MEGABASSINES : LA GUERRE DE L'EAU EST DÉCLARÉE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Si on ne réagit pas maintenant, ça sera trop tard. Là, on est dans une agriculture business. Vous voulez nous faire une leçon morale, manifester, dégrader toutes les réserves ?
On ne fait que ça, bosser, et derrière on nous dit qu'on ne fait rien. Au moment où l'agriculture est dans une mauvaise ornière, dans laquelle elle est enlisée, où les agriculteurs ne s'en sortent même plus. Je parle d'assèchement programmé, subventionné, organisé des sols.
Je suis agriculteur, je suis fils, petit-fils d'agriculteur, et franchement, il y a des discours qui commencent à être intenables. Hélicos, grenades et pas moins de 1700 gendarmes mobilisés. En novembre dernier, l'État avait sorti le grand jeu pour défendre ses chantiers à Sainte-Soline.
C'est le moment ! Si on ne réagit pas maintenant, ça sera trop tard. C'est le moment d’y aller, sinon ça sera trop tard, vous comprenez ?
Des milliers de personnes avaient alors convergé à travers champs pour s'opposer à ces constructions titanesques. L'objet du conflit ? Les méga-bassines.
Imaginez une gigantesque piscine qui peut faire jusqu'à 10 hectares, soit plus de 10 terrains de football creusés au beau milieu des champs. 10-15 mètres de profondeur et au fond, une bâche en plastique. L'idée n'est pas de recueillir l'eau de pluie, mais de pomper l'eau dans les nappes phréatiques.
Destinées à l'irrigation des cultures en été, ces bassins sont dénoncés comme l'énième fuite en avant d'un monde agricole industrialisé et trop gourmand en eau, qui peine déjà à se maintenir. L'idée qui est simple, mais on va voir qu'elle est peut-être même simpliste, c'est de se dire, il faut retenir l'eau quand elle tombe, c'est-à-dire dans ces périodes-là, en dehors de la période estivale, pour pouvoir s'en servir pour les cultures ensuite. Alors pourquoi je dis que ça peut venir à l'esprit cette histoire-là ?
Sauf que quand on regarde et qu'on connaît un petit peu comment fonctionne l'hydrologie et finalement le fonctionnement de la ressource en eau, on voit bien que ce n'est pas la solution à moyen terme, c'est une fuite en avant en quelque sorte. Au fil des années, l'opposition à ces bassines s'est durcie. Et des milliers de personnes ont rejoint la lutte, avec des actions symboliques, des pétitions, des recours juridiques et même des sabotages.
Malgré une sécheresse hivernale inédite et des nappes phréatiques historiquement basses, Le gouvernement semble déterminé à mener ses projets à terme. Il y a une étude de juillet scientifique qui explique que c'est un projet qui est bon pour la biodiversité et qui est bon pour l’étiage. Donc je ne vois pas les raisons pour lesquelles je serais contre un projet légal, soutenu par les élus et pour lequel les scientifiques disent qu'il va dans le bon sens.
C'est un projet qui lui a respecté l'ensemble des critères de la loi, qui a purgé tous les recours qui étaient possibles et qui par ailleurs, on en reparlera peut-être a plein de vertues. Mais pourquoi le pouvoir s'accroche-t-il autant à ces bassines ? Quelle politique se cache derrière ces chantiers coûteux ?
De quoi les bassines sont-elles vraiment le nom ? Alors qu'une nouvelle manifestation est annoncée le 25 mars, nous sommes remontés à la source de cette bataille de l'eau. Des lois opératoires qui relèvent, je n'ai pas peur de le dire, de l'éco-terrorisme.
C'est dans le Marais poitevin, deuxième zone humide de France, que les anti et les pro bassines s'affrontent le plus durement. Jean-Jacques Guillet a rejoint le collectif Bassines Non Merci à sa création en 2017. Il nous amène à Mozé, près d'une de ses fameuses installations.
Nous sommes à Mozé, sur la vallée du Mignon, et c'est la première bassine des 16 de la côte de l'eau, et qui aujourd'hui est tout à fait pleine, puisque à partir du mois de novembre, l'État les a autorisés à la remplir. Il y en a encore trois autres de prévues sur ce même secteur. Ça veut dire que là, sur cette petite rivière qui déjà est à l'agonie, on va en mettre cinq.
La première a déjà des conséquences sur le débit de la rivière et sur les zones humides et sur le milieu et sur l'eau potable. On peut essayer d'imaginer ce que ça va donner quand on en aura ajouté quatre. Donc on va vers des pénuries, on va vers un assèchement des sols qui va s'aggraver dans les années à venir.
Il n'y a pas besoin de s'appeler Nostradamus pour prévoir ça. Nous, ça nous rend triste, en particulier tous les naturalistes. Là, effectivement, on vit une année assez exceptionnelle, mais c'est pas la première et ça risque de se reproduire.
Ce qu'on a constaté cette année, c'est qu'il y a eu de gros prélèvements dans la nappe phréatique pour remplir une réserve de substitution, celle qu'on a vue tout à l'heure, au détriment de la nappe et des milieux naturels. Ici, en hiver, théoriquement, il doit y avoir de l'eau sur les terrains pour permettre à la biodiversité de vivre, puisque on considère que ces terrains-là sont des habitats naturels pour un certain nombre d'espèces. Et donc, l'habitat, il va bien quand il y a de l'eau.
Et quand il n'y a pas d'eau, on considère que l'habitat est en mauvais état. Donc, ça veut dire que les espèces ne peuvent pas se reproduire, en particulier tous les batraciens, mais il n'y a pas que ça. L'eau stockée alimente une agriculture de céréales destinée principalement à l'alimentation des bêtes et à l'exportation.
La grande majorité des cultures ici, ce sont des céréales, c'est du blé ou du maïs. Et c'est des cultures qui sont exportées à notre port en eau profonde de la Rochelle, qui vont servir à alimenter l'ensemble des usines à merde d'Europe, c'est-à-dire toutes les usines hors sol, poulet, vache, cochon. C'est à ça que ça sert.
Là, on est dans une agriculture business. Donc là, l'eau, finalement, elle est presque traitée comme une matière première industrielle. Comme le pétrole, c'est une marchandise.
Et ce n'est pas une marchandise partagée. Encore une fois, c'est quelques-uns qui se l'approprient. Et c'est vrai que pour ceux qui ont l'eau aujourd'hui, je l'expliquais tout à l'heure, 5% du monde agricole et qui vont être accordés aux bassines, c'est le jackpot, quoi.
Parce que tous les autres vont être en pénurie. On va demander des restrictions de tous les côtés, y compris aux consommateurs, surtout aux paysans. On va avoir asséché l'ensemble des sols parce que le vrai problème et le vrai problème de fond, c'est que l'agriculture, pour se porter bien et pour que la majorité du monde agricole se porte bien, il faut que l'eau, elle soit dans les sols.
Il ne faut pas qu'elle soit dans des bassines. C'est dans les sols et dans la nappe qu'elle doit être, l'eau. Des scientifiques ont également apporté leur soutien à l'opposition.
Parmi eux, Anne-Morwenn Pastier, hydromorphogéologue. Sa contre-expertise a notamment remis en cause l'étude qui servait de caution aux bassines. Elle voit dans ces projets une politique libérale hors sol, inadaptée au maintien des équilibres naturels.
Alors la politique des bassines, c'est vraiment de ne voir l'eau que comme un stock global dont on pourrait disposer comme on veut, sans se préoccuper de comment le système fonctionne à la base. Et le système des bassines, il est encore plus pervers parce que non seulement il nous compartimentalise, je dirais localement, entre ce qu'on appelle en hydrogéologie des réservoirs, mais aussi il va avoir tendance à compartimentaliser les territoires entre eux, à vraiment se séparer en sous-bassins. Et à ce que chaque territoire doive manager l'eau de pluie qu'il aura reçue.
Pour eux, par exemple, toute l'eau des rivières est une eau inutile. C'est une eau qui est perdue à la mer. Et ils ne voient absolument pas le fait que, alors que cette eau serve au cycle de reproduction des espèces endémiques, ça n'a pas l'air de faire partie de leur priorité, mais surtout ils ne voient pas que, par exemple, la ville de Niort ou d'autres villes en aval, elles, elles prélèvent, principalement dans les cours d'eau ou dans les nappes vraiment de surface, proches des cours d'eau, pour l'alimentation en eau potable, par exemple.
Donc oui, moi, quand ils me sortent que l'eau dans les rivières, c'est une eau qui est perdue pour tout le monde, eux, ils oublient que derrière, il y a une ville qui va entièrement boire, se laver, se nourrir avec cette eau, par exemple. On est en train de dire qu'on va être dans une situation difficile dans les mois à venir, ça va s'aggraver. On n'est pas encore au printemps et on a déjà une situation d'été.
Moi, je ne parle pas de sécheresse, je parle d'assèchement programmé, subventionné, organisé des sols, et ce depuis un demi-siècle. Ce soir-là, une réunion d'information est organisée par les opposants pour ouvrir le dialogue avec les irrigants. Face aux écologistes, des agriculteurs pris à la gorge sont venus défendre les bassines.
Pour eux, c'est le seul moyen de maintenir leurs fermes. Avec des subventions européennes qui favorisent les grandes exploitations et les cultures irriguées, difficile de résister aux modèles industriels. En France, 27 fermes disparaissent en moyenne chaque jour, et près de 18% des agriculteurs vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Je pense qu'il faut quand même qu'on parte pour y arriver. d’un préambule, où on admet qu'il y a eu des erreurs. Et ce n'est pas forcément les agriculteurs qui en sont responsables, ils en sont les victimes, ils ont impliqué quelque chose, qu'ils subissent aujourd'hui, et ça, ce n'est pas normal.
C'est aussi du rôle de l'État, c'est aussi du rôle du consommateurs d'assumer ce qu'ils ont fait, et que les paysans sont des victimes. Ces tensions existent entre les habitants, dans les familles, parfois entre amis, et ça, je pense qu'on le subit tous, qu'on soit pour ou contre, depuis 2018, depuis la signature du protocole sur le territoire, et je pense qu'on le regrette tous, parce que c'est inconfortable pour tout le monde. Est-ce qu'on va continuer comme ça longtemps, à se tirer dessus, à être pour, à être contre, alors qu'on a tous envie d'une chose, c'est que l'agriculture maintienne nos villages.
Parce que moi, je suis convaincu d'une chose, même si je suis opposé au projet des bassines tel qu'il est, c'est qu'on a besoin des agriculteurs pour faire vivre nos campagnes. Et moi, ça me tue sincèrement, quand je vois que toutes les semaines, c'est des exploitations qui disparaissent. Alors qu'on soit pour, qu'on soit contre les bassines, on est tous pour le maintien de l'agriculture dans nos villages.
Et plutôt que de trouver nos différences, moi j'ai envie qu'on trouve nos points communs, ce soir. Moi j'ai pas irrigué, parce que je n’ai pas trouvé d'eau. Nous, au fort chez nous, il n'y a pas d'eau.
Alors, mais j'aurais bien voulu irriguer, parce que ma retraite serait un peu plus élevée aujourd'hui, au lieu qu'elle soit misérable. Aujourd'hui, j'ai des chèvres. Pour les nourrir, il faut que j'arrose mes luzernes.
Sinon, j'ai pas de luzerne. En ce moment, mes chèvres vont dans les choux. Si j'avais pas irrigué mes choux, j'aurais pas de choux.
Surtout, cette année, vu ce qu'il a mouillé, on n'aurait pas eu beaucoup de foin. C'est exactement pareil. J'ai installé mon fils avec moi.
Il est obligé d'aller travailler à l'extérieur pour qu'on y arrive. Et j'irrigue. Et je suis en projet dans les réserves qui doivent se faire.
Sauf que si on n'est pas en projet dans les réserves, on n'a plus d'eau. Donc comment faire ? Pour que mon fils, il s'en aille à l'extérieur.
Moi, ça va, j'arrive à la retraite. Je peux vous faire voir les heures que je fais, et encore, les week-ends, les vacances que j'ai passées. J'ai perdu mon épouse il y a huit ans.
Il a fallu que je me démerde, que je bosse. Et vous voulez nous faire une leçon de morale ? Manifester, dégrader toutes les réserves ?
Le prix que ça coûte ? Non, mais attendez, il faut être raisonnable. Vous allez sur l'agence bio.
Aujourd'hui, vous avez en open source le développement de la bio qu'il y a eu dans notre secteur. Dans notre secteur, depuis 2016, il y a au moins 600 hectares qui sont passés. Mais sur les 600 hectares qui sont passés, majoritairement, c'est des irrigants.
On a enlevé le maïs, on a mis du pois de conserve, on a mis des haricots verts, on est passé de 3-4 cultures à plus de 15 cultures. On ne fait que ça de bosser, et derrière, on nous dit qu'on ne fait rien ? Franchement, ça fait des années qu'on entend ça.
Il y en a ras-le-bol. Moi, c'est Guillaume Soulisse, je suis au Petit-Breuil-Deyrançon, je suis agriculteur, je suis fils, petit-fils d'agriculteur. Et franchement, il y a des discours qui commencent à être intenables.
Les collègues qui sont à côté, Alexis, qui est éleveur, il est éleveur, naisseur. Il fait 80-90, même plus, 100 heures par semaine quand il est dans ses périodes de vêlages. Son maïs, il le produit, oui, pour son troupeau.
Son élevage, il le fait avec ce qu'il produit sur sa ferme. Ce n'est pas des fermes de 500 000 bêtes comme on voit aux États-Unis, ou en Argentine, ou ailleurs. Donc qu’on ne lui dise pas que lui, c'est un intensif.
Parce que lui, c'est un travailleur, il ne fait que ça. Je suis convaincu du dialogue parce que monsieur Soulisse, vous l'avez exprimé avec vos tripes et je trouve ça vraiment très bien ce que vous avez fait. Parce qu'il faut que cette colère s'exprime.
Mais aujourd'hui, si on veut avancer tous, on se remet autour d'une table. Sinon, on n'avancera pas. Moi, j'aimerais bien renouer le dialogue avec les agriculteurs de la commune.
Mais pour ça, il faut que l'État prenne ses responsabilités et j'arrêterai là. Il faut regarder comment on en est arrivé là. Il y a un ennemi commun.
Cet ennemi commun, c'est la grande distribution. Cet ennemi commun, c'est ce système qui ne rémunère pas à sa juste valeur le métier d'agriculteur. C'est là qu'on devrait construire les alliances.
Les marges, la plus-value, elles doivent vous revenir à vous et pas aux transformateurs et pas à la grande distribution. Il y a urgence à poser bien le débat, il y a urgence à poser les constats, il y a urgence à écouter les souffrances réciproques et à s'affranchir de l'État pour construire localement les solutions qui nous correspondront. Et s'affranchir des lobbies qui, vous comme nous, nous font crever et font que vous n'êtes plus possesseurs de votre outil de travail, des choix semenciers et des choix de culture que vous faites.
Et je suis désolé, il faudra qu'un jour on puisse acheter le lait à sa vraie valeur et qu'on puisse sortir de ce système tous en haut. Il n'y a pas d'autre solution que de relocaliser l'économie et de refaire la démocratie. Et l'eau doit être le moyen de renouer le contact.
Benoît Biteau, paysan engagé mais aussi élu au Parlement européen, pointe la responsabilité des politiques publiques. On a assisté depuis 60 ans, et là je reprends ma casquette d'élu, avec le concours d'argent public dans des proportions absolument pharaoniques à des logiques de pompiers pyromane. Consiste à dire que précisément, on a besoin de continuer avec une agriculture intensive qui impacte négativement la biodiversité, qui impacte négativement le climat, et que c'est avec cette agriculture-là qu'on va atteindre la souveraineté alimentaire.
Il y a quand même un hiatus. On atteindra la souveraineté alimentaire quand on aura compris que la biodiversité c'est le principal ami de l'agriculteur. Et que sans biodiversité, demain il n'y aura plus d'agriculture et donc plus de souveraineté alimentaire.
Donc il faut cesser avec des logiques agricoles qui tentent de mettre la nature au pas et à fortiori avec l'argent public. Ce système agricole productiviste prend ses racines après la Seconde Guerre mondiale. À l'époque, De Gaulle et Pompidou voulaient sortir la paysannerie française de son retard.
L'Europe se construisait aussi. Un accord est passé. Aux Allemands, les machines-outils.
Aux Français, l'agriculture. L'autosuffisance est l'objectif prioritaire. Mais très vite, la conquête des marchés européens s'organise.
L'agriculture devient moderne, performante, mécanisée. Avec la promesse du progrès, on avait alors reconverti l'économie de guerre dans l'agriculture. Les chars d'assaut laissaient leur place aux moissonneuses batteuses et l'industrie des gaz azotés promettait l'abondance avec sa révolution chimique.
Aux origines de ces projets, une certaine vision de l'agriculture donc, celle des marchés internationaux. Car en réalité, loin de Sainte-Soline, c'est à Bruxelles et à Paris que tout se joue. On y retrouve Benoît Biteau, venu porter son combat jusque dans les allées d'un salon de l'agriculture, Verdi pour l'occasion.
Quand on est élu écologiste, on a vissé au corps l'intérêt commun. Eh bien, dans les politiques publiques qu'on doit déployer, l'intérêt commun doit être au cœur de notre projet. Et ça convoque donc une approche globale, j'insiste, loin des logiques corporatistes qui ne servent que de l'industrie agroalimentaire, que de l'industrie phytopharmaceutique, et en aucun cas, l'avenir des générations futures.
Et les premières victimes de ces logiques-là, tu l'as dit Marine, c'est les agriculteurs, les producteurs. On est au salon de l'agriculture, l'antre de l'agriculture industrielle, productiviste, tout ce qu'on voudra, même si on tente d'en donner une image d'Épinal. Et justement parce que c'est à cet endroit-là que se construit l'avenir de l'agriculture, on est venu ici, même si on n'adhère pas au modèle qui est présenté ici, montrer qu'on les regarde d'une part, et leur proposer autre chose en termes de développement au moment où l'agriculture est dans une mauvaise ornière, dans laquelle elle est enlisée, où les agriculteurs ne s'en sortent même plus.
Et on continue pourtant de mettre en vitrine cette agriculture-là qui pourtant est à l'origine de revenus indignes pour les paysans. Enfin voilà, c'est vraiment tout ce qu'il ne faut plus faire qui est présenté ici. Alors du coup, on est au stand de la Confédération Paysanne, dans le salon de l'agriculture.
Ce n'est pas hyper simple pour nous, c'est plus confortable sur nos fermes, mais on est là parce que pour le pluralisme syndical, on fait partie vraiment du monde agricole français, parce que du coup on porte une voix qui est la nôtre et qui fait sens. Nous, on voudrait d'abord dire que le meilleur stockage de l'eau, c'est dans les sols. Ça va être et d'une part dans les nappes phréatiques, c'est le grand cycle de l'eau, l'eau va nous être rendue ensuite dans les cours d'eau et ce genre de choses, et du stockage dans nos sols, dans nos parcelles, avec des sols vivants, des sols qui peuvent garder l'eau, dont les plantes pourront bénéficier sur plus longtemps que juste arrosées.
Donc ces pratiques-là doivent absolument être soutenues, protégées, préservées, et vraiment soutenues par des politiques, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Les bassines, c'est vraiment l'archétype de l'anti-solution pour nous, en termes de stockage de l'eau, puisqu'on va sortir de l'eau des nappes phréatiques, qui est le meilleur endroit de stockage, pour les mettre dans une bassine pleine de plastique, à l'air libre, avec de l'évaporation. Déjà techniquement, dans le cycle de l'eau, ce n'est vraiment pas une solution.
En plus, ça empêche, tant qu'on continue avec des projets de bassines, on ne réfléchit pas à d'autres choses. Donc c'est pour ça qu'on veut un moratoire, pour pouvoir se poser et réfléchir. Et puis après, ces bassines, aujourd'hui, elles sont au service d'un modèle agricole, d'un type d'agriculture beaucoup basé, pas exclusivement, mais beaucoup sur du maïs et sur de l'export.
Ça nous semble aujourd'hui complètement à contresens, à rebours de l'histoire, que de continuer à mettre de l'eau pour ce genre de système. Cette vision d'une agriculture industrielle est incarnée par de puissants lobbies. Des syndicats et des grosses entreprises.
Ces acteurs économiques marchent main dans la main avec le ministère de l'Agriculture, toujours attentifs aux demandes des filières de production. Comme on peut le voir ici avec ces deux portes-parole de la filière céréalière, qui profitent du salon pour imposer leur vision aux acteurs politiques. Aujourd'hui, les grosses problématiques qu'on a, c'est un peu celle de toutes les filières agricoles, mais c'est qu'on est dans une économie de marché, à la différence d'autres productions.
Et on a des problématiques d'accès aux facteurs de production. Et à la fois, on a tout ce qui va concerner les décisions européennes et les accords de libre-échange. Dans la production de blé dur, on a des interdictions.
Ce sont les interdictions des molécules, c'est l'accès à l'eau, c'est la sécurisation des productions. C'est tout ce qui va pouvoir sécuriser la filière. Quand on a sur les betteraves, quand on a sur le blé tendre, des molécules qui sont en danger, quand on a du mal à accéder à l'eau.
Vous, en tant que responsable politique, on sait que vous avez un rôle à jouer majeur dans le paysage à venir politique français. Comment vous vous positionnez par rapport à ça ? J'ai déjà expliqué ça aux camarades d'avant, mais je ne vais pas le faire maintenant, d’abord parce que vous filmez… Ce n'est pas maintenant que je vais vous parler.
Ah ben, ce n'est pas nous qui filmons. S’il vous plaît, si c’est possible d’arrêter de filmer. Ça serait gentil.
Ce discours bien rodé, c'est celui de la GPM, la discrète Association Générale des Producteurs de Maïs. La GPM fait partie d'Intercéréales, qui regroupe les différents acteurs céréaliers français des producteurs aux transformateurs. Véritable lobby, elle parraine par exemple cette émission aux relents propagandistes diffusée tranquillement sur le service public.
Parce que l'agriculture est une aventure collective, suivez Terre de Partage avec la filière des céréales. La bataille contre les bassines, c'est donc bien une bataille contre tout un système international d'asservissement des sols et des paysans. Un système dans lequel l'agriculteur ne possède plus ni son appareil de production, ni ses semences, et ne fait plus que suivre des marchés de plus en plus voraces et de plus en plus opaques.
Un système où l'eau est gérée comme une matière première agricole à valoriser, plus que comme un bien commun. Un système presque mafieux, dans lequel tous les échelons décisionnaires sont impliqués, et où le débat sur l'agriculture et l'alimentation est confisqué. Et tous les arguments sont bons pour faire reculer les tentatives de régulation environnementale.
Ces derniers temps, c'est même la guerre en Ukraine qui sert de prétexte à un regain productiviste. La guerre est revenue en Europe, je vous le disais. Ce que nous sommes en train de vivre ne sera pas sans conséquence sur le monde agricole et les filières qui sont les vôtres.
Dans un contexte politique tendu, en plein bras de fer sur les retraites et au début d'un printemps qui s'annonce aussi chaud sur le plan social que sur le plan climatique, le pouvoir durcit la répression sur les écologistes. Mais malgré les interdictions et les gardes à vue, le mouvement anti-bassines maintient son appel. La prochaine étape de la lutte contre les méga-bassines, c'est à la fin de ce mois-ci, 24, 25, 26 mars, où pour l'instant on annonce un rassemblement en Poitou.
Ça va être un événement historique, on le sent. On l'avait déjà annoncé pour Saint-Soline, et ça avait été le cas puisqu'il y avait près de 8 000 personnes qui avaient réussi à déjouer les dispositifs policiers et à cheminer jusqu'à la bassine, comme on l'avait annoncé, et de stopper le chantier pendant près de deux semaines. Là, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui viennent.
On est sur les traces du Larzac, on est sur les traces de Notre-Dame-des-Landes, et ce sera une lutte victorieuse.
Jean-Pierre Bataille