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interviewSUDRADIO· 13 juillet 2026 12 min

Shemseddine : deux mis en examen libérés en raison d'un vide législatif

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Revenir, je vous le disais, sur... J'adorerais appeler ça seulement un fait divers, mais c'est bien... C'est beaucoup plus grave que ça. C'est un meurtre qui avait choqué une partie de la France à se déroulée à Viry-Châtillon. Bonjour Jean-Marie Villain. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous êtes le conseiller régional de cet endroit. Vous êtes l'ancien maire, justement, de Viry-Châtillon. Il faut rappeler, en effet, qu'il y a près de deux ans maintenant, en 2024, deux jeunes hommes avaient été mis en examen dans l'affaire de cette mort de ce jeune homme, Shem Sedin, adolescent de 15 ans, roué de coups à la sortie de son collège dans un hall d'immeuble.

Et je le disais, il y a quelques heures, on a découvert des vidéos sur des réseaux sociaux de ces jeunes remis en liberté à cause d'un vide juridique. On aura l'occasion d'y revenir. Mais vous, d'abord, Jean-Marie Villain, en tant qu'ancien maire de Viry-Châtillon, comment vous avez réagi quand vous avez appris ça ?

0:49
Gérald Vilain

Déjà, avec une colère que je ne saurais calmer, parce que je n'ai pas du tout envie de la calmer, cette colère. Vous savez, j'étais il y a 15 jours avec la maman de Shem Sedin au militaire de la justice. On a été reçus par un conseiller du garde des Sceaux. On ne peut pas imaginer, je ne crois pas en tout cas, je ne peux même pas moi imaginer la douleur de la maman de Shem Sedin, avec qui j'échangeais encore hier matin au téléphone, qui ne comprend toujours pas. à chaque fois que quelque chose se passe en France, quand il y a un nouveau jeune qui se fait massacrer, comme le jeune récemment, le jeune Louis, à chaque fois, ça lui remue le couteau dans la plaie, si j'ose dire.

Parce qu'elle se dit, on ne dit toujours plus jamais ça, et à chaque fois, ça recommence. Et à chaque fois qu'il y a quelque chose qui concerne l'affaire de son fils, qui ne va pas forcément, dans un sens qu'on a priori trouvait logique, et bien à chaque fois, ça remet encore un coup de poignard. Et c'est horrible, vous savez, il y avait quatre personnes qui étaient mises en cause dans cette affaire, qui ont été interpellées d'ailleurs très rapidement. Je pense qu'on peut saluer les forces de police qui ont travaillé sur ce sujet. À l'arrivée, il n'y en a plus que deux. Ces deux qui viennent d'être libérés dans des circonstances qui sont scandaleuses.

Scandaleuses, on ne peut même pas imaginer ce que la maman a pu ressentir. Mais il y en a deux qui ont été enlevés de la procédure, tout simplement parce qu'ils étaient là, ils sont venus avec les deux qui viennent de sortir de prison. Mais le simple fait de ne pas avoir participé, on les a mis de côté. Alors qu'en fait, c'était en bande organisée, il ne faut pas se raconter des histoires. Et puis ne serait-ce que quand vous entendez un jeune garçon qui est en train d'agoniser, qui est en train de râler, ils entendaient les râles, ils étaient à quelques mètres. On ne leur met même pas d'accusation, d'insistance à personne en danger. C'est tout simplement scandaleux.

Moi, je n'arrive pas à y comprendre. Vous savez, j'ai été plein d'émotions quand c'est arrivé à Arvirée. C'est une des pages noires de mon mandat. Je dois dire que ça m'a marqué à vie. Et j'en ai encore de l'émotion, vous savez. C'est un jeune de 15 ans à qui on enlève la vie. Vous savez, dans les réquisitions qui ont été faites contre ces jeunes, on ne parle plus d'assassinat, on parle de mise en danger. Vous imaginez que les coups de pied, parce qu'il y avait des traces, la maman a vu les traces de coups de pied sur la tête de son fils, les traces de chaussures. Et on lui dit, mais non, on n'a pas cherché à le tuer. Il était par terre. On lui a tapé dessus à coups de pied. Je dis ça.

Vous savez, c'est des mots durs que je suis en train de dire. Mais pour moi, c'est tellement hors du temps. Ça décrit malheureusement la réalité de ce qui s'est passé aussi, M. le maire. C'est tellement hors du temps que comment voulez-vous, quand elle a vu son fils comme ça, en réanimation, qu'elle avait toutes les chances de perdre son fils, elle le savait. J'en suis convaincu. Et qu'on lui dit maintenant, ah ben non, finalement, un coup de pied dans la figure, ce n'est pas exactement quand même l'envie de tuer quelqu'un.

Mais attendez, mais quand vous tapez sur quelqu'un qui est par terre, que vous lui cognez la tête contre le sol et que vous lui donnez des coups de pied, jamais de la vivre. Vous avez envie de le massacrer. Ils l'ont massacré.

4:11
Présentateur

Jean-Marie Villain, essayons de tirer le fil. Pardon. Non, non, mais vous avez raison de vous exprimer. L'émotion que vous transmettez ce matin au micro de Sud Radio est évidente. Mais vous êtes conseiller régional. L'ancien maire de Viry-Châtillon, vous venez de décrire ce qui s'est passé avec Shem Senning comme l'une des pages noires de votre mandat. Simplement, une question au début de notre conversation, vous évoquiez le fait d'avoir accompagné justement la maman de ce jeune homme qui a été littéralement lynché et tué au ministère de la Justice. Est-ce que c'est indiscret de vous demander pourquoi ? Et qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?

Est-ce que le but était déjà de vous prévenir de ce risque de remise en liberté ? Ou c'était peut-être simplement pour faire un point sur l'avance du dossier ?

4:48
Gérald Vilain

Vous savez, j'ai arrêté mon mandat parce que c'était prévu comme ça. C'est mon premier adjoint qui a pris la suite. Mais par contre, il y a des choses que vous ne laissez pas filer. Et moi, j'ai continué de correspondre avec la maman de Shem Senning parce que ça crée des liens, vous imaginez bien. Et donc, à partir du moment où elle me pose une question, si je peux l'aider d'une façon ou d'une autre, parce qu'il y a plein de façons. On a travaillé avec Robin Reda, avec la maire de Morsan, avec Marianne Durantan pour essayer de trouver des solutions pour les écoles, pour les logements, etc. Et donc, à chaque fois, que ce soit l'un ou l'autre, on essaie, avec nos moyens, de pouvoir l'aider.

Là, en l'occurrence, elle voulait rencontrer quelqu'un. Vous savez, c'est au fond d'elle qu'elle a besoin de savoir. Et moi, à partir du moment où, avec Romain, on a pu trouver ce rendez-vous, on y est allé. Et qu'on y est allé, effectivement. Non, on a évoqué ce vide juridique. Mais il faut, au-delà de mettre ce vide juridique.

5:40
Présentateur

Il y a quelques semaines, pardonnez-moi Jean-Marie Villon, mais il y a quelques semaines, est-ce que déjà, durant ce rendez-vous avec ce conseiller au ministère de la Justice, on a alerté sur le fait que... Alors, attention, on ne veut pas vous affoler, mais c'est vrai que dans 10 jours, 15 jours, un mois, en effet, les meurtriers présumés de votre fils sortiront certainement de prison. Ça a été évoqué, ça, pendant le rendez-vous ?

5:58
Gérald Vilain

Alors, ils ne l'ont pas évoqué de cette façon-là, mais ça aurait été très délicat, d'ailleurs, même vis-à-vis de sa maman, vous imaginez bien que ça aurait été terrible, quoi. Mais effectivement, on avait ce sentiment que, déjà, parce qu'on avait eu ce renvoi qui disait qu'on pouvait mettre de côté les deux qui étaient aussi concernés que ceux-là, finalement, on ne passerait même pas en jugement. Alors, déjà, ça l'a mis dans un état. Et en plus, c'est une dame, vous savez, qui est très posée, qui prend encore des médicaments, parce que, vous savez, c'est difficile de vivre avec ça.

Et donc, il faut aussi modécer les propos qu'on a avec elle parce que c'est quelqu'un qui veut comprendre, qui veut comprendre et que, pour l'instant, elle ne comprend plus rien. Mais vous savez, au-delà de ce vide juridique, qu'il faut réparer, et peut-être que ça devrait être fait, avec ce texte de loi. Mais j'espère qu'il n'y en a pas un seul qui vous trappe, parce que ça serait tellement...

6:52
Présentateur

Et là, il faut comprendre que les deux suspects qui étaient mineurs, notamment au moment des faits, c'est-à-dire âgés, si mes souvenirs sont bons, de 16 à 18 ans, en réalité, ne pouvaient plus être maintenus en détention. C'est ça, au-delà de deux ans, on ne pouvait plus. Parce qu'entre une décision du Conseil constitutionnel qui avait supprimé une disposition, le retard du vote des parlementaires, il y a eu ce qu'on appelle un flou, et ils ont été relâchés à cause de ce flou-là.

7:13
Gérald Vilain

C'est bien ça. Et c'est ça qu'il faut changer. Je veux dire, autant quand quelqu'un casse un abribus, ce qui est scandaleux et que, pour ma part, je considère comme inadmissible, mais qu'on puisse admettre que parce que la loi est comme ça, et donc c'est pour ça qu'il faut la changer, on puisse laisser sortir dehors. Et en plus, avec des contraintes judiciaires, mais quasiment inexistantes. Il n'y a même pas de bracelet électronique, il n'y a rien du tout. C'est-à-dire que demain, ils disparaissent, c'est pareil. C'est ça qui est dramatique. Et ça va au-delà de ça.

Ça va aussi, sur la justice, se dire comment on peut accepter qu'on attende deux ans alors que les faits sont tellement évidents. Mais alors moi, quand j'entends qu'on me dise « oui, mais il faut prouver », etc., ils l'ont massacré. Tout le monde le sait qu'ils l'ont massacré.

8:03
Présentateur

Mais après, là où vous avez raison, Jean-Marie Villain, c'est qu'il y a différents degrés d'indignation. Parce que quand on s'intéresse un tout petit peu à ce qui s'est passé, il y a le premier degré qui est de savoir que ces jeunes ressortent libres. Il y a le deuxième degré d'indignation qui est de voir qu'en plus, ils sont célébrés. C'est-à-dire qu'il y a les copains qui l'attendent à la sortie de la prison. Ils sont filmés sur les réseaux sociaux. Quand ils arrivent à Viry-Châtillon, ils sont filmés comme le retour, comme certains héros de la libération, ce qui est quand même totalement lunaire.

Et en plus, en effet, on apprend que ça faisait plus de deux ans alors que, vous l'avez très bien dit, les enquêteurs ont visiblement très bien fait leur travail. Ils ont interpellé très rapidement. Il y a des vidéos des faits, il me semble. Donc, on se dit deux ans et pour ces quatre mineurs, aucune décision n'a été prise. Aucune décision n'a été prise. Et vous le disiez, c'est une maman qui, en plus, est laissée dans un chagrin incommensurable.

8:48
Gérald Vilain

Mais bien sûr. Il n'y a pas de vidéos. Les seules vidéos qui ont été utilisées, c'est celles qui étaient à la sortie du collège, mais qui ont permis, malgré tout, de repérer le chemin par lequel ils sont partis. Mais ce qui est dingue, c'est qu'on attend autant de temps. Moi, j'ai peur qu'à chaque fois, on retombe dans les mêmes travers. C'est ce qu'on ressent. C'est le fond de notre pensée à chaque fois. On a toujours cette impression d'avoir le sentiment que finalement, les drames se passent et puis on recommence. On fait les mêmes bêtises, on fait les mêmes erreurs. Mais là, la sortie avec les vidéos qui ont été faites, c'est abject.

et j'ose espérer que ces images vont pouvoir être étudiées, qu'on pourra retrouver des gens. Et d'ailleurs, a priori, ils sont interdits en Essonne. Or, ils sortent de Fleury et ils vont directement à Vierichat-Tillon, à la place François-Mittéran. Ce qui veut dire quand même que déjà, ils ne respectent pas la décision. Et donc, je pense que, et j'espère, que le parquet tiendra compte de cet effet pour peut-être pouvoir les remettre en prison pour un autre motif. Parce qu'il y a un moment donné, il faut qu'on arrête de l'angélisme comme ça pour des types qui ont tué, massacré, lynché un jeune qui n'avait rien demandé, que tout le monde aimait. C'était le sourire.

Vous savez, j'ai souvenir de cette marche blanche avec la famille qui m'avait demandé cette marche blanche et on leur avait proposé faire une banderole, etc. Et ils avaient voulu mettre le soleil en avant parce que c'était ça. Chez M. Cédine, c'était le soleil. Je peux vous dire que ça laisse des traces.

10:25
Présentateur

Ça laisse des traces et encore simplement une question en quelques secondes de Jean-Marie Villain. C'est quoi la prochaine étape pour l'affaire, pour la maman, pour vous ? C'est quoi les prochaines semaines ? On espère qu'ils soient remis en prison. Est-ce qu'il y a des recours qui vont être entamés, des plaintes à nouveau qui vont être déposées ? Je ne sais pas.

10:41
Gérald Vilain

Je n'ai pas eu l'occasion de reparler avec l'avocate de la maman de James Cédine qui suit particulièrement bien le dossier. Je sais qu'elle est justement en train de monter un dossier pour voir exactement comment on peut aller encore un petit peu plus loin d'une manière juridique parce que je n'ai pas ces compétences pour le faire mais pour ne pas l'abandonner. Sachez qu'avec mes amis élus, avec le nouveau maire de Viery-Châtillon, Jérôme Béranger, avec Marianne Duranton, Robin, on va continuer de pouvoir l'accompagner comme on peut dans la mesure de nos possibilités. Peut-être avec notre réseau, ça peut aider.

Mais en tout cas, moi, je ne manquerais pas de crier mon indignation, mais ma colère. Je suis triste comme pas possible aujourd'hui.

11:24
Présentateur

Et le simple fait de revoir ces vidéos, de se replonger dans cette affaire nous laisse tous un sentiment d'amertume et c'est un euphémisme. Merci beaucoup, Jean-Marie Villers, d'avoir été avec nous, conseiller régional, ancien maire de Viery-Châtillon, sur cette affaire, justement, de ce jeune homme qui avait 15 ans au moment des faits, qui a été roué de coups, lâché, lynché à mort. C'était il y a deux ans à Viery-Châtillon, toujours pas de procès, des suspects qui ont été remis en liberté. D'ailleurs, on y reviendra que la justice ait encore protégé nos enfants.

Je vous propose de témoigner, peut-être de nous faire le récit de ce que vous voyez autour de vous aussi, de réagir à ce que vous venez d'entendre au 0826 300 300.