mes parents, ils limitent au maximum, parce que ça leur coûte cher, ces pesticides, et que ça ne nous plaît pas d'empoisonner la population, ce qui n'est pas le cas.

22:11
Présentateur

Merci à vous, Magali. On avait un reportage tout à l'heure dans le journal de 8h, tout près de Libourne. Arnaud Rousseau vous répond.

22:16
Arnaud Rousseau

Oui, d'abord, je voudrais dire à Magali que ce qu'elle vit et ce que vivent ses parents, malheureusement, c'est des choses que j'entends et que je constate tous les jours, évidemment en viticulture, mais aussi en élevage et dans d'autres productions, que le bordelais, ça n'est pas simplement quelques grands châteaux, c'est aussi beaucoup de petites exploitations familiales, avec cet ancrage et cette tradition qui traversent une crise sans précédent, parce que, là encore, nous avons des sujets d'importation, nous avons des sujets de consommation. C'est un sujet, Magali l'a dit, c'est aussi un sujet patrimonial, identitaire de ce qu'est la production de notre pays. Et donc, nous oeuvrons.

L'État apporte une réponse qui est l'arrachage. Elle est une réponse nécessaire à certains endroits, mais pas suffisante. Il faut qu'on puisse accompagner le drame d'un certain nombre d'exploitations de cette nature. Magali est du Bordelais, on vit la même chose dans le Languedoc ou dans d'autres régions françaises.

23:06
Présentateur

Question de Sophie sur l'installation de jeunes agriculteurs. Les jeunes qui veulent s'installer ne trouvent pas de terre, ni à louer, ni à acheter. Et ça fait écho au débat actuel à l'Assemblée sur le zéro artificialisation des terres. Proposition de loi examinée cette semaine.

23:22
Arnaud Rousseau

Oui, alors on a un sujet évidemment de foncier. Une bonne nouvelle, si je puis me permettre, c'est que près de 116 000 agriculteurs vont partir en retraite dans les 5 ans. Donc on devrait avoir de la place, de la place pour installer, de la place pour conforter. Et donc il faut regarder comment, et c'est tout le travail que font notamment les jeunes agriculteurs, mais comment on peut mieux mettre en relation des gens qui vont cesser leur activité avec des gens qui ont un projet et qui veulent s'investir. Moi je trouve que c'est une difficulté, mais c'est aussi une bonne nouvelle de voir que des jeunes s'intéressent à la production et veulent finalement en faire leur métier.

23:58
Présentateur

Un mot de l'inflation, Arnaud Rousseau, le rythme de la hausse des prix est passé de 5,9 en avril à 5,1% au mois de mai sur un an. Mais l'inflation reste élevée dans l'alimentaire, c'est 4,3% au mois de mai. Pourtant il y a de nombreuses matières premières qui baissent. Comment est-ce que vous expliquez que les choses mettent tant de temps à se répercuter ?

24:16
Arnaud Rousseau

D'abord parce qu'il y a le cycle des saisons, et que évidemment quand vous produisez du blé, quand vous produisez du colza, quand vous produisez des animaux, vous avez un cycle des saisons. Ensuite parce qu'il y a eu des négociations commerciales qui ont constaté l'inflation que nous avions vécue en 2021-2022. Ce que je comprends, mais nous l'avions annoncé, c'est qu'un certain nombre de produits vont baisser et sont en train de baisser. Mais je veux revenir à ce qu'est la difficulté, c'est que pour le monde agricole, quand vous achetez une baguette de pain qui vaut 1,05€, le blé c'est près de 7 centimes. Et donc le sujet de la matière première agricole n'est pas le seul sujet.

Nous, nous voulons protéger la matière première agricole et faire en sorte que les Français puissent acheter de la production française de qualité. Donc nous devons ajuster le prix pour qu'ils y aient accès, et nous devons veiller à ce que les agriculteurs vivent de leurs produits.

25:06
Présentateur

Il pourrait y avoir des baisses de prix sur les légumes, par exemple les légumes frais, ou ça c'est exclu ?

25:12
Arnaud Rousseau

Alors, il y a un certain nombre de prix de produits qui vont baisser, sur les légumes ce sera plus compliqué, parce que la sécheresse rend leur production plus difficile, parce que quand par exemple l'huile d'olive continue à monter, c'est parce qu'on a des problèmes de production. Mais je veux le redire, la souveraineté, le renouvellement des générations et l'accès à une qualité d'alimentation pour discuter avec la société, ça reste nos fondements.

25:34
Présentateur

Merci à vous Arnaud Rousseau, président de la FNSE, invité de France Inter, ce matin, excellente journée à vous. Merci.

Arnaud Rousseau, président de la FNSEA : "N'importons pas l'alimentation que nous ne voulons pas" — Arnaud Rousseau · Pourquijevote