Ultimatum lancé au gouvernement, élections européennes, guerre en Ukraine... Le "8h30 franceinfo" de Marine Le Pen
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Marine Le Pen. Bonjour. Nous sommes le 30 mai. Le 30 mai, c'est la date butoir de l'ultimatum que vous aviez fixée au gouvernement pour déposer un projet de loi de finances rectificatif pour 2024, ce qu'il n'a pas fait. Est-ce que vous allez donc tenter de renverser le gouvernement via une motion de censure ?
Oui, la motion de censure sera déposée vendredi et elle sera débattue lundi.
Vous appelez toutes les oppositions à voter, qu'elles soient de gauche comme de droite ?
Oui, bien entendu. Si on pouvait arrêter avec le sectarisme de la France Insoumise et de LR qui choisissent en réalité de leur vote en fonction de la personne qui dépose une motion de censure, il s'agit de censurer le gouvernement. Si on considère que le gouvernement doit être censuré, et c'est le cas, puisque tout à fait évidemment il y a eu des mensonges éhontés qui ont été faits au moment du projet de loi de finances, eh bien il faut voter cette motion de censure. En tout cas nous c'est comme ça qu'on se comporte et donc nous voterons bien entendu notre propre motion de censure mais aussi celle de la France Insoumise.
10 milliards d'euros d'économie dès cette année, 20 milliards l'année prochaine pour rattraper le déficit. Qu'est-ce qui vous pose problème ? C'est le fait de faire autant d'économies ?
Ce qui me pose problème c'est d'abord qu'ils ont créé 850 milliards de dettes en l'espace de 7 ans. C'est quelque chose d'absolument délirant.
Il y a eu des crises entre temps ?
Non, non, non, même hors crise, ils avaient réussi à créer une dette qui est spectaculaire et les autres pays européens par ailleurs n'ont pas aggravé leur endettement dans les mêmes proportions qu'Emmanuel Macron. Donc ils ont mis le pays dans une situation véritable de ruine dans laquelle les marges qui sont laissées aujourd'hui se réduisent comme peau de chagrin parce que la charge de la dette est d'ores et déjà de 50 milliards par an et elle sera de 74 milliards en 2027. Est-ce qu'on se rend compte de ce que c'est ? C'est quand même le budget de la défense et le budget du ministère de l'Intérieur en même temps.
Et donc il faut faire des économies Marine Le Pen. Là-dessus vous êtes d'accord avec le gouvernement ? Alors il y a différentes choses qui sont mises en place.
Oui mais on n'est pas du tout d'accord sur les économies à faire, vous comprenez bien. Nous taper en permanence sur les français, taper sur les salariés, taper sur les employés, taper sur les ouvriers, ce qui est aujourd'hui devenu l'exercice préféré du gouvernement, ça n'est pas admissible.
Alors justement prenons un exemple, celui de la réforme de l'assurance chômage. Un décret est prévu pour le 1er juillet pour faire des économies dans les faits et rebooster l'activité selon le gouvernement. Presque 4 milliards d'économies pour l'assurance chômage une fois la réforme passée. C'est une bonne opération ?
Mais non mais c'est insupportable, c'est un impôt déguisé en réalité. Je suis désolée mais c'est un impôt déguisé. C'est-à-dire qu'à partir du moment où le chômage commence d'ailleurs à remonter, que le nombre d'emplois disponibles baisse et que l'on fait cette purge, parce que c'est une purge, c'est un système assurantiel. Or on sort du système assurantiel pour en réalité mettre en place un impôt supplémentaire.
Et le gouvernement dit qu'il veut rebooster l'activité en passant par cette réforme ?
Non mais ça ne fonctionne pas, ils ont déjà défendu cet argument. Ils ont fait deux réformes de l'assurance chômage sur la base de ce même argument. Or on voit bien que ça n'a eu aucune influence sur le nombre de chômeurs. Aucune. C'est juste, il s'agit juste de récupérer 4 milliards sur un système qui est un système excédentaire, ce qui d'ailleurs est une bonne nouvelle. Et comme il est excédentaire, eh bien ils vont pomper cet argent en rompant le contrat de confiance en réalité. Parce que normalement, quand il y a un excédent, ça devrait entraîner une baisse des cotisations. C'est ça un système assurantiel.
Or là, non seulement il n'y a pas de baisse des cotisations, mais de surcroît, ils vont voler en quelque sorte l'excédent en mettant en place des mesures qui contractent considérablement l'indemnisation du chômage. Le pire étant pour les seniors. Les seniors, je veux dire, ils vont se faire taper extrêmement violemment par ces mesures. Ça veut dire qu'en réalité, on va avoir une cohorte de cinquantenaire au RSA sur le marché.
Marine Le Pen, vous nous avez dit que vous vouliez défendre les travailleurs, les demandeurs d'emploi. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui se demandent pourquoi vous avez voté contre la hausse du SMIC, contre l'indexation des salaires sur l'inflation ou encore contre la hausse de la rémunération des fonctionnaires ?
C'est argument de la France Insoumise. Ce n'est pas ce qui, c'est la France Insoumise qui... Non, non, mais parce qu'à un moment donné, il faut dire quelque chose à la question. Non, mais qu'est-ce que vous répondez alors ? Je veux dire pourquoi ? Parce que nous avons une autre proposition. L'augmentation du SMIC, c'est une augmentation qui est imposée à l'ensemble des entreprises, de manière péremptoire en quelque sorte. Il y a énormément d'entreprises qui ne peuvent pas supporter des PME, des TPE, une augmentation du SMIC avec évidemment l'augmentation des charges afférentes.
Ils n'en ont pas les moyens et ça entraînerait des défaillances d'entreprises supplémentaires alors que les défaillances d'entreprises ont déjà augmenté de près de 50% en 2022 et de 36% en 2023. On peut peut-être arrêter quand même la purge de nos entreprises françaises. Nous, ce que nous proposons, c'est un contrat gagnant-gagnant aux entreprises. Si vous le pouvez, on vous propose d'augmenter tous les salaires de 10% jusqu'à 3 fois et demi le SMIC, ce qui inclut les classes moyennes d'ailleurs, et évite la trappe à pauvreté et la SMIC-ardisation dont parlait le gouvernement. Et en contrepartie, eh bien, on gèle pendant 5 ans la hausse des charges afférentes.
Mais là, on va vous dire que c'est encore des cadeaux aux entreprises, c'est ce qu'on vous répond. Là, on vous demande pourquoi vous ne positionnez pas la baisse de charges. Non, ce n'est pas une baisse de charges.
Le gel. Oui, d'accord, mais c'est un gel, ça veut dire qu'en réalité, on renonce pendant un temps de 5 ans à une recette, mais on ne crée pas une dépense supplémentaire. Mais c'est important, pourquoi ? Parce que quel est l'objectif ? C'est d'augmenter les salaires. Et ce n'est pas un cadeau d'augmenter les salaires d'ailleurs. C'est une nécessité absolue parce que les salaires en France sont beaucoup trop bas.
Et donc, c'est pareil pour la hausse de la rémunération des fonctionnaires auxquels vous vous êtes opposés ?
D'ailleurs, on ne s'est pas opposés parce que, pour le coup, sur le dégel du point d'indice, nous étions d'accord. Donc, nous, on essaie d'être juste. Mais on fait aussi avec la situation absolument épouvantable qui est la conséquence de la politique d'Emmanuel Macron, qui était censée, je le rappelle, être un Mozart de la finance et qui, en réalité, a des chiffres qui sont les pires chiffres historiquement de notre pays en matière de déficit du commerce extérieur, en matière de niveau des impôts, en matière d'endettement, en matière de productivité du travail et j'en passe et des meilleures.
Marine Le Pen, on a rappelé vos différentes positions par rapport aux augmentations de salaires, à l'indexation des salaires sur l'inflation. Au niveau européen aussi, c'est intéressant de voir ce que vous votez, Jordan Bardella, est le seul parmi les candidats actuels à s'être opposé à la directive visant à rendre les salaires minimaux plus adéquats, plus décents en Europe. Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que le texte, en fait, il permettait d'avoir de meilleures conditions de travail, il permettait à tous les travailleurs européens de vivre de manière plus décente.
Le SMIC européen est une escroquerie. Disons les choses clairement. Le SMIC européen est une escroquerie. Même si on met un SMIC, il sera évidemment individualisé en fonction de chacun des pays. Ça veut dire qu'il sera deux à trois fois inférieur dans un certain nombre de pays par rapport au SMIC français. Et que donc la concurrence qui est créée par ces pays, notamment par l'intermédiaire du travail détaché, n'est absolument pas réglée. Moi, ce que je ne supporte pas, c'est le mensonge. Ils ont dit qu'on va faire un SMIC européen, ça va régler le problème de la concurrence, notamment au travers du travail détaché. C'est faux. Non, mais c'est faux. C'est évaluer un niveau de vie. C'est faux.
Donc c'est bien. C'est très bien qu'un certain nombre de citoyens dans un certain nombre de pays membres de l'Union européenne aient un SMIC. Tant mieux pour eux. Mais moi, je ne vois pas en quoi ça a une conséquence sur la situation des salariés, des travailleurs français. Et c'est ça qui m'intéresse, pardon, de penser à eux.
Marine Le Pen, depuis l'Allemagne, Emmanuel Macron a parlé de vous cette semaine, puisqu'on a dix jours tout pile des européennes. Il met en garde les Français, les Européens contre la montée de l'extrême droite.
Cette tendance n'est pas une tendance, c'est une réalité en Hongrie. Cela a été une réalité jusqu'à l'élection formidable en Pologne. Et partout dans nos démocraties, ces idées prospèrent, poussées par les extrêmes et en particulier l'extrême droite. Ce vent mauvais souffle en Europe, c'est une réalité. Alors réveillons-nous.
Pour Emmanuel Macron, vous n'êtes toujours pas un parti comme les autres. Vous êtes une menace pour la France et l'Europe. Qu'est-ce que vous lui répondez ? On est en semaine B, quoi.
En semaine A, on est un parti républicain. En semaine B, on n'est pas un parti républicain avec Emmanuel Macron. Ça change, ça tourne. Il suffit d'attendre deux, trois jours. Il essaye de mobiliser le peu d'électeurs qui lui restent. Mais justement, les peuples européens sont en train de se réveiller. C'est pour ça que nous sommes donnés à plus de 30. C'est pour ça que nos amis du Vlaams Belang flamand sont donnés à plus de 30. C'est pour ça que les néerlandais de Gardewilders sont donnés à plus de 30. C'est pour ça que les autrichiens du FPO sont donnés à plus de 30. C'est pour ça que, voilà, que oui, ils se réveillent.
Ils ont pris conscience, les peuples européens, qu'on les a invisibilisés, qu'on leur a retiré en réalité le pouvoir de décider et que les politiques qui leur sont imposées par l'Union européenne, bien souvent en ayant capté d'ailleurs des compétences que les traités n'avaient pas accordées à la Commission européenne,
eh bien, aujourd'hui, est une souffrance. Tous ces partis dont vous parlez, on voit d'un très mauvais oeil historiquement l'Union européenne et on vous accuse souvent, dans le débat public, Marine Le Pen, le Rassemblement national, de préparer un Frexit caché. Est-ce que c'est le cas ?
Mais absolument pas. Cet argument est très faible. Je vais être un peu cruel, je le trouve indigent. Je vais vous dire pourquoi. Parce que contester le fonctionnement de l'Union européenne n'entraîne pas obligatoirement le fait que nous voulions sortir de l'Europe. C'est ridicule. Parle facilement, ça va sortir pendant longtemps. En 2017, vous le vouliez. Non, mais on va revenir point par point. Mais ça veut dire qu'on ne peut pas contester la politique d'Emmanuel Macron sans vouloir sortir de la France. Mais enfin, je veux dire, c'est une contestation du processus démocratique de base. Non, non, mais si on vous pose la question, encore une fois,
c'est parce que, historiquement, le Rassemblement national a contesté l'appartenance...
On a parfaitement le droit de contester le fonctionnement de l'Union européenne, de vouloir en changer les règles, de vouloir peser pour que les politiques toxiques s'arrêtent, pour réorienter l'Union européenne sans vouloir en sortir.
Sortir, par exemple, du marché européen de l'électricité, ça peut se faire sans sortir de l'Union européenne.
Vous savez très bien que nous souhaitons sortir de la tarification imposée par le marché européen de l'électricité. On va continuer à vendre de l'électricité. Mais nous vendrons de l'électricité aux Français au prix de production français et pas à un prix qui est fixé de manière un peu soviétique, il faut bien le dire, et totalement artificiel, et qui a entraîné une explosion des factures des Français. Donc on continuera à vendre notre électricité et même on la vendra beaucoup mieux. Les Allemands pourront nous acheter de l'électricité moins chère. Nous pourrions même envisager d'en acheter aux Allemands. Enfin, j'espère le moins possible compte tenu de leur prix.
C'est ça, en quoi est-ce un Frexit caché ?
Mais sur un autre sujet, vouloir une double frontière nationale et européenne, est-ce que ce n'est pas sortir de Schengen, de fait ?
Pas du tout. C'est juste revenir à l'origine de l'esprit de Schengen. L'esprit de Schengen, c'était la libre circulation des nationaux de l'Union européenne, pas du monde entier. Ce n'était pas une frontière totalement poreuse où n'importe qui peut passer. C'était un avantage, en quelque sorte.
Là, vous voulez remettre des frontières nationales. Donc, ça veut dire se mettre en infraction avec les 27.
Mais l'Allemagne le fait au moment où on se parle.
C'est des contrôles aléatoires.
Mais c'est pareil. Ça existe déjà en France. Mais c'est toujours des contrôles aléatoires, madame. C'est toujours ça. C'est comme la douane. Alors, on ne voit pas ce que vous proposez en plus, madame Le Pen. Mais si, il sera interdit, voilà, c'est interdit à quelqu'un... C'est quoi qui est interdit ? Non, mais si vous ne me laissez pas terminer la phrase, c'est un sujet vers complément quand même, sinon on ne comprend pas. Allez-y. Il sera interdit à quelqu'un qui est étranger et qui a une autorisation de résider dans un des pays de l'Union européenne de pouvoir se balader dans l'intégralité des autres pays. Voilà. C'est la nouveauté. Ce sera interdit.
Ça veut dire que si cette personne est arrêtée, eh bien, on lui appliquera la règle qu'on applique au clandestin. Il ne sera plus considéré comme en situation légale. Et je pense que ça change tout. Et sur cette base-là, il y a évidemment des contrôles aléatoires, comme la douane volante le fait d'ailleurs, qui permet de vérifier...
Et sur quelle base, du coup, les contrôles aléatoires, Marine Le Pen ? Parce que, je prends un exemple, je vais en Italie, moi. Moi, si je vais en Italie et que je reviens en France, je peux être victime d'un contre-victime... En tout cas, je peux être... Non, madame, il y a une visée par un contrôle aléatoire ?
Non, pas du tout. Il y a des fils qui sont pour les Français et des fils qui sont pour ceux qui... Enfin, des Européens et ceux qui ne le sont pas. Où est le problème ?
Question importante, Marine Le Pen. Question politique.
Non, mais arrêtez de tirer des sourcils comme ça. Non, j'essaie de comprendre. Parce que c'est concrètement comment ça marche. Je voudrais quand même rappeler à ceux qui nous écoutent. Moi, je veux bien que la France soit née avec l'Union européenne. Mais enfin, il ne me semble pas, quand même. Avant l'Union européenne, la France existait. Il y avait des frontières. Il y a d'ailleurs des centaines de pays dans le monde qui ont des frontières et qui s'en sortent très bien. Donc, le rétablissement des frontières est réclamé par les Français. Donc, on remet des douanes, d'ailleurs, qui vient de tomber disant que 66% des Français étaient d'accord avec la proposition que nous faisons.
Oui, d'accord, mais j'essaie de savoir concrètement comment vous faites. Je pense que... Et concrètement, vous remettez des douanes aux frontières françaises ?
Mais il existe déjà des gens qui surveillent les frontières pour éviter que rentre la drogue qui est en train de submerger notre pays, les trafics et autres mafias. Ça existe déjà. Non, mais ce n'est pas pareil d'organiser des fils entre européens et non-européens. Si, même à l'intérieur, pardon, même pas des frontières, à l'intérieur de la France, il s'avère que quelqu'un est contrôlé et qu'il a des documents qui lui permettent d'être en situation légale en Italie ou en Allemagne, mais pas en France, eh bien, il sera traité comme un clandestin. Voilà. C'est aussi simple que cela. Il faut arrêter de dire aux Français, ce n'est pas possible. C'est possible. Et c'est même ce qu'ils veulent.
Et c'est ce que nous ferons.
Marine Le Pen, Emmanuel Macron estime que l'on doit permettre à Kiev de neutraliser les bases militaires, d'où la Russie tire ses missiles contre le territoire ukrainien. Faut-il permettre à l'armée ukrainienne de frapper ses bases avec des armes françaises, celles qu'on leur envoie ?
Emmanuel Macron veut que la France entre en guerre. Parce qu'entre l'annonce d'envoi des troupes et cette annonce qui, évidemment, serait un pas supplémentaire d'investissement dans ce conflit, je finis par conclure qu'Emmanuel Macron veut que la France entre de plein pied dans la guerre avec la Russie. C'est une demande ukrainienne. J'y suis opposé. Je considère que c'est créer un danger absolument faramineux sur la sécurité de nos compatriotes, sur l'intégrité de notre territoire. Donc je suis pour, évidemment, la livraison, comme nous l'avons dit depuis toujours, d'armes défensives à l'Ukraine.
Mais si des frappes contre l'Ukraine proviennent de bases qui sont en Russie, frapper ses bases, est-ce que c'est de la défense ?
Comme les Etats-Unis, comme l'Allemagne, je suis contre le fait d'autoriser l'Ukraine avec les armes qu'on lui a fournies à frapper le territoire russe.
Même si ces bases en territoire russe
servent à frapper l'Ukraine. Oui, mais ce sont des mécaniques d'entrée en guerre mondiale. Voilà. Ce sont des mécaniques d'entrée en guerre mondiale. Et je suis désolé de vous le dire extrêmement fermement, je suis opposé à tout ce qui peut créer le risque d'un conflit mondial où la France serait en plus en première ligne.
Un sommet pour la paix en Ukraine va avoir lieu dans moins de trois semaines en Suisse. Marine Le Pen, le Brésil et la Chine voulaient inviter la Russie. L'Ukraine a dit non. C'est une occasion manquée de négocier la paix ?
Bien sûr. Écoutez, c'est un peu difficile quand même de négocier la paix sans une des deux parties du conflit.
Il faut reparler à Vladimir Poutine ?
Il faut absolument retrouver le chemin d'une discussion. Pourquoi ? Parce qu'en réalité, chacun le sait d'ailleurs, tous les spécialistes le disent, il n'y aura pas de victoire militaire. Il y en a d'ailleurs de moins en moins dans le monde et dans nos temps actuels. En réalité, la seule manière de mettre fin à ce conflit, c'est de trouver une négociation et que l'Ukraine puisse arriver à cette négociation dans les meilleures conditions possibles. Et c'est pour ça qu'il faut lui apporter l'aide militaire sans envoyer de troupes, ce que Emmanuel Macron s'apprête à faire. Sauf que l'Ukraine dit aujourd'hui...
Il l'apprête manifestement à annoncer qu'on va envoyer du personnel militaire français en Ukraine. Instructeurs, Marine Le Pen ? Pas des gens pour aller combattre ? Oui, enfin, des instructeurs en nombre. Des instructeurs en nombre. Vous avez le nombre, vous ? En nombre, je vous le dis. Mais ce sera probablement plus... D'ailleurs, c'est ce que l'Ukraine dit. C'est l'Ukraine qui a révélé cela. Peut-être un peu trop tôt pour Emmanuel Macron. Qui souhaitait peut-être garder cette annonce pour la semaine prochaine. Mais je suis désolée d'éventer, de participer à éventer cette annonce. Mais elle est, là encore, un pas supplémentaire qui est inquiétant.
Non, mais vous dites qu'il faut négocier avec Vladimir Poutine. Mais quand on sait que l'armée russe, aujourd'hui, elle occupe près de 20% du territoire ukrainien, il y a la question du timing de la négociation. On le fait maintenant, là ? En sachant que les troupes occupent une grande partie du territoire ukrainien ?
D'accord, mais ça fait deux ans qu'on se dit ça. Et en deux ans, il y a eu des centaines de milliers de jeunes hommes qui ont été massacrés. Donc, je veux dire, c'est ça la vraie question. Est-ce qu'on aurait pu faire ça il y a un an ? Est-ce qu'on aurait pu faire ça il y a deux ans ? D'ailleurs, Emmanuel Macron a essayé de le faire. Pour le coup, il y a deux ans. Et je l'ai soutenu dans cette démarche-là. Mais ce qui se déroule là-bas est une boucherie. Donc, est-ce qu'on constate que la victoire ne sera pas militaire et qu'il faut rendre la guerre improbable ? Comme on dit dans le langage militaire.
Ou est-ce qu'on continue, en fait, dans une forme de guerre de cent ans où des jeunes hommes, tous les jours, vont à...
Et donc, il faudra accepter que l'Ukraine perde une partie de son territoire.
Mais ça n'est pas à moi de décider cela, madame. C'est à l'Ukraine, dans sa négociation avec la Russie. Personne d'autre ne peut décider que les deux protagonistes. Mais un certain nombre de pays peuvent tenter, encore une fois, de rapprocher les positions. Et la France ne le fait plus. C'est dommage, parce que du coup, d'autres pays le font à notre place. Et je trouve que nous ne sommes pas à la place que l'histoire nous a accordée, du coup.
Marine Le Pen, nous sommes à dix jours des élections européennes. Le Premier ministre hongrois, mis sur vous, manifestement, Victor Orban, dit ceci dans un entretien au point qui paraît aujourd'hui. L'avenir du camp souverainiste en Europe, comme de la droite en général, repose entre les mains de deux femmes, Georgia Meloni et Marine Le Pen. Et il souhaite que vous travailliez à une union après les élections européennes. Est-ce que vous y travaillez déjà actuellement ?
Ça devrait réjouir les féministes. Les féministes vont finir par voter pour moi, en fait. C'est ironique à Orban.
Oui, on a bien senti l'ironie. Après, ce qui vous évite, pour le moment, de répondre à cette question, est-ce que vous travaillez en ce moment avec Georgia Meloni, un groupe commun au Parlement européen ?
Non, mais je ne travaille pas aujourd'hui avec Georgia Meloni, mais je pense que de plus en plus, des mouvements politiques, qui sont des mouvements souverainistes en Europe, se disent que, compte tenu de la vague qui nous porte, il faut qu'on puisse parler ensemble et, effectivement, peut-être à terme, essayer de construire un grand groupe qui pourrait être le deuxième du Parlement européen et donc changer totalement, en réalité, les équilibres qui sont ceux, aujourd'hui, du Parlement européen. Donc, bien sûr que c'est un objectif.
Ce qu'on veut, c'est peser au maximum sur les décisions qui sont prises et il s'avère que, dans beaucoup de pays d'Europe, les peuples ont décidé de confier à ceux qui défendent la nation, à ceux qui défendent plus de pouvoir à la nation et peut-être moins de pouvoir à l'Union européenne, le soin de s'en occuper.
Et il n'y a pas une contradiction à faire travailler ensemble des partis souverainistes qui, par définition, défendent de manière très ferme les intérêts nationaux au sein de l'Union européenne qu'ils combattent ?
Ben non, je ne le crois pas. C'est-à-dire que vous êtes... Alors, je vais prendre votre phrase à l'inverse. Ça veut dire que vous considérez donc que l'Union européenne vise à supprimer la défense de tout intérêt national. C'est intéressant, d'ailleurs. Non, c'est de la coopération. Vous pouvez dire ça ? Ah ben voilà, c'est de la coopération. Donc, en fait, la coopération, c'est quoi ? C'est qu'on essaye de trouver les voies qui soit avantagent tout le monde, soit ne désavantagent pas, de manière trop massive, un des pays, parce qu'à ce moment-là, il aurait le droit de dire non. Mais dans le projet européen, il y avait l'idée d'une Union
toujours plus étroite. C'est pour ça que je vous pose la question. C'est écrit dans l'histoire du projet européen. C'est pour ça que je vous pose la question.
C'est d'ailleurs le problème. C'est que l'Union européenne s'est engagée dans une voie où ils sont en train de construire un État supranational qui, en réalité, vide les nations de leur pouvoir. Mais si les nations sont vidées de leur pouvoir, ça veut dire que les peuples sont vidés de leur pouvoir. C'est-à-dire que les peuples sont vidés de leur liberté à choisir pour eux-mêmes. Et ça, je crois que c'est extrêmement néfaste. Donc, les nations reviennent. Bonne nouvelle. Et le rééquilibrage va se faire. J'en suis convaincue.
Marine Le Pen, une dernière question sur une personne qui vous est proche. Elle s'appelle Marion Maréchal. Est-ce qu'elle peut revenir au Rassemblement national si elle perd les élections européennes ?
Moi, je ne fais pas de politique fiction. Je crois qu'elle ne souhaite pas revenir au Rassemblement national. Donc, par conséquent, je ne vais pas répondre à une hypothèse qui ne se pose pas. Pour l'instant, elle est tête de liste. Je sais que cette petite musique est diffusée en interne par des gens qui cherchent en interne de son mouvement. Je suis reconquête ? Par des gens qui cherchent à la gêner. Mais, en l'occurrence, elle n'a pas exprimé auprès de moi ce souhait. Et donc, il n'y a pas de raison d'évoquer cette hypothèse.
Si c'était le cas, elle serait la bienvenue ?
Vous connaissez l'expression populaire « Si ma grand-mère avait des roulettes, ça ferait un bel autobus ».
Marine Le Pen, on va vous laisser là-dessus. Vous étiez l'invité de France Info ce matin.
Marine Le Pen