Violences sexuelles dans le périscolaire : les faillites d’un système
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ce matin, j'ai décidé de revenir sur un dossier particulièrement difficile, particulièrement choquant aussi, les violences sexuelles dans le milieu périscolaire. Alors, il y a eu un certain nombre de scandales à Paris, mais je précise que c'est une affaire qui concerne la France entière, les mêmes causes créant probablement les mêmes conséquences et ces scandales nécessitant une prise de conscience. Générale, pour en parler, je reçois une avocate spécialisée dans les violences faites aux enfants, Marie Grimaud, bonjour maître, et une journaliste qui a enquêté et qui publie un livre tout à fait accablant, un livre intitulé Les Rois du silence.
Bonjour, Victoire Afring-Moulard, périscolaire, l'enquête choc. Alors, il faut tout d'abord que vous nous expliquiez comment vous, journaliste aux Parisiens, avez été conduite à enquêter sur ces affaires.
En fait, ça a démarré l'été dernier. On était à quelques semaines après l'affaire Alphonse Baudin, du nom de cette école du 11e arrondissement, où un animateur avait été accusé de plusieurs agressions sexuelles. Et à l'été, on avance à la rédaction d'autres accusations dans d'autres arrondissements, des faits de violence aussi, qui concernaient cette fois le reste de la région. Et je me souviens être allée voir ma chef et lui dire, voilà, il y a quelque chose, là, il faut qu'on creuse.
Oui, vous dites, des violences répétées, des hurlements, des enfants obligés de manger dans un silence total, parfois forcé jusqu'à vomir, enfermés, on leur interdit d'aller aux toilettes, quotidiennement punis, humiliés, pincés, frappés, menacés, intimidés, insultés, enfin, je pourrais continuer. C'est quelque chose de tout à fait choquant. J'ai envie de vous demander tout d'abord où est-ce que ça se passe ?
Alors, pour les parents, ils n'ont pas forcément conscience de la manière dont est organisé, en fait, le temps de l'école, puisque quand on dépose son enfant à la maîtresse à 8h30, on n'a pas forcément conscience qu'en fait, sur les temps de cantine, il va être géré par une équipe qui est différente et cette fois qui dépend de la municipalité. puis il va retourner avec son enseignante et pour finir le soir, retrouver cette équipe d'animateurs de la municipalité, ou ça peut même être une autre équipe qui dépend d'une association à qui la collectivité aurait délégué ce service public.
Donc voilà, c'est un milieu assez obscur, je pense, pour les parents et ça fait partie aussi du problème, puisqu'il n'y a absolument aucune communication entre ces deux mondes.
Ça veut dire que ça ne concerne pas, ça concerne le milieu scolaire, puisque ça se passe en milieu scolaire, mais ça ne concerne pas du personnel de l'éducation nationale ?
Non, en fait, c'est ça la subtilité, c'est, en règle générale, les collectivités à qui on a donné l'autorisation d'organiser ces temps, qui vont recruter ces animateurs et qui vont organiser ces temps périscolaires.
Mais alors, ça se passe où ? Ça se passe dans les établissements d'éducation ? Dans quels lieux ? D'après vos enquêtes Victoire Afring-Moulard, qu'est-ce que vous avez découvert ?
Ça se passe donc dans les écoles, justement dans ces écoles où cohabitent l'éducation nationale et collectivité. Il y a aussi bien du temps périscolaire dans le public que dans le privé, ça, il faut le dire. Ce n'est pas géré de la même manière, mais voilà, en tout cas, ces temps existent et ils ont lieu au sein de l'école. Il y a aussi l'accueil de loisirs le mercredi et pendant les vacances. Donc, c'est des temps qui sont très vastes. Aujourd'hui, une semaine de temps scolaire, c'est 24 heures. Il faut savoir qu'à Paris, par exemple, il y a des enfants qui passent plus de temps avec des animateurs qu'avec des enseignants.
Bon, mais on pourrait se dire, Victoire Afring-Moulard, ce sont des cas isolés. Il y a des brebis galeuses, etc., dans tous les milieux.
Oui, alors, on a beaucoup parlé des violences sexuelles. Il faut aussi rassurer les parents en disant que, évidemment...
Les parents ne sont pas très rassurés.
Non, mais voilà, c'est moins commun que, évidemment, ce qu'on va appeler les violences éducatives. Et oui... Pardon, j'ai perdu le fil de votre question. Je te demandais si ce n'était pas des brebis galeuses. Alors, moi, je considère qu'il faut continuer à faire confiance aux animateurs. Ils sont très nombreux à être passionnés, à avoir choisi ce métier. Mais, effectivement, aujourd'hui, les conditions de recrutement font qu'on va avoir des animateurs qui seront sans expérience, sans formation, et à qui on ne va pas expliquer, en fait, tout simplement comment on prend en charge ses enfants. Et, du coup, ça va mener à ces violences éducatives dont on parlait.
Et les facilités de recrutement font qu'il y a des gens qui vont être attirés par les enfants et qui vont pouvoir, effectivement, se faire embaucher de manière assez facile.
Maître Grimaud, c'est quand même à la fois choquant et puis étonnant parce qu'aujourd'hui, on a la sensation que la société s'est saisie de cela. Et puis, si la société ne s'était pas saisie de cela, à défaut, les parents, évidemment, beaucoup d'entre nous sont des parents et n'ont pas du tout l'intention d'abandonner leurs enfants à des systèmes violents.
On a l'impression de découvrir une réalité. Cette réalité, elle a toujours existé. Moi, ça va faire plus de 15 ans que je suis avocate et ça fait plus de 15 ans que chaque année, j'ouvre des dossiers de violences sexuelles et éducatives au sein des écoles, tant sur le temps périscolaire que sur le temps éducatif. Ça touche aussi des enseignants de l'éducation nationale.
Je crois que nous sommes dans un nouveau moment de société qui est celui d'une forme de regard et d'écoute plus attentive des parents à la parole de leur enfant qui est issu d'un mouvement de prise de conscience qui a infusé et qui a aussi été initié par le mouvement de la civisme qui, je rappelle, a travaillé sur les incestes mais était à la base aussi dirigé sur l'ensemble des violences sexuelles faites aux enfants. Il y a une meilleure écoute, un meilleur regard, mais surtout une légitimité nouvelle. C'est-à-dire que des parents aujourd'hui se sentent légitimes à venir regarder, contrôler et critiquer ce qui se passe à l'intérieur des écoles.
Des écoles qui étaient des sanctuaires sont aujourd'hui plus regardées, plus attaquées. Je crois que c'est aussi tout un mouvement de société, de judiciarisation des écoles privées, des violences sexuelles faites à l'intérieur de ces écoles-là avec le mouvement de dénonciation à l'intérieur de l'église avec les écoles qui étaient sous le registre des diocèses. Donc on a un mouvement qui continue et je dirais le prisme médiatique. C'est venu amplifier ce regard-là. Mais on a une légitimité nouvelle qui fait qu'on se retrouve aujourd'hui avec une verbalisation de cas plus grande.
Bon, mais alors, vous êtes avocate, donc il est normal que vous ne voyez que les cas qui sont les cas évidemment porteurs de violences ou d'exactions de tout genre. Mais les sanctions, elles sont assez lourdes pour les auteurs de ces faits. Et on a l'impression que maintenant la justice prend tout cela très au sérieux.
Elle feint de prendre tout cela au sérieux. J'ai bien pris connaissance des prises de parole de notre procureur de la République de Paris. Il est fait état de situation que Paris a entre les mains depuis déjà près d'une dizaine d'années. J'ai des dossiers qui sont ouverts à l'instruction depuis près de dix ans à Paris et qui ne sont toujours pas clôturés. Non, les sanctions sur le papier prévues par le code pénal sont lourdes. Dans les faits, elles sont rarement appliquées. Et nous sommes sur une matière où le taux de classement sans suite est le plus important.
Parce que nous sommes dans un milieu où ce sont les plus petits qui sont touchés, c'est-à-dire les trois, six ans, sur un niveau de verbalisation qui est compliqué, qui demande une intervention policière, des méthodes d'investigation qui ne sont pas appliquées ou par manque de moyens ou par manque de volonté. Donc aujourd'hui, par l'effet médiatique, je pense qu'il y a un véritable bénéfice secondaire de notre procureur à prendre la parole et à donner le sentiment que tout cela est pris en charge. Mais ce n'est pas une réalité totalement acquise. Aujourd'hui, dans nos cabinets, nous sommes très en difficulté pour faire aboutir ces dossiers-là.
J'ajoute que la ville de Paris a décidé de créer une mission d'information et d'évaluation sur les violences dans le périscolaire. Le maire de la capitale, Emmanuel Grégoire, a cédé mercredi à la demande de la droite de créer cette instance, similaire à une commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Donc on en saura probablement plus. Je le répète, ça ne concerne pas que Paris. Victoire à Fring-Moulard, votre livre, il s'ouvre sur l'affaire du petit Nassim, six ans, qui a subi un traumatisme crânien gravissime. Je pense qu'il serait intéressant que vous nous exposiez cette affaire qui est assez représentative.
Oui, exactement. En fait, là, on n'est pas dans un cas forcément de malveillance, mais simplement de négligence et qui montre à quel point l'absence de formation peut être délétère pour les enfants. Donc c'est Nassim qui a six ans, qui a l'habitude d'être en centre de loisirs. Et un jour, sa maman, Précilia, reçoit un appel, l'appel que tous les parents ont déjà reçu, qui dit voilà, il faudrait venir chercher Nassim puisque Nassim est malade, il a vomi, ce serait bien que vous veniez avant l'heure. Donc recevant ce message, Précilia ne s'inquiète pas forcément. Elle prend le temps de venir.
Elle arrive 45 minutes plus tard et en fait, elle se rend compte quand elle arrive que Nassim ne va pas bien. Il a vomi effectivement plusieurs fois, il est très fébrile. Enfin, il y a des signes évidents de traumatisme crânien et personne ne l'a vu. Ils ont mis un certain temps avant de l'appeler, surtout. Il s'est même fait gronder par des animatrices qui lui ont dit, il faut que tu arrêtes ton cinéma. Voilà, et en fait, donc Précilia l'emmène aux urgences. Effectivement, il a un traumatisme crânien. Il va tomber dans le coma et aujourd'hui, voilà, il aura probablement des séquelles à vie. Qu'est-ce qui s'est passé ? En fait, il y avait un quart de son cerveau qui était comprimé.
Et aujourd'hui, les conséquences, c'est que Nassim est très fatigué. Il a des grosses pertes de mémoire à tel point qu'il est capable de ne pas reconnaître sa maman. Donc voilà, c'est des choses qui sont très dures. Et les médecins le disent, en fait, si ses animateurs avaient eu le bon réflexe, les conséquences ne seraient pas les mêmes.
Donc ça, c'est un cas de négligence qui révèle, bon, le manque quand même d'à propos,
mais aussi le manque de formation ? Oui, parce qu'en fait, voilà, c'est des signes évidents et que tous les animateurs devraient connaître. Voilà, les signes de traumatisme crânien, les premiers secours à apporter, ça, ça paraît être le B.A.B. et en fait, on se rend compte qu'il n'y a aucune formation et que du coup, les risques sont énormes. Maître Grimaud, qu'en pensez-vous ? Je voudrais réagir, permettez-moi, sur la mission d'information qui vient d'être ouverte par la ville, le maire de Paris. M.
Emmanuel Grégoire avait déjà fait un communiqué de presse en 2015, le 23 septembre 2015, dans lequel il faisait déjà un état des lieux de ce qui se passait et faisait des annonces extrêmement similaires à celles qui sont en train d'être délivrées par voie de presse. Je n'ai aucune velléité à attaquer telle ou telle personne, mais nous souffrons quand même d'un syndrome, que moi je dirais, du perlimpceste.
C'est-à-dire que nous avons une capacité à oublier les affaires qui ont pu exister, les prises de positions qui ont pu exister, les missions de prévention et d'information qui ont pu exister, puisque la ville de Paris a mené en 2015, sous l'égide de l'Inspection Générale, une mission d'évaluation et qui est venue déjà révéler l'ensemble des défaillances du système du péri-scolaire, le manque de formation, le manque de transparence des enquêtes administratives 2015, sur lesquelles M. Emmanuel Grégoire s'est déjà positionné. Donc, cette amnésie collective est extrêmement préjudiciable aux enfants à l'exercice de leurs droits et à l'exercice de leur protection.
Il va falloir que notre société arrête avec cette problématique mémorielle et vienne, pour une fois, reprendre un regard, je dirais, un peu plus transversal sur les dix dernières années et en tirer les conséquences adéquates.
Vous, vous êtes actuellement en charge de huit dossiers, dont cinq à Paris pour l'année 2025-2026. Oui. Et alors, ces dossiers, donc...
Ces dossiers, j'en ai à Paris, mais j'en ai aussi sur le reste du territoire. Je dirais que sur le reste du territoire, nous avons moins de difficultés à les faire aboutir à un procès qu'à Paris. Pour quelles raisons ?
Qu'est-ce qui se passe particulièrement ?
Qu'est-ce qui se passe ? À Paris, on a aussi des règles de compétence. C'est-à-dire que la brigade des mineurs de Paris est la seule sur le territoire qui a une compétence exclusive sur cette matière-là, mais qui mène aussi des enquêtes sur les mineurs délinquants. Donc, on a une problématique humaine et matérielle dans la prise en charge de ces affaires-là. Après, Paris, c'est la capitale. Il y a un enjeu politique, il y a un enjeu sociétal. Si les écoles parisiennes sont touchées, alors évidemment, tout le reste du territoire l'est. Il y a un enjeu d'image.
Et donc, il y avait une résistance aussi, à mon sens, plus importante du parquet de Paris à venir révéler une réalité qui pourrait faire l'objet derrière d'une politique pénale. Sur le reste du territoire, nous avons aussi des brigades, tantôt de gendarmerie, tantôt de police judiciaire, qui ont une meilleure appréhension et en tout cas des techniques d'enquête qui viennent davantage considérer le caractère assez sérieux de ces faits-là. Qu'on soit en violence physique ou en violence sexuelle, nous n'avons jamais qu'une seule victime. Nous en avons, à minima, 10, 15, 20, voire 30 dans certaines affaires, telle l'affaire de Reusé.
Et il y a une forme de déni moins important en province autour de ces sujets-là.
Ce que vous voulez dire, c'est que lorsqu'on a affaire à des prédateurs, ils ne se limitent pas à une victime.
Le propre de la pédocriminalité, si on parle de cela, c'est que c'est une criminalité sérielle. Ça, c'est le propre de la pédocriminalité. Après, nous sommes dans un temps périscolaire qui concentre de telles défaillances qu'elles autorisent les transgressions multiples, que ce soit de la violence verbale, psychologique ou physique. Je n'ai pas des individus qui sont en soi des prédateurs. Nous en avons quelques-uns dans les dossiers des vrais prédateurs, tels que nous pouvons les éménager sur le plan criminologique. Mais nous avons essentiellement de très jeunes animateurs, sans cadre structurant, ni, je dirais, repères éducatifs étayants, qui sont lâchés dans un système dysfonctionnel.
Et donc, avec des possibilités...
Pourquoi dysfonctionnel ?
Dysfonctionnel, parce que pas de supervision, parce qu'un taux d'encadrement qui est extrêmement faible. Je crois que vous en avez fait l'expérience, un taux de recrutement avec un turnover important et quasiment pas de regard porté sur cela. Donc, tout ça, ça se cumule et ça autorise tout.
On se retrouve dans une vingtaine de minutes. Maître Grimaud, vous êtes avocate spécialiste des violences faites aux enfants. Victoire Afring-Moulard, votre livre d'enquête, Les Rois du silence, enquête donc sur les violences dans le périscolaire et publié aux éditions Robert Laffont. 8h sur France Culture. 6h30, 9h, les matins de France Culture. Guillaume Erner. Retour avec cette question sur les violences sexuelles dans le périscolaire, les faillites d'un système. Nous sommes en compagnie de Marie Grimaud, qui est avocate spécialisée dans les violences faites aux enfants et une journaliste, Victoire Afring-Moulard, journaliste aux Parisiens.
Vous publiez un ouvrage qui est une enquête sur ce scandale, Les Rois du silence, aux éditions Robert Laffont. Vous racontez l'histoire du périscolaire et j'aimerais que l'on s'attarde là-dessus puisqu'on a affaire à des faits qui sont trop nombreux pour qu'il s'agisse uniquement de cas isolés. Donc, on a bien une mécanique et cette mécanique, elle s'inscrit en partie dans cette histoire parce qu'effectivement, jadis, il n'y avait pas de périscolaire. Ça n'existait pas. C'est un temps qui a été créé. C'est un système qui a été créé. Expliquez-nous comment Victoire Afring-Moulard ?
En fait, les besoins des parents ont évolué ces dernières décennies. Il y a plusieurs années en arrière, toutes les femmes ne travaillaient pas donc il n'y avait pas forcément ce besoin de trouver des solutions de garde pour les parents et il y a plusieurs moments forts dans l'histoire du périscolaire. Il y a une loi de 1983 qui permet aux municipalités d'organiser ces temps périscolaires et puis il y a un autre moment fort qui est la réforme des rythmes scolaires de 2013 où là, en fait, ça va être l'avènement du périscolaire. On va voir les places d'accueil qui vont se multiplier. Donc, voilà. Là, c'est vraiment le moment où le périscolaire explose en fait.
Oui, les chiffres sont tout à fait étonnants. On est passé de 840 000 enfants en 2012 à 2,6 millions en 2014.
Oui, et puis ça a continué. Donc, évidemment, ces cas de violences qu'on signale aujourd'hui sont plus nombreux parce que, mathématiquement, les enfants passent plus de temps au périscolaire qu'ils n'en passaient auparavant.
Beaucoup plus d'enfants, un besoin de recrutement en peu de temps d'un personnel qui n'est ni formé ni même d'ailleurs sélectionné à ce sujet puisqu'il semble qu'il y ait des procédures de recrutement très rapides.
C'est une autre conséquence en fait de cette réforme. En 2013, quand est annoncée la réforme des rythmes scolaires, les premières communes à devoir mettre en place ces temps, enfin, qui décident même de mettre en place ces temps dès la rentrée de septembre 2013, elles sont obligées de recruter en masse à Paris ces 1 500 animateurs qui ont dû être recrutés en l'espace de quelques mois. Donc, voilà. on est venu siphonner le vivier d'animateurs alors qu'il n'y en avait pas suffisamment pour répondre aux besoins de toutes les communes et de toutes les collectivités.
Oui, alors par exemple pour le fait de rester après les cours, on est passé de 13% des enfants à 53%, donc là aussi, 63%, pardon. Donc là aussi, une explosion significative, c'est un moment de bascule sociologique.
Oui, ça interroge aussi notre modèle. Effectivement, en 20 ans, il y a 20 ans, moi, quand j'étais encore à l'école, j'allais rarement dans ces temps périscolaires. En fait, on venait me chercher à 16h30. Aujourd'hui, il y a peu de parents qui sont en capacité d'aller chercher leurs enfants à 16h30. et donc voilà, il faut trouver les solutions et aujourd'hui, le périscolaire, ça fait partie des béquilles comme ça pour nous aider à nous organiser, nous, adultes, dans notre quotidien et pouvoir en fait, tout simplement travailler alors que ce n'est pas le cas, ce n'est pas partout pareil et il y a beaucoup de pays dans lesquels ça se passe différemment.
Bon, alors vous avez décidé donc, Victoire Moulard, de vous faire embaucher. Je vous appelle Victoire Moulard parce que c'est sous ce nom-là que vous vous êtes fait embaucher comme animatrice périscolaire. Ça a été dur comme embauche ? Non, pas vraiment.
Je m'étais fait un CV dans lequel l'idée, ce n'était pas du tout de se présenter comme la candidate idéale mais de correspondre aux candidatures un peu lambda que les communes peuvent aujourd'hui recevoir donc sans expérience dans le secteur, sans formation et donc j'ai déposé cette candidature et j'ai été rappelée. J'ai passé un entretien Rapidement ? Rapidement, oui, assez rapidement. Je passe un entretien qui dure 20 minutes où je ne suis pas franchement bonne. Voilà, on me demande par exemple de proposer une activité à des enfants de 3 ans. Je propose une balle aux prisonniers qui ne s'est pas du tout adaptée pour des enfants de 3 ans.
Enfin voilà, ça ne se passe pas forcément hyper bien mais n'empêche que c'est ma candidature qui va être retenue et puis je vais être lâchée sur le terrain comme ça sans autre formation.
Bon, avec un salaire relativement modeste il faut le dire puisque vous êtes rémunéré 11 euros net de l'heure avec un maximum de 18 heures par semaine donc ce qui fait 796 euros donc ça aussi c'est à prendre en compte c'est-à-dire que c'est un salaire qui ne permet pas de vivre qui oblige à avoir un autre travail.
Oui, c'est ça en fait le métier d'animateur ce n'est pas un vrai métier. Voilà et c'est sûr on critique le fait que les animateurs ne soient pas diplômés mais on ne peut pas leur demander de faire deux ans d'études pour leur proposer en fait ces postes-là qui ont des horaires morcelés avec des salaires qui ne sont pas mirobolants alors que la responsabilité est énorme donc voilà il y a un vrai décalage entre le besoin de formation qu'il faut pour encadrer ses enfants et le métier qui est aujourd'hui pas du tout attractif et ça fait partie des éléments essentiels et qui expliquent les failles de ce système.
Et alors qu'est-ce que vous avez découvert lorsque vous êtes devenue animatrice périscolaire ?
Il y a plusieurs choses comme je le disais en fait moi quand j'arrive à l'école on me demande avant ma prise de poste de venir cinq minutes avant on fait faire le tour de l'école on m'explique un peu où sont les classes comment ça va se passer etc.
Mais c'est tout en fait après vous faites un peu comme vous pouvez un peu au feeling on me confie huit enfants et la première chose que je dois faire c'est les emmener aux toilettes et là on ne m'a pas expliqué si je devais les essuyer comment ça se passait s'il y avait un accident enfin voilà des éléments qui devraient être expliqués aux animateurs et donc De toute façon on ne vous a pas du tout formé si j'ai bien compris Non c'est ça en fait on a considéré j'avais beaucoup misé sur le fait que j'avais déjà un enfant et voilà ils ont considéré que sans doute
c'était suffisant Et qu'est-ce que vous avez découvert outre donc cette absence de formation et de transmission des connaissances des règles
Alors plusieurs choses déjà je me suis rendu compte à quel point l'éducation nationale et les équipes d'animateurs travaillaient côte à côte mais sans jamais communiquer sans voilà il y avait il y a vraiment deux mondes dans les écoles qui cohabitent sans jamais se parler et l'autre chose aussi que j'ai découvert c'est que régulièrement quasiment quotidiennement en fait il y a des animateurs qui se retrouvent tout seul avec les enfants parce que de fait quand on est à la cantine quand tous les enfants sont attablés et qu'il y en a un qui demande qui lève la main pour dire moi je veux aller aux toilettes voilà il y a un animateur qui part tout seul avec lui et évidemment les collègues ils ne vont pas regarder combien de temps il va passer de temps aux toilettes avec lui et je me souviens on a parlé du procès de Rosé tout à l'heure cet animateur qui disait mais j'avais pas le temps matériellement j'avais pas le temps de me retrouver seul avec les enfants et en fait je me suis rendu compte c'est pas vrai il y a le système fait que voilà les taux d'encadrement font qu'un animateur peut se retrouver assez facilement seul avec des enfants
Maître Grimaud
c'est important cette précision et cette expérience-là parce que c'est le premier argument de la défense qui conduit les dossiers au classement sans suite sur le fait que jamais jamais un animateur est seul il y a toujours un binôme c'est-à-dire que quand une enquête s'ouvre les mairies l'ensemble des équipes d'animation vont fournir des explications des planings et comme par enchantement nous arrivons avec des planings totalement remplis correspondant au taux d'encadrement et donc la justice est confrontée à cela c'est-à-dire que l'animateur dira je ne peux pas être seul alors je le rappelle quand même qu'une violence faite à l'enfant elle ne demande pas deux heures en quelques secondes dans les toilettes dans les coins d'un couloir derrière une porte dans le recoin d'un préau et que cette rapidité-là cette possibilité est matériel d'infraction et le premier argument opposé par la défense et le premier empêchement à poursuivre ces dossiers-là donc c'est extrêmement important que la justice notamment puisse comprendre que la matérialité est extrêmement facile en cette matière
il y a donc cette situation que vous décrivez maître il y a cette structure d'emploi victoire à fringues moulard alors ça n'excuse évidemment rien mais quand vous êtes vacataire puisque dans le périscolaire vous êtes vacataire votre emploi du temps est un enfer puisqu'en fait non seulement vous touchez peu d'argent moins de 800 euros par mois mais en fait votre emploi du temps est ainsi fait que pour avoir un autre emploi c'est quasiment impossible puisque vous commencez à travailler à 7h30 jusqu'à 8h30 puis ensuite de 8h30 à 11h30 vous êtes libre vous reprenez le boulot pour la cantine à 13h30 vous êtes à nouveau libre enfin bref
oui c'est intenable et en fait effectivement ça ne permet pas d'avoir un complément et de trouver un travail complémentaire pour avoir un vrai salaire donc oui ça fait partie des chantiers auxquels il faut s'attaquer mais alors
qui fait ce travail ?
alors il y a deux profils qui sont assez différents selon qu'on se trouve en milieu urbain ou milieu rural en milieu urbain ce sera plutôt des jeunes toujours des femmes parce qu'il faut le dire la plupart sont des femmes et qui vont faire ça comme un job étudiant donc voilà on se retrouve aussi avec des jeunes la vingtaine qui vont se retrouver avec des grosses responsabilités la plupart sont des étudiants donc ils n'ont pas d'enfants donc voilà ils n'ont pas d'expérience et ils n'ont pas même pas l'expérience d'être parents donc voilà il y a ce profil là et dans les milieux ruraux en revanche ce sera plutôt toujours des femmes mais qui vont être plutôt des mères de famille qui avaient été éloignées du marché du travail pendant plusieurs années qui veulent retrouver un emploi
alors bon elles au moins connaissent
oui elles connaissent la manière enfin elles savent comment s'occuper d'un enfant mais parfois elles peuvent arriver aussi avec leur propre code d'éducation donc voilà avec ce qu'elles ont vécu et ce qu'elles ont inculqué à leurs enfants et en fait on se rend compte aussi qu'en termes de violence éducative notamment beaucoup aujourd'hui de français n'ont pas conscience de ce que peuvent être les violences éducatives et ce qu'il faut absolument éviter avec les enfants donc que ce soit voilà les cris les humiliations obliger par exemple un enfant à finir son assiette ça c'est des choses qu'on ne devrait pas voir et qu'on voit aujourd'hui dans le périscolaire justement parce que les animateurs ne sont pas formés à ces violences éducatives et je pense que ça évoluerait évidemment si on venait leur dire bah non en fait on va vous montrer à quel point c'est délétère dans le développement d'un enfant de faire ça donc ça c'est voilà c'est aussi un chantier
Maître Grimaud
je crois qu'il y a il y a une montée en compétences à faire et notamment tant au niveau des équipes d'animation mais aussi au niveau des parents aujourd'hui il y a un manque de connaissance des parents du développement que doit avoir que pourrait avoir leur enfant et notamment dès lors qu'ils rentrent en scolarisation toute la difficulté de ces affaires là c'est le repérage des enfants qui sont en souffrance et en situation de vivre des maltraitances dans l'enceinte de l'école nous sommes sur des âges infraverbaux donc il faut monter aussi en compétence les parents comme le gouvernement avait pu aussi faire les 100 jours du nouveau-né pour aussi lutter contre les bébés secoués etc aujourd'hui il faut que les parents comprennent quels sont les symptômes possibles que peuvent développer un enfant face à un vécu traumatique et cette montée en compétence elle est plutôt urgente elle pourrait faire l'objet je dirais de recommandation de la Haute Autorité de Santé il est grand temps que les parents soient des acteurs pleins et entiers de cette prévention là et de ce repérage là
un message me parvient une professeure des écoles à Paris qui m'explique par exemple qu'elle a des soucis avec deux animateurs on fait des rapports et rien ne se passe
c'est possible maître ?
c'est totalement possible puisque le milieu de l'éducation nationale n'a pas forcément de pont avec les collectivités notamment la mairie de Paris sur Paris on a un process de signalement qui est extrêmement opaque ça fait des années en fait qu'il doit être repensé aujourd'hui sur Paris c'est la DASCO la direction des affaires scolaires qui s'occupe en fait de faire l'identification de l'ensemble de ces signalements là je ne peux qu'inviter ces enseignantes à adresser leur signalement à la DASCO mais surtout je le rappelle je le rappelle que lorsque nous suspectons une violence que nous soyons enseignants cantinières animateurs le premier interlocuteur d'un signalement ça reste le procureur de la république que l'autorité hiérarchique
alors qu'est-ce qu'il fait le procureur de la république parce que vous nous avez expliqué
que beaucoup de beaucoup de signalements on est sur une problématique humaine on est quand même sur une justice qui n'est pas très loin du naufrage mais peu importe il y a une notion de traçabilité un enseignant n'importe quel adulte qui a conscience ou qui suspecte une violence faite à un enfant il signale à l'autorité judiciaire il y a une obligation de révéler ce qui se passe sous nos yeux on peut se tromper mieux vaut s'en tromper que ne pas signaler il y a également la possibilité d'en informer le chef d'établissement je crois qu'on a trop fonctionné en petit vase clos là entre chacune de ces professions des ponts existent il va falloir un petit peu les forcer mais c'est quand même
très étonnant maître parce que je vais dire une évidence tous les parents sommes parents et on est très attentifs à la manière dont nos enfants sont traités et pour discuter avec beaucoup d'enseignants beaucoup de professeurs des écoles notamment et bien beaucoup d'entre eux me disent par exemple qu'ils sont harcelés parfois judiciairement pour des pécadilles voire des sujets qui n'en sont vraiment pas j'ai des exemples en tête où on est vraiment sur des situations donc d'abus de droit donc comment concilier à la fois que des cas graves ne donnent pas lieu à des procédures tandis que des choses où les professeurs sont dans leur bon droit et bien ne donnent lieu en revanche à des procédures judiciaires
on est effectivement dans une hyper judiciarisation de la relation et notamment de la relation éducative ça c'est un fait pourquoi ces violences-là ont du mal à remonter parce qu'elles sont compliquées à appréhender à voir mais surtout on est très en difficulté pour les penser on ne peut judiciariser que ce qui est admissible ce qui est pensé par nous-mêmes penser un viol d'un petit garçon d'une petite fille dans une école maternelle c'est extrêmement compliqué c'est non seulement compliqué par le corps des professionnels dans l'école mais par le parent nous avons des affaires actuelles nous avons également une cache d'investigation qui est passée par là qui a révélé des images de violences que les parents ne soupçonnaient pas mais parce que un parent a l'obligation de scolariser son enfant comment voulez-vous scolariser votre enfant le déposer chaque matin chaque matin à l'école en imaginant qu'il puisse subir des violences assez protéiformes allant jusqu'au viol on est dans l'obligation d'une forme de confiance et donc d'une anesthésie aussi d'une capacité à voir à entendre et à repérer donc l'hyperjudiciarisation vient se faire là où je dirais des attentes peut-être mal placées viennent se mettre de la part des parents mais ce qu'il faut regarder c'est ce qui ne se judiciarise pas ou ce qui se judiciarise mal et c'est là où je dirais les violences sont les plus graves sont les plus délétères pour le développement de l'enfant sachant et je crois qu'il faut toujours mettre un petit mot d'espoir aussi en fin d'intervention des violences de toutes sortes et notamment sexuelles repérées et prises en charge par les parents quelle que soit je dirais quelque part l'issue judiciaire sont des violences qui n'amèneront pas l'enfant à se dégrader dans le futur je tiens à rappeler que des enfants tout petits dès lors qu'ils sont pris en charge de manière précoce sur un vécu traumatique sont des enfants qui peuvent bien grandir quelle que soit l'issue judiciaire
bon il y a eu un collectif le collectif SOS périscolaire avec des lanceurs d'alerte et ce depuis 2021 victoire à Franck Moulin
oui effectivement donc il y a ces parents là qui ont alerté mais ils n'ont pas été les seuls c'est à dire qu'il y a des rapports aussi qui ont été faits par l'inspection générale de l'éducation nationale et qui pointent du doigt les failles dont on parle depuis tout à l'heure le recrutement la formation l'absence de communication entre éducation nationale et collectivité en fait les alertes elles sont là depuis très longtemps le problème c'est que personne s'est penché sur le sujet l'état ne s'est pas saisi du dossier et a laissé faire
mais alors là aussi c'est quand même très étonnant parce que ce sont des secteurs extrêmement surveillés j'ai une citation par exemple d'Emmanuel Grégoire donc l'actuel maire de Paris qui dit s'il y a eu une erreur collective celle-ci a été de prendre ces affaires comme des cas isolés là où ils traduisent un risque systémique et peut-être même une omerta systémique il y a eu du silence avec parfois des équipes managériales de proximité un peu isolées isolées en plein Paris
attendez M. Emmanuel Grégoire était en poste était maire adjoint à la mairie de Paris sur une période pour laquelle moi au cabinet j'avais plus de 10 dossiers qui s'ouvraient par an dans les écoles parisiennes M. Emmanuel Grégoire est celui qui a eu entre les mains un rapport de l'inspection générale sur l'état du périscolaire et des violences faites à l'école M. Emmanuel Grégoire est celui qui dans ce rapport a lu que la Dasco était je dirais le sanctuaire des signalements rien n'en sortait aucune traçabilité des enquêtes administratives elles n'étaient pas menées et M.
Emmanuel Grégoire est celui qui en septembre 2015 va faire des promesses en tant que maire adjoint donc moi les paroles politiques de circonstance et opportunistes n'ont jamais fait avancer la cause des enfants n'ont jamais protégé des enfants et qu'aujourd'hui il faut arrêter de prendre les parents pour des imbéciles le périscolaire à Paris depuis la réforme de 2013 est catastrophique nous parlons de quelques affaires le procureur de Paris parle de 84 mais 84 affaires connues combien de parents d'arrondissement en situation de précarité ne dénoncent pas ne viennent pas déposer plainte parce qu'il faut quand même une certaine assise culturelle professionnelle une légitimité vous avez eu plein de sujets aussi sur des parents aussi sans papier ces parents là ne vont pas franchir la porte judiciaire et je dirais même pire lorsqu'ils viennent dénoncer dans certaines écoles la mairie de Paris saisit la crip et ce sont des enquêtes sociales qui sont menées sur ces familles et qui sont silenciées et les dossiers n'arrivent pas jusqu'au procureur de la république de Paris
Victoire Afring-Moulard on s'en vient donc évidemment à avoir les pires craintes sur les crèches est-ce qu'on a également connaissance de ce même type de malveillance ou d'inattention je ne sais comment les nommer
la procureure l'a dit ce week-end il y a eu une dizaine d'enquêtes en cours concernant des affaires dans les crèches alors l'idée c'est pas de voilà de rendre par un haut on va dire les parents
jeter la suspicion voilà
mais effectivement ce ne sont pas les faits de violence ne concernent pas que l'école évidemment la crèche malheureusement est touchée il y a eu des affaires et des procès récemment qui l'ont montré donc oui c'est pas propre à l'école malheureusement les violences sur les enfants touchent tous les secteurs un dernier mot maître les dossiers en crèche en prochain scandale ils sont déjà dans nos cabinets vous avez combien de dossiers de crèche 4
et c'est quelque chose de nouveau
et toute la non ce n'est pas nouveau toute la difficulté ce sont sur des enfants qui ne verbalisent pas ou peu et là on rentre dans un tabou du tabou sur l'hyper vulnérabilité de l'enfant voire du nourrisson voilà il faut côtoyer cette matière pour savoir à quel point l'être humain peut être particulièrement sombre c'est malheureusement mon quotidien
merci maître Grimaud merci victoire Afring Moulard les rois du silence périscolaire l'enquête choc c'est aux éditions Robert Laffont dans quelques instants mes camarades François Saltiel et Lucille Comeau et le 8h45 d'Anne-Laure Chouin Sous-titrage MFP.