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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 15 octobre 2024 25 min

Budget 2025, logements à Marseille, trafic de drogue...Le "8h30 franceinfo" de Benoît Payan

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Benoît Payan, vous aviez rendez-vous hier soir à Matignon, deux jours avant le début de l'examen du budget à l'Assemblée Nationale, budget qui prévoit entre autres des coupes pour les collectivités territoriales, 5 milliards, vous y êtes allé pour plaider votre cause ?

0:17
Benoît Payan

Je suis allé pour plaider la cause de toutes les collectivités françaises, évidemment de Marseille, deuxième ville de France qui va être très violemment impactée par les décisions du gouvernement, mais de toutes les collectivités. Ça va représenter combien pour Marseille ? C'est plusieurs dizaines de millions d'euros par an, plusieurs dizaines de millions d'euros par an pour que tout le monde comprenne bien, ça va nous mettre dans une situation de devoir faire des choix terribles et nous n'avons pas à faire ce genre de choix.

Les collectivités elles font vivre le pays, les collectivités elles investissent pour le pays, c'est elles qui créent de la richesse, c'est elles qui font de la commande publique mais c'est elles aussi par exemple qui embauchent pour ma part des policiers municipaux, j'embauche aussi des agents dans les écoles. Et qu'est-ce qu'on va me demander ? De choisir entre embaucher des policiers municipaux, embaucher des personnels dans les écoles, arrêter de construire des gymnases, arrêter de construire des bibliothèques, fermer des musées. La réalité de ce qu'il nous est demandé, c'est pas un petit effort.

Tout le monde comprend qu'il faille faire des efforts, même si j'avoue être extrêmement surpris, c'est-à-dire que tout se passait quasiment bien, alors on nous disait bon les comptes de la France vont pas si bien que ça et puis d'un coup pardonnez-moi je vais jusqu'au bout, on se réveille et puis c'est le chaos. On a Michel Barnier qui arrive et puis là on s'aperçoit qu'il n'y a plus rien du tout et ça se met à cogner et à cogner très fort sur les collectivités.

1:30
Présentateur

Il y a eu quelques alertes.

1:31
Benoît Payan

Sur les collectivités, entre des alertes et le drame qu'on est en train de nous décrire et le budget qui va être soumis au Parlement, si le Parlement a la chance de le voter et que le gouvernement décide de ne pas passer en force avec le 49.3, entre des alertes et ce que le gouvernement s'apprête à faire, c'est-à-dire que ça va taper partout. Les retraités par exemple, les retraités, ma grand-mère a une retraite de 700 euros par mois, elle va pas être indexée. Si elle avait une retraite de 5000 euros par mois, j'aurais compris qu'on fasse ce genre de choses. Mais là on va s'en prendre aux enseignants, aux retraités, aux collectivités, à la santé. Ça commence à devenir très inquiétant.

2:05
Présentateur

Vous dites, on tape partout. Justement, le message envoyé par Michel Barnier, c'est que les efforts doivent être faits par tous. L'effort global d'économie des administrations publiques s'élève à 40 milliards d'euros. Et en ce qui concerne les collectivités territoriales, 5 milliards aux collectivités territoriales, ça ne représente que 12,5 de l'ensemble de l'effort. Alors que vous représentez 20% de la dépense publique.

2:27
Benoît Payan

De la dépense publique, pardonnez-moi, mais il faut être très clair quand même. Comme ça, nos auditeurs comprennent bien. D'abord, une collectivité locale, elle doit être à l'équilibre. Contrairement au budget de la France, où la France, elle, peut faire à peu près ce qu'elle veut sur ses comptes. D'ailleurs, la preuve, on s'aperçoit qu'il n'y a plus rien. Nous, on est obligés d'être à l'équilibre. J'ai décidé, avec ma majorité, de redresser les budgets de la ville. C'est-à-dire que quand je suis arrivé, il y avait des déficits grands et une dette importante. Je l'ai redressé. J'ai rattrapé tout ça. J'ai amélioré mes scores. J'ai amélioré mes taux d'intérêt.

Mais il n'y a pas d'économie à faire chez vous ?

2:59
Invité

Vous nous avez dit, il y a des dizaines de millions d'euros. Et j'en ai fait des économies. On va devoir faire des choix. Sur quoi ? Vous allez devoir couper ?

3:07
Benoît Payan

C'est la question que je vais poser au Premier ministre.

3:09
Invité

C'est la question que nous, nous vous posons ce matin.

3:11
Benoît Payan

En fait, je n'ai pas envie de choisir. Je n'ai pas envie de choisir entre des policiers municipaux, des agents qui sont dans les centres sociaux, et des agents qui sont dans des écoles. De quoi on est en train de parler, là ? On est en train de parler d'un pays dont on nous dit qu'on est en train d'emprunter au taux de la Grèce. C'est-à-dire qu'on serait devenu, avec tout le respect que je peux avoir d'ailleurs, pour la Grèce ou pour l'Espagne, notre économie serait donc comparable à la Grèce. Et donc, en fait, on va être quoi ? En régression ? C'est-à-dire que je vais arrêter quoi ? De construire des écoles ? Je vais avoir moins de policiers municipaux ?

Je vais avoir moins de gens dans les écoles ? Non mais là, vous allez tout le temps, bonique, mais la Cour des comptes, elle dit quand même

3:42
Présentateur

qu'au niveau des collectivités territoriales, il y a 100 000 postes à supprimer. C'est la Cour des comptes qui le sert.

3:47
Benoît Payan

Bien sûr. Je vais revenir, pardonnez-moi, une seconde sur Marseille. Vous savez, il y a un fantasme qui existe, qui laisse à penser qu'à Marseille, il y aurait beaucoup plus de fonctionnaires qu'ailleurs. Que ce serait une ville sur-administrée. Eh bien, en réalité, quand on se pense sur les faits, et les faits, ils viennent de l'INSEE, ils viennent du gouvernement, à Marseille, on a moins de fonctionnaires qu'ailleurs. Dans la ville de Marseille, pour un Marseillais, il y a moins de fonctionnaires territoriales que pour un Parisien, un Lyonnais, un Montpellierien ou un Bordelais. Et vous voulez que je continue à serrer tout ça ?

Donc, c'est chez vous qu'il faut trouver l'église que vous dites ? Le sujet, il n'est pas là. Le sujet, il est trop facile.

4:24
Invité

Mais il y a une question de temps de travail, par exemple. Les éboueurs marseillais, par exemple, chez vous, ils appliquent ce qu'on appelle le fini parti. Le travail est terminé.

4:30
Benoît Payan

Je ne vais pas vous faire offense, monsieur, mais ce ne sont absolument pas des agents de la ville de Marseille. Ils sont à la métropole. Et en effet, il y a le fini parti. Mais comme ça, vous êtes... Pardon, mais là, ça concerne les collectivités territoriales. Je vais faire avocat de la métropole, ça ne me dérange pas du tout. C'est son opposant politique, monsieur le Président. Mais allez-y. Elle est d'ailleurs revenue aux 1607 heures. Et donc, en effet, il y avait le fini parti qui pouvait paraître improbable, qui n'était pas acceptable, mais on est revenu aux 1607 heures. De la même manière, à la ville de Marseille, on est revenu aux 1607 heures.

Et donc, on travaille autant de temps à France Info qu'à la ville de Marseille.

5:05
Présentateur

À Marseille, vous profitez du plan Marseille-en-Grand, impulsé par le Président de la République il y a trois ans. On en est où, d'ailleurs ? Parce qu'on voit que vous tenez à ces crédits. On en est où ? Est-ce que vous les utilisez bien ? C'est la question aussi qu'on peut se poser.

5:17
Benoît Payan

C'est en effet pour nous... Vous vous souvenez que la dernière fois qu'on s'était vus, c'était suite à l'annonce du plan Marseille-en-Grand. On en est à, pour ce qui est de Marseille, de la ville de Marseille. La compétence, c'est donc les écoles, pas la propreté, malheureusement pour nous. On en est justement à la construction d'écoles. On va, d'ici la fin de l'année 2024 et janvier 2025, inaugurer 18 écoles. On va poser la première pierre ou finir quasiment 50 écoles d'ici la fin du mandat.

5:47
Présentateur

Ça ne va pas assez vite, c'est ce que dit votre opposition.

5:49
Benoît Payan

Mon opposition, elle, elle faisait trois écoles par mandat. Trois. Nous, ça va être cinquante. Alors, je les remercie de me donner des leçons de rapidité. Mais quand on a été capable de faire trois écoles par mandat pendant quatre mandats, on ne donne pas de leçons à ceux qui en font cinquante par mandat.

6:03
Invité

La Cour des comptes, elle, donne son avis sur ce plan Marseille-en-Grand. Dans un rapport qui a été publié en février, ce plan est qualifié de catalogue de mesures sans vision globale du territoire. Est-ce que tous ces millions qui sont donnés à Marseille ont un sens ?

6:18
Benoît Payan

Vous allez maintenant m'obliger à faire l'avocat du Président de la République. Je vais le faire.

6:23
Présentateur

Mais surtout que la Cour des comptes, elle dit qu'il n'y a pas de programme, il n'y a pas de pilotage. Il y a juste le discours du Président en 2021.

6:30
Benoît Payan

La Cour des comptes a raison de souligner le fait qu'il faille organiser tout ça. C'est pour ça que, pour ce qui concerne moi, ma compétence, on a mis en place des systèmes de pilotage. C'est-à-dire comment est-ce qu'on construit des écoles ou comment et avec qui. Ça, on le fait avec l'État. On le fait avec celles et ceux qui sont censés le faire avec nous. En effet, j'aurais préféré qu'il y ait un comité de pilotage plus global sur tous les aspects de Marseille-en-Grand. C'est-à-dire les transports, la culture, le cinéma et les écoles. Ça n'est pas le choix qui a été fait. Mais encore une fois, moi, je ne veux pas et je ne peux pas être comptable de ça.

Même si ce qui m'intéresse, c'est de continuer d'accélérer et de sanctuariser Marseille-en-Grand. Comment vous allez faire ?

7:09
Présentateur

Celui qui vous demande de faire des économies maintenant, il s'appelle Michel Barnier. C'est le Premier ministre. Alors que vous, vous avez « dealé » avec le Président de la République.

7:17
Benoît Payan

Pour ce qui est de Marseille-en-Grand, en tout cas pour ce qui est ressorti du rendez-vous d'hier soir, la question de la sanctuarisation de Marseille-en-Grand est déjà quasiment actée. Et je vais même vous dire la vérité. Je ne suis pas allé plaider la cause de la ville de Marseille. Parce que Marseille-en-Grand, ce n'est pas que le sujet de la ville de Marseille. Les crédits écoles, ils étaient déjà sanctuarisés dans le projet de loi de finances 2023. Mais c'est aussi pour faire des transports. C'est aussi pour améliorer les questions. Les transports, c'est 1 milliard.

7:43
Présentateur

Est-ce que vous allez avoir le milliard ?

7:44
Benoît Payan

Vous savez combien c'est pour la région Île-de-France ? 26 milliards. Et donc là, j'ai l'impression que ça passe crème. Mais on va se dire les choses. Marseille, c'est 2 fois et demi Paris en surface. Pour que tout le monde comprenne bien. La ville de France, c'est 12 millions d'habitants. C'est 2 fois et demi Paris. Pour la ville de Paris, c'est 6 milliards. Donc c'est 2 fois et demi Paris en surface. Il y a 2 lignes de métro. La dernière inaugurée en 1977. Vous imaginez le retard structurel de cette ville ? Et donc moi, je veux bien qu'on fasse comme si cette ville était très loin, qu'elle ne posait que des problèmes.

Mais elle mérite, comme les autres villes françaises, la solidarité nationale. Et c'est pour ça que je me suis battu. Même si ça a déplié à certains, mais c'est comme ça.

8:24
Invité

On a parlé d'école, on a parlé de transport, il faut parler de logement. Là encore, on vous a reproché, enfin la préfecture vous a reproché de ne pas aller assez vite dans la production de logements, de logements sociaux en particulier. Est-ce que c'est justifié ?

8:35
Benoît Payan

Je crois que la préfecture a eu raison de dire qu'il y avait des sujets et qu'il y avait des soucis. Quand on est arrivé, on a trouvé une situation où, à la ville de Marseille, certains promoteurs avaient porte ouverte. Bon là, cette fois-ci, ça dépend vraiment de vous. Exactement.

8:48
Présentateur

Ça veut dire quoi porte ouverte ?

8:49
Benoît Payan

C'est-à-dire, les règles étaient assez baroques. C'était assez marseillais dans un sens qui ne me plaît pas du tout. Et que je n'accepte pas. Ça veut dire qu'il y avait des... La loi doit être la loi. Et donc, en effet, on a remis de l'ordre.

9:04
Invité

Vous êtes en train de dire que l'équipe précédente était dans l'égalité ?

9:07
Benoît Payan

Ce qui a eu pour... Bon, ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est des rapports. C'est l'Agence française anticorruption, par exemple. Donc, moi, j'ai remis de l'ordre dans tout ça. Et depuis, il se trouve que non seulement on a rattrapé le retard de construction, mais en plus, on l'a accéléré. La France vit une baisse de la construction. De partout dans le pays, on voit une baisse de la construction. Je vais vous donner un chiffre. Sur le département des Bouches-du-Rhône, la baisse de la construction, c'est 30% cette année. 30%, moins 30%. Marseille, c'est moins 10%. C'est-à-dire qu'on a atténué la baisse trois fois par rapport à ce qui se passe... Mais ça reste une baisse.

Oui, mais je suis en France celui qui baisse le moins.

9:46
Présentateur

Sauf que chez vous, il y a aussi d'autres problèmes. Il y a l'histoire des marchands de sommeil. On l'a vu, ça donne des drames incroyables dans votre ville. Vous dites être en guerre contre ces marchands de sommeil. Vous êtes aussi en guerre contre, de l'autre côté, les Airbnb qui envahissent votre ville. Vous arrivez à mener ces deux guerres de front ?

10:06
Benoît Payan

Il faut. Je ne m'arrêterai pas d'ailleurs. Les marchands de sommeil dans cette ville, encore une fois, ils ont eu de quoi faire. J'ai décidé de tous, dès que j'en trouve un, de tous les envoyer devant le procureur de la République. Il n'y a pas de raison qu'à Marseille, il y ait des gens qui profitent de la misère. Dans cette ville, il y a des gens, on va fêter un triste anniversaire, celui du 5 novembre, où on a perdu 8 personnes. Dans l'effondrement d'un immeuble, de la rue d'Aubagne. À cet endroit-là, 90% de la population est éligible au logement social. Il y a 5% de logements sociaux. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que dans tout ce périmètre, il y a du logement social de fait, que des marchands de sommeil sont venus acheter, capter des appartements pourris, pardonnez-moi du terme, à cette heure-ci. Ils ont mis des taudis, des choses qui sont inacceptables, inhumaines. Ils mettent des gens et les font survivre là-dedans et les exploitent. Moi, ces gens-là, je les envoie chez le procureur de la République, les uns après les autres. Quand on est arrivé, je crois qu'en tout, il y a 5 marchands de sommeil qui avaient été envoyés chez le procureur de la République. Nous, c'est des centaines. Donc oui, je vais leur faire la guerre, je leur fais la guerre et je continuerai.

J'ai même proposé que l'Assemblée nationale durcisse les peines, durcisse les peines de prison. Interdisent à ces gens d'exercer, interdisent à ces gens d'acheter des biens. Pour ce qui est d'Airbnb, là pareil, on est en train de vivre dans certains quartiers un phénomène absolument terrible. C'est-à-dire que des investisseurs, en général, c'est 75% d'investisseurs qui ne sont pas marseillais. Ils achètent des biens à Marseille et ils font du Airbnb et les quartiers se vident. Là, je vais utiliser tout ce que la loi me permet comme arme pour empêcher ça.

C'est-à-dire qu'à partir du premier Airbnb, du premier appartement en résidence secondaire, je vais obliger la personne qui veut avoir un Airbnb à racheter un appartement et à le mettre en location. En location longue durée. Ça va leur faire passer un peu l'envie, justement, de faire du gras sur le dos des Marseillais. Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Saliad Rappia.

12:12
Invité

Et toujours avec le maire d'Hivergauche, le Marseille, Benoît Payan, Nessim Ramdan, père de trois enfants, chauffeur VTC, a été abattu à Marseille d'une balle dans la tête par un ado de 14 ans. C'était il y a dix jours, un tueur à gage mineur. Après ce drame, les langues se délient. D'autres chauffeurs VTC ont témoigné dans la presse ces derniers jours. Ils disent être contraints par les petites mains du trafic de drogue, ne pas pouvoir refuser certaines courses proposées par des plateformes VTC. Vous étiez au courant de ce phénomène ?

12:41
Benoît Payan

D'abord, moi je veux parler d'Nessim Ramdan. C'est un drame parce que c'est un père de famille, trois enfants, c'était un homme sans histoire et c'était quelqu'un d'extraordinaire, quelqu'un qui donnait beaucoup de sa personne, c'est quelqu'un qui organisait des tournois de football, c'est quelqu'un qui s'occupait d'associations, qui s'occupait de petits en situation de difficulté. Et il est mort parce qu'il a refusé d'être complice d'un assassinat. Il est mort parce qu'il a refusé à un enfant ou à un adolescent de 14 ans d'aller commettre un assassinat. Quelque part, et j'ose le terme, il est quasiment mort en héros.

Quand l'autre lui a dit, je vais aller tuer quelqu'un et tu m'attends ici, il a dit non. D'abord, il a sauvé une personne et il en a payé de sa vie. Et ça, c'est insupportable pour sa famille, c'est insupportable. Mais pour la ville, pour moi, pour tout le monde.

13:30
Invité

Est-ce un cas isolé ?

13:32
Benoît Payan

Mais bien évidemment que non. En réalité, et j'ai déjà eu l'occasion de le dire sur ce plateau, il y a dans cette ville un phénomène de narcotrafic, dirigé depuis l'étranger ou depuis la prison, ce qui est là aussi tout à fait dramatique, où l'on utilise, via les réseaux sociaux, des petits de 14-15 ans, incapables de faire quoi que ce soit d'ailleurs, pour aller commettre le pire et commettre des assassinats. Et j'ai déjà eu l'occasion de dire que sur cette question-là, il fallait y mettre les moyens.

Parce qu'on n'arrêtera pas les personnes qui se trouvent dans des pays lointains, des personnes qui sont à l'étranger, qui se sentent protégées, même si la police avait fait, en Espagne, vous vous en souvenez, il y a quelques mois, une très belle prise. Le chef, par exemple, de la DZ Mafia, tout le monde sait aujourd'hui qu'il n'est pas ici, il donne ses ordres depuis l'étranger. Et donc, encore une fois, la question des moyens, bien sûr que la question du nombre de policiers se pose, parce que pour la tranquillité publique, il nous faut de la police sur le terrain. Mais il nous faut une police spécialisée.

Il nous faut, et j'avais fait la proposition à l'époque, ce qui avait fait un tollé général, il nous faut des moyens spécifiques pour le parquet, ou un parquet spécialisé qui puisse avoir les moyens d'aller vite sur la question.

14:46
Présentateur

On parle quand même de mineurs, là, on parle d'un tueur à gage de 14 ans. Comment on en est arrivé là ?

14:51
Benoît Payan

Vous mesurez ce que ça veut donc dire ? C'est-à-dire qu'en fait, il n'y a plus de limites.

14:55
Présentateur

Il n'y a plus de limites ? Est-ce que ça veut dire qu'il y a un manque d'autorité ? Est-ce que c'est l'ultra-violence dans la société, les jeux vidéo, le numérique ? Est-ce que c'est aussi la misère sociale ?

15:04
Benoît Payan

Ce jeune garçon, il a son père et sa mère en prison pour trafic de drogue. Donc il a ses deux parents qui étaient dans le trafic de drogue. Il a été donc laissé à 9 ans dans des structures d'accueil. On voit bien ce que ça a donné et on voit bien les limites, non pas des structures d'accueil, mais du fait qu'on leur enlève des moyens. On est en train de parler, et on parlait tout à l'heure, des coupes budgétaires. C'est là qu'on va enlever des moyens. Là, justement là, sur l'éducation et sur les structures d'accueil. Donc sans moyens, et ensuite il a été laissé quelque part à l'abandon, hors des radars. Il a été laissé dans la nature.

C'est évidemment, c'est un malfaisant et un criminel en puissance qu'on a laissé dans la nature. Et c'est un phénomène qui doit s'arrêter. Mais pour s'arrêter, là pour le coup, moi j'en appelle au ministre de l'Intérieur.

15:51
Invité

Mais vous en avez parlé Michel Barnier hier soir quand vous l'avez vu ?

15:53
Benoît Payan

Non, d'abord je n'ai pas vu Michel Barnier hier soir. Vous étiez à Matignon, pardon. Voilà, et ensuite j'aurai l'occasion de lui en parler, comme j'aurai l'occasion d'en parler avec le ministre de l'Intérieur. J'en parlais toutes les semaines avec Gérald Darmanin quand il était ministre de l'Intérieur. Et on suivait semaine après semaine l'évolution de ce qui se passait. J'avais réclamé des moyens de justice, on en a eu quelques-uns. J'avais réclamé des moyens de police, on en a eu quelques-uns. Mais cette affaire-là n'était pas terminée. Preuve en est ce qui est en train de se passer. Mais donc, de toute façon, là aussi, il va prendre beaucoup de temps.

C'est-à-dire qu'on a affaire à une mafia, à des narco-trafiquants. Vous avez tous vu le film.

16:30
Présentateur

Vous l'avez cité, ça s'appelle la DZ Mafia, qui fait beaucoup parler d'elle à Marseille. Il y a un cartel de narco-trafiquants.

16:35
Benoît Payan

C'est exactement le terme, c'est un cartel.

16:37
Présentateur

Des confrères ont enquêté sur la DZ Mafia. Ils racontent que grâce à la corruption, la mafia a des soutiens politiques, économiques, parfois à très haut niveau, des élus, des patrons d'entreprises, des juges, qui ferment les yeux sur leur activité. Vous êtes maire de Marseille, vous le voyez, ça ?

16:53
Benoît Payan

Moi, je le crois. Si vos confrères ont enquêté et qu'ils ont le nom d'un élu, d'un juge ou d'un policier, mais il faut les donner tout de suite. Je crois que ces personnes-là seraient à sanctionner ou sont à sanctionner, mais dans la seconde, dans la seconde, la gravité de ce qui est exprimé là doit être immédiatement sanctionné.

17:09
Présentateur

Vous, on n'a jamais tenté de vous corrompre ?

17:10
Benoît Payan

Jamais de la vie, ni de près, ni de loin, ni des personnes de notre entourage. Moi, je veux bien qu'on fasse des mystifications. Je veux bien qu'on raconte qu'on est revenu dans les années 50. Moi, je crois que le système est un peu plus compliqué que ça. En fait, je crois que comme on n'arrive pas à attraper ces personnes qui sont à l'étranger, on explique finalement qu'il y aurait une main occulte qui tiendrait tout le monde. Mais je crois qu'on reste un pays de droit. Il y a une police, il y a une justice dans ce pays. On n'est pas en Italie dans les années 70. On n'est pas au Mexique. En tout cas, je ne l'espère pas. Et j'espère pas non plus qu'on soit au Mexique.

Et encore moins à Colombie. Donc, si les Colombiens ont réussi à mettre fin à ça, il n'y a pas de raison que la France ne réussisse pas à mettre fin à ça. Mais la Colombie, pour mettre fin à ses narcotraffics, elle a mis sur la table un certain nombre de choses.

17:56
Présentateur

Comme par exemple la majorité pénale.

17:58
Invité

La question a été posée la semaine dernière à votre place à Olivier Faure, premier secrétaire du PS, qui dit qu'on peut envisager d'écarter l'excuse de minorité en cas d'extrême violence. Est-ce que vous êtes d'accord ?

18:09
Benoît Payan

En fait, on peut essayer de réagir à chaud sur l'intégralité des faits divers ou des difficultés. Moi, je pense qu'il faut mettre les choses sur la table. L'excuse de minorité, en effet, quand on a 17 ans et demi, et qu'on est un assassin multirécidiviste, on n'a pas trop d'excuses de minorité. Il ne peut pas y avoir d'excuses de minorité. Quand on a 14 ans, là, pour le coup, on se dit qu'il est quasiment perdu pour la cause. Je veux bien qu'on l'enferme. C'est terrible ce que vous dites. Mais c'est ça la réalité. Peut-être qu'un jour, il pourra se réinsérer, mais ça va être compliqué. À 9 ans, il a vu ses parents mis en prison. Il a été placé de foyer en foyer.

Et à 14 ans, il a assassiné de sang-froid, d'une balle dans la tête, un chauffeur de VTC. Vous imaginez la violence de ce gamin ? Vous imaginez ce que la société est capable de produire ?

18:53
Présentateur

Mais vous, à votre niveau, celui de la mairie, vous essayez de rattraper ces jeunes dans les quartiers ?

18:57
Benoît Payan

Justement, c'est ce qu'on essaie de faire. Par exemple, quand on fait des écoles, quand on essaie justement de les amener en vacances, quand on essaie d'amener des bibliothèques, quand on essaie de leur apprendre autre chose en leur disant qu'il y a autre chose que ces drames absolus. La vie, ça ne peut pas être fait que d'argent facile, de violence et de sentiments d'impunité et de puissance. La vie, c'est autre chose. Et le rôle d'une collectivité, le rôle d'une mairie, c'est de proposer autre chose. Et quand je vois que c'est là-dessus qu'on va nous taper, quand je vois que le gouvernement va me demander de faire des économies sur ces questions-là, en effet, il y a de quoi s'interroger.

Et je ne suis pas un ange dans ma manière de voir les choses. Je crois que vivre ensemble, ça impose, eux-uns et aux autres, de faire des efforts. De quelques côtés que l'on se trouve.

19:43
Invité

Mais quand on pose la question de la sécurité à des personnalités de gauche, voilà, on entend souvent les réponses, la prévention, là vous venez de parler de bibliothèques. Mais ça existe ? Oui, ça existe. Il n'y a pas que la matraque dans la vie. On entend aussi beaucoup la question de la police de proximité. Est-ce que c'est à la hauteur des enjeux qu'on a vus il y a une dizaine de jours ?

20:05
Benoît Payan

La police de proximité, elle sert à rassurer les gens. Elle sert à éviter les petits larcins dans la rue. Elle sert à protéger le calme et la tranquillité publique. Et donc, elle a un intérêt. D'abord, ce sentiment d'insécurité. Quand on voit de la police, on a un sentiment d'insécurité qui diminue. Mais en aucun cas, la police de proximité est capable d'arrêter des narcotrafiquants. Qu'ils soient à Madrid, à Paris, à Marseille ou à Toulouse. Là, c'est tout à fait autre chose. Ce n'est pas le même sujet. Il ne s'agit absolument pas du même sujet.

Pour autant, dans les centres-villes et de partout, on a vu que la police de proximité, qui a existé pendant des années en France et qui a été supprimée, on se demande bien pourquoi d'ailleurs.

20:44
Présentateur

Nicolas Sarkozy, il disait qu'il ne fallait pas que les policiers jouent au foot avec les jeunes.

20:48
Benoît Payan

Oui, on voit bien d'ailleurs le résultat que ça a eu. Et donc, je sais par exemple que le ministre de l'Intérieur, je ne sais pas si je devance une de vos questions, a l'intention de continuer l'arsenal législatif. Tous les 18 mois dans ce pays, depuis à peu près 20 ans, on fait une loi plus ou moins baroque sur la question de la délinquance, de la sécurité ou de l'immigration. Tous les 18 mois. Et on a quand même l'impression que les choses vont de mal en pi. Il faudrait un peu qu'on se pose quelques questions et qu'on s'arrête de dire, voilà, je suis un nouveau ministre de l'Intérieur, je vais faire une loi. On voit bien que ça ne fonctionne pas. Ça n'a pas fonctionné.

Et donc, on peut essayer de faire des lois même tous les 6 mois, si on veut. On peut même essayer de dire, regardez, je ne vais plus rien laisser passer. Avec des mots, on peut faire beaucoup de choses. Puis ensuite, il faut des moyens. Et donc, à Marseille, je vais poser une question très simple. Je suis content qu'il y ait un ministre qui se dise, tiens, je vais faire des choses. Et qu'est-ce qu'il va faire ? Quels moyens je vais avoir ? Parce que la loi, en fait, si on utilise la loi, et toute la loi, et rien que la loi, l'arsenal législatif, il existe, la possibilité pour les policiers, probablement qu'il faut simplifier certaines procédures pour les policiers, ça c'est évident.

Probablement qu'il faut simplifier certaines procédures pour les magistrats, c'est évident, mais c'est toute la chaîne pénale qu'il faut coordonner. Et ça existe déjà dans la loi. Et donc, qu'est-ce que je vais avoir, moi, comme magistrat à Marseille pour lutter contre le narcotrafic ? Qu'est-ce que je vais avoir, moi, à Marseille, comme policier, pour lutter contre le narcotrafic ? Ça, c'est une réponse que j'attends. C'est pas la loi que j'attends.

22:15
Invité

Bruno Payan, à Marseille, à chaque élection, le Rassemblement National progresse. Comment est-ce que vous l'expliquez ? C'est historique.

22:22
Benoît Payan

Progresse. À chaque élection, il y a des hauts et il y a des bas. À chaque élection nationale, on a un rassemblement. Je rappelle quand même un fait qui est aussi passé sous les radars. En 1988, vous étiez très petit et moi aussi. Jean-Marie Le Pen remplissait le stade Vélodrome et arrivait premier aux élections présidentielles à Marseille sans que ça n'émeuve grand monde. Donc, en effet, aux élections nationales, on a une poussée extrêmement forte du Rassemblement National.

Et pourtant, et c'est ça le paradoxe de cette ville, c'est une ville où on arrive et où je souhaite qu'on arrive à continuer de vivre ensemble, avec des gens qui sont bien évidemment différents, avec des gens qui quelquefois ne se ressemblent pas, mais qui ont une réalité commune, celle d'être marseillaise et celle d'être marseillais. Et heureusement pour nous, pour les élections locales, le Rassemblement National n'a jamais percé. Pour autant, il faut être vigilant. Vous savez, moi, je suis inquiet de voir disparaître la droite républicaine dans ma ville parce qu'il existait. Elle utilise les mots du Rassemblement National.

Et quand on utilise le logiciel de pensée du Rassemblement National et les mots du Rassemblement National, les gens préfèrent toujours l'original à la copie. Jusqu'à présent, il y avait une droite que je combattais qui était celle de Jean-Claude Gaudin. Mais il n'utilisait pas ces mots-là. Que vous respectiez ? Que je respectais en républicain, même si je combattais ses idées. À aucun moment, il n'a accepté de s'abaisser devant le Rassemblement National, en tout cas devant ses idées.

23:46
Invité

D'un mot, le député LFI Sébastien Delogu, lors de votre place, il réfléchit déjà à une candidature en 2026 pour les municipales à Marseille. Ça vous fait peur ?

23:54
Benoît Payan

Mais non, si Sébastien Delogu veut être candidat aux élections municipales en 2026, il aura tout à fait le droit d'être candidat.

24:01
Présentateur

Vous allez le soutenir ?

24:02
Benoît Payan

Mais moi, je suis maire de Marseille et au travail. Donc je sais qu'il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup de temps pour réfléchir à leur propre candidature.

24:07
Invité

Mais la gauche, elle peut gagner, c'est diviser ?

24:10
Benoît Payan

Mais moi, je crois à l'Union et je crois profondément à l'Union. Je crois que l'Union, c'est le viatique. Mais enfin, à l'Union et à la responsabilité. Parce que vous avez vu quand même, je ne sais pas combien de temps il nous reste, mais on est arrivé premier aux élections législatives et pour autant, on n'a pas réussi à gouverner ce pays. Ce qui doit nous amener probablement à d'autres rendez-vous sur France Info.

24:31
Invité

Merci beaucoup en tout cas d'avoir été avec nous ce matin. Benoît Payan, maire de Marseille, je vous laisse en compagnie de Salia Braquillia et Renaud Deli pour les informer dans quelques minutes.