MACRON, LE PRESTIDIGITATEUR DE LA 5E REPUBLIQUE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Les élections législatives ont rappelé au président le rôle théoriquement central du Parlement dans notre système politique. Mercredi soir, il intervenait pour donner sa vision du rééquilibrage en cours entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Ce fut en fait non pas un numéro d’équilibriste, mais d’illusionniste.
Regardez : le message des électeurs qui me demandent un changement de cap dans le contenu de ma politique. Pouf ! et voilà, en fait c’était simplement une demande de changement de méthode.
On va voir les autres “trucs” de ce magicien. Françaises, Français, mes chers compatriotes. Le 24 avril dernier vous m'avez renouvelé votre confiance en m'élisant président de la République.
Vous l'avez fait sur le fondement d'un projet clair, et en me donnant une légitimité claire. Ca commence plutôt mal. Ouvrir la négociation en posant que l’essentiel n’est pas négociable.
Sa légitimité institutionnelle (le fait qu'il a été élu) n'est certes pas remise en question. Mais tout de même : son camp a fait mollement campagne, tant à la présidentielle qu’aux législatives, il a fui systématiquement le débat, il a été élu contre l’extrême droite et non pas sur son projet. De sorte qu'on peut penser que sa légitimité politique, elle, est remise en question par le résultats des législatives.
Nous devons collectivement apprendre à gouverner et légiférer différemment. Bâtir avec les forces politiques constituant la nouvelle Assemblée des compromis nouveaux, dans le dialogue, l'écoute, le respect. C'est ce que vous avez souhaité, et j'en prends acte.
Le numéro d’illusionniste se poursuit par un tour de passe-passe dont est coutumière la macronie : faire passer un différend politique et une opposition sur le contenu des décisions pour une mauvaise compréhension, ou une critique de la méthode. ...l'écoute, le respect.
C'est ce que vous avez souhaité, et j'en prends acte. J’ai “compris le message” : gouverner différemment, plus de dialogue, dans une culture de concertation. Je sais pas combien de fois dans le quinquennat il a dit qu’il allait changer de méthode, qu'il avait compris, etc., alors qu'on a toujours vu que sa préférence allait au Conseil de défense plutôt qu’au Grand débat ou à la Convention citoyenne sur le climat.
Je crois qu'il est donc possible, dans le moment crucial que nous vivons, de trouver une majorité plus large et plus claire pour agir. Je suis convaincu de la nécessité du dépassement politique depuis le premier jour. Je l'ai largement pratiqué, et il répond, je le sais, à l'aspiration de nombre d'entre vous, de sortir des querelles et des postures politiciennes, de bâtir par le dialogue, le compromis.
Et là le magicien va encore plus loin : ces élections ne sont pas un désaveu, c’est presque la confirmation de la pertinence du macronisme, du “et de droite et de gauche”. ...et il répond, je le sais, à l'aspiration de nombre d'entre vous, de sortir des querelles et des postures politiciennes Non seulement votre opposition à moi est plus sur la forme que sur le fond mais en plus cette opposition sur la forme confirme mon diagnostic : vous souhaitez un élargissement, un dépassement politique.
C’est ça qu’il faut avoir en tête pour aborder les différents scénarios qu'il nous présente pour régler les potentielles dissonances entre l’exécutif et le Parlement. Alors comment passer de 245 à 289 pour assurer une stabilité dans le vote des lois ? Si on exclut la solution de la dissolution parce que c'est peu probable : il a trop peur d'y perdre encore plus de plumes.
Aucune force politique ne peut aujourd'hui faire les lois seule. Et la majorité présidentielle est en effet relative. Sa responsabilité est donc de s'élargir.
Soit en bâtissant un contrat de coalition, soit en construisant des majorités texte par texte. Première option : construire un groupe représentant une majorité absolue permanente, et composer un gouvernement de coalition qui intègrerait des ministres de la couleur politique de groupes dont les députés ont rejoint la coalition. Mais pour le moment, les oppositions le refusent.
À commencer par les LR, qui seraient pourtant le partenaire évident. Et je dis à nos auditeurs qui se disent "c'est quand même bien le dépassement politique, ça évite les chamailleries politiques". Mais quand vous évitez le débat politique sur le fond, quand vous tentez d'effacer les convictions, vous en venez à n'avoir au final que les extrêmes qui incarnent quelque chose.
À gauche l’idée ne séduit pas. Nous ne sommes candidats à aucun arrangement, aucune combine, ou aucune participation à un gouvernement avec le président de la République pour la raison que notre diagnostic - et je lui ai dit - c'est qu'il y a besoin d'un gouvernement qui précisément fasse le contraire de sa politique, de celle qu'il a menée, et combatte les effets qu'elle a répandus. Il pourrait organiser des débauchages individuels.
Mais 44, ça fait beaucoup. Il a manqué une trentaine de députés sur 577 Héhé : 44 ! Seconde option : contruire des majorités temporaires, projet par projet, qui changent à chaque texte qu'il faut voter : je vais chercher à gauche sur cette loi, et à droite sur telle autre.
C’est probablement cela qui va se passer, mais c’est fragile. Ca pourra fonctionner sur des textes aux enjeux un peu moins importants, mais sur des lois qui sont d’emblée politiques comme la réforme des retraites, il aura un peu plus de mal. D’autant que depuis 2008 le gouvernement ne peut plus faire un usage très fréquent de l’article 49-3, qui permet de faire passer un texte en force.
Tous ces progrès ne sauraient être financés, ni par plus d'impôts, ni par plus de dette budgétaire et écologique. On voit qu'il y a encore ce préjugé tenace dans le macronisme qu’il existerait toujours une solution correcte, vraie, quasi unique, à chaque problème, et que le désaccord politique est au fond une mauvaise compréhension ou des chicaneries idéologiques qu’on peut régler par un peu de pédagogie. Ce que décrit très bien ici l’avocat Jean-pierre Mignard.
On ne peut pas parler comme ça des superstructures politiques, des architectures, ou des vertus des uns et des autres, sans poser la question sociale. Qui représente quoi ? Quels intérêts sont défendus ?
Et est-ce que tous les intérêts peuvent être solubles dans le compromis ? Je n'en suis pas certain. Il y a plusieurs familles politiques à l'intérieur du Parlement, et il y des projets qui ne s'entendent pas du tout.
Et les électeurs savent parfaitement ce qu'ils ont fait en votant des projets qui ne s'accordent pas. Il ne faut pas alors s’étonner de l’espèce d’ultimatum qu’il lance à la fin. Il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l'Assemblée nationale sont prêtes à prendre.
Entrer dans une coalition de gouvernement et d'action ? S'engager à voter simplement certains textes ? Notre budget ?
Lesquels ? Pour avancer utilement, il revient maintenant aux groupes politiques de dire en toute transparence jusqu'où ils sont prêts à aller. Je pars en voyage et on voit ça à mon retour !
L’Assemblée a été légitimement élue et pour une fois les différentes sensibilités politiques y sont mieux représentées, mais le fardeau d’un éventuel blocage institutionnel est renvoyée sur l’opposition. Macron tend un piège à ses oppositions : il veut tourner l’opinion publique contre les partis. Les gens sont fatigués des crises politiques à répétition, du Covid, des deux élections, des problèmes sociaux laissés en stand-by.
L’opinion publique hésite alors entre se satisfaire d’une opposition solide à Macron et accrocher au “il faut que la France soit gouvernable”. Macron et sa majorité pouraient alors s’appuyer sur la méfiance qu’éprouvent beaucoup de français à l’encontre des partis ou des idéologies et se présenter une fois de plus comme les pragmatiques, les raisonnables contre une opposition parlementaire qui rend la France ingouvernable à cause des obstructions, des motions de censure, et la pagaille dans l’hémicycle. Et c’est la raison pour laquelle Quatennens inverse l’ultimatum du président Ce n'est pas aux groupes politiques d'être mis au défi de savoir s'ils vont voter les lois d'Emmanuel Macron.
Si nous faisons une proposition de loi pour procéder à une augmentation du Smic, pour bloquer les prix, est-ce qu'Emmanuel Macron appellerait sa majorité toute relative à la voter ou est-ce qu'il ferait de l'obstruction parlementaire et du blocage ? Quels sont les compromis que lui, le président, est prêt à faire ? Recul sur les retraites, sur l’assurance-chômage ?
Ou alors calmos sur dans les annonces sur le retour à la stabilité budgétaire ? Car au-delà de ces débats sur la méthode il faut rester concentré sur le contenu des politiques que Macron mène depuis 5 ans. Il prend pour acquis que son projet présidentiel est légitime, mais sa base sociale reste faible.
Dans le précédent quinquennat, les institutions lui permettaient de gouverner malgré tout, en forçant le pays. Le moment que nous sommes en train de vivre, c'est celui où ce strict mécanisme institutionnel ne suffira peut-être plus. À la semaine prochaine
Emmanuel Macron