Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air (sur YouTube)· 2 avril 2025 10 min

Marine Le Pen : "la tyrannie des juges" - C dans l’air - l’invité - 02.04.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ma peau est douce en 5 minutes. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". La polémique s'installe et le débat politique s'embrase depuis la condamnation de M.Le Pen.

Le RN condamne "la tyrannie des juges". Il met en cause une justice politique qui vise à empêcher le RN et M.Le Pen de se présenter à la présidentielle.

Le parti appelle à la mobilisation pour "défendre la démocratie". Ce sera dimanche. Avec nous, E.Sire-Marin.

Vous êtes magistrate honoraire, vice-présidente de la Ligue des droits de l'homme. On l'a appris hier: le procès en appel de M.Le Pen pourrait se tenir à l'été 2026.

Ca veut dire que la justice prend en compte la pression politique? - E.Sire-Marin: Ca veut dire que c'est le parquet qui audience les affaires.

En France, le parquet n'est pas indépendant. Monsieur Darmanin a déclaré que tout devait aller très vite. Le jour même, on a appris que l'affaire était audiencée beaucoup plus vite que dans les autres affaires économiques et financières, telles que celles de Balkany, Sarkozy, Cahuzac.

Pour aller en appel, il fallait à peu près 2 ou 3 ans. Là, on mettra nettement moins...

A peu près 1 an. - C.Roux: La gestion d'un calendrier judiciaire dépend du parquet et est politique? - E.Sire-Marin: Oui.

Le parquet n'étant pas indépendant, il dépend du garde des Sceaux. On a compris qu'il fallait aller vite pour que la cour d'appel revoie la copie dans un sens ou dans un autre. - C.Roux: En appel, on remet tout à zéro? - E.Sire-Marin: Oui, c'est l'effet dévolutif.

On a un arrêt de cour d'appel qui remet tout à zéro. Ensuite, on a appris par le premier président de la Cour de cassation que la fin de cette procédure pourrait avoir lieu en janvier 2027. Tous les avocats vous diront que c'est très étonnant.

On aimerait tous que ce soit comme ça pour tous. Ca mettra pour M.Le Pen 2 ans, 2 ans et demi pour tout le parcours judiciaire, tribunal correctionnel et Cour de cassation.

En principe, toutes les autres affaires, c'est 4 ou 5 ans. - C.Roux: Parce qu'il s'agit de l'élection présidentielle au suffrage universel et qu'il faut le prendre en compte? - E.Sire-Marin: Sans doute. - C.Roux: En tout cas, ils ont décidé de le prendre en compte.

Vous avez entendu les critiques. Vous avez entendu le débat politique qui s'est déporté sur "la République des juges", sur "la tyrannie des juges", qui ont l'intention d'empêcher M.Le Pen de se présenter.

Le RN estime qu'il n'a rien à se reprocher, que ces 4 millions d'euros ne sont pas du détournement de fonds publics, mais un désaccord administratif. Qu'en pensez-vous? - E.Sire-Marin: Ca me fait penser à la phobie administrative de monsieur Thévenot, qui ne payait pas ses impôts.

Ce n'est pas une erreur administrative. Il y a un refus de reconnaître que la loi dit que même si on ne met pas d'argent dans sa poche, même si ce n'est pas à son profit personnel, même si les gens travaillent, c'est un détournement de fonds publics. C'est ça qui a motivé beaucoup de choses. - C.Roux: "Tyrannie des juges", "jugement politique"... - E.Sire-Marin: Les juges appliquent la loi, votée par les députés, dont M.Le Pen.

L'Etat de droit, ce n'est pas une opinion. C'est véritablement une nécessité constitutionnelle. - C.Roux: Ecoutez ce que dit le RN.

C'était J.-P.Tanguy. - J.-P.Tanguy: Il y a désormais des juges tyrans, qui exécutent l'Etat de droit en place publique.

Voilà les magistrats qui refusent à M.Le Pen le droit effectif à l'appel, à la présomption d'innocence. Voilà des magistrats qui refusent à M.Le Pen d'être candidate en appliquant l'esprit d'une loi postérieure aux faits reprochés.

Voilà des magistrats qui criminalisent le droit à la défense, aggravant une peine car M.Le Pen avait le seul tort de faire valoir son innocence. Voilà des magistrats qui laissent envoyer hier à toute la place parisienne et à nos adversaires le jugement que nous avocats n'ont eu que ce matin.

Voilà des magistrats qui, dans ce jugement, avouent que la candidature, l'élection de M.Le Pen, serait un trouble à l'ordre public. - C.Roux: Alors? - E.Sire-Marin: C'est étonnant.

La plupart des politiques condamnés, locaux, nationaux, ont été condamnés quand ils sont déclarés coupables à une peine automatique d'inéligibilité. Elle est automatique pour beaucoup, l'exécution provisoire. Il dit qu'il n'y a pas d'Etat de droit, pas de droit de recours.

Mais il y a un droit d'appel. Là où on pourrait débattre, c'est que ce serait bien il y ait une possibilité de recours devant le premier président de la cour d'appel, comme en matière civile, mais pour tout le monde. Cette exécution provisoire s'applique à tout le monde. - C.Roux: Pas uniquement aux politiques? - E.Sire-Marin: Evidemment pas. - C.Roux: Vous avez entendu l'ensemble de la classe politique, une partie, qui dit qu'il faut changer les règles du jeu.

Elle propose de faire une loi pour ne pas qu'il y ait d'automaticité dans les peines d'inéligibilité quand il y a détournement de fonds publics, notamment. Qu'en pensez-vous? - E.Sire-Marin: Ce que monsieur Ciotti a dit, dans sa niche parlementaire en 2025, c'est qu'il ferait voter une loi dans laquelle il n'y aurait pas d'exécution provisoire.

Il ne veut pas enlever l'automaticité. Ce que je crois, c'est que si c'est ça, on est dans une régression démocratique problématique. Depuis 30 ans, il y a eu des affaires, Cahuzac, Tapie, Fillon...

On a eu un Parquet national financier. Ensuite, on a eu des lois transparence de la vie publique, corruption, 2016, 2017...

Tout ça, on l'a. C'était un progrès, pourquoi? Dans la belle enquête "Fracture sociale" d'Ipsos, on nous dit que 75 % des Français pensent que, comme en matière d'agressions sexuelles, la justice répond à l'évolution de la société.

Si on fait ça, une loi d'immunité pour les politiques, qui ne sera pas une loi Ciotti, mais une loi Le Pen-Bayrou. Bayrou est concerné. S'il y a une loi qui dit qu'il n'y a pas d'exécution provisoire quand on est politique, ça s'appliquera aussi à lui.

Les lois pénales plus douces s'appliquent immédiatement. C'est très problématique. - C.Roux: Vous iriez jusqu'à dire que c'est inquiétant? - E.Sire-Marin: Oui, pour l'Etat de droit.

On ne peut pas s'auto-immuniser, se voter des lois à soi-même et pas pour les autres. - C.Roux: Le Premier ministre dit s'exprimer comme "citoyen". - E.Sire-Marin: Même comme citoyen, l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme, c'est "tout le monde est égal devant la loi". - C.Roux: Vous entendez la critique portée notamment par la droite pour des magistrats qui seraient de gauche.

D.Lisnard dit qu'il faut interdire la magistrature. Il leur demande de rester dans leur rôle.

Il a appelé, dans le passé, à faire barrage au RN. Le tribunal correctionnel a statué. - E.Sire-Marin: Le RN ne se serait pas gêné pour récuser un juge ou plusieurs juges.

S'il n'y a pas de difficultés avec ces juges, ce sont des juges impartiaux....

Sinon, il y a une procédure. Le syndicat de la magistrature, c'est une très vieille idée du RN, qui veut l'interdire. C'est un droit de se syndiquer.

Nous sommes formés, nous, les juges, à être impartiaux. Les juges sont des citoyens, votent, mais quand ils sont juges, dans la salle d'audience et en délibéré, ils appliquent le droit, c'est tout. C'est ce qui a été fait.

Le tribunal a appliqué le droit. - C.Roux: Le RN appelle à une mobilisation dimanche pour défendre la démocratie.

Ils mettent le vote du peuple au-dessus, d'une certaine manière, de la décision des juges. - E.Sire-Marin: C'est ce qu'a dit monsieur Darmanin pendant le procès de M.Le Pen, comme monsieur Mélenchon.

Ce qui compte, c'est le vote des citoyens. Oui, mais dans notre démocratie, il y a une séparation des pouvoirs. Il faut admettre que les politiques sont aussi sous le coup de la loi.

La Déclaration des droits de l'homme nous dit: "Une société qui n'a pas de séparation des pouvoirs n'a pas de Constitution." Les politiques sont aussi sous le coup de la loi. - C.Roux: Merci beaucoup.

Vous êtes magistrate honoraire et vice-présidente de la Ligue des droits de l'homme. M.Le Pen a lancé des recours au Conseil constitutionnel, à la Cour européenne des droits de l'homme.

Qu'est-ce qu'elle peut en espérer?

Marine Le Pen : "la tyrannie des juges" - C dans l’air - l’invité - 02.04.2025 — Marine Le Pen · Pourquijevote