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interviewLe Média — Podcasts· 29 mars 2024 29 min

"Plus c'est gros, plus ca passe" : Macron et Le Maire veulent tout vous prendre

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Emmanuel Macron

Il y a des gens qui regardent des tableurs Excel, qui regardent des masses monétaires en faisant des coupes, des coupes, des coupes, des coupes, des coupes qui ont pour but de casser, casser, casser le modèle social avec cette idée qu'il n'y aura aucune conséquence sur les gens. 20 milliards de baisse d'impôt, vous vous rendez compte ? Qui ont profité à des gens qui n'en avaient pas besoin. On est en train d'organiser notre grande vulnérabilité.

0:17
Présentateur

Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de l'Instant Porcher. L'Instant Porcher, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous, avec Thomas, pour analyser, décrypter et avoir les clés pour comprendre ce qu'il se passe autour de nous. Cela fait déjà plus de 4 mois qu'on tient le pari qui a pu sembler fou, faire tourner une télé d'info indépendante et engagée en plateau et sur le terrain. Merci pour votre force, le média ne tient que par vous. Alors n'hésitez pas à rejoindre l'inventure de manière pérenne en vous abonnant à partir de 5 euros par mois pour soutenir la première coopérative médiatique de France sur le petit écran.

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0:55
Emmanuel Macron

Salut Lisa.

0:56
Présentateur

Alors avec toi aujourd'hui au programme, Bruno Le Maire et Emmanuel Macron qui nous préparent une France au rabais. Et puis les économies dans le 93, les profs, parents d'élèves et élèves qui se battent pour leur survie, c'est parti. Emmanuel Macron et Bruno Le Maire brattent-ils la France ou plutôt les Français ? Cela fait des semaines, même depuis le début de l'Instant Porcher en fait, qu'on vous documente et analyse les économies voulues par le gouvernement et sa cible sur les services publics ou les prestations sociales. Plus c'est gros, plus ça passe. La semaine dernière, Bruno Le Maire a remis une pièce dans la machine.

Tout est bon pour justifier les économies faites et prévues par le gouvernement. Le ministre de l'Économie veut mettre fin à la gratuité de tout, pour tous, tout le temps, apprenons-nous dans le JDD. Il a ajouté qu'il y a toujours quelqu'un qui paie la gratuité, assurant que le temps du choix est venu. L'institution estime qu'il faudra de l'ordre de 50 milliards d'économies entre 2025 et 2027 pour respecter l'objectif de réduction du déficit public à 3% attendu pour la fin du quinquennat, raconte BFM TV. Et dans le viseur, donc, les dépenses publiques.

La Cour des comptes pointe un manque de documentation sur les réductions de dépenses envisagées, mais le gouvernement donne déjà quelques pistes. Les services publics, la Sécu avec le doublement de la franchise médicale et de la participation forfaitaire. Bruno Le Maire évoque aussi des pistes pour réduire, encore une fois, la durée de l'assurance chômage. Le ministre parle aussi de la problématique du grand âge, qui pèse lourdement sur les comptes sociaux et pèsera de plus en plus lourd, fin de citation. Emmanuel Macron, lui, vise aussi les dépenses sociales, bien sûr, mais les collectivités locales. Paris Match a aussi sorti cette info.

La majorité pense sérieusement à supprimer les aides au logement. Les APL, ça ne sert à rien. Ça nous coûte près de 14 milliards d'euros par an. Et cet argent va directement dans la poche des propriétaires, aurait dit un ministre selon le journal. Thomas Cazenave, ministre des Comptes publics, a démenti cette information. Et avant de parler de cette braderie à venir, Thomas, qu'est-ce que tu penses de Bruno Le Maire qui dit que c'est la fin de la gratuité pour tout, pour tous, tout le temps, et qu'il y a toujours quelqu'un qui paie la gratuité ? Est-ce que ça ne détourne pas un peu la réalité pour s'appuyer sur des idées reçues ?

3:03
Emmanuel Macron

Quand on utilise un tel vocabulaire, on essaie de faire croire qu'il y a une partie des gens qui ne font rien et pour qui tout est gratuit, et une autre laborieuse et minoritaire qui travaille et qui finance le reste. Alors, c'est très caricatural parce que c'est différent. En réalité, nous avons fait le choix d'un modèle social qui a un intérêt, déjà, il faut le dire, qui rapporte plus qu'il n'a coûté. Ça, c'est la réalité. Il faut dire aussi que plus de 50% des Français, 56% exactement, touchent plus du modèle social qu'ils ne le financent. Donc, une grande majorité des Français profitent de ce modèle social.

Et la dernière chose qu'il faut dire, c'est que ce modèle social est financé majoritairement par l'impôt, en partie, et par également des cotisations sociales que chacun paye sur sa fiche de salaire. Et le but de ce modèle social, c'est quoi ? C'est de réduire les inégalités. Quand vous prenez les revenus sans prendre en compte la redistribution, donc les revenus primaires comme ils sont distribués, vous avez pratiquement un quart des enfants qui vivent dans des familles pauvres. Puis après redistribution, on passe à quasiment 7%. Donc, on réduit drastiquement la pauvreté grâce à de la redistribution, les allocations familiales, etc.

Et c'est ce qui semble gêner notre ministre de l'économie, puisqu'il veut faire des coupes. Et les coupes, elles sont toujours orientées du même côté. Elles sont bien sûr orientées vers tout ce qui sont les prestations sociales, donc qui profitent aux plus pauvres, et à une grande partie des Français. Et de l'autre côté, des économies sur le service public, qui la profitent à tous. Donc, on voit très bien, le discours est toujours le même. Il ne change pas. Le but, c'est de baisser la fiscalité sur les entreprises, en nous promettant toujours mon zémerveille alors que ça ne fonctionne pas.

Et de l'autre côté, comme ça ne fonctionne pas, on rattrape en faisant des coupes, des coupes, des coupes, des coupes, sur le service public et le modèle social français.

4:55
Présentateur

Surtout cette phrase sur la gratuité, elle est quand même pleine de sens. On dirait qu'ils surfent encore sur l'idée de, de toute façon, les plus riches y travaillent, y méritent ce qu'ils ont. Donc, comme ça, on met totalement de côté la question de l'accaparement des richesses, ou de la mauvaise redistribution. Et puis de l'autre, ceux qui profiteraient du système et coûteraient plus cher à la France et feraient du mal à la France.

5:19
Emmanuel Macron

C'est exactement ça. Et puis, il y a tout un tas de choses. Il y a eu des gratuités qui ont été faites aux entreprises. Toutes les aides aux entreprises, je ne dis pas qu'elles sont toutes mauvaises, mais à un moment, il faut se poser de la question de leur conditionnement. Quand on donne une aide, qu'est-ce qu'on attend en retour de cette aide ? Puisqu'on le fait pour les chômeurs, on le fait pour tout le monde. Donc, faisons-le aussi pour les entreprises et de l'efficacité de ces aides. Parce qu'il y a beaucoup de... Le CICE, ça devait créer un million d'emplois. On voit bien que ça en a créé beaucoup moins. Les études parlent de 100 000 emplois créés ou maintenus.

Donc, on est sur des résultats qui sont très faibles. Donc, il y a une volonté, en fait... Moi, je pense que derrière ça, c'est toujours la même chose. Alors qu'on ne parle pas du vrai problème, des inégalités, du fait que le service public, c'est le patrimoine des pauvres. Il y a une volonté de couper tous les mécanismes de redistribution et de faire rentrer ces idées dans la tête des gens. C'est que ceux qui travaillent payent pour les autres. Alors qu'en réalité, même ceux qui travaillent profitent du modèle social. Ils profitent même plus qu'ils ne le financent, la majorité.

Mais cette idée, c'est de couper les redistributions, de dire, voilà, tu travailles et tu es pour ceux qui ne travaillent pas. Donc, on va couper les redistributions. Comme ça, ceux qui ne travaillent pas vont aller travailler. C'est très malsain de faire ça. Et c'est des attaques. Je veux dire, un vrai ministre de l'éducation qui servirait son pays, il doit servir un patrimoine public qui lui a été légué, le fonctionnement d'un modèle social qui lui a été légué, et faire de la pédagogie, pas organiser sa destruction. Et en fait, ce que fait Bruno Le Maire, c'est qu'il organise, via des phrases, etc., la casse du service public.

Donc, on a un ministre qui est placé là, avec à l'appui une technostructure administrative de hauts fonctionnaires, qui sans cesse regarde les chiffres, et ont pour but de casser, casser, casser le modèle social, avec cette idée qu'il n'y aura aucune conséquence sur les gens. Alors que nous savons tous aujourd'hui qu'in fine, il y a toujours quelqu'un qui en souffre au bout.

7:05
Présentateur

C'est quoi ? C'est encore la stratégie de mettre ceux qui gagnent 2-3 000 euros par mois contre ceux qui gagnent 1-2 ou le RSA, pour dire, regardez, vous qui gagnez 2-3 000, vous êtes avec nous, les énormes riches, et puis regardez, votre problème, c'est les plus pauvres.

7:17
Emmanuel Macron

Oui, de toute façon, c'est la stratégie du gouvernement. Le but, c'est de regagner les classes moyennes. Les très riches sont déjà avec Macron. Les très très riches sont déjà avec Macron, parce qu'ils ont eu des baisses de fiscalité comme jamais. Ils ont eu la flat tax, la réforme de l'ISF. Les grandes sociétés ont eu la baisse de l'IS. Donc, les très riches, ils sont avec Macron. La classe moyenne, c'est celle qui semble, qui n'a quasiment rien eu, en réalité. Enfin, elle a eu un petit peu de baisse de cotisation, mais ça a été compensé par de la CSG. Enfin, elle n'a pas eu grand-chose. Comment on regagne cet électorat-là ?

Soit, on peut lui baisser les impôts, mais ça devient très cher, et on ne pourra pas les baisser de beaucoup. Les 5 milliards de baisse d'impôts, c'est à peine 20-30 euros par an, par ménage, c'est rien du tout. Soit on fait en sorte que leurs revenus augmentent plus vite. Ça, ça a été un échec, puisque le gouvernement, là, pour le coup, n'a rien imposé. Il a juste appelé les entreprises à le faire, et ça n'a pas été le cas. Enfin, ça a augmenté, en tous les cas, beaucoup moins vite que l'inflation.

Donc, la dernière solution, c'est celle dont on a parlé il y a un mois ici, c'est de faire en sorte que ceux qui sont en dessous de vous soient beaucoup plus pauvres, pour que votre situation soit plus idéale. Et c'est ce que fait, en fait, Macron, c'est qu'il fait en sorte que les chômeurs aient moins de protection, que ceux qui soient dans les salaires plus faibles restent à des niveaux beaucoup plus faibles, comme ça, la classe moyenne se sent plus privilégiée que le reste. Donc, en fait, plutôt que d'augmenter le niveau de la classe moyenne, on fait en sorte de baisser ceux qui sont encore plus pauvres pour que la classe moyenne soit plus satisfaite.

8:31
Présentateur

Et Bruno Maire, il a dit...

8:32
Emmanuel Macron

Et là, donc, c'est une organisation, finalement, de guerre de pauvres, en réalité.

8:36
Présentateur

Bruno Maire a dit qu'il voulait remplacer l'État à providence par l'État protecteur. On va regarder.

8:41
Bruno Le Maire

Je crois à un État qui protège. Je crois à notre modèle social. Je crois à l'hôpital public. Je crois à l'école publique. Je crois à la nécessité de protéger les plus faibles. Je crois qu'il serait bon, on rembourse aujourd'hui les fauteuils roulants. Je pense qu'il serait bon de rembourser tous les fauteuils roulants de ceux qui n'ont pas d'autre choix que d'avoir des fauteuils qui sont faits sur mesure et qui vont coûter 6 000, 7 000, 8 000 euros. Voilà ce à quoi je crois. En revanche, je ne crois pas à l'accumulation de dépenses année après année qui deviennent des acquis sur lesquels on ne bouge pas.

Quand nous mettons en place, avec le Président de la République et le Premier ministre, un bouclier de protection tarifaire contre la flambée des prix du gaz et de l'électricité, le jour où la flambée des prix du gaz et de l'électricité a fini, eh bien, on retire ces aides. C'est ça la différence entre un État-providence qui accumule les dépenses et qui ne revient jamais dessus. D'ailleurs, aucune opposition n'a voulu revenir sur le bouclier tarifaire, sur le gaz ou sur l'électricité là où nous avons pris la responsabilité de le retirer. Et un État protecteur qui, lui, protège quand c'est nécessaire face au Covid, face à l'inflation.

Et je suis fier de la protection que nous avons portée à ce moment-là. Et lorsque la situation revient à la normale, nous rétablissons les comptes pour que l'État puisse continuer à vous protéger. Si nous voulons protéger les plus faibles, les plus fragiles, les personnes qui vieillissent, les personnes en situation de dépendance, les personnes qui ont un accident de la vie très grave, il faut que nous tous, sur nos dépenses de santé, nous fassions plus attention.

10:01
Présentateur

Le ministre demande de stopper les caricatures, mais le projet du gouvernement, on permet le terme, c'est une boucherie pour les acquis sociaux.

10:08
Emmanuel Macron

Oui, parce qu'il y a déjà eu des réformes qui ont été faites. En fait, il y a eu tout un tas de réformes qui ont été faites dont on ne voit pas finalement les impacts. Par exemple, les deux réformes du marché du travail, qu'est-ce que ça a eu comme impact ? Ça a fait baisser le chômage de manière cosmétique, on l'a expliqué ici. Ça a développé beaucoup plus les emplois précaires et l'ubérisation. Là, il y a eu une réforme de l'assurance chômage, on n'en connaît même pas les effets. On a baissé les durées de prestation, les montants de prestation, on va en refaire une autre derrière. La réforme des retraites aussi, elle n'est pas loin. Donc on voit bien la réforme des retraites.

Là, maintenant, on parle de ne plus indexer une partie, peut-être, possiblement, c'est une idée qui court comme ça, mais à mon avis, qui risque d'arriver tôt ou tard, de désindexer les retraites. Alors que déjà, pendant l'inflation, elle n'avait pas augmenté au même niveau que l'inflation. Il y a eu un effet de rattrapage. Parce que ça aussi, il ne faut pas l'oublier. Donc non, il y a une volonté vraiment de s'attaquer, de faire des économies. Donc comment on enveloppe ces économies ?

Quand on a fait toutes ces réformes et qu'on n'a même pas eu le temps de les mesurer, qu'on continue, qu'on continue, on fait des envolées lyriques, comme a fait Bruno Le Maire en parlant d'État protecteur plutôt que d'État providence, même si on n'arrive pas à voir ce qu'il comprend, parce qu'un État protecteur avec une assurance chômage qui serait reprise par l'État. Ce que Bruno Le Maire appelle de ses voeux, c'est ce qui se passe au Royaume-Uni. Et vous avez quoi ? Une assurance chômage qui est autour de 500 euros par mois et qui va durer six mois, un an maximum.

Si c'est ça, la reprise en main de l'assurance chômage par l'État et si c'est ça, la définition d'État protecteur par Bruno Le Maire, il y a des petits problèmes. Donc tout ça, c'est des phrases qui ne veulent rien dire. C'est des phrases qui ne veulent rien dire qui ont pour but d'envelopper, de justifier, de faire comme si derrière ces coupes de dépenses publiques, il y avait une nouvelle philosophie qui émergeait.

C'est un peu ce qu'avait fait Macron en 2017, c'est-à-dire qu'il n'y avait ni gauche ni de droite, il y avait la flexi-sécurité pour envelopper en fait un ensemble d'économies qui étaient déjà présentes parce qu'à l'époque, Macron en 2017, on n'avait pas vécu tout ce qu'on avait vécu, mais il voulait déjà retirer 25 milliards sur la sphère sociale, des économies sur l'assurance maladie, sur l'assurance chômage, 120 000 postes de fonctionnaires en moins. C'est ce qu'il voulait en 2017, avant le Covid, avant tout ça. Il voulait déjà faire des coupes drastiques et il enveloppait ça dans la flexi-sécurité, dans l'ubérisation de l'économie, dans des termes pour montrer qu'on a une vision.

La seule vision qu'il avait, c'est la coupe de la dépense publique, la case du modèle social.

12:22
Présentateur

Et sur les collectivités locales, je l'ai dit, Emmanuel Macron demande encore une fois de faire des efforts, même si Bruno Le Maire, on se rappelle, avait promis de ne pas toucher aux collectivités locales et à la Sécu. Et il y a Thomas Cazenave, ministre des Comptes publics, qui a un peu expliqué cette idée à l'Assemblée nationale. Il a dit que la situation des départements était très hétérogène, qu'il y avait des départements qui souffraient, d'autres qui allaient bien et qu'il allait essayer d'aider les collectivités locales et qu'il voulait réduire les dépenses d'assurance sociale des départements grâce à une hausse de l'emploi. On parle beaucoup des collectivités locales ici.

Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que c'est encore un danger pour elles et donc du coup pour les habitants en fait ?

12:54
Emmanuel Macron

En fait, ils essaient toujours de nous raconter des trucs. Il y aura des compensations on parle de la hausse de l'emploi, etc. On est à moins d'un pourcent de croissance. C'est-à-dire que là, effectivement, c'est des moments comme ça où on sort d'une crise. On est à moins d'un pourcent de... Il y a eu beaucoup d'inflation. Pour tuer cette inflation, on a augmenté les taux, ce qui fait qu'on a à moins d'un pourcent de croissance, ce qui fait qu'on a une croissance qui n'est pas du tout dynamique, qui n'est pas du tout forte. C'est dans ces moments-là, normalement, que vous avez moins de création d'emplois, que vous avez plus de gens en chômage. On a aussi une population vieillissante.

Donc, c'est dans ces moments-là qu'on a besoin, justement, de l'état social. Ce n'est pas dans ce moment-là qu'il faut faire des coupes. C'est la pire des choses. Et là, on nous explique que oui, il va peut-être y avoir plus de création d'emplois par des micmacs qui sont faits sur l'assurance en chômage et des micmacs statistiques, alors qu'en fait, il n'y a pas... Je veux dire, demain, il y a des créations d'emplois s'il y a une reprise de l'activité, ce qui n'est pas le cas. Ce qui n'est pas le cas. Donc là, on veut nous faire des économies partout.

En fait, on est en train, encore une fois, exactement ce qui s'est passé avant le Covid, exactement ce qui se passe depuis 30 ans, mais qui s'est accéléré après la crise 2008. On est en train d'organiser notre grande vulnérabilité. En fait, c'est-à-dire que les gens qui ne vont pas trouver d'emplois vont être plus vulnérables parce qu'ils n'auront pas d'assurance chômage. Les gens qui vont être malades vont être plus vulnérables parce qu'on va augmenter le prix des médicaments et qu'on va faire des économies sur l'hôpital. Donc, en réalité, on organise notre grande vulnérabilité sur tous les points. Pourquoi ?

Parce qu'il faut revenir à 3% du déficit, parce qu'il y a des économistes qui travaillent en regardant les masses monétaires sans regarder l'impact que ça a sur l'humain et même les impacts géopolitiques que ça peut avoir. On en est là, en fait, aujourd'hui. C'est là. Et les collectivités locales, elles ont des grosses coupes depuis 2013, depuis François Hollande, avec les coupes sur les collectivités locales pour compenser le CICE, ce qui n'avait pas été fait avant. et elles en souffrent beaucoup et elles s'en plaignent souvent.

Quand vous parlez aux maires, on leur demande un tas de choses, de laisser des zones qu'on ne peut pas artificialiser, de réhabiliter un certain nombre de bâtiments. Il y a des besoins, parfois, dans des communes très jeunes pour la petite enfance. Et en même temps, on leur demande de faire des économies. On ne veut pas leur demander tout. À un moment, il faut pas leur demander tout. Et on voit bien, donc, que l'impact, ce sera toujours des coupes sur des services publics locaux qui vont rendre la vie et des habitants plus difficiles.

15:09
Présentateur

Justement, la vie des habitants en France, c'est d'avoir de moins en moins de choses gratuites, comme dirait, gratuites cotisées. On ne va pas rentrer dans le vocabulaire de Bruno Le Maire. Mais c'est-à-dire au moins de remboursements de soins, au moins de services publics, beaucoup plus d'argent qui sort de notre porte-monnaie et de notre poche, finalement. Donc, beaucoup plus de participation à des choses qui, avant, étaient de l'ordre de la redistribution. Et puis, d'un autre côté, on a l'impression aussi de toujours payer plus cher les choses. On rappelle la TVA, c'est un impôt qui n'est pas soumis par rapport à son revenu, qui est sur les aliments. C'est vrai que c'est une question

15:52
Emmanuel Macron

qui est souvent abordée. Mais il ne faut pas tomber dans le piège du discours des libéraux. Vraiment, on l'a dit plusieurs fois ici, sur le service public, ce que nous consacrons en termes de pourcentage de PIB à notre service public, ce n'est pas quelque chose d'énorme en réalité. Et quand on compare à d'autres pays, même le Royaume-Uni, la Finlande, on est en dessous ou quasiment au même niveau. Donc, ce n'est pas là. L'argent, elle va beaucoup chez nous dans des prestations sociales, retraite, notamment assurance maladie, assurance chômage. Mais ces prestations sociales, elles finissent, je veux dire, l'assurance maladie, elle finance en grosse partie des acteurs privés, du médicament.

Donc, ça profite au privé. L'assurance chômage finit dans la consommation et les retraites, ils consomment. Donc, ça profite indirectement, même directement, au secteur privé. Donc, quand vous avez des gens qui vous disent oui, il faut désindexer les retraites, ça va faire gagner 12 milliards. Donc, ça va rendre plus pauvres les retraités qui vont plus mal vivre. Mais en plus, on va perdre 12 milliards de consommation parce que ces retraités-là allaient les mettre en consommation diverse ou autre. Donc, c'est une très mauvais idée. C'est idiot de faire ça. On va restreindre l'économie. Et en fait, c'est ce qui se passe.

En ce moment, il y a des gens qui regardent des tableurs Excel, qui regardent des masses monétaires et qui se disent on peut faire des économies, couper 10 milliards ici, il n'y aura pas d'impact. Sur les collectivités locales, on coupe 10 milliards. Ils ne se rendent pas compte que quand tu coupes 10 milliards, tu vas avoir des gens dans les crèches en moins, des gens dans le périscolaire en moins dans les cantines ou des investissements en moins dans des infrastructures sportives qui sont importantes dans des communes. Et donc, il y aura un impact humain.

Et c'est ça, en fait, moi, que le vrai problème de la plupart de nos technocrates et Bruno Le Maire en fait partie, c'est qu'ils sont dans leurs chiffres. Je veux dire, là, l'autre fois, j'entendais Alain Mink qui disait oui, il faut augmenter les impôts, on va peut-être augmenter la TVA. Il regarde les chiffres, mais il ne se rend pas compte que là, il y a eu l'inflation, que si on augmente la TVA, ça va encore augmenter les produits et que les gens sont déjà au maximum des ajustements qu'ils peuvent faire. Donc, c'est très simple de dire on va augmenter la TVA, on va gagner de temps, surtout quand on n'a pas des problèmes financiers.

Mais dans la vraie vie, quand on augmente la TVA, il y a un impact sur les prix dans un contexte où il y a eu une forte inflation. Donc, c'est quelque chose qui serait très mal vécu par l'ensemble de la population.

18:01
Présentateur

Quand on se demande si où va l'argent, quand je t'ai posé cette question-là, c'était un peu rhétorique. Quand on regarde les chiffres vraiment de but en blanc, quand on voit l'enrichissement des infimes plus riches, quand on voit les dividendes des grandes entreprises et quand on voit l'aide aux entreprises qui ne fait qu'augmenter, qui augmente plus vite que les prestations sociales, qui augmente plus vite que l'investissement dans les services publics et on parle de 150 à 200 milliards d'euros par an d'aide aux entreprises, mais il y a aussi dedans évidemment les grandes entreprises, on se dit qu'il va aussi là-bas, l'argent.

18:28
Emmanuel Macron

Oui, tout à fait. L'inflation, on l'a dit plusieurs fois ici, l'inflation, c'est un conflit d'intérêt. Il y a des gens qui en ont profité. Il y a des grandes entreprises totales en ont profité. Les distributeurs, les producteurs en ont profité. Il y a d'autres gens qui l'ont très mal vécu et les baisses d'impôts, c'est pareil. Les baisses d'impôts, la promesse, c'était que ça se transforme en investissement et donc que ça crée des emplois.

Bien sûr, il y a l'économie réelle aujourd'hui, mais il y a aussi l'économie boursière et financière et une grosse partie de ces baisses d'impôts s'est retrouvée dans l'économie boursière qui est complètement déconnectée de l'économie réelle et donc ça a servi plus les actionnaires, beaucoup plus les aides d'entreprise, beaucoup plus les actionnaires que l'économie réelle et ça, le gouvernement, il fait comme s'il ne le voyait pas alors qu'en réalité, l'argent ne ruisselle pas, elle remonte, elle remonte vers le haut et ça, il ne faut jamais l'oublier quand on regarde l'évolution des gens les plus riches, la petite frange vraiment très très riche, elle s'est encore plus enrichie sous Emmanuel Macron.

19:27
Présentateur

Alternative économique à calculer, supprimer la pauvreté coûterait 37 milliards d'euros par an et le coût des baisses d'impôts accordées par Macron depuis 2017 s'élèvent à 59,8 milliards selon la Cour des comptes. Est-ce que ça révèle bien qu'on est face à des choix politiques et pas face à une fatalité comme des fois le gouvernement voudrait nous le faire croire ?

19:45
Emmanuel Macron

Oui, bien sûr, de toute façon, l'économie, c'est des choix politiques. Là, c'est vrai que dans le chiffre que tu as donné de 60 milliards, il y a une partie de baisse d'impôts comme la taxe d'habitation qui profite directement aux gens mais quand on regarde même les impôts ciblés, on va dire, sur les entreprises, la baisse de l'IF, la flat tax, parce que tout le monde n'a pas des revenus financiers de dingue et l'ISF, on est déjà à 20 milliards, 20 milliards de baisse d'impôts, vous vous rendez compte ? Là, on charge 10, 20 milliards en coupance, on les assure en chômage, là, on est à 20 milliards de baisse d'impôts qui ont profité à des gens qui n'en avaient pas besoin.

Point barre, ils n'en avaient pas besoin. Donc oui, c'est un choix politique. Si on prend ça, les niches fiscales, on réévalue un peu les aides aux entreprises, on arrive vite au montant qu'il faudrait pour lutter contre la pauvreté. Mais c'est un choix politique, un choix idéologique.

20:30
Présentateur

La semaine dernière, mardi, avait lieu la manifestation intersyndicale et même interprofessionnelle pour la défense du service public avec un gros cortège de tête qui alertait sur la situation de l'école publique en Seine-Saint-Denis. Jeudi dernier, 2000 professeurs, élèves, parents d'élèves personnels de l'éducation du 93 ont manifesté dans les rues de Paris pour réclamer un plan d'urgence. Ça fait maintenant plusieurs semaines que le département se mobilise entre grève et manifestation et même vidéo sur les réseaux sociaux qui vendront aux professeurs des convocations à la police.

Classe bondée, professeurs non remplacés, plafond qui tombe, présence de rats, le secteur pousse un cri d'alarme jusqu'alors non écouté. Sans parler de la réforme choc des savoirs portée par le gouvernement qui veut trier, ranger les élèves par groupe de niveau. Thomas, qu'est-ce qui se passe pour le secteur de l'éducation depuis des dizaines d'années ? Est-ce qu'on recule ?

21:18
Emmanuel Macron

C'est comme tout le service public. Les enseignants sont moins bien payés, les dotations diminuent et les inégalités se creusent. Et là, ce qui, moi, me fait me rentrer, c'est que, par exemple, moi, je me rends compte qu'il y a 5 ans de ça, il y avait le lycée Jacques Brel, à la Courneuve, où j'ai étudié, qui faisait grève parce qu'il passait les classes de 28 à 35 et parce qu'avec la baisse des dotations collectivité locale, ils supprimaient les cours du soir. Donc, vous voyez, il faut bien avoir en tête que la Seine-Saint-Denis, c'est un département jeune. C'est un département où il y a majoritairement des jeunes. Mais c'est un département où il y a aussi beaucoup de gens pauvres.

Vous avez des villes, et là, je reprends la Courneuve, vous avez trois fois plus un taux de pauvreté trois fois supérieur à la moyenne nationale et un taux de chômage trois fois plus élevé que la moyenne nationale et majoritairement des jeunes. Dans ce contexte-là, n'importe quelle personne se dirait, vous avez beaucoup de jeunes, vous avez beaucoup de jeunes issus de familles pauvres, l'ascenseur social, il se fait par l'éducation, il se fait par l'école, l'école et puis ensuite le travail, mais d'abord par la formation, par l'école. Donc, il faut donner des moyens à l'école.

Il faut en donner même plus que dans des quartiers où vous avez des gens qui sont plus riches, un capital social plus élevé et je dirais même moins de jeunes en proportion. Voilà. Et là, en fait, ce qu'on fait, c'est l'inverse. On leur retire des moyens. Petit à petit. Et après, on s'étonne que dans des quartiers comme ça difficiles où vous avez moins de moyens pour l'école, où vous avez des gens plus pauvres, ce soit le secteur informel qui prennent le relais, c'est-à-dire les trafics divers et variés. Mais parce qu'il ne peut se passer que ça. Il ne peut se passer que ça.

Et moi, quand j'ai eu ces vidéos, ça m'a rendu triste parce que comment voulez-vous dire vous savez, vous allez bien étudier, vous allez pouvoir réussir dans un environnement aussi dégradé où il y a des rats, des plafonds qui s'écroulent, des étudiants qui n'ont même pas de savon, des robinets qui fonctionnent à moitié. Et eux, ils continuent à aller à l'école, à essayer d'y croire, etc. C'est assez... C'est catastrophique. Et donc, dans ces écoles-là, on est dans des écoles où ils avaient majoritairement des enfants de classe populaire, d'ouvriers, dans un univers dégradé et dans une ville où il y a des taux de chômage, des taux de pauvreté élevés.

Et vous prenez le RER, vous faites 3-4 stations de RER, de RER B, vous arrivez à Saint-Michel où vous avez Louis-le-Grand, Henri IV, les grands lycées où toutes nos élites, toutes nos élites, du Premier ministre à même des représentants politiques de gauche, ont été. Et ça, vous vous dites, c'est pas possible. À une demi-heure de RER, vous passez de la plus grande pauvreté et des moyens éducatifs les plus précarisés à des lycées qui sont absolument magnifiques au centre de Paris où vous avez tout pour vous et en plus, vous bénéficiez d'un capital social adapté à l'école que vous ont transpi vos parents. Donc là, on a de manière assez flagrante les inégalités de notre pays.

24:01
Présentateur

Il y a une lutte vraiment qui se forme entre élèves, parents d'élèves, professeurs, enfin tous aiment leur département, aiment l'école, ont envie soit d'apprendre, soit de faire apprendre aux élèves. On va regarder une professeure qui s'appelle Anaïs et qui racontait comment elle trouve que son département est complètement abandonné.

24:17
Locuteur non identifié

Parce qu'aujourd'hui, c'est le département le plus jeune qui rapporte le plus d'argent à l'État, mais en fait, c'est le département le moins bien doté au niveau de l'éducation. Nos élèves étudient dans des conditions qui ne sont pas possibles, ne serait-ce qu'au niveau du bâti, ou alors il n'y a pas les deux profs qui sont remplacés. Les élèves handicapés, ils n'ont pas d'AESH qui les accompagne en cours. Donc nous, on considère qu'on a besoin aujourd'hui d'une réponse spécifique à notre département qui répond aux besoins de nos élèves. Ce département, il est abandonné par l'État. Nous, on le constate dans l'éducation, mais toute la fonction publique de cette Saint-Denis le constate.

Et aujourd'hui, on attend vraiment des réponses. S'il y a tant de gens dans la rue, s'il y a tant de gens mobilisés, ça veut dire que vraiment il y a une spécificité dans notre département et que là, c'est une situation d'urgence. Il y a plein aussi de parents d'élèves qui soutiennent la manifestation pour ça parce qu'ils se rendent compte que leurs enfants ont moins de chances de réussir que les enfants du territoire et ça, ça les révoltes.

25:09
Présentateur

Quelles conséquences concrètes ça a sur l'économie de sous-investir comme ça dans l'école et dans l'éducation ?

25:15
Emmanuel Macron

Je ne sais pas ce que fait l'État, honnêtement. Parce qu'en fait, ce n'est pas le premier cri d'alarme qu'il y a. Je me souviens, il parlait d'une espèce de carmonde, il avait dit ça. Le maire de la Courneuve, Gilles Pou, qui avait fait un atlas des inégalités où il dénonçait ça et il montrait très clairement quelles étaient les inégalités en termes de services publics au niveau de l'éducation entre son département, entre sa commune et le reste de la France et même parfois des arrondissements plutôt pauvres parisiens avaient des conditions mais bien au-dessus de celles du 93. Donc je ne sais pas ce que cherche le gouvernement parce que...

25:53
Présentateur

Il a tout à y perdre

25:53
Emmanuel Macron

et il a tout à y perdre et puis quand on regarde ne serait-ce que les chiffres pour une fois, il y a l'humain, il y a les chiffres, il y a l'humain derrière mais quand on regarde les chiffres, ils sont criants de vérité et c'est des chiffres concrets. Ce n'est pas des chiffres de masse monétaire, c'est des chiffres concrets. Et là, on se dit pourquoi il ne veut pas investir dans l'éducation qui est en fait pour ces jeunes le seul ascenseur social. Moi, ce qui me rend triste, c'est que quand vous prenez un jeune de... Comment pouvez-vous dire qu'il y ait des différences quand vous prenez deux jeunes de 12 ans en fait ? La réalité, elle est là. Moi, je suis prof.

Même des jeunes de 19 ans, 20 ans, il n'y a pas tant de différence en fait, même entre les très bons et les mauvais. Tout est encore possible. Les trajectoires peuvent converger. Mais quand vous avez 12, 13, 14, 15, 16 ans, tout est vraiment possible. Tout dépend juste des dotations qu'on vous donne, des conditions et bien sûr de votre capital social, culturel qui est dans les classes élevées et beaucoup plus adaptée au système scolaire actuel. Mais sinon, en termes d'intelligence pure, il n'y a pas de différence. C'est les dotations qu'on vous donne qui font que vous allez réussir ou pas réussir. Et là, on fait l'inverse pour ces jeunes-là.

On leur retire des dotations et donc des chances de réussir. Et après, on s'étonne que dans certains quartiers, ce soit l'économie informelle qui prenne le relais. Qu'est-ce que vous voulez ? Il y a beaucoup de chômage, il y a beaucoup de pauvreté, l'école ne joue pas son rôle, les dotations aux collectivités locales ont été supprimées, donc les dotations à la culture, au sport, etc., qui avaient quand même un impact, et bien elles sont affaiblies. Qu'est-ce qu'il reste ? Et de l'autre côté, vous avez l'économie informelle qui prospère et tout le monde s'étonne.

Et plutôt que de se dire il faudrait redonner des moyens, réarmer les services publics pour faire en sorte que ça se passe mieux, et bien on va dire ah mais regardez, tel type de population, tel type issu de tel pays est plus sensible à la délinquance qu'une autre. C'est ça en fait aujourd'hui le discours qui infuse partout et qui est dit partout sur les chaînes d'infos en continu. Alors que le vrai problème, c'est un problème de fond, c'est un problème structurel qui amène à des conditions où le secteur informel devient plus intéressant que le reste. Et ça c'est beaucoup de gens ont sonné l'alerte depuis longtemps et rien n'a été fait.

27:51
Présentateur

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28:29
Locuteur

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