Emploi des seniors : "Il faut trouver une réponse à cette question, que beaucoup de pays européens ont déjà trouvée"
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Bonsoir à tous. La négociation entre syndicats et patronats sur l'emploi des seniors s'est terminée la semaine dernière sur un constat d'échec. Sauf que l'UDP, syndicat majoritaire chez les artisans, les petits commerçants et les professions libérales, en a décidé autrement et a convoqué les syndicats demain pour remettre plusieurs sujets sur la table. Bonsoir Astrid Panossian-Bouvé. Bonsoir. Vous êtes députée Renaissance de Paris, membre de la commission des affaires sociales, spécialiste des questions d'emploi. Que dites-vous de cette initiative ? Est-ce qu'il faut laisser les partenaires sociaux améliorer la copie sur l'emploi des seniors ?
Ou est-ce qu'il est temps finalement que le gouvernement reprenne la main ?
Moi je pense que cette initiative est salutaire parce qu'il y a un intérêt aujourd'hui de toutes les parties prenantes à trouver une réponse à cette question de l'emploi des seniors que beaucoup de pays européens ont déjà trouvé. Il y a un vrai sujet autour de l'attractivité des métiers. Il y a un vrai sujet aussi d'anxiété de la part des personnes de plus de 50 ans dans notre pays qui se disent qu'ils vont être mis au placard, qu'ils n'ont plus nécessairement leur place dans l'entreprise. Donc il y a des réponses à trouver et des réponses elles existent. C'est des réponses qui ont été d'ailleurs discutées et envisagées dans le cadre de ces discussions qui n'ont pas abouti.
Je pense qu'il faut qu'on soit ambitieux. Les retraites progressives, la question des reconversions professionnelles pour les métiers pénibles. Qui est un des sujets importants selon l'UDP. C'est un des sujets qui est important parce qu'il y a des métiers qui ne sont pas tenables toute une vie. Quand vous regardez aide-soignant, quand vous regardez les sujets tels que les manutentionnaires qui portent des charges lourdes, ce sont des métiers qui ne sont pas tenables toute une vie. Il faut pouvoir envisager les reconversions avant.
Alors à l'ordre du jour également de cette négociation, il y a le CETU, le MEDEF et la CPME ne voulaient pas en entendre parler. Ce compte épargne-temps universel qui permettrait aux salariés de transporter avec lui son compte épargne-temps d'une entreprise à l'autre. Que pensez-vous de votre côté de cette initiative ?
Alors je pense que sur le fond, c'est intéressant de penser le travail tout au long d'une vie. En essayant d'imaginer des passerelles entre des césures qu'on trouve assez artificielles. Il y a la formation, le travail et ensuite la retraite. On voit que sur les questions d'apprentissage, de formation professionnelle tout au long de la vie, de retraite progressive, elles sont là les passerelles. Sauf que là l'idée c'est de transporter ce compte épargne-temps.
Mais précisément, il faut aussi entendre les difficultés de mise en œuvre pratiques et opérationnelles pour des petites et moyennes entreprises qui embauchent par exemple des salariés qui auront cette portabilité avec des congés RTT à prendre et à imposer assez rapidement. Ça veut dire qu'il n'y a pas favorable ? Ça veut dire qu'il faut qu'on réfléchisse à la mise en œuvre. Mais moi vous savez, plus au des grands soirs, moi je crois au petit matin concret et réaliste et ambitieux.
Et donc je pense que sur le travail tout au long de la vie, avançons sur le retraite progressive, avançons sur les reconversions pour les métiers pénibles, avançons sur les sujets qui sont au cœur de la vie active comme la parentalité ou les aidants familiaux qui correspondent à 40% des aidants familiaux, 40% sont salariés. Voilà des questions qui permettent de répondre à la portabilité tout au long de la vie et de l'adaptation du temps de travail tout au long de la vie.
Alors au-delà de la question de l'emploi des seniors dont on vient de parler, il y a celle de l'assurance chômage. Vous le savez, le Premier ministre Gabriel Attal veut remettre le sujet sur la table rapidement et durcir les règles actuelles. C'est une des pistes envisagées en tout cas, réduire la durée d'indemnisation des demandeurs d'emploi dans une récente tribune. Vous dites de votre côté que notre système d'indemnisation n'est pas plus généreux que celui de vos voisins. Est-ce que ça veut dire que le Premier ministre n'a rien compris ?
Ça veut dire qu'il faut qu'on continue la discussion. Moi, je suis totalement d'accord avec lui pour dire que la bataille de l'emploi n'est pas terminée. On a un taux d'activité qui est historiquement très élevé, un taux de chômage des jeunes qui n'a jamais été aussi bas. Mais la bataille de l'emploi, elle est toujours, toujours devant nous. Je comprends et j'entends ce débat sur la réduction du temps d'indemnisation. Ça peut permettre d'accélérer la recherche d'emploi, quitte d'ailleurs à chercher des choses en deçà de ces qualifications sur l'expérience.
Est-ce que les chômeurs ne choisissent pas d'être au chômage ? Les chômeurs ne choisissent pas d'être au chômage.
Ça peut créer ou agrandir des fragilités, des vulnérabilités pour ceux qui sont éloignés. Je pense qu'aujourd'hui, dans un contexte incertain du marché de l'emploi, dans un contexte où la dernière réforme du marché de l'emploi touchait précisément à la durée de l'indemnisation, il n'y a pas plus longtemps qu'il y a 14 mois, il y a d'autres leviers tout aussi puissants. Mais est-ce que cette voix, elle est entendue à Stéphane Oshambouvé ? Je pense que je ne suis pas la seule d'ailleurs à en parler. Au sein de la majorité ? Au sein de la majorité. Mais également, il faut entendre l'Association nationale des directeurs des ressources humaines, il faut entendre également des employeurs.
Il y a d'autres leviers qui sont tout aussi puissants. Quand vous regardez les emplois non pourvus aujourd'hui, il y en a deux tiers qui sont liés à de l'attractivité des métiers, il y en a un tiers qui sont liés à des formations et des compétences qu'on ne trouve pas sur le marché de l'emploi. Je pense à la data, je pense à l'intelligence artificielle. Il y a des sujets, on a parlé de l'emploi des seniors, il y a des leviers qu'on appelle périphériques mais qui sont centraux, tels que le logement, tels que la garde d'enfants, tels que les transports. Parlons de ces sujets qui sont absolument centraux.
Alors, autre sujet dont je voulais parler avec vous, celui de la fiscalité pour tenir l'objectif de ramener le déficit sous les 3% en 2027. Le gouvernement s'apprête à faire 10 milliards d'euros d'économies supplémentaires. Cette année, faut-il en parallèle augmenter les recettes ?
Alors, on est en 2024. Le dernier budget en équilibre, il a été voté en 1974. Il y a 50 ans. Il y a 50 ans précisément parce que la norme avec des gens qui veulent avoir une loi à leur nom, la dépense publique en se vantant, je suis un bon ministre parce que j'ai mon budget en augmentation, ou un problème, une taxe, ce sont des maladies françaises qui existent depuis 50 ans. Et donc, moi, je pense qu'il faut regarder le sujet. Il n'y a pas de tabou, ni sur les dépenses dont il faut regarder maintenant l'efficacité, ni sur la fiscalité. Et quelles recettes ? Et la fiscalité et les recettes.
Je pense que sur les effets d'aubaine, qui sont notamment les super profits ou les taxes sur les énergéticiens, je pense au rachat d'actions sur lesquelles l'administration Biden est beaucoup plus proactive, il y a réellement des pistes qu'il faut aujourd'hui travailler parce que le seul levier des dépenses ne sera pas suffisant. Et pensez-vous que cette voix sera entendue également ? Eh bien, on aura un débat le 29 avril à l'Assemblée nationale et j'espère que c'est aussi dans le débat et le contrôle démocratique qu'on peut faire avancer les choses, c'est ma conviction.
Et donc, vous espérez que pour le prochain budget, il y aura des pistes de recettes avec taxation des profits ?
Qui sont exceptionnelles, qui ne remettent pas en cause ni la question de l'investissement, ni le sujet de la juste répartition du fardeau fiscal. Je pense qu'elles existent et il faut en parler, aucun tabou. Merci beaucoup Astrid Panossian-Bouvet, députée Renaissance de Paris. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.
Astrid Panosyan-Bouvet