François-Xavier Bellamy : l'affaire de Rugy est "le résultat du contraste entre son discours et sa pratique"
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France Inter. Amélie Perrier. Le 6-9 de l'été.
Son nom est associé à une déroute historique aux Européennes le 26 mai dernier. La liste qu'il conduisait pour la droite a obtenu seulement 8,5% des suffrages. Bonjour François-Xavier Bellamy. Bonjour. C'est la première fois que vous prenez la parole à un micro depuis. Il vous aura fallu presque deux mois pour sortir du silence. C'est difficile à digérer cette défaite.
D'abord, c'était important de prendre du recul après cette campagne, bien sûr, qui a été très intense. Je crois que dans une campagne, il y a aussi un engagement médiatique très fort. Et dans le début d'un mandat, au contraire, il est important de se concentrer d'abord sur le travail qu'on a à faire. Et oui, il fallait aussi certainement prendre un peu de recul pour essayer de mieux comprendre ce qui s'est passé, ce qui n'a pas été et le travail qui nous attend. Parce que vous l'avez dit, ce résultat est un échec et par conséquent, il est aussi une obligation.
La question qui se pose à nous, c'est de savoir comment maintenant nous pouvons reconstruire parce que je continue de croire que la France a besoin d'une alternative. Et par conséquent, c'est une responsabilité qui pèse aujourd'hui sur nous.
Alors, tentons de comprendre les causes de cet échec. D'abord, est-ce que c'est parce que vous n'avez pas réussi à incarner une alternative crédible, franche, solide face à Emmanuel Macron, face à la liste de La République En Marche ?
On a vu dès le début de la campagne que le scénario qui était en train de s'installer, c'était celui d'une forme de répétition du deuxième tour de l'élection présidentielle. Et nous n'avons pas su déjouer ce scénario. Je le regrette parce qu'au fond, si on y regarde bien, je crois que cette élection européenne n'a pas d'abord été déterminée par des enjeux européens. Nous avons tenté de prendre cette élection au sérieux, de prendre les Français au sérieux. Et la question européenne est une question fondamentale pour notre avenir. On a fait des propositions. On a parlé d'Europe tout au long de cette campagne, de tout ce qui pouvait concerner les Français dans l'avenir de l'Europe.
Et finalement, le choix qui a été fait par les Français correspondait beaucoup plus à un scrutin de politique intérieure, à un référendum pour ou contre la politique du président de la République. Et je crois que ça n'était pas le véritable sujet. Et je le regrette.
Mais au-delà de ça, la majorité macronienne a quand même beaucoup siphonné. D'abord vos forces politiques et puis vos idées aussi. Par exemple, la réforme des retraites qui a été annoncée hier, les préconisations de Jean-Paul Delevoye, vous soutenez à peu près ce canevas, la fin des régimes spéciaux, 64 ans pour avoir une retraite à taux plein ? A priori, vous êtes d'accord ?
Alors jusque-là, dans le quinquennat, je crois que rien n'avait été fait de façon très structurante pour remédier aux grands problèmes qui touchent notre pays. Cette réforme des retraites, si elle se fait, c'est effectivement un bon pas parce que je crois qu'il faut sortir de l'hypocrisie. Bien sûr que l'augmentation de l'espérance de vie nous impose de repenser notre système de retraite. On peut regretter qu'on n'aille pas jusqu'au bout en disant la vérité aux Français. Il y a une forme de supercherie dans le fait de maintenir un âge légal et de définir un âge pivot qui, en fait, prive l'âge légal de sa consistance réelle. Mais sur le fond, vous êtes d'accord ?
Sur le fond, évidemment, ça va dans le bon sens. Maintenant, c'est un rapport. Reste à voir quelle réforme sera même.
Qui servira de canevas, effectivement, pour la future réforme.
Si le gouvernement a le courage de porter cette réforme, je crois qu'effectivement ça ira dans le bon sens. Il faut, et c'est, je crois, l'exigence de justice qu'il impose, que nous puissions garantir l'équilibre du système de retraite. Et cet équilibre-là, il ne sera possible que si nous arrivons à l'ajuster à la réalité de ce que sont devenues nos vies et de ce qu'est notre rapport au travail aujourd'hui.
Alors, ce qui a pesé peut-être problème aussi dans votre campagne aux européennes, est-ce que c'est votre positionnement idéologique ? On se souvient de vos prises de position contre la loi Veil sur l'avortement ? Non, non, attendez.
On va encore reprendre, parce qu'il a fallu le préciser des dizaines de fois, mais je vois que c'est encore nécessaire. J'avais eu, d'abord, je n'ai jamais pris position dans cette campagne européenne volontairement sur ces sujets. Mais vous avez été interrogé sur la loi Veil. Et d'ailleurs, soit dit en passant, par parenthèse, c'est une réflexion que je partage avec vous ce matin, la question que je me pose, c'est la question de savoir dans quelle mesure notre vie politique, notre débat public, notre vie médiatique permet de se concentrer sur les vrais sujets. Je vois que j'ai été sans cesse reconduit à cette question qui n'était pas une question européenne.
Il y a quelque chose qui nous interroge là-dessus.
Parce qu'elle est écrivante, cette question. Enfin, la mauveille.
On a aussi besoin, plutôt que de réfléchir ensemble, de se coller des étiquettes sur le front. Et c'est tellement plus facile, parfois. Ça évite d'avoir à rentrer dans le vrai dialogue exigeant que nécessite la vie politique. Parce qu'on se dit, bon ben voilà, ce type-là, il est de telle étiquette. Et donc, par conséquent, il est inaudible.
Vous, vous avez souffert de cette étiquette conservateur, catholique ?
Vous n'aimez pas le terme de conservateur. La question n'est pas savoir si j'en ai souffert. Ça n'a pas beaucoup d'importance.
Dans vos résultats, je parle du score aux européennes.
La question, César, si la démocratie française en souffre. Et je crois qu'elle en souffre, pour le coup. Je crois qu'elle souffre de cette logique qui consiste à réduire le débat à un étiquetage des positions de chacun. Et surtout, qui consiste à tenter de repousser sans cesse à une forme de radicalité celui qu'on préfère ne pas écouter sur le terrain de la raison. Et au fond, on s'y prend toujours comme ça pour se débarrasser de l'exigence que représente un vrai débat politique. Mais pour en revenir à cette question, d'abord, j'ai bien dit tout au long de la campagne que mon sujet n'était pas du tout d'être opposé à la loi Veil.
Bien au contraire, en tous les cas, le sujet, c'était de savoir comment faire en sorte d'accompagner le mieux possible chaque femme. Et dans son parcours, je ne crois pas avoir dit quelque chose qui était si scandaleux que ça. Et sur le fond, non. Mon sentiment, c'est que ce résultat n'est pas dû d'abord à telle ou telle position, mais qu'il est dû d'abord, d'une part, à ce scénario installé par Emmanuel Macron, de duel entre Marine Le Pen et lui-même, qui, à mon avis, ne sert pas la vie politique de notre pays.
Et puis, d'autre part, c'est vrai, à un discrédit assez profond qui touche notre famille politique, qui touche la droite et qui, sans doute, remonte à loin, qui touche les partis politiques traditionnels. D'ailleurs, c'est le même sort qui a été subi par le Parti Socialiste depuis l'élection présidentielle de 2017. Et encore une fois, la vraie question qui nous est posée, c'est comment reconstruire aujourd'hui ?
Mais quand même, cette semaine, au Parlement européen, vous avez été attaqué par l'eurodéputé vert, Pascal Durand, pour avoir cité, lors de votre première intervention, Charles Péguy. Pascal Durand a écrit « Référence naturellement innocente à un nationaliste belliqueux et réactionnaire ». Alors, vous n'aimez pas les étiquettes, mais c'est quand même celles que l'on vous colle sur le front, même aujourd'hui, en tant qu'eurodéputé.
Vous voyez, là, je suis heureux que vous citiez cet épisode parce que ça montre l'aberration dans laquelle on est en train de sombrer. J'ai eu, effectivement, l'occasion d'intervenir en hémicycle et j'ai commencé mon intervention par une citation de Charles Péguy qui dit « Il faut avoir le courage de dire ce que l'on voit, mais plus encore, il faut avoir le courage de voir ce que l'on voit ». Et pour avoir cité cette formule de Péguy, le député « En marche », Pascal Durand m'attaque parce que Péguy était catholique, en expliquant que ce serait le symptôme d'une dérive réactionnaire et nationaliste.
Parce qu'il était nationaliste aussi.
On tombe dans la folie pure. Charles Péguy a été, d'abord, il venait des rangs de la gauche, il a été socialiste, il a été grand défenseur de Jaurès, il a été l'un des premiers Dreyfusard, l'un de ceux qui a honoré la conscience française dans sa lutte contre l'antisémitisme. Il est surtout un immense écrivain, un très grand poète et il a donné sa vie pour la France. Il est mort pour la France comme lieutenant. Je crois qu'aujourd'hui, réduire Charles Péguy et son œuvre immense à une dérive nationaliste et réactionnaire, mais on tombe dans la folie pure.
Et voilà à quoi nous conduit cette logique d'étiquette et d'anathème permanente, ce soupçon perpétuel de radicalisation qui est proprement intolérable.
Mais Charles Péguy, c'est un anti-moderne quand même aussi aujourd'hui. D'accord, il vient des rangs de la gauche, mais il a beaucoup évolué tout au long de sa vie.
Je ne peux que recommander à la veille de ses vacances à tous nos auditeurs de se replonger dans Péguy. C'est une bonne occasion. Lisez l'argent de Péguy. Est-ce qu'il y a un texte plus fondamental sur la nouvelle idolâtrie financière que pour le coup Péguy dénonce, je crois, avec sans doute une vigueur très nécessaire aujourd'hui ? Le fait que tout dans nos vies doivent se compter, se calculer, se peser à l'aune de l'argent. Cette dénonciation-là, oui, elle fait de Péguy un anti-moderne d'après ses propres termes, mais en même temps, c'est un texte qui mérite d'être lu. Et Pascal Durand peut très bien ne pas être péguiste lui-même, mais enfin, citer Péguy ne devrait pas être un blasphème.
Et le fait d'être attaqué comme un suspect parce qu'on a cité Péguy, je crois, devrait tous nous inquiéter parce que c'est le signe que notre vie politique tombe dans une sorte de scénario totalement étriqué où, au lieu de s'écouter, on se dénonce en permanence. Et au lieu d'essayer de se comprendre, on cherche d'abord à disqualifier. Il y a une phrase magnifique de Péguy que j'ai répondue à Pascal Durand, mais je vous la propose ici. Péguy écrit « Il y a quelque chose de pire encore que d'avoir une mauvaise pensée, c'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et de se faire une mauvaise âme, c'est d'avoir une âme habituée.
Moi, je ne veux pas m'habituer à cette pensée toute faite et je crois qu'on a plus besoin que jamais de réouvrir le dialogue, de parler ensemble, de se comprendre. Et peut-être que c'est ce que j'ai vécu aussi dans cette campagne. Il y a eu, chez ceux qui ont suivi cette campagne, un vrai intérêt et parfois même un très bel enthousiasme. On a vécu une belle campagne, au fond.
Vous avez vécu une belle campagne ? La droite a explosé, qu'elle était déjà mal en point, mais qu'après elle a explosé, le départ de Valérie Pécresse, par exemple.
Elle a explosé à la suite de ce résultat qui a sans doute été un révélateur de fractures qui traversait cette famille politique. Mais il n'en reste pas moins que dix jours avant le résultat, on avait une réunion publique à Paris qui a réuni 4000 personnes et à laquelle participait l'immense majorité des parlementaires de notre famille politique, des grandes figures de cette famille politique. Et je crois que cette campagne a été un moment d'unité autour d'une ligne qui était clair sur la question européenne, avec une vraie vision partagée. Et un moment aussi qui a suscité, et je le dis, ça peut paraître paradoxal au regard du résultat, mais je le vis aussi comme une responsabilité pour moi.
Cette campagne a été un moment qui a soulevé beaucoup d'espoir chez beaucoup de ceux qui y ont participé. Le grand paradoxe, c'est qu'au fond, le résultat a été très différent des campagnes qui ont été menées. Beaucoup ont reconnu, y compris au sein de La République En Marche, que cette campagne avait été difficile pour eux. Et pourtant, le résultat a été relativement convaincant. Alors que pour nous, la campagne aura été vraiment l'occasion d'une vraie dynamique, d'un élan partagé. Et les observateurs, beaucoup de vos confrères qui ont suivi cette campagne, l'ont décrite ainsi. Et pourtant, le résultat est bien différent.
Je crois que c'est au fond le signe que beaucoup de Français se sont déterminés à partir d'enjeux nationaux qui étaient très éloignés de la campagne. Et encore une fois, je le regrette, non pas pour notre score, mais je le regrette pour la vie démocratique de notre pays.
François-Xavier Bellamy, à la tête de liste, à l'air aux dernières élections européennes, invité du grand entretien de France Inter. Alors, vous y avez vu à un grand moment d'unité. Reste qu'aujourd'hui, la famille de droite, elle est en piteux état. À la réunion, début juillet, organisée par le président intérimaire LR, Jean Léonetti, pour débattre d'une déclaration de valeur et de principe. Il y avait seulement 150 personnes présentes, alors que le parti compte plus de 200 parlementaires. Ils sont où, les hommes et les femmes de droite, aujourd'hui ?
Cette réunion, j'y participais d'ailleurs, elle rassemblait les cadres du parti, c'est-à-dire les responsables des fédérations. Donc, ce n'était pas forcément une réunion qui avait vocation à être un meeting avec beaucoup de public, mais plutôt un moment pour se poser, pour réfléchir. Mais même les responsables ne veulent pas réfléchir ensemble. Je suis très reconnaissant à Jean Léonetti d'avoir pris le temps de ce travail-là. Et je crois qu'il mène ce mouvement avec le doigté qu'il faut dans cette période délicate.
Mais c'était tout à fait normal, encore une fois, que les responsables des fédérations, pour le coup, étaient très largement présents et sont venus de toute la France pour partager ce moment. Ce qui est, au contraire, je crois, le signe que beaucoup veulent vraiment pouvoir réfléchir à la manière dont les choses vont se reconstruire. Maintenant, le point fondamental, c'est qu'effectivement, il faut qu'on arrive à retravailler sur le fond. Et ça prendra bien sûr du temps.
Sur les valeurs, quelles sont les valeurs aujourd'hui que la droite peut défendre ?
Moi, je me suis toujours beaucoup méfié de ce mot de valeur qui me paraît, au fond, vous savez, les valeurs, c'est ce qui s'évalue en bourse, c'est toujours fluctuant et incertain. La question, c'est quelle est la vision que nous voulons proposer ? Et quel est l'espoir que nous pouvons partager avec les Français ? Ce qui m'a beaucoup marqué dans cette campagne, c'est que, et c'est sans doute ce qui explique une partie de la violence que notre vie collective a prise, on l'a vu à l'occasion de la crise des Gilets jaunes, beaucoup de Français ont le sentiment que la vie politique n'offre aucune véritable alternative, n'offre aucune véritable espérance pour notre avenir.
Et je crois qu'il est évidemment nécessaire que la droite puisse réfléchir à ce qu'elle veut proposer pour l'avenir. Nous nous sommes concentrés sur l'Europe, et je crois que sur l'Europe, nous avons eu un vrai discours pendant toute cette campagne. Maintenant, il faut aussi qu'on puisse parler de la France, et pendant les mois, les années qui viendront, il faut faire ce travail de fond pour dessiner un projet qui puisse convaincre les Français.
Justement, l'un des grands sujets de la rentrée de septembre, ce sera la loi bioéthique. Est-ce que la droite va réussir à avoir une position commune unie sur ces lois bioéthiques ? Sur la PMA pour toutes, par exemple ?
J'espère que la droite, en tous les cas, va savoir parler de ces questions, qu'elle va savoir en parler de façon sereine, respectueuse et intelligente, mais en même temps d'une manière qui soit lucide et claire. Moi, je ne me laisserai pas intimider par le fait qu'effectivement, en étant sans cesse renvoyé à une étiquette supposément inquiétante, il faudrait que nous soyons condamnés à une forme de marginalité. Ce que je défendrais dans ce débat n'a absolument rien à voir avec une forme de radicalisation quelconque.
Je crois simplement qu'on doit pouvoir dire que ce qui est devant nous, c'est la grande question de savoir quelle place doit avoir la technique dans nos vies pour pouvoir satisfaire et répondre à des désirs qui sont en eux-mêmes parfaitement légitimes. Le désir d'enfant est parfaitement légitime et parfaitement respectable. Mais la question, c'est, faut-il demander à la médecine de sortir de la logique qu'elle poursuit depuis des siècles qui consiste à réparer les corps quand ils sont malades pour venir satisfaire nos désirs lorsque nos corps ne sont pas malades, simplement lorsque nos corps, par notre condition humaine, ne répondent pas à ces désirs ?
Est-ce que parce qu'une femme seule désire avoir un enfant, il faut que la technique le lui donne ? Est-ce que parce qu'un homme seul ou parce qu'un couple d'hommes ou de femmes désirent avoir un enfant, qu'ils ne peuvent pas avoir parce que la biologie le refuse ? Est-ce qu'il faut que la médecine, la technique médicale vienne au secours de notre désir ? Encore une fois, ce désir, il est légitime, il est infiniment respectable. Mais la question qui nous est posée à tous, et c'est une question politique parce que c'est une question qui engage notre société, c'est la question de savoir quelles réponses nous devons apporter à ce désir.
Et derrière cette question-là, il y a les grands débats qui attendent notre avenir, les grands débats politiques autour de la question du transhumanisme, par exemple. C'est des débats qui doivent être pris au sérieux, et on ne peut pas se placer devant ces débats simplement avec le désir de paraître moderne ou d'avoir l'impression d'être au goût du jour. La question, c'est la question de ce qui pourra nous permettre de construire une société plus juste, une société plus humaine aussi. Et ma grande crainte, c'est que derrière le rêve du transhumain, il y ait le monde de l'inhumain.
Ce sont des questions très clivantes. Comment éviter que la droite se fracture encore une nouvelle fois avec ces questions ?
Mais que ce soit des questions clivantes n'est pas un drame. Je veux dire, la politique est faite de désaccords. C'est la politique une manière d'organiser nos désaccords, de parler ensemble. Et il est tout à fait normal que tout le monde ne soit pas d'accord en rentrant dans des débats comme cela. Le vrai sujet, c'est est-ce qu'on s'interdit d'en parler au motif que ce serait clivant ou est-ce qu'au contraire, on essaye d'organiser un vrai dialogue respectueux, intelligent sur ces questions-là ? La révision des lois de bioéthique que vous évoquez, elle a été précédée des états généraux de la bioéthique qui se sont déroulés l'année dernière.
Et ces états généraux de la bioéthique, je crois, ont été le signe qu'il y a chez les Français une immense intelligence collective. Beaucoup de Français ont participé à ces états généraux. Moi, je voudrais simplement d'ailleurs qu'on écoute ce qu'ils ont eu à dire parce que la synthèse qui a été faite de cette expérience démocratique mérite d'être entendue pour préparer l'élaboration de la loi.
On part tout de suite au standard de France Inter. On va rejoindre Guylain qui nous attend depuis un petit moment. Bonjour Guylain. Bonjour. Vous posez votre question à François-Xavier Bellamy.
Voilà, Guylain de Compiègne. Je voulais, oui, on a reproché à Bellamy finalement d'avoir fait un peu échouer la droite sur cette campagne. Lui-même s'en est excusé, peut-être à tort d'ailleurs. Moi, je pense que la droite aurait peut-être fait un pire score s'il n'avait pas été tête de liste. Qu'en pense-t-il ?
Je vous remercie Guylain de votre question et de votre confiance. De toute façon, on ne peut pas réécrire l'histoire d'une certaine manière. Moi, j'ai été très heureux de pouvoir mener cette campagne, très honoré de la confiance qui m'était témoignée. J'ai effectivement indiqué, je l'ai dit, je l'ai exprimé que quand vous vous engagez dans une telle élection, si vous faites un bon score, on vous en félicite. Si vous faites un mauvais score, il faut évidemment assumer votre responsabilité. Je l'assume pleinement. On aurait certainement pu faire mieux et dire le contraire, ce serait malhonnête.
Maintenant, en tous les cas, ce qui est sûr, c'est que j'ai fait de mon mieux dans les circonstances où j'étais, avec toute l'équipe qui m'entourait. Et je crois que cette campagne, c'est ce qui me réconforte aujourd'hui. On peut la regarder sans rougir parce qu'on a vraiment pris les Français au sérieux. Et vous savez, ce que je vois depuis un mois et demi au Parlement européen me conforte dans la campagne qu'on a menée. Et d'un côté, vous aviez le Rassemblement National qui disait, on va rester dans l'Europe pour faire un grand groupe qui va tout changer. En réalité, au bout de 15 jours, cette promesse s'est évanouie.
De l'autre côté, la République En Marche prétendait qu'elle allait renouveler, faire renaître l'Europe à elle seule. Et on voit que cette arrogance n'a pas produit les résultats espérés. Nous, nous avons dit aux Français simplement que l'Europe, c'était un combat difficile et qu'on allait essayer de faire entendre leur voix au sein d'une famille politique qui pèse à l'intérieur du Parlement européen. Et c'est ce qu'on a fait. On est évidemment beaucoup moins nombreux qu'on l'espérait.
Alors justement, quel poids vous allez avoir au Parlement européen ? Vous avez réussi à envoyer 8 euros aux députés, dont vous, au Parlement européen. C'est rien du tout. Vous n'allez pas pouvoir peser dans les débats.
On est peu nombreux, mais vous savez, il vaut mieux être peu nombreux au sein d'un groupe qui compte. Et nous sommes membres du PPE, le groupe de la droite européenne, qui est arrivé premier dans cette élection. Et qui donc va jouer un rôle décisif dans les années qui viendront. Il vaut mieux être peu nombreux et peser au sein de ce groupe que d'être dans d'autres groupes qui, eux, sont très limités.
Et vous allez peser au sein de ce groupe ?
Et oui, nous allons peser au sein de ce groupe. Par rapport aux autres forces de droite européennes ? Vous savez comment est-ce que je commence à découvrir le Parlement européen ? Et j'ai beaucoup travaillé au cours du mois et demi qui vient de s'écouler. Mais mes colistiers m'ont fait confiance pour être le chef de la délégation française. Donc j'ai beaucoup travaillé dans la négociation qui accompagne la mise en place de ce nouveau mandat. Et ce que je découvre, c'est qu'au fond, le Parlement européen, c'est un Parlement dans lequel l'influence est directement corrélée à votre capacité de travailler, au sérieux que vous avez, au respect que vous avez des engagements que vous prenez.
Et par conséquent, on a déjà créé de vrais liens avec les autres parlementaires des autres pays. Et ça nous a permis d'avoir l'élection d'Arnaud Dangean, qui était le numéro 3 de notre liste comme vice-président de notre groupe, ce qui est très important stratégiquement pour peser sur la ligne politique des années qui viendront. Et Anne Sander, qui était sur notre liste également, a été élue récemment première questeur du Parlement européen. Et ça aussi, c'est très important parce que c'est une position qui compte dans l'organisation du travail parlementaire, et notamment pour défendre le siège de Strasbourg, qui compte évidemment pour les intérêts de la France.
Et ce que je vois, c'est qu'avec ce travail sérieux, on obtient la même position d'influence que nos prédécesseurs au cours du dernier mandat. C'est évidemment peut-être...
Pas de présidence de commission, quand même.
C'est peut-être très... La présidence des commissions, c'est un poste honorifique, mais au fond, c'est pas là que les choses se décident de manière stratégique. Ce qui compte, c'est d'avoir... Mais c'est peut-être un peu technique d'avoir des coordinateurs qui vont orienter le travail. Mais ce que je voudrais dire à vos auditeurs, c'est que même si ça paraît peut-être un peu abstrait, eh bien tout ceci, c'est le signe pour moi que nous pouvons gagner des batailles, et que nous allons pouvoir travailler efficacement pour faire avancer nos engagements de campagne dans les années qui viendront. En tous les cas, c'est le devoir que je me donne et c'est l'engagement que je prends.
Suzanne, sur l'application France Inter, vous demande si le monde politique ne vous désespère pas. Est-ce que vous ne regrettez pas de vous être lancé, vous qui étiez professeur de philosophie ?
Il ne faut jamais avoir de regrets. Je suis professeur de philosophie, en effet. J'ai toujours été un grand familier du stoïcisme qui enseigne que, comme le disait Claudel, les choses qui ne peuvent être changées ne valent pas une larme de nous. Donc, il ne faut pas se tourner vers le passé, mais vers l'avenir. Et je ne regrette pas de m'être lancé, surtout parce qu'au fond, je continue de croire que la vie politique mérite mieux que la fausse alternative qu'on nous propose aujourd'hui. Et je continue de croire que le travail que nous avons à faire, c'est le travail décisif pour que la France retrouve espoir en son avenir.
Même si ça paraît aujourd'hui très difficile, c'est dans les moments difficiles aussi que les caractères se révèlent. Et donc, c'est le moment pour nous de sortir peut-être des facilités d'une période de fausse prospérité ou de fausse réussite. Évidemment, on est contraint par cet échec de se refonder en profondeur. Et je pense que cette période qui s'annonce va être décisive, mais passionnante aussi.
Et le professeur de philosophie que vous êtes réfléchit aussi à l'éthique en politique, j'imagine. L'affaire François de Rugy, ça fait partie de vos objets de réflexion ?
J'ai deux malaises devant cette histoire. Le premier, c'est devant évidemment le contraste entre un discours qui était très vertueux et qui était très moralisateur, ce qui je crois n'est pas toujours très proche de l'éthique, qui consistait à donner beaucoup de leçons aux autres. Et François de Rugy a peut-être été l'un de ceux qui, malheureusement, s'était laissé piéger dans ce discours-là. Et ce qu'il vit aujourd'hui, c'est le résultat de la violence, du contraste entre le discours qu'il tenait et sa pratique politique. Mais un autre malaise, c'est celui devant la violence de cette chasse à l'homme.
J'ai appris ce matin que sa maison avait été taguée par des gens qui ont écrit « On va te faire payer escroc ». Je crois qu'on ne devrait jamais en arriver là. Et il me semble qu'il faut qu'on arrive à retrouver à la fois plus de sobriété dans notre vie publique. C'est indispensable, mais aussi plus de tempérance dans nos désaccords politiques.
Merci beaucoup François-Xavier Bellamy. Merci d'avoir été l'invité du grand entretien de la matinale de France Inter aujourd'hui. Merci à vous. Député européen Les Républicains. À suivre, un avant-goût du débat de midi avec Dorothée Barba, les chroniques de l'espace de Jean-Pierre Luminet, puis dans une minute, la revue de presse de Julie Piétry.
François-Xavier Bellamy