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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 4 avril 2026 20 minContradictoireMixte

David Foenkinos : "Souvent, derrière la fantaisie, se cache la mélancolie"

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0:01
Invité

France Inter, Alibadou, le 6-9.

0:06
Présentateur

Et dans le grand entretien, j'ai le bonheur de recevoir un écrivain qu'on adore. Prix Renaudot pour son roman Charlotte, ses livres sont d'immenses succès de librairie. Il est également réalisateur et il publie Je suis drôle. C'est l'histoire de Gustave Bonsoir, un personnage tragi-comique qui s'essaye au stand-up et à la comédie parce que la meilleure façon d'exister, c'est d'être drôle. Je le cite, c'est formidable et drôle et c'est publié aux éditions Gallimard. Bonjour David Fonkinos. Bonjour. Et bienvenue, les auditeurs peuvent dialoguer avec vous au 01 45 24 7000 ou vous écrire sur l'application Radio France. Rien n'est plus drôle que le malheur. On trouve cet exergue dans votre livre.

Elle est signée Samuel Beckett. Qu'est-ce qu'elle veut bien dire ?

0:58
Invité

Elle veut dire que finalement, il y a deux versions à l'humour. Il y a le versant de fantaisie et puis souvent, derrière la fantaisie, se cache la mélancolie ou certaines douleurs. On parle de cette fameuse formule de l'humour comme étant la politesse du désespoir. Elle est très très juste et quand on suit le parcours de mon jeune personnage, Gustave Bonsoir, qui a la certitude... Gustave Bonsoir. Oui, c'est pas mal pour une matinale comme nom. Il a la certitude de pouvoir exister par l'humour, de pouvoir capter l'attention, de pouvoir être aimé, validé d'une certaine manière.

On va se rendre compte que c'est après une enfance difficile, un besoin nécessaire de se consoler, de se réparer par l'attention qu'il va essayer de provoquer chez les autres. Malheureusement, c'est vrai qu'il va se rendre compte qu'à part lui, personne ne rit vraiment.

1:41
Présentateur

Mais la meilleure façon d'exister, c'est d'être drôle ?

1:44
Invité

En tout cas, il sent, dès son enfance, qu'en étant drôle, il existe au monde. C'est une forme de politesse envers les autres. Il y a un déclic d'ailleurs, un jour. Oui, exactement. Il fait tomber une cuillère et puis il dit pardon à la cuillère et ses parents adoptifs hurlent de rire. Et finalement, ça peut être une drogue le rire. Il va être soumis à cette dictature de faire rire les autres. Alors plus tard, quand il va faire du stand-up, c'est vrai qu'il va se rendre compte que quand on fait une blague pas drôle, c'est aussi extrêmement violent à l'opposé de susciter ce qu'on appelle un bide.

2:17
Présentateur

Alors Gustave, bonsoir. Il faut dire un mot du nom parce qu'il est drôle et il est anachronique. Gustave, c'est Gustave Flaubert, mais c'est source d'ambiguïté dès qu'il est gamin parce que quand on lui demande si c'est en hommage à Flaubert, il dit non, non, c'est

2:34
Invité

mon lycée. C'était le lycée de sa maman, c'est pour ça qu'elle l'a appelé Gustave. Et puis il s'est rendu compte que finalement, cette réplonge ne plaisait pas. Donc il dit oui, ma mère adorait Madame Bovary.

2:45
Présentateur

Gustave, bonsoir. Il a eu une enfance douloureuse et votre livre s'ouvre sur une série d'absolument, une série de drames, mais qui font rire à force d'accumulation. Sa mère, Gustave, bonsoir. Elle meurt quand il est très jeune. Son père biologique ne l'a pas reconnu. Il est placé en foyer, adopté par un couple d'enseignants. Et je vous cite, en observant la vie de nombreux artistes, on pourrait se demander s'il y a un lien entre le chaos et le génie. Et vous donnez donc cette série d'exemples de Lennon à Picasso. Il vaut mieux avoir souffert pour avoir du talent.

3:19
Invité

Alors, j'en suis pas sûr. On peut être heureux et être un artiste. Enfin, en tout cas, je l'espère. Mais on se rend compte. Enfin, moi, j'adore lire les biographies. Je me nourris comme ça en permanence à la vie des artistes que j'admire, les trajectoires de vie. Et c'est vrai que ça m'aide peut-être aussi dans ma vie romanesque pour pouvoir construire des destinées comme celle de Gustave, bonsoir. Mais vous avez raison, le livre s'ouvre par de nombreux exemples d'artistes, de peints, de chanteurs.

3:43
Présentateur

Magritte, Modigliani, Chaplin, Frida Kahlo, la mère de Madonna est morte quand elle avait cinq ans. Même Jim Carrey, qu'on a vu récemment à la cérémonie des Césars, a vécu dans une pauvreté extrême. Ces biographies, elles vous intéressent comme matériaux ou est-ce que vous en avez fait une accumulation pour montrer une issue possible par le rire ?

4:06
Invité

En tout cas, en ce qui concerne l'humour, c'est assez impressionnant de voir à quel point cette sensibilité, cette fragilité que peuvent avoir certains comédiens, certains comiques, est issue vraiment de fêlures, parfois même de désastres et de douleurs dans l'enfance. Et c'est vrai que je trouve ça intéressant aussi. Moi, j'aime bien, dans mes romans, parler des artistes que j'aime, parler des œuvres que j'aime, raconter d'autres histoires dans les histoires qui nourrissent finalement le roman et la trame du personnage. On se rend compte que Gustave Bonsoir, finalement, rentre totalement dans cette famille. Et puis, quand il monte sur scène, il n'est pas préparé à l'échec.

Ça aussi, je trouve ça intéressant. Il y a deux types de familles. Lui, quand il fait un four devant la scène, il a l'impression que son monde s'effondre, qu'il ne vaut rien, il veut se mettre sous la couverture. Oui, on ne va pas tout déflorer. Non, mais d'autres personnes sont plus...

4:54
Présentateur

Quand il était à l'école, il faisait rire tout le monde et il ne fait rire personne

4:58
Invité

lorsqu'il est sur scène. Alors, ce n'est pas pareil. Il y a plein de comiques dans les familles, dans les entourages. Et puis après, quand il se lance sur scène, ce n'est pas la même chose. En plus, malheureusement pour lui, pour sa première scène, il passe après une fille qui est hilarante. Donc, d'une manière générale, je crois qu'il vaut mieux passer après quelqu'un de médiocre à tous les niveaux. Même quand vous avez un entretien d'embauche, ça serait pas mal de créer d'ailleurs cette société qui envoie des gens médiocres avant vous. Avant un date, avant un entretien d'embauche.

5:25
Présentateur

De David Funkinos. Avant, effectivement, chaque moment important au fil des soirées, il se rendait compte que le rire était une science exacte. On riait ou on ne riait pas. Le verdict était sans appel. L'humour est donc une vérité nette et tranchante. Et je ferme les guillemets parce que ce livre, et c'est ce qui est extrêmement fort, c'est une réflexion passionnante sur la place de l'humour dans notre société. Il y a 50 ans, un jeune homme rêvait de publier un roman. Il y a 40 ans, il espérait faire du business. Il y a 30 ans, il se voyait footballeur. Il y a 20 ans, il voulait être chanteur ou tout simplement célèbre. Il y a 10 ans, il se voyait chef ou pâtissier.

Aujourd'hui, il veut être humoriste.

6:04
Invité

Oui, c'est clair qu'il y a une sorte d'enthousiasme collectif, de soumission à la dictature du rire. Je pense que c'est lié beaucoup aussi à Internet, aux réseaux sociaux. Il y a beaucoup de jeunes, moi je le vois avec ma fille, qui regarde des vidéos courtes, drôles. C'est la meilleure façon de capter l'attention, l'humour. Et rapidement, on est presque revenu à l'ère de Buster Keaton et de Charlie Chaplin, le gag. Et finalement, après, tous ces jeunes qui voient des vidéos, après, font eux-mêmes des vidéos. Il y a plein de gens qui ont du talent et je trouve qu'il y a une émergence comme ça de l'humour.

Peut-être parce qu'aussi l'époque est assez difficile et sinistre, mais on voit bien les sorts complètement délirants des comédie-clubs. Il y en a beaucoup, beaucoup qui ouvrent un peu partout. Alors, je parle des jeunes, mais il y a aussi beaucoup de comédie-clubs seniors. On se rend compte que même le yoga, maintenant la nouvelle tendance, c'est le yoga du rire. Je raconte dans mon livre que le rire fait baisser la tension artérielle. Il y a plein d'études sur la soumission actuelle au rire plus que jamais.

7:02
Présentateur

Et sur ce que peut le rire David Funkinos, il, Gustave Bonsoir, croyait qu'un rire pouvait guérir le monde. Et c'était déjà une maladie. Et pour en revenir à la question de l'humour, il avait donc très tôt compris qu'il s'agissait pour lui du chemin le plus court pour créer une émotion chez l'autre.

7:18
Invité

Oui, complètement. Et quand on a des fragilités, peut-être quand on a été abandonné, peut-être quand on a besoin de se rassurer par la validation de l'autre, l'humour est peut-être la manière la plus rapide d'atteindre cette émotion. J'ai eu la chance, moi, de croiser beaucoup de comiques dans ma vie. Et souvent, on sent cette mélancolie. Et c'est vrai que Gustave Bonsoir est un peu dans cette thématique du clown triste. Et en même temps, je trouve que ça développe un humour très particulier. Et ce qui me touche chez lui, c'est que malgré les échecs, les ratages, parce que c'est tout son parcours de vie qu'on suit dans ce livre, il continue d'y croire. Il a la certitude d'être drôle.

Et si personne n'y croit, peu importe. Et il a une obsession qui va se révéler juste. J'adore l'idée qu'on puisse croire coûte que coûte en ce qu'on a au plus profond de nous-mêmes. Et c'est vrai que les comiques sont souvent de grands mélancoliques. Oui, je ne vous conseille pas de passer une soirée avec eux, de tourner avec eux, d'aller les voir sur scène. Oui, mais sinon, il vaut mieux éviter. Et puis, ils détestent qu'on leur demande. Fais-nous rire. Fais-nous rire.

8:18
Présentateur

Bien sûr. Quelle est ta dernière blague ? L'humour et l'amour. Parce que l'amour a aussi une place importante dans son roman. Dans votre roman, Gustave Bonsoir, il est soutenu par son amoureuse Margot, qu'il a rencontrée au lycée, qui le soutient alors même qu'il se renferme dans une forme de dépression. Vous avez cette phrase très belle. Vous dites, on dit parfois que le cœur de l'amour est de rire des mêmes choses. Quoi de commun entre le rire et l'amour ? Je trouve que c'est vraiment...

8:46
Invité

Parce que l'amour, c'est souvent l'esprit de sérieux. Oui, mais quand on rit des mêmes choses avec une personne, que ce soit en amour, en amitié, je trouve que c'est un révélateur d'une union de façons de voir la vie. Il y a tellement de types différents de comiques. Le cynique, le tendre. Quand on se rejoint comme ça sur la même route de l'humour, je trouve que c'est une équation qui est souvent assez belle. Mais par rapport à Margot, et d'une manière générale son entourage, c'est vrai que ce livre-là raconte aussi les jeunes années d'un garçon qui se lance dans la vie d'artiste avec l'inquiétude que ça peut procurer chez ses parents.

Et c'est vrai que lui, il va avoir tendance à un peu mentir. Parce que, par exemple, tout à l'heure, on citait Beckett, parce qu'il dit à sa mère, oui, je suis sur un gros coup, je vais jouer dans un attendant Godot. Et finalement, elle lui demande tout le temps quand on va avoir lieu cette pièce. Et finalement, c'est elle qui se met à attendre Godot parce que ça n'arrive jamais. Mais il a une politesse face à l'inquiétude, y compris de sa compagne et y compris de ses parents, parce qu'il voit bien qu'il est décevant à leurs yeux.

9:50
Présentateur

Et il y a deux livres, et c'est ce qui en fait un roman formidable. Il y a deux histoires de destins parallèles qui finissent par se croiser. Le deuxième destin, c'est celui d'un jeune homme, Marco Comeda, qui lui travaille dans les galeries d'art. Et alors, ce qui est intéressant, c'est que vous montrez une tendance en mutation qui ne concerne pas le rire, là pour le coup, mais l'art devait moins faire réfléchir pour davantage divertir. C'est le sens général de l'époque, les expositions devenaient de plus en plus ludiques. Vous qui êtes un passionné d'art, qui est au cœur de vos romans, c'est un constat, vous le déplorez ? Ah non, je ne le déplore pas.

10:27
Invité

Vous faites votre fin qu'elle croûte, votre bien clair. Ce serait pas mal. Non, non, à vrai dire, oui, je ne le déplore pas. C'est autre chose qu'on propose de plus en plus. Mais ça permet aussi d'amener les enfants, d'avoir une éducation à l'art. Moi, je vais au Grand Palais, il y a des expositions avec des ballons gonflables. Alors, tout le monde fait des photos Instagram, en hashtag, et puis finalement, ça rend très ludique l'expérience immersive dans un musée, dans certaines œuvres.

10:52
Présentateur

Mais c'est pas pour la regretter, et c'est pas pour dire que c'est la fin du monde et la fin de la civilisation.

10:57
Invité

Non, parce qu'il y a plein d'expositions extraordinaires actuellement. Voilà, rien n'empêche autre chose. C'est vrai que mon personnage va créer... Alors, il est allé dans un musée qui existe vraiment à Zagreb, qui est le musée des séparations. Le musée des relations rompues. Oui, exactement, ça existe vraiment. C'est un musée où tous les... Mais qu'est-ce qu'on y voit, d'ailleurs ? Alors, c'est tous les dépressifs de l'amour qui peuvent y aller. Il y a des lettres de rupture, il y a des objets brisés suite à des disputes. Alors, ce qui est très marrant, c'est que de l'autre côté de la rue, il y a un restaurant qui offre sa salle pour faire des mariages.

Donc, on passe du désespoir à l'espoir en traversant la rue. Et lui, cet homme-là, ce personnage, va avoir l'idée de créer le musée de la tristesse. Le musée de la tristesse, l'idée est géniale.

11:39
Présentateur

Qu'est-ce qu'on y trouve ?

11:40
Invité

Oui, alors, non, mais ce n'est pas très loin de la réalité. Au Grand Palais, il y a quelques années, il y avait eu l'exposition Mélancolie. Toutes les œuvres qui sont traversées par une forme de douleur. Le musée de la tristesse, c'est un musée sponsorisé par Kleenex, où, finalement, le but est de vous faire pleurer. Et après, il faut faire un hashtag « Je vais mal », « Désespoir ». Alors, vous y trouvez des œuvres de bruit.

12:02
Présentateur

Il y a des salles musicales avec des casques où on peut écouter « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. « Je suis venu te dire que je m'en vais » de Serge Gainsbourg. Des films qui font pleurer,

12:11
Invité

des toiles, des sculptures douloureuses. Évidemment, il faut quelques tableaux d'Edouard Munch. Voilà. C'est une expérience comme ça, c'est une traversée du chagrin. Et ce qui m'intéressait, c'était de me dire que, finalement, comme pour moi, la tristesse, c'est l'autre version de l'humour, d'une certaine manière. C'est là que je ne vais pas tout raconter, mais mon personnage, Gustave Bonsoir, qui veut et qui est soumis à le sentiment d'être drôle, va se révéler au musée de la tristesse.

12:38
Présentateur

Dans ce musée de la tristesse, il y a toute une salle qui est consacrée à des citations tristes. Est-ce que vous pouvez nous en lire quelques-unes ? Oui. Vous voulez citer ? Avec plaisir. C'est quelle page ? Alors, il y a Victor Hugo.

12:49
Invité

Parce que là, je n'ai pas la page. Je mets quelques citations, mais j'aurais pu... Il y en a une que j'adore qui est dans le livre. C'est celle d'Henri Calais, qui est assez connue. C'est « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes ». C'est très, très beau. C'est beau. Donc, si vous ne me dites pas la page,

13:04
Présentateur

c'est toujours dans les yeux

13:05
Invité

que les gens sont les plus tristes. Je l'ai, c'est vrai. Ça, c'est magnifique. Ça, c'est Romain Garry. Il y a Jane Austen qui dit « Qui sourit n'est pas toujours heureux. Il y a des larmes dans le cœur qui n'atteignent pas les yeux. » Il y a aussi Bukowski « La tristesse est causée par l'intelligence. Plus tu comprends certaines choses et plus tu ne veux plus les comprendre. » Donc, c'est vrai qu'il y a quelques... Et Murakami, il est une tristesse si profonde qu'elle ne peut même pas prendre la forme des larmes. Donc, c'est vrai que dans ce musée, il y a aussi... On voit aussi au début, il y a la capitale de la douleur, des lueurs. Il y a tout comme ça.

Il y a vraiment une traversée vers les œuvres douloureuses. Mais très souvent, je pense qu'on le ressent tous. Je ne parle pas évidemment de douleur et de grand chagrin, mais parfois, ça fait du bien de pleurer autant que de rire. On parle même de pleurer de rire. C'est vrai que cette expérience comme ça de la traversée mélancolique de ce musée est une expérience qui finalement est assez... Enfin, tout le monde se presse pour y aller. Tout le monde a envie de pleurer.

14:01
Présentateur

Et vous, comme auteur, c'est plus facile de raconter le bonheur que le chagrin dans l'art, dans la littérature, dans le cinéma, dans la musique. C'est la mélancolie, la tristesse qui sont les moteurs de la création ?

14:14
Invité

Je crois, en tout cas, c'est vrai que moi, dans mes romans, mes personnages traversent des difficultés. Par exemple, pour la délicatesse, cette jeune femme vivait un deuil et puis après renaissait en rencontrant un Suédois dépressif. Mais par rapport à ce livre, la délicatesse, je trouve que le bonheur, c'était ce qui avait de plus difficile à raconter. Je trouve que c'est pratiquement... Je rêverais d'écrire un livre où tout se passe bien, où on nage dans le bonheur. Je trouve que c'est très difficile. Pour moi, c'est celui qui... Quand je pense au bonheur, je pense au film Les choses de la vie. Parce que cette scène est exceptionnelle avec Romy Schneider qui est de dos.

Elle est en train d'écrire et puis elle se lève. Et puis Piccoli va simplement écrire Je t'aime sur la machine à écrire. Et je trouve que cette image, comme ça, en quelques secondes, on a la quintessence du bonheur et d'un moment absolument magique qui sort de la vie. Est-ce que vous,

15:03
Présentateur

vous avez des certitudes ? Parce que c'est assez étonnant. Dans la plupart de vos romans, vous avez un gros travail de mise en place, de pédagogie, d'études. Et pourtant, on a l'impression que vous restez dans l'incertitude. Vous posez des questions

15:22
Invité

plus que vous y répondez. Mais parce que je crois qu'on ne peut pas écrire, on ne peut pas créer quoi que ce soit en étant dans l'incertitude, en tout cas dans l'incertitude permanente. Pour moi, j'ai le sentiment que toute création est un aller-retour permanent et incessant entre une forme parfois d'évidence et puis le doute. Mais ça, on a même dans l'écriture, on peut écrire quelques pages et puis le lendemain, on les relit, on trouve ça absolument pathétique. Mais moi, ce qui m'intéresse... Oui, parce que vous aimez les personnages qui ratent. Oui, mais ce qui m'intéresse, c'est plutôt...

15:51
Présentateur

C'est assez paradoxal quand on est écrivain et qu'il faut livrer un manuscrit, qu'il faut relire les épreuves et qu'ensuite on lance dans la nature, en tout cas vers le public.

16:00
Invité

Oui, mais parce que j'ai une grande expérience du ratage. Vous parlez maintenant de mes derniers romans qui peuvent rencontrer le public. Pendant des années, ça a été assez confidentiel et je trouve que...

16:11
Présentateur

Et vous ne voulez pas d'ailleurs que vos premiers romans soient publiés en poche ?

16:14
Invité

Oui, je me sens très éloigné de ces romans et d'ailleurs, c'est assez étonnant parce que ça fait presque un lien avec ce dernier roman. Je suis drôle parce que j'étais, tout comme mon personnage, relativement obsédé par l'humour. Mes premiers romans étaient uniquement portés sur l'humour. J'étais nourri à la lecture de Gogol, de Gombrowicz. J'avais le sentiment que l'absurde, la fantaisie, c'était ma destination littéraire. Et puis, je me suis épuisé moi-même et je pense que... Enfin, il faut vraiment être assez téméraire pour aller lire ces livres-là. Donc, je n'ai pas voulu qu'ils sortent en poche.

J'ai davantage mis de gravité, de mélancolie progressivement dans mes romans jusqu'à écrire La Délicatesse. Mais pour moi, l'humour, je le mets au-dessus de tout. C'est-à-dire que les gens qui me font rire, j'ai une admiration sans bande pour eux et j'ai une grande, grande admiration.

16:59
Présentateur

Et chacun peut s'y retrouver sur le rivage de l'anonymat comme ailleurs. Mais vous vouliez être musicien, David Funkinos ?

17:07
Invité

Oui, comme beaucoup de jeunes entre 15 et 25 ans, j'avais envie de m'exprimer. Donc, j'ai tenté beaucoup de choses d'une manière un peu pathétique. J'ai même peint quelques croûtes. Vous avez monté des groupes ? Oui, alors j'étais... Vous avez peint des croûtes aussi ? J'ai été effectivement en école de musique, en école de jazz. J'ai été professeur pendant des années, mais j'étais relativement médiocre. Et puis surtout, le destin ne m'aidait pas parce qu'à chaque fois que j'essayais de monter des groupes, je ne trouvais jamais de bassiste.

Et finalement, je trouve que très souvent, c'est un peu le cas aussi de mon personnage, on s'acharne dans une voie et puis on est guidé par les rencontres, par le destin, par là où on nous attend quelque part. Parallèlement, j'écrivais et j'ai envoyé un manuscrit et j'ai été publié aux éditions Gallimard, alors que ça me paraissait totalement improbable à cette époque de devenir écrivain.

17:54
Présentateur

C'est le miracle ultime d'envoyer son manuscrit chez Gallimard et qu'il soit ensuite publié. Mais votre destin, finalement, c'est de ne pas avoir rencontré votre Ringo Starr.

18:03
Invité

J'ai rencontré finalement d'autres personnes aussi incroyables parce que pour ce première publication qui avait été miraculeuse pour moi à l'époque, en plus dans mon premier roman, il y avait Milan Kundera qui était un des personnages et c'est vrai que comme il était au comité de lecture des éditions Gallimard, j'ai pu le rencontrer donc c'était pour moi une période absolument incroyable. C'était un livre avec deux Polonais et je me suis dit tiens, c'est deux Polonais, Polonais m'ont porté chance et quoi qu'il arrive, dans tous mes romans, il y aura toujours deux Polonais et même quand j'ai écrit un livre sur John Lennon, à un moment donné, Yoko Ono croise deux Polonais.

18:37
Présentateur

Yoko Ono croise deux Polonais quand les... Ils sont là, ils sont dans Je suis drôle, les deux Polonais. Ils sont dans Je suis drôle mais que vous disent les lecteurs, les premiers lecteurs de Je suis drôle ?

18:47
Invité

Ça vient de sortir et c'est vrai que moi je ne fais lire à personne et c'est vrai donc ce sont les premiers retours et j'ai la chance assez belle depuis quelques années d'avoir beaucoup de jeunes lecteurs. J'avais eu le Goncourt des lycéens avec Charlotte, il y a numéro 2 sur le casting d'Harry Potter, Vers la beauté qui est un livre assez douloureux qui est beaucoup lu aussi par les jeunes et c'est vrai que ce livre-là raconte finalement le parcours d'un jeune homme qui cherche sa place dans la vie, dans la société.

Ce sont des années, moi j'ai eu une grande tendresse pour ces années entre 20 et 25 ans où on est à la fois dans on peut rater sa vie, on peut faire des brouillons et en même temps on est dans la quiétude absolue de savoir où on va se révéler.

19:24
Présentateur

En tout cas, c'est absolument formidable et je vous le recommande chaleureusement David Funkinos. Je suis drôle, c'est donc publié chez Gallimard. Merci d'avoir été l'invité de France Inter. Merci Ali. Je vous souhaite une magnifique journée. Merci.