Municipales à Paris, avenir de la droite... Le "8h30 franceinfo" de Michel Barnier
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Bonjour Michel Barnier.
Bonjour. Et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. Alors que faire face à la hausse des prix de l'énergie, qu'en pense l'ancien Premier ministre que vous êtes ? C'est évidemment un point que nous allons aborder ce matin. L'actualité, évidemment, de ces dernières heures, ce sont aussi les dernières heures de campagne municipale. On va parler de Marseille, on va parler de Nice. Mais commençons, si vous le voulez bien, par Paris. Bataille serrée entre Rachida Dati et Emmanuel Grégoire. Bataille même un petit peu tendue ces dernières heures. Emmanuel Grégoire, le candidat d'une PS qui était à votre place hier et qui a accusé jusqu'à Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron est intervenu pour faire en sorte d'aider au retrait de Sarah Knafou. Et je veux le dire à quel point c'est une faute morale immense. L'Elysée et le Président de la République lui-même ont dénoncé un mensonge indigne. C'est vrai ou c'est faux ? Est-ce qu'il y a pu avoir des pressions ?
Écoutez, avant de parler des petites polémiques, M. Grégoire qui est un peu en panique actuellement, comme beaucoup de ses amis socialistes à Paris. Je voudrais juste dire un mot, puisqu'on est au dernier jour des élections municipales, de ce qui s'est passé dans toute la France métropolitaine et outre-mer aussi, avec tous ces élus locaux. Il y a 94% des communes qui ont élu leurs élus municipaux dès le premier tour. Et moi, je voudrais donner un coup de chapeau à tous ces élus, souvent qui consacrent une grande partie de leur vie personnelle, familiale, aux services publics et qui sont le premier échelon de la démocratie et de la République.
Dans un moment où il y a tant de tensions, tant de risques, à l'Assemblée nationale, je le vois bien depuis que j'y suis revenu, parfois un climat pré-insurrectionnel, beaucoup de haine, beaucoup d'intolérance. Je voudrais donner un coup de chapeau à tous ces élus locaux, quelles qu'ils soient, quelles sensibilités qu'ils soient pour le travail qu'ils font, pour tenir la République sur le terrain. Maintenant, on peut parler de M. Grégoire et de ses polémiques. Ce n'est pas la seule... Il n'y a aucune preuve, M. Grégoire, il a balancé ça à l'avant-veille des élections contre le chef de l'État. Lui-même, le président de la République a cru bon, je crois, de dire un mot de ça.
Mais ce n'est pas bien dans une campagne qui... On ne peut pas faire n'importe quoi. Il n'y a pas la moindre preuve d'une collusion, d'une complaisance entre l'extrême droite. Non, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai, je peux vous le dire. Pas plus qu'il n'est vrai, les polémiques que le Parti Socialiste et ses amis essayent de développer à Paris. L'autre jour, hier, dans une partie de la circonscription où je suis député, dans le cinquième arrondissement, où Florence Berthoud va être réélue, je l'espère, parce qu'elle est une formidable maire, son adversaire socialiste a fait un tract pour dire que j'étais partisan de l'Union des Droites. Jamais. Où est-ce qu'elle a vu ça ? Jamais.
Donc ce sont des polémiques absolument pathétiques et de gens qui sont un peu désespérés. Voilà pourquoi je trouve qu'ils sont fatigués, pour tout vous dire. Je trouve que M. Grégoire, tous ses amis sont fatigués, qu'il est temps de changer de direction à Paris, d'avoir une alternance qui incarne Rachida Dati.
Michel Barnier, vous êtes député de Paris, vous évoquiez à l'instant l'Union des Droites. Votre candidate Rachida Dati, elle a bénéficié de la fusion de la liste avec le candidat Horizon, Pierre-Yves Bournazel. Elle bénéficie aussi du retrait de Sarah Knafo qui a appelé à voter pour elle. Quand vous entendez Rachida Dati évoquer des points de convergence avec Sarah Knafo, qu'est-ce que ça résonne ? Comment le chiracien que vous êtes prend cette phrase, ce compliment de Rachida Dati ?
De mon côté, il n'y aura jamais aucune complaisance. Mais il y a des électeurs, il y a des Français, ils n'ont pas besoin de consignes ou d'ordres de je ne sais pas qui pour savoir comment ils vont voter.
Vous pensez qu'elle est d'extrême droite, Sarah Knafo ?
Il y a des positions qui ne sont pas les miennes. Mais peu importe, ce qui est important, c'est ce que pensent les citoyens de Paris qui ont envie d'un changement. Et je peux vous dire, madame, qu'il y a beaucoup de citoyens qui veulent ce changement, y compris à gauche, qui en ont assez de cette gestion, où on voit la dette augmenter, on voit les enfants menacés dans le système périscolaire. C'est ça dont il faut parler, M.
Grégoire, plutôt que de faire des polémiques avec le chef de l'État, en racontant n'importe quoi, il faudrait mieux de parler des problèmes qui intéressent les Parisiens, la sécurité, la mobilité, l'absence de commerce, et puis la sécurité des enfants aussi dans le périscolaire.
Mais pardonnez-moi, effectivement, vous évoquez des points extrêmement concrets. Mais c'est ça, une municipalité, c'est pas... Mais c'est intéressant aussi de situer les uns et les autres. Aujourd'hui, quand on est LR, on ne dit plus que Sarah Knafo est d'extrême droite.
Mais moi, je n'ai pas de problème pour dire ça. Certaines de ces théories, celles de M. Zemmour, sont des théories qui ne sont pas les miennes. Et comme gaullistes, il n'y a pas de compréhensance possible. Maintenant, je pense qu'il faut parler aux électeurs. Et que les électeurs qui votent à droite, au centre, à gauche...
On ne parle pas aux appareils, mais on parle à ceux qui votent pour eux.
Et nous parlons aux citoyens, c'est ça, une élection municipale. Et donc, il n'y a aucune preuve de tout cela. Et donc, je trouve que cette montée en puissance de cette polémique au dernier moment, c'est la preuve d'un certain désespérance du Parti Socialiste à la veille d'une élection, où ils ne veulent pas assumer leur bilan. Il faut qu'ils assument le bilan d'une ville qui a été mal gérée, qui n'est pas propre, qui n'est pas sûre. C'est ça, la réalité de Paris, aujourd'hui.
Alors, de l'autre côté, il y a Pierre-Yves Bournazel, qui s'est donc désisté, pour le coup, et qui a même fusionné, pardonnez-moi, avec Rachida Dati, sans lui-même être sur la liste. On imagine que s'il y a des électeurs qui ont voté Pierre-Yves Bournazel, c'est qu'ils ne voulaient pas, ça paraît être une tautologie, mais qu'ils ne voulaient pas voter pour Rachida Dati. C'est ça, le premier tour, monsieur. Qu'est-ce que vous leur dites à ces électeurs ?
Dans un premier tour, on choisit. Dans un deuxième tour, on dit on élimine. Là, on a des raisons d'éliminer un parti socialiste qui a mal géré la ville et qui fait preuve d'un sponsoring indirect de la part de LFI, comme dans beaucoup de villes de France. C'est ça dont on devrait parler aussi, parce que, d'abord, je vous donne un coup de chapeau à Pierre-Yves Bournazel, qui était courageux, qui avait une campagne sérieuse et qui a des convictions. Et je suis très respectueux de la décision qu'il a prise et heureux aussi, comme je le souhaitais dès avant le premier tour, que les élus du centre et de la droite républicaine se retrouvent sur la même liste avec Rachida Adetti.
Ce qui est beaucoup plus grave dans cette élection, c'est à votre antenne même, je crois, un ancien ministre socialiste, monsieur Le Drian, qui sait de quoi il parle quand il parle du Parti socialiste, qualifié de naufrage moral et politique. Il a dit ça à votre antenne, à ma place, il y a deux jours. Un naufrage politique et moral du Parti socialiste.
Michel Barnier, ces questions, elles ont été posées aux élus de gauche sur ce plateau toute la semaine. Vous, vous êtes député de Paris. Vous soutenez Rachida Adetti. Il y a une question qui peut être décisive pour les électeurs dans cette élection, pour ceux qui sont indécis, notamment au centre. C'est la question de la probité. Rachida Adetti, elle est mise en examen pour corruption dans plusieurs dossiers. La justice la soupçonne, notamment, d'avoir perçu 900 000 euros du groupe automobile Renault-Nissan en échange d'une activité de lobbying quand elle était élue au Parlement européen.
Elle est bien sûr présumée innocente, mais elle risque 10 ans d'emprisonnement, 1 million d'euros d'amende. Est-ce que ça ne peut pas faire fuir certains électeurs ?
Je comprends bien qu'à la veille de l'élection, vous cherchez à poser des questions pour mettre en difficulté Mme Dati, à qui je fais confiance.
C'est un fait pour le coup. Il n'y a pas d'interprétation. Elle sera jugée en septembre.
Elle a droit, permettez-moi de le dire, puisque vous ne l'avez pas dit vous-même, elle a droit à la présomption d'innocence. Je l'ai précisé en la diade de reprise. Je le répète une troisième fois, et c'est sur cette base-là que je n'ai pas d'autres commentaires à faire, et je lui fais confiance en laissant de côté ces polémiques.
Elle peut quand même être condamnée dans six mois, éventuellement, à lâcher son mandat. Je ne sais pas ce qui se passera. Je lui fais confiance.
Elle a droit à la présomption d'innocence. Je trouve un peu médiocre ce genre de polémique à la veille de l'élection. Je pense que ce serait plus intéressant de parler de ce dont les socialistes sont responsables, notamment quand il s'agit de la sécurité. Les questions de probité,
ce sont des questions médiocres ? Les questions de probité ?
Non, non. Je dis simplement que la polémique est quelquefois médiocre, et je pense qu'il serait plus intéressant de parler de la sécurité de centaines d'enfants, dont la sécurité est mise en péril par des animateurs qui ont été mal recrutés par la mairie de Paris actuelle. C'est plus important.
Je reviens, pardonnez-moi, Michel Barnier, sur ce que vous avez dit il y a quelques secondes, qu'Emmanuel Grégoire serait sponsorisé d'une certaine façon par la France Insoumise. Il se trouve qu'il y a une candidate de la France Insoumise, Sophia Chiquirou, qui est présente et qui s'est maintenue à l'occasion de ce second tour. Qu'est-ce qui vous fait donc dire, alors que, et on a d'ailleurs pu voir dans le débat qu'il y a eu, que Sophia Chiquirou ne ménageait pas ses coups contre Emmanuel Grégoire, qu'est-ce qui vous fait donc dire qu'il est sponsorisé ?
Parce qu'il y a sur la liste de M. Grégoire, Mme Simonnet et d'autres qui viennent de la France Insoumise et je parlais plutôt du Parti Socialiste qui est sponsorisé en général, au contraire de toutes les déclasses. Donc ça fait un an que le Parti Socialiste nous dit qu'il ne veut plus entendre parler de M. Mélenchon, que ce parti est antisémite, ce qui est vrai, qu'il y a une violence que je vois à l'Assemblée nationale et voilà qu'à la veille des élections pour garder des places dans les plus grandes villes de France, pour garder des places, les gens se déshonorent. Je reprends le mot de Jean-Yves Le Drian, se déshonorent et sont dans une position contraire.
Je pense à Toulouse, par exemple, où Jean-Luc Moudin, que j'espère, sera réélu, la ville de Jean Jaurès, je pense que la région de Jean Jaurès, je pense que tout ça est déshonorant et contraire aux valeurs de la République que de s'allier à un parti qui met la violence et l'antisémitisme au premier rang de ses convictions.
Michel Barnier, vous êtes membre des Républicains, cadre dirigeant des Républicains. Cette semaine, il y a eu un petit psychodrame dans votre parti autour de la question de Nice où s'oppose le maire Horizon sortant, Christian Estrosi, soutenu par Horizon et les Républicains et votre ancien patron, Éric Ciotti, désormais allié de Marine Le Pen. Bruno Retailleau, le président des LR, a dit ne pas vouloir choisir. Il a été désavoué par les instances du parti. Vous, vous auriez voté pour Christian Estrosi sans hésitation ?
Sans hésitation, et je l'ai dit. Bruno Retailleau s'est expliqué sur cette déclaration. Je ne suis pas son porte-parole. Conseil National des Républicains et à ce titre-là, comme président du Conseil National, je rappelle que mon parti, le parti des Républicains, a, dans une délibération formelle de sa commission d'investiture, soutenu Christian Estrosi de manière extrêmement claire. Je pense que quand on est de droite, il y a une forme d'honneur à respecter sa parole et donc nous la respectons. Il s'est déshonoré
avec cette déclaration, Bruno Retailleau ?
Comment dites-vous ?
Il s'est déshonoré ? Je dis que
quand on est de droite, on a le devoir de respecter sa parole. Donc je respecte ma parole et je dis que mon parti, les Républicains, soutiennent Christian Estrosi sans aucune ambiguïté.
Alors, écoutons, tiens, comment Christian Estrosi qualifie la formation de son rival, l'UDR, donc présidé par Éric Ciotti. Le principal animateur d'un mouvement pétainiste. C'est le vrai visage de l'extrême droite. Un mouvement pétainiste. Est-ce que vraiment, là encore, on parlait des mots parce que c'est important quand même, les mots dans une campagne. Les Français écoutent aussi ce qui se dit. Est-ce que vraiment, ce sont des mots que vous partagez ?
Je ne veux pas, vous ne m'avez pas invité ici pour faire des polémiques. Moi, je suis là pour donner des positions claires. Je viens de vous dire la position claire qui est la nôtre et je ne vais pas faire des commentaires sur les déclarations des uns et des autres.
Là, c'est la déclaration de Christian Estrosi que vous soutenez.
Nous soutenons Christian Estrosi pour la gestion de cette ville de Nice qu'il a bien gérée et dont j'espère qu'il continuera à bien la gérer. Voilà ce que je peux dire. Je ne vais pas rentrer dans les polémiques. Franchement, les gens qui nous écoutent, ils ont un peu ras-le-bol de tout ça. Vous savez, le vrai souci qu'on a, c'est qu'on trouve des élus, je le disais au début de notre entretien, qui s'occupent bien de cette ville, de leur ville, de leur commune, qui se dévouent et qui font progresser la vie collective. Voilà ce qui est important.
Il y a aussi des grands mouvements, des mouvements de bascule dans la vie politique française sur lesquels on s'arrête. Marseille, c'en est un exemple. Votre candidat Martine Vassal s'est maintenue. La question sera la victoire ou non du Rassemblement National Franck Alizio ou celle de Benoît Payan, le maire socialiste sortant. Mais la première leçon de ce scrutin, c'est que là-bas, le Rassemblement National vous a remplacé dans les urnes. Il a pris à la droite plus d'une quinzaine de points. Est-ce que vous êtes devenu un supplétif du Rassemblement National ?
Mais précisément pas. Je ne vois pas pourquoi vous posez la question comme cela. Je vous ai dit depuis le début de ce dialogue, depuis ce matin, que j'étais opposé à toute forme de complaisance, d'union des droites. Tout ça, ça n'existe pas, en tout cas pour moi. Et ça ne doit pas exister. Et en revanche, ce qui est important, c'est de savoir pourquoi nos électeurs et électrices sont partis de ce côté-là par déception, par colère, parce que des promesses n'ont pas été tenues. Donc c'est ça qui est important, qu'on traite les problèmes d'immigration de manière claire et nette.
Et je ferai le moment venu des propositions ou je referai des propositions comme celles que j'ai faites pendant la primaire sur les questions de l'emploi, du travail, du mérite, de la sécurité publique, du travail qu'on doit encourager plutôt que de le décourager par trop de taxes et trop d'impôts. Les questions que veulent qu'on traite les citoyens qui nous ont quittés, parfois pour l'extrême droite et je pense qu'ils doivent revenir. Il faut les convaincre de revenir. Et d'autre part, ceux qui s'abstiennent de plus en plus nombreux, malheureusement, dans une démocratie.
Donc il n'y aura pas, on l'a compris, l'union des droites, en tout cas pas avec vous, pour la présidentielle.
Justement... On va parler aux citoyens. Je viens de le dire et je le répète une deuxième fois, je veux parler aux citoyens. Je parlerai et je souhaite que le prochain candidat qui représentera la droite est le centre. J'espère un candidat unique aux élections principales parlera aux citoyens, à tous les citoyens de Métropole et de l'Utomère pour montrer que nous allons régler les problèmes, traiter les problèmes.
Vous avez parlé justement de la manière, peut-être, vous l'avez évoqué en filigrane, la manière dont peut-être la droite va se choisir un candidat. Tiens, peut-être un candidat unique. C'est ce que vous nous dites.
Le 8.30 France Info, Adrien Beck, Camille Vigogne-Lecouat.
Nous sommes toujours avec Michel Barnier, ancien Premier ministre, député LR de Paris. ALR justement, chez les Républicains. Vous allez vous réunir d'ici quelques jours pour réfléchir, choisir votre mode de désignation de votre candidat à l'élection présidentielle. À titre personnel, vous plaidez pour quelle option ? Une primaire ouverte, fermée, pas de primaire ?
Je plaide d'abord pour qu'on mette les choses dans l'ordre. J'en ai parlé avec Gérard Larcher, le président du Sénat, qui, en autre nom, a travaillé avec un groupe d'élus au meilleur système pour le départage, si je puis dire. Mettons les choses dans l'ordre. D'abord, les élections municipales, respectons le choix des citoyens, c'est le premier niveau de la démocratie, je l'ai déjà dit, et il ne faut pas mélanger les choses. Donc, vous verrez qu'on va monter des municipales, du terrain, un peu partout en France, un appel à l'unité. Là où on a été unis, on a pu gagner, où on va gagner dimanche. Là où on est désunis, on perd.
Mais l'unité, ça veut dire de la droite et du centre ?
De la droite républicaine et du centre, et des centres, parce qu'il y a plusieurs mouvements centristes. C'est ça. Pourquoi je plaide ? Et d'ailleurs, c'est comme ça que beaucoup de communes au centre droit sont gérées en France par des unités, par des équipes locales auxquelles je rends hommage. Donc, l'appel à l'unité, il vient monter très fort, vous allez voir, vers Paris, vers les dirigeants. Entendez-vous. Deuxièmement, pourquoi on est candidat à la présidente de la République ? Au-delà des titres, des honneurs, etc. C'est traiter les problèmes des Français. Et donc, je plaiderai pour qu'on mette les choses dans l'ordre, les municipales et ensuite le projet.
Pourquoi on veut changer les choses, redresser ce pays et le rassembler ? Et donc, il faut qu'il y ait un accord sur une plateforme politique de redressement et de rassemblement. Et enfin, viendra le moment, j'espère pas trop tard, à la fin de l'été, de choisir et de départager les différents candidats.
Laurent Wauquiez appelait à une primaire qui allait de Sarah Knaffo à Gabriel Attal ou à Gérald Darmanin. Concrètement, vous mettez où le curseur ?
Non, je ne suis pas d'accord avec Laurent Wauquiez sur cette question. Il le sait, je le lui ai dit. Je pense qu'il faut faire un choix entre différents candidats qui se représenteront. La droite républicaine, je viens de vous le dire et je le répète une troisième fois, et les différents mouvements centristes. Est-ce que les macronistes sont les... Madame, monsieur, ceux qui ont travaillé avec moi lorsque j'étais Premier ministre, ils nous ont bien parvenus à travailler. Donc c'est le socle,
comment vous l'appeliez, socle commun ?
C'est moi qui l'appelais le socle commun, même s'il était un peu fragiliste depuis, l'esprit commun de tous ceux qui partagent les mêmes valeurs républicaines à la droite et au centre.
Vous êtes pour une frontière particulièrement étanche avec l'extrême droite, mais on a appris cette semaine qu'au niveau européen que vous connaissez bien en tant qu'ancien commissaire, les députés de votre formation politique, les républicains, discutaient avec les députés d'extrême droite de l'AFD, notamment sur les questions migratoires. François-Xavier Bellamy, le chef de file des républicains à Bruxelles, participe dans des boucles WhatsApp à des discussions sur quel amendement voter ou non avec l'AFD. Concrètement, qu'est-ce que ça vous évoque ?
Je pense qu'au niveau européen comme au niveau national, la frontière doit être claire et nette. Elle ne l'est pas, manifestement.
Il y a des ententes sur des votes
et des thématiques précises. Je vous la donne. Il y a eu une discussion sur des questions migratoires où d'ailleurs la position qui a été actée finalement est exactement celle qu'a soutenu la Commission européenne et le Conseil des ministres européens. Donc sur le fond, les choses sont claires et je ne souhaite pas qu'il y ait de complaisance ou de manque d'étanchéité entre les formations d'extrême droite et la formation dont je fais partie qui est le Parti populaire européen qui est extrêmement clair là-dessus.
Donc c'est une erreur de François-Xavier Bellamy ?
Si elle était commise, c'est une erreur.
Autre sujet, Michel Barnier, sujet d'ailleurs qui a été évoqué hier soir à l'occasion d'un Conseil européen à Bruxelles, la guerre au Moyen-Orient qui prend des airs de guerre de l'énergie. On l'a vu ces dernières heures avec ses frappes israéliennes sur un champ gazier partagé entre Qatar et Iran. Ce matin, une raffinerie en feu au Koweït. Vous qui avez l'expérience du pouvoir, l'expérience des responsabilités, est-ce que vous avez l'impression qu'on prépare suffisamment les Français à des temps, je pense évidemment au gouvernement, qu'on prépare suffisamment les Français à des temps difficiles ?
Là, nous parlons de ce sujet qui intéresse tous les pays européens. C'est-à-dire, cette nuit que s'est terminé le Conseil des chefs d'État et de gouvernement qui a enfin pris conscience ensemble de la nécessité d'anticiper. Ce que j'observe au niveau européen, et vous savez que j'ai passé 15 ans de ma vie dans des responsabilités européennes, notamment sur le Brexit et à la Commission, c'est qu'on gère toujours ces crises plutôt bien, mais toujours en défensive, le dos au mur. Et on peut multiplier des exemples, la crise financière, le Brexit, la crise migratoire liée à l'Irak, le Covid. Il faut être capable d'anticiper, même si c'est compliqué quand on est 27 pays.
C'est, me semble-t-il, l'état d'esprit qui a régné hier soir à Bruxelles. Anticiper... Qu'est-ce qu'il faut anticiper là, en l'espèce ? Il faut anticiper tous les sujets sur lesquels nous sommes en dépendance pour réduire nos dépendances à l'égard des puissances étrangères ou des empires extérieurs qu'il s'agisse de la Russie, de la Chine ou des Etats-Unis. La guerre en Ukraine nous oblige déjà à revoir nos dépendances en matière d'énergie. Il faut continuer... Pardonnez-moi,
Michel Barnier, petite incise, on a réduit notre dépendance au gaz russe. Aujourd'hui, 10% du gaz européen vient du Qatar. Oui. Lequel se retrouve...
J'allais vous dire précisément qu'il faut réduire nos dépendances, diversifier nos sources d'approvisionnement, préserver le choix ou amplifier le choix du nucléaire et la Commission européenne et elle vient de reconnaître Mme von der Leyen qu'elle s'était trompée. Développer aussi les économies d'énergie quand c'est possible. Il y a plein de sujets sur lesquels il faut anticiper et notamment réduire les risques de dépendance, augmenter la souveraineté et l'indépendance de l'Union européenne. Michel Barnier,
on entend l'importance d'anticiper, on entend que cette question est évidemment cruciale mais dans la réponse immédiate à apporter, est-ce qu'il y a une coordination européenne qui est possible ? Quelle réponse on peut donner ? On a l'impression que là-dessus, sur la réponse européenne sont très désunie.
Oui, parce que c'est la responsabilité nationale que celle des taxes, de savoir si, comme en Italie, temporairement, on abaisse les taxes sur l'énergie ou sur les maintiens. Ça, c'est un problème de l'Europe qui n'est pas terminé. On a trop de dispersion encore dans le marché unique mais le projet européen, excusez-moi de vous le dire, moi je suis passionnément patriote et aussi très européen et ça va ensemble comme les deux drapeaux que l'on voit sur les écrans ensemble et qui fera que mon parti politique maintienne ensemble, je le dis en passant.
C'est une des raisons de notre indépendance que d'être européen parce que ces enjeux-là, ces empires qui nous agressent du côté chinois, du côté américain, du côté russe de manière différente, je le reconnais, il n'y a qu'une seule clé, c'est d'être ensemble pour avoir une masse critique et défendre nos intérêts sans complexe. Donc oui, on doit réduire nos dépendances, on doit augmenter les capacités de stockage du gaz et du pétrole, on doit augmenter la part de l'énergie nucléaire dans notre mixte énergétique, on doit aussi soutenir certaines énergies renouvelables, on a plein de choses à faire ensemble et il faut les faire avec les pays voisins qui nous entourent dans le marché unique.
On a aussi des initiatives à prendre en matière de politique étrangère et de défense, je pense que le moment est venu de créer un cadre nouveau en dehors des institutions européennes, plus intergouvernemental, qui serait une sorte de conseil européen de sécurité et de défense.
Je reviens de façon très concrète et très prosaïque sur la question quand même des prix des carburants. On a vu et vous l'avez évoqué effectivement, l'Italie qui fait baisser de 25 centimes ses prix, ça va coûter quelques centaines de millions d'euros et c'est pour seulement trois semaines. L'Allemagne aussi qui l'envisage, la Pologne, la Serbie. Pourquoi nous en France on ne le ferait pas ? Qu'est-ce que vous vous feriez si vous étiez aux manettes ou rien ? Ou est-ce qu'on dit aux Français bon, on n'a pas le choix pour l'instant qu'il faut faire face ? Il faut regarder
les situations très précisément des catégories sociales ou professionnelles qui souffrent le plus. Je pense aux pêcheurs, aux agriculteurs, à certaines professions qui utilisaient le transport comme une vraie obligation de travailler tous les jours. Peut-être qu'il y a des mesures ponctuelles qui peuvent être prises mais je me permets de vous rappeler qu'on ne peut pas raconter d'histoire à ceux qui nous écoutent. Nous n'avons plus d'argent. L'Italie n'en a pas beaucoup plus que nous.
Je l'ai dit suffisamment pendant que j'étais Premier ministre sur un budget que je voulais réduire d'un pourcent de son déficit et j'ai fait face d'ailleurs, je le redis en passant à l'irresponsabilité de partis qui se sont mis ensemble. La gauche de M. Mélenchon, la gauche de M. Hollande et le Rassemblement National de Mme Le Pen qui ont voté ensemble contre un budget de redressement et de courage. Donc, on ne peut pas raconter d'histoire aux gens parce que toutes les dépenses qu'on ferait aujourd'hui ce sont des impôts pour plus tard sur la tête de nos enfants. Donc, je pense qu'il y a des mesures peut-être ponctuelles à prendre.
Je fais confiance au gouvernement pour les prendre et soulager temporairement les difficultés de telle ou telle catégorie.
Donc, oui, à des mesures catégorielles, non à des baisses de taxes généralisées. Mais parce que,
madame, nous n'avons pas d'argent. Il ne faut pas raconter l'histoire aux gens. On ne va pas continuer à tirer des chèques en blanc ou en bois sur la tête de nos enfants. Ce n'est pas responsable. C'est même totalement irresponsable. Et moi, je pense qu'il vaut mieux être un populaire qui est responsable. Je le redis une nouvelle fois.
Merci beaucoup, Michel Barnier, d'avoir été avec nous ce matin sur France Info, ancien Premier ministre et député Les Républicains de Paris. Merci, Camille Vigogne-Lecouat.
Michel Barnier