Disiz, l'interview : "Les relations sentimentales me fascinent"
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Les relations sentimentales vraiment me fascinent parce que c'est quand même le choix de deux personnes, de vivre ensemble, de faire une micro-société à deux, c'est des questions qui sont très… Et puis l'adolescence, le fait que tu rencontres quelqu'un, ça te chamboule complètement ta vie, tu penses à cette personne-là, tu veux lui faire des dessins, lui écrire des poèmes, enfin tout ça c'est quand même une force qui est très puissante. Bonjour, salut. Salut Hugo.
Merci d'être là, ça fait très plaisir. Merci, ouais. En un jour d'anniversaire pour moi c'est le beau… Ah ouais, j'ai entendu c'est ton anniversaire.
Ouais, ouais. Ça te fait quel âge alors ? Ça fait 25 ans. 25 ans et ça fait vraiment plaisir de te recevoir aujourd'hui.
Moi aussi, je suis content. Franchement parce que, bon déjà j'ai eu l'occasion d'écouter beaucoup ton dernier album, « L'amour » dont on a beaucoup parlé forcément ce soir et c'est un vrai kiff et j'invite dès maintenant ceux qui ne te connaissent peut-être pas à te découvrir avec, c'était un album qui je pense montre bien tout ce que tu peux faire. Mais t'es un peu un multi casquette, je déteste ce terme parce que c'est vrai que tu cumules à la fois, bah t'es un artiste à tout point de vue, à la fois rappeur, à la fois comédien, à la fois écrivain, enfin t'endoses pas mal de rôles différents.
Et même dans la musique en soi, t'as pu endosser différentes casquettes au fil de tes projets, des albums que t'as pu sortir parce que des albums, il y en a eu beaucoup, il y en a eu en gros une grosse dizaine. Ouais, ouais, c'est le 13e celui-là. Ouais, le 13e aujourd'hui.
T'as commencé tôt ou en tout cas ça a décollé même très tôt vers l'âge de 20 ans environ quand tu débutais. Et donc aujourd'hui, on va commencer par revenir un peu sur un ou deux points de bascule, donc des moments qui ont fait que t'es là où t'es aujourd'hui pour comprendre un peu d'où tu viens. Et puis on va après se focus sur une thématique qui est majeure dans ton album.
On l'aura compris, c'est l'amour et t'en parles très bien dans ce dernier album. Donc je pense que c'est super de pouvoir en discuter ensemble. Voilà donc pour le concept des points de bascule qu'on va voir ici et je voudrais du coup qu'on attaque directement avec un premier point de bascule.
C'est une lettre, une lettre d'un certain Patou, une personne qui travaillait dans le label Sony. Alors à l'époque, toi t'es fan de NTM et tu cherches en fait sur leur disque le nom de leur directeur artistique. Tu vois que sur leur disque, il y a une adresse chez Sony, donc tu décides d'envoyer une maquette à cette adresse-là.
C'est ce que tu racontes et tu reçois une lettre qui va avoir à ce moment-là un impact sur toi. Est-ce que tu peux nous raconter quelle était cette lettre et qu'est-ce que ça a entraîné ton côté ? Ouais en fait quand j'étais jeune, quand j'avais on va dire 15-16 ans, c'était pas comme aujourd'hui où tu peux écouter plein de musiques comme tu veux et tout.
En gros t'avais un petit peu d'argent à Noël, t'es obligé de choisir ce que t'allais écouter et t'acheter un album en particulier. Et il s'avère que moi cet album-là, c'était l'album d'NTM, le premier album d'NTM qui s'appelle Authentique, si je dis pas de bêtises, je crois que c'est ça. Et du coup, j'avais regardé dans les crédits et il y avait leur directeur, parce que je faisais de la musique moi aussi, je me disais ouais, j'aimerais bien avoir l'avis d'NTM sur ma musique.
Comme je reçois des fois des messages de jeunes artistes qui me disent qu'est-ce que tu penses de ce que je fais, moi je voulais faire la même chose. Donc j'ai retrouvé son nom, c'était une femme qui s'appelait Patou et je lui ai envoyé une maquette que j'avais enregistrée dans un petit studio. Et j'ai reçu, en fait j'ai pas reçu une lettre, mais j'ai eu un appel, parce que j'avais laissé mon numéro de téléphone de chez moi.
Et j'ai eu un appel de la personne qui m'a dit écoute, on a reçu ta lettre, ça nous a touché, c'est cool, tout ça et tout. J'ai fait écouter à NTM et ils pensent que c'est bien, mais que t'es pas encore à ces murs et qu'il faut encore travailler. Et le simple fait que ce groupe majeur me dise on a écouté et vas-y continue, ça m'a donné une force incroyable.
Et après plus tard j'ai fait, j'ai rencontré Joe Estar, tout ça et tout. Ça s'est fait progressivement, mais c'est vrai que c'est une forme aussi de, l'idée d'oser aussi, de se dire vas-y, je vais envoyer quelque chose. Forcément, tu t'imagines pas forcément avoir un retour parce qu'on peut imaginer que n'importe quel contact chez Sony, parfois même la personne qui est en stage, qui vient d'arriver, va recevoir des messages en mode apparemment t'es chez Sony, qu'est-ce que tu te m'aider là-dessus.
C'est cool et c'est fou d'avoir un retour à ce moment-là et j'imagine que ça t'a donné une vraie confiance. Ah ouais, ça m'a donné beaucoup de force, mais c'est ce que tu disais en fait, c'est le fait d'oser. Et souvent, bah ouais, on n'ose pas, on se dit ouais, ça sert à rien et tout ça et tout.
Alors que bon, bah si, faut pas lâcher l'affaire. Et sur l'évolution, à partir de là, pour ceux qui n'ont pas forcément suivi le tout début de ta carrière, comment est-ce que ça s'est fait ? Et même une carrière dans la musique, comment est-ce que ça se fait ?
Est-ce qu'il y a des moments, des étapes particulières qui te font franchir un cap ? Est-ce que c'est quelque chose de plus progressif ? Comment est-ce que toi, t'as vu l'évolution à travers tous tes albums ces dernières années ?
Moi, je pense que les points de bascule, vu que c'est un peu le sujet, je pense qu'en tout cas, en art et en tout cas, me concernant, à chaque fois, c'est des morceaux. C'est-à-dire que tu peux, après, je sais pas, en tout cas, c'est ce qui correspond à ma trajectoire, à moi, mais ce qui fait que ça fonctionne et ce qui fait que tu passes dans une autre sphère ou que tu touches d'autres gens, c'est la qualité de ton travail, tu vois. Et moi, le morceau « Je pète les plombs » qui a complètement changé ma vie.
Au départ, je l'avais écrit pour une mixtape, donc un petit projet comme ça, assez confidentiel, destiné à des DJs. Et puis, ça a plu. On a eu des retours de DJ qui disaient « Ouais, il est incroyable, ce morceau. » Donc, du coup, mes producteurs de l'époque ont décidé de le sortir en single.
Et puis, ça a cartonné. Et l'année d'après, c'était en radio. Et voilà.
Donc, à chaque fois, mes points de bascule, c'est juste des morceaux spéciaux qui font que, bon, bah… Avec des découvertes par Akhenaton notamment, enfin, on voit que des sons peuvent faire émerger à une audience plus large ou à ce milieu-là sur ta musique. Et justement, « Je pète les plombs », par exemple, c'est un son, alors, je pense qu'il est massimement connu, peut-être moins pour les plus jeunes, qui découlent peut-être avec d'autres choses. Mais c'est un son comme ça, tu arrives à anticiper le succès que ça va avoir.
Et même encore aujourd'hui, quand tu sors des sons, parce qu'on va parler de ton album tout à l'heure, on en parlait avant de commencer l'interview. Mais c'est des choses que tu arrives à sentir où il y a une part de, pas de hasard, mais d'imprévu dans le succès des musiques ? Moi, je n'arrive pas à le sentir.
Et ce qui est fou, c'est que là, je revis entre guillemets à peu près la même chose qu'il y a 20 ans, parce que le titre qu'on a sorti avec Damso, il est premier au top et je suis vraiment content. Mais ce titre-là, là, justement, pour parler du titre avec Damso, à aucun moment, on s'est dit que ça allait être un titre qui allait être premier au top. C'est-à-dire qu'au contraire, c'est un morceau qui est limité, expérimental, qui n'est pas du tout formaté, il n'y a pas de refrain, il n'y a rien du tout.
Et du coup, ça marche. Et je pète les plombs, c'était pareil. C'était un morceau qui était truffé de gros mots à l'époque, avec une boucle de batterie qui était mal bouclée par la personne qui a fait le son qui s'appelle JMD.
Jamais, j'aurais pensé que ça devienne...
Donc, pour moi, il n'y a pas de recette, mais c'est ce qui me correspond à moi. Il y a d'autres gens qui enchaînent des tubes et des tubes et qui ont un savoir-faire. Moi, je ne le fais pas exprès.
Dans tous les cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu une évolution progressive, mais assez rapide, notamment au début, où tu racontes souvent que tu t'es retrouvé en l'espace d'un mois, un mois et demi, à bosser dans une chaîne de fast-food, à te retrouver avec un son qui explose et à grandir là-dessus. Tu en parles, d'ailleurs, beaucoup, et dans des sons, et dans tes interviews, un terme que tu utilises, celui de transfuge de classe, d'évolution, au final, au sein de la société. Comment est-ce que tu définirais ça ?
C'est le fait d'évoluer et de monter, parce qu'en tout cas, c'est vu comme ça aux électricités, dans d'autres classes au fur et à mesure ? Oui, c'est que moi, j'ai grandi dans un quartier, donc quand tu grandis dans un quartier en banlieue parisienne, dans les années 90-80, tu es assez enclavé, c'est-à-dire que tu vis dans ton coin, tu vas de temps en temps sur Paris et tout ça, mais tu quittes ton environnement pour aller sur Paris et tu reviens après. Mais par rapport à ce morceau-là qui a fonctionné, tout s'accélère, en fait.
C'est-à-dire qu'après, j'étais beaucoup plus souvent sur Paris parce que ça fonctionnait, donc j'avais accès à d'autres gens qui venaient d'un autre milieu social. Et après, j'ai commencé à toucher de l'argent. Donc tout ça, ça fait que, ouais, on va dire, je travaillais au McDo, pour pas le dire.
Et puis deux mois après, j'étais dans des soirées un peu fancy parisienne et tout. C'est assez violent, en fait, mais c'est cool. Et la façon dont tu le vois d'un point de vue plus large, au-delà de ton cas précis, j'ai l'impression que c'est un sujet, voilà, l'évolution des… Tu parles de transfuge de classe, d'évolution de personnes au sein de la société.
Certains, quand ils entendent ce discours d'évolution de quelqu'un qui part de peu ou de rien qui arrive au CEO, certains disent, bah voilà, tout est possible, regardez, on peut le faire, c'est juste de la bonne volonté, etc. Tandis que d'autres disent, bah, c'est cool, certains réussissent, certains explosent, s'en sortent, machin. Mais en fait, c'est malheureusement des exceptions, c'est malheureusement souvent des reproductions sociales, en réalité, qui restent présentes.
Comment, quel regard est-ce que toi, tu portes là-dessus ? Même dans le message que toi, tu veux véhiculer ? Est-ce que tu… Ouais, comment est-ce que tu vois tout ça ?
Mais après, de quelle réussite on parle ? Parce qu'effectivement, c'est vrai qu'en plus, moi, c'est quelque chose qu'on m'a déjà fait, à se servir de ma trajectoire pour dire, bah, vous voyez bien que la machine, l'organisation de la société fonctionne. Sauf que non, parce que de quelle réussite on parle ?
Pour autant, même si j'ai réussi à cet endroit-là, je me suis retrouvé dans des endroits avec des gens qui avaient eu accès à d'autres… un autre environnement social et tout ça et qui, de toute façon, avait une compréhension de la société et de comment elle est organisée que moi, je n'avais pas. Donc, c'est une réussite, certes, qui a l'air clinquante et voilà, c'est cool, je gagne de l'argent et tout. Mais en vrai, je ne suis pas forcément plus inséré dans la société parce que j'ai réussi dans ma musique, parce qu'il y a plein de codes que je n'ai pas et voilà, ça reste une exception, ça reste quelque chose de… Voilà, ce n'est pas l'exception qui fait la règle quoi.
Exactement, c'est tous les sujets après. Donc, vous pourrez parler des heures qui sont évoquées dans les travaux de sociologie et tout, mais de… Bien sûr. …de déterminisme social… Exactement. …donc tu parles d'ailleurs toi-même… Bien sûr. …beaucoup et qui sont majeurs quoi.
Et c'est intéressant de t'entendre parler de tout ça quoi. Si on évolue sur l'autre point de bascule, on parlait après ton dernier album. Je voulais revenir sur la conception de ta musique et le fait qu'il y a eu des concepts, des albums, des choses qui sont placées sur différents terrains jusqu'à notamment une interview qui était donnée il me semble en 2009 au magazine Street Live et cette idée de se dire je vais en fait quitter le rap en tout cas tel qu'il est aujourd'hui et m'insérer dans un autre milieu qui est davantage le rock, ta musique.
Le fait de faire une déclaration comme ça et dire en même temps je vais faire du rock plus que du rap. Qu'est-ce que ça veut dire et quel était le choix à ce moment-là ? Tu te motivais à faire ça ?
En fait, tu parlais de déterminisme tout à l'heure et c'est exactement ça. C'est-à-dire qu'en gros moi j'ai compris une fois que j'ai vu l'envers du décor de l'industrie du disque quand j'ai réussi et tout on va dire à 22, 23, 24 ans, j'ai compris que j'étais aussi le produit de mon environnement et que si j'avais fait cette musique-là et le choix de cette musique-là, à savoir le rap, c'est parce que j'étais né à une certaine époque et que c'était concomitant avec cette musique-là qui était en train d'émerger et qui devenait hyper mainstream. Peut-être que si j'étais né avant ou si j'étais né au même moment mais dans un autre milieu social, peut-être que j'aurais fait du violon, peut-être que je me serais intéressé au rock, peut-être que je me serais intéressé à plein de choses.
Et du coup, c'est un peu ce qui a guidé mon truc. Moi, j'ai toujours eu envie de, en tout cas, j'ai jamais voulu qu'on m'enferme. Et donc, du coup, devenir le rappeur et en plus, à l'époque, à côté d'ici, il y avait le rappeur marrant.
C'était insupportable pour moi parce que je n'étais pas que ça et que je voulais pas, je voulais pas me figer, en fait. Et en vrai aussi, je me cherchais beaucoup. Moi, j'étais en quête d'identité.
Et du coup, le fait d'aller dans d'autres, explorer d'autres univers artistiques, ça me plaisait parce que je m'ennuyais pas. C'est une volonté de sortir et de tester des choses. Et cette question, alors là, on parle d'une interview en 2009.
Donc, ça remonte à 13 ans. Mes calculs sont très, très bons aujourd'hui. C'est une question qui revient, je trouve, aujourd'hui, mais déjà depuis quand même quelques années, sur l'évolution aussi du rap en tant que tel.
Si on prend le cas de ton dernier album, par exemple, et là, on va en parler plus en détail, mais c'est un album où évidemment, il y a du rap, mais il y a aussi d'autres choses. Et je dis ça sans jugement. Ça mêle plein d'univers différents.
Et le rap, depuis ces dernières années aussi, on l'a vu, c'est diversifié sur toutes ses formes. Quel regard est-ce que tu portes là-dessus ? Comment est-ce que tu définis même ta musique aujourd'hui ?
Est-ce que tu te considères là, sur le dernier album, comme un rappeur ? Est-ce que tu te dis non, il y a plus d'autres influences ? Est-ce que tu te poses même pas la question et tu dis en fait, on s'en fout ?
Ouais, je me pose plus du tout cette question-là. Absolument pas. Après, je sais que je viens de là.
Je viens de cette musique-là parce que j'ai fait mes armes comme ça. Donc forcément, j'ai une manière et une approche de la musique qui est très basée sur le rythme, dans la manière dont je pose ma voix. Mais après, aujourd'hui, il y a du chant.
Et puis dans mes influences, dans ce que je mets, je me dis pas que je dois correspondre à un cahier des charges rap. Mais le rap, en fait, il a suivi exactement la même, la même évolution que le rock. C'est-à-dire que le rock, au départ ou à l'intérieur du rock, tu vois, ça part d'une niche.
Et puis après, ça s'ouvre, ça s'ouvre, ça s'ouvre. Et ça fait que t'as du metal, t'as du metal. Enfin, tu vois, t'as plein.
Et le rap, c'est pareil aujourd'hui. C'est une musique qui est tellement populaire qu'il y a plein de genres, de sous-sous-genres, de sous-sous-sous-genres, quoi. Est-ce qu'il y a un dénominateur commun à tout ça ?
Tu considères, dans le rap, un truc qui fait qu'un joule, comme des sons que tu peux faire sur ton album, comme je ne sais quoi, même du rap. On parlait de la NTM tout à l'heure. Tu penses qu'il y a un dénominateur commun à tout ça ?
Je pense que l'approche, elle est différente en France et aux États-Unis. En France, le dénominateur commun, c'est que c'est une musique qui est issue des quartiers populaires, à la base. Donc après, il y a d'autres gens qui rappent, qui viennent d'un autre milieu, qui sont blancs et qui rappent, qui prennent ces codes-là et qui en font quelque chose.
Et c'est très bien. Aux États-Unis, c'est pas la même chose. C'est-à-dire que c'est quand même une musique majoritairement, même à 99%, qui est faite par des Noirs américains.
Et du coup, ça change un petit peu la donne. Donc, je ne pense pas qu'il y ait un dénominateur commun à part une origine sociale. Oui, une origine sociale qui reste encore majoritairement présente.
Mais avec des différences géographiques, on l'a compris. Si on avance, j'ai envie qu'on prenne le temps de parler de ton dernier album qui aborde un sujet majeur. On l'aura compris, c'est l'amour.
Parce que c'est le nom de l'album pour ceux qui n'ont pas suivi et qui, du coup, comprennent en cours d'un autre de quoi on parle. Et justement, pour aborder ce sujet-là, déjà, je voulais revenir sur quelque chose. Un livre qui, visiblement, t'as pas mal marqué.
Ce livre-là, c'est La vérité, un livre sur les relations qui dérangent. Ah oui, t'es sûr. Dont t'as pas mal parlé, qui s'appelle Neil Strauss, qui est un ancien journaliste du New York Times.
Un livre qui t'avait marqué sur ce sujet de l'amour. Pourquoi est-ce que t'avais parlé pour commencer ? Mais avant ce livre-là, il en avait écrit un premier qui s'appelait The Game et qui parle un petit peu des...
En gros, The Game, c'est...
Bon, Neil Strauss, c'est un journaliste du New York Times, comme tu l'as dit, qui, dans les années 90, a infiltré une communauté qu'on appelait les pick-up artistes et qui étaient des gens qui ont, quelque part, fait des études assez poussées, si on peut dire, sur la drague. Parce que c'est une communauté de geeks qui n'avaient pas trop de facilité avec les filles et qui ont voulu apprendre des techniques de psychologie, mais aussi de manipulation. C'est plein de trucs comme ça.
Et c'est absolument drôle et absolument triste, aussi. Et Neil Strauss, il a écrit un livre qui s'appelle The Game qui parle de ça. Et plus tard, là, c'est un livre qui est sorti il y a trois ans, il a écrit La Vérité, dans lequel, à l'heure des réseaux sociaux, des applications de rencontres, s'est dit comment je peux vivre l'amour aujourd'hui et quel est le couple, quelle est la place du couple dans tout ça aujourd'hui.
Et il a fait vraiment une enquête, une analyse, une enquête, où lui-même s'est mis par rapport à sa propre vie et ses problématiques, puisqu'il avait toujours des problématiques pour se mettre en couple. Il était tout le temps en train de tromper à droite, à gauche et tout. Il a cherché à comprendre pourquoi, il a fait une thérapie, tout ça.
Et en gros, il t'explore dans ce livre-là toutes les formes de relations qu'il a. Donc, il a été dans des couples libres. Après, il a été, il a eu un harem.
Enfin, il a tout, tout, tout, tout, tout expérimenté pour en revenir à la fin, à quelque chose de plus singulier et de plus simple. Et c'est un livre qui est très triste, très drôle et qui apprend beaucoup. Qui apprend beaucoup sur soi et sur la question, justement, des relations amoureuses.
Tu as fait le choix, du coup, de faire un album qui est différent de tes précédents, dans le sens où là, il y a un focus sur un sujet, une thématique, qui est donc l'amour. Donc, c'est différent de concepts ou autre chose que tu as pu faire par le passé. Toi, à titre personnel, qu'est-ce qui a fait que ce sujet tu as parlé ?
Est-ce que c'est par rapport à du vécu de ton côté ? Est-ce que c'est des questions que tu te poses ? Qu'est-ce qui t'a poussé à faire un album sur l'amour et dire ce sera ça ?
Moi, je pense que c'est le sujet principal de ma vie dans le sens où, même dans tout ce que j'ai toujours aimé, que ce soit au cinéma, dans la littérature ou même les questions existentielles qui m'habitent depuis que je suis en âge de comprendre, les relations sentimentales vraiment me fascinent parce que c'est quand même le choix de deux personnes, de vivre ensemble, de faire une micro-société à deux. C'est des questions qui sont très… Et puis l'adolescence, le fait que tu rencontres quelqu'un, ça te chamboule complètement ta vie, tu penses à cette personne-là, tu veux lui faire des dessins, lui écrire des poèmes. Enfin, tout ça, c'est quand même une force qui est très puissante.
Et donc, la question de l'amour m'a toujours obsédé. Et là, après, moi, dans ma vie personnelle, moi, je me suis marié très jeune. Je me suis marié à 20 ans.
À la vingtaine, oui. Voilà. Et en gros, il y a quatre ans, j'allais vraiment plus bien du tout.
Donc, j'ai divorcé. Et du coup, ça a fait que ça a été vraiment très, très, très important pour moi, le fait de passer par là, parce que c'est très dur. Et du coup, j'ai écrit un disque entièrement sur ça.
Et c'est une des choses que j'ai beaucoup entendues ces derniers jours, dans le cas d'interviews que tu as données ou dans le cas de même plus généralement de tes propos. Tu dis souvent que l'amour, c'est une folie qui est socialement acceptée. C'est quelque chose que tu as beaucoup dit, qui me semble assez fort.
Pourquoi est-ce que tu parles de folie quand tu parles de l'amour dans ce cas précis ? Parce qu'après, tout dépend de l'intensité qu'on en a. Tout dépend du rapport qu'on a à ça.
Mais c'est vrai que l'amour, ça fait faire des changements. Ça fait faire des choix dans sa vie qui sont assez déterminants. Par amour, on peut déménager.
Par amour, on peut changer de travail. Ou être malheureux. Ouais, on peut aussi être malheureux.
Et puis, dans les extrêmes, ça fait faire des choses qui ne sont pas cool. Et ça peut véritablement rendre fou. C'est pour ça qu'on parle d'anciennement, on disait crime passionnel.
Mais en vrai, il faut enlever le mot passionnel. C'est un crime qui est, c'est des crimes qui sont horribles dans tous les cas. Mais voilà, c'est-à-dire que c'est vraiment un sentiment qui est très, très, très, très puissant.
C'est pour ça que je dis que c'est une folie socialement acceptée. Parce que c'est vrai, ça peut faire des actes de folie. Et toi, si tu voulais donner ta définition de l'amour, ce serait quoi ?
Parce que c'est… Moi, j'ai eu pas mal de choses aussi ces derniers jours sur la question des relations amoureuses. Il y a forcément beaucoup d'ouvrages là-dessus. Notamment d'ouvrages de féministes qui posent la question des inégalités dans les couples, femmes, hommes, etc.
Et une des choses qui est souvent portée, c'est le fait qu'on parle de l'amour dans le cadre d'un couple. Mais aussi, c'est quelque chose de plus large. Bien sûr.
L'amour, forcément. Il y a l'amour que tu peux avoir pour ta fille. L'amour filial.
Oui, non, bien sûr. Même un pot. En fait, c'est quoi, ta définition de l'amour ?
Comment est-ce que tu la donnerais ? C'est dur. Ouais, c'est dur parce que moi, en plus, j'ai pas de formule toute faite sur ça.
Et forcément, j'ai fait un disque sur ça. Mais ta fille a donné une définition, il me semble, de… Ouais, elle dit, c'est de s'aimer, de ne pas se séparer. Elle dit quelque chose comme ça.
Je sais pas. L'amour, c'est… Ouais, c'est… C'est forcément… Je vais forcément avoir des réponses creuses ou qui vont sonner phrases Facebook. Mais c'est… Ouais, c'est un mystère.
C'est pour moi, c'est… C'est le mystère. C'est l'oxygène de… De l'âme. Enfin, je peux… Je peux dire plein de choses, mais j'arriverai jamais à définir quelque chose d'aussi puissant.
Et… Et t'as l'impression que la musique peut t'aider à le faire ? Parce que c'est forcément une définition, c'est de dire à donner. Et en même temps, t'as fait un album entier sur… Bah, sur le sujet.
Mais si. Ouais, si. Ça parle que de ça.
Je pense que là, la musique t'a permis d'illustrer certaines choses, certains questionnements. Ouais. Ouais.
La musique, elle m'a permis d'en parler. Et surtout, elle… C'est vraiment… Je suis béni d'avoir ça, mais de… De pouvoir… Mettre des couleurs, des mots et de la musique sur des émotions et des sentiments, quoi. C'est… C'est quelque chose de particulier.
On peut le faire en littérature aussi. Ouais. Mais la musique, il y a quelque chose de particulier.
Et… Et… Parfois, sans même écouter les paroles, le simple mood… Exactement. Juste des accords tristes, majeurs ou mineurs, ça… Ça envoie déjà à quelque chose. Ouais.
Et sur ces sons… Alors, moi, j'ai eu beaucoup de coups de cœur dans ce dernier album, mais… Il y a eu forcément aussi ton son avec… Avec Damso, qui… Aujourd'hui, j'ai regardé tout à l'heure, et le son le plus écouté en ce moment sur… Spotify en France. C'est quand même énorme. Ouais.
Franchement, et c'est… C'est assez fou. On en parlait avant de commencer l'interview, mais… Comment est-ce que tu expliques le succès de ce son avec Damso ? Au-delà, évidemment, d'un feat avec Damso qui fait que ça peut attirer… Bien sûr.
C'est un boost de dingue. C'est un son qui est tellement expérimental, qui est… Tout point de vue expérimental, parce qu'il y a des changements de rythme, il y a quelque chose à la fin qui ressemble à un refrain qui est très dansant, mais avant ça, c'est complètement autre chose. Comment tu expliques le succès de ce son aujourd'hui ?
Je ne l'explique pas. Non, non, je ne l'explique pas. Après, quand je vois les gens… Maintenant, on a accès à tout.
Donc, on voit sur TikTok les parties qui sont reprises et tout ça. Je crois que le moment où je dis « ouais, mais moi, je suis heureux », il n'y a pas de métaphore, il n'y a rien. C'est vraiment… Enfin, il n'y a pas de sens caché dans « ouais, mais moi, je suis heureux », mais je le dis tellement de manière sincère.
Parce qu'au moment où je le dis et au moment où je suis en studio, je suis heureux. Ben, c'est la puissance de la musique, quoi. Les gens le ressentent.
La mélodie fait que ça passe bien. La musique de Lucas V, à ce moment-là, elle est parfaite. Et puis après, la phrase plus tard « je ne serai plus jamais en hess », ben voilà, ça fait que c'est des espèces de gimmicks qu'ils rencontrent à un moment donné dans un alignement de ce que les gens vivent, de la psychosphère.
Ça marche et ça fait que… C'est peut-être d'ailleurs, paradoxalement, ce qui a fait connaître ta musique, c'est que… C'est vrai que j'étais étonné de voir des boucles de la fin de cette chanson-là sur TikTok beaucoup. Paradoxalement, alors que le son est très expérimental et on a un truc d'un point de vue artistique qui est quand même, enfin moi, que j'ai vraiment adoré. Finalement, la musique, cette musique-là émerge au grand public via quelque chose d'assez simple avec des grosses guillemets.
Bien sûr. À savoir une boucle TikTok de toi qui chantes pendant 10 secondes, qui dit que t'es heureux et qui fait connaître le son, quoi. C'est ça.
Ouais, c'est… Les gens, ils ont pris l'essence de ce morceau-là à ce moment-là et ils ont approprié ce truc-là et c'est cool. Et ça, tu penses qu'en tant qu'artiste, t'y penses aujourd'hui ou c'est quelque chose qui, au final, vient et tant mieux, mais tu… Enfin, je veux dire, tu le réfléchis, tu le construis ce genre de choses ou tu le… T'y penses pas aujourd'hui ? En fait, dans tous les albums que j'ai faits, j'y ai déjà pensé, surtout que j'ai déjà eu d'autres titres qui marchaient bien, pas autant que celui-là, à part je pète les plans à l'époque.
Mais donc, c'est pas comme si je savais pas du tout, tu vois, je sais. Mais souvent, quand tu convoques ces questions-là au moment de la création, c'est jamais bon. En tout cas, pour moi, c'est jamais bon parce que j'ai l'impression que le public le ressent.
Et c'est justement parce que là, on n'a pas calculé ces choses-là que ça a fonctionné. Ça prend et que ça fonctionne. Et sur ce sujet-là, tu parles, on le disait tout à l'heure, le livre qu'on évoquait là, on parle aussi des réseaux sociaux, de l'impact des réseaux sociaux sur l'amour aussi.
Toi, forcément, t'as connu une jeunesse sans les réseaux… Enfin, sans Tinder ou sans… Ah ouais, il y avait pas ça, ouais. T'as vu un peu l'évolution de tout ça. C'est pas le cas d'un jeune qui a 18 ans aujourd'hui, par exemple, qui a grandi quand même beaucoup plus avec ça.
Tu portes quel regard sur un Tinder, sur des applis de rencontres aujourd'hui dans l'évolution comme ça des rapports amoureux ? C'est compliqué parce que déjà, j'ai l'âge que j'ai, donc j'ai forcément un regard qui va forcément être décalé et même sûrement un petit peu vieux parce que c'est pas mes habitudes, c'est pas ma manière de faire, même si je le comprends très bien. Et puis moi, j'ai lu un bouquin qui s'appelle « Éloge de l'amour » de Badiou, un philosophe.
Et du coup, il parle de ça, il parle du fait que malheureusement, dans les applications de rencontres, déjà avec tout ce qui est les algorithmes et tout ça, on dit que c'est du hasard, mais c'est pas du tout du hasard. Parce qu'en fonction de l'algorithme que tu as, du succès que tu as, donc de ta photogénie, comment tu passes, tu vas avoir plus de succès, donc on va te mettre avec des gens qui ont aussi plus de succès. Et il y a tout ce côté-là qui fait que ce n'est pas tout à fait naturel.
Et tu dis dans un sens, je crois qu'il s'appelle « dispo », tu dis « t'es pas celle que je veux, mais t'es celle qui était dispo ». Et dans le couple et d'après, je dis « je suis pas si que tu veux, mais j'étais dispo ». Donc, c'est ce côté de rencontre par le biais.
Ouais, bah de ouais, t'es un peu supermarché quoi. Mais en même temps, il y a des contre-exemples et des gens qui se sont rencontrés grâce à ces applications et qui s'aiment et qui ont réussi. Donc, ça fonctionne aussi dans l'autre sens.
Mais ça peut perdre de sa romance, on va dire, parce qu'il y a un côté beaucoup plus forcément algorithmique plus que le naturel d'une rencontre. Oui, et puis il y a un côté aussi quand tu t'inscris, bah tu coches les films que t'aimes bien, tu coches tes centres d'intérêt et tout. Et du coup, bah la personne, elle ne découvre pas ça.
Parce qu'elle l'a déjà vu. Mais en même temps, c'est ce qui fait que tu te rends intéressant. En fait, c'est juste un autre rapport aux interactions dans le cadre des rencontres.
Sur ces nouvelles albums, il y a forcément là, du coup, une tournée, vu que tu as posé sur Insta hier ou récemment avec les différentes dates qui arrivent. Tu as eu aussi un concert au Trianon. C'était le 16 mars dernier.
Les plats ont été vendus très, très rapidement. Il me semble qu'en plus, le concert était avant la sortie de l'album. Ouais, ouais.
Donc, c'est forcément quelque chose d'osé et pas évident. Enfin, moi, j'ai vu Stromay en concert, là, il y a quelques jours, avant du coup, avec ce concert test à la Cormantel, avant qu'il sorte son album. C'est un défi, j'imagine, de faire un live avec des sons que les gens ne connaissent pas, quoi.
Ouais, mais ça montre que mon rapport, il a changé. Parce qu'avant, en rap, c'est quelque chose que tu ne fais pas trop. Parce qu'en rap, tu as toujours, tu es un MC, tu es un maître de cérémonie, ça vient de là.
Et du coup, tu dois prendre le micro et faire en sorte que la foule kiffe, quoi. Mais là, j'ai un autre rapport. C'est-à-dire que j'ai écrit des chansons.
Pour moi, il y a certaines chansons, c'est juste de la pop. Donc, du coup, même si les gens ne connaissent pas, j'ai confiance dans la puissance mélodique du morceau et tout l'arsenal artistique qu'on a mis derrière pour faire en sorte que les gens captent et se mettent à danser directement. Pas directement, mais au bout du deuxième couplet, du deuxième refrain.
Et sur trois, quatre morceaux, ça l'a fait. Donc, du coup, j'étais bien content. Et puis, il y a aussi que j'ai quand même toutes ces années de carrière derrière.
Donc, forcément, quand je mets en place un concert, il y a des gens qui sont intéressés, quoi. C'est ce qui peut se faire, quoi. Et justement, sur ce concert-là, il me semble que tu disais dans l'interview avec Minimizey que près de 70% des places qui ont été achetées par des gens qui ont entre 18 et 25 ans.
Il y a une forme de surprise aussi là-dessus. Déjà, est-ce que tu arrives à l'expliquer ? C'est la première question.
J'ai demandé depuis, donc on m'a un peu expliqué. Je pense que Pacific, qui est un disque qui est sorti il y a trois, quatre ans ou quatre, cinq ans plus tôt, et qui a mis du temps à fonctionner, mais à fonctionner, je pense qu'il a marqué pas mal de gens. J'ai fait le disque d'or quand même sur ce disque-là.
Donc, les gens qui avaient peut-être 15, 16, 17, 18 à l'époque, qui se sont pris ce disque-là, ont aujourd'hui entre 21, 22, 23. Donc, du coup, ils apprécient. En plus, le disque que j'ai sorti, L'Amour, s'inscrit un petit peu dans la continuité de Pacific.
Donc, c'est peut-être ça qui a fait ça. Et aussi parce que le travail de Lucas V, la musique de Lucas V avec qui j'ai fait tout l'album, qui lui a 24 ans. Casino était déjà sorti notamment.
Casino était déjà sorti et tout. Moi, j'étais juste étonné de voir que dans Casino, je raconte mes problématiques d'adulte et mes névroses de mec triste parce qu'il est en rupture, et que ça touche des gens qui ont 18, 25 ans. Mais entre 18 et 25 ans, tu peux aussi vivre des ruptures.
Tu peux aussi être touché par tout ça. Et ça se trouve même plus parce que tu as cet âge-là, justement. Ouais, je pense qu'il y a aussi le côté grand frère qui peut être présent.
C'est là où, enfin, après, c'est mon analyse qui vaut rien du tout, mais juste ce qui vaut quelqu'un qui écoute de la musique. Mais j'ai l'impression aussi qu'en réalité, justement, tu vois, toi, tu parles de certaines problématiques qui peut-être touchent davantage ta génération que les plus jeunes, qu'un lycéen qui va t'écouter. Et en même temps, tu as du coup aussi ce côté grand frère et c'est ce qui fait que j'ai l'impression qu'il n'y a pas forcément besoin de parler de problématiques de lycéens dans tes sons pour parler à des lycéens.
Il y a un truc aussi qui est différent de se dire, lui, en fait, il y a un côté transgénérationnel ou en tout cas d'échange. En fait, lui, ça pourrait être mon grand frère ou quelqu'un de ma famille. Et il me raconte des choses et ça me parle parce que je sais que tôt ou tard… Peut-être qu'il y a cet angle-là aussi, ouais, peut-être.
Très intéressant. Et pour terminer là-dessus, sur cet album-là et au-delà de ça, tu as récemment créé ton propre label. J'ai l'impression que c'est un passage que veulent faire beaucoup d'artistes, des rappeurs, mais pas que.
L'idée est d'avoir une forme d'indépendance à tous points de vue. Comment est-ce que toi, tu as conçu tout ça pour faire ton label récemment ? Déjà, je ne l'ai pas fait tout seul.
Je l'ai fait en premier lieu avec mon manager et mon associé qui s'appelle Germain. Et je n'aurais jamais pu faire ça sans lui parce que même si moi, je suis artiste et que je connais l'industrie du disque depuis longtemps et tout, l'industrie, elle a des règles. Et voilà, il faut comprendre.
Enfin, tu vois, c'est de la vente de disques, c'est de la production, c'est un avis artistique. C'est pour ça aussi que j'ai un directeur artistique qui s'appelle Jules, qui est très, très fort, qui a une culture musicale très large et qui, en plus, est assez spécialisé dans une nouvelle manière, une nouvelle génération qui est en train de faire une musique qui est vraiment très, très, très, très puissante. Donc, voilà, c'est déjà, c'est savoir s'entourer pour faire un label.
Et moi, je voulais le faire parce que je pensais que ce n'était pas possible, parce que j'ai beaucoup subi cette industrie. C'est une industrie, une industrie de toute façon en général assez compliquée. Il y a des règles et voilà, c'est une industrie.
C'est une industrie, donc il y a de la rentabilité, il y a tout ça. Et quand tu es artiste et que tu es sensible, il faut se battre avec tous ces codes-là et c'est compliqué. Et moi, j'ai beaucoup souffert du fait qu'à chaque fois, il fallait que je me batte pour imposer mes idées artistiques, qu'on comprenne ou la manière de me parler de tout ça et tout.
C'était compliqué. Et du coup, j'ai en gros, j'ai créé le label dans lequel j'aurais aimé être à 20 ans pour pouvoir faire bénéficier cet état d'esprit-là, de faire très attention à l'artistique, de ne pas mettre des turbulences dans le processus artistique et aussi de donner des éclairages sur une industrie, parce que c'est une industrie et d'expliquer comment elle fonctionne. Parce que tu ne peux pas en faire complètement abstraction et dire je suis juste artiste, donc tout le reste est le milieu.
Ou sinon, tu vas dans ton coin, tu n'exposes pas. Et ce qui est possible, tu ne joues pas du tout le jeu. Et j'ai beaucoup de respect pour les gens qui sont aussi dans cet état d'esprit-là et qui sont juste dans l'art pur, pur, pur, pur.
Mais voilà quoi, il faut bien vivre. Est-ce que ça ne vient pas, enfin, est-ce que ce n'est pas plus facile d'arriver à ce stade-là une fois que tu t'es fait un nom et une fois que tu as pu t'installer dans un milieu aussi ? Enfin, on a vu pas mal d'artistes qui, au final, ont émergé, ont explosé avec quelque chose et qui, après, ils se disent, mais même Damso, d'ailleurs.
Enfin, je ne sais pas si lui le verrait comme ça, mais clairement, forcément, entre ce qu'il a fait connaître et son album, par exemple, il a tenté autre chose, il a voulu faire autre chose. Ça se ressent très bien et on peut imaginer que c'est dit bah, en fait, je veux faire ça et aujourd'hui, j'ai les moyens de le faire. Bien sûr, ouais, il faut avoir une certaine expertise, une certaine confiance en soi pour pouvoir arriver à faire exactement ce qu'on veut.
Mais ouais, au départ, quand tu commences, l'industrie, c'est compliqué, quoi. C'est dur, c'est dur. On a eu l'occasion de revenir aussi sur ton parcours.
Aujourd'hui, on aurait pu parler pendant des heures. Ouais, avec plaisir. Ça fait déjà longtemps qu'on discute.
Ah ouais, ça fait combien de temps, là ? Ça fait 35, un bon trentaine de minutes, je crois. Ok.
Une bonne trentaine de minutes. Ok, ok. Sur la suite de tout ça, on l'a dit, l'amour, c'était du coup un album sur l'amour avec un thème que tu as porté comme ça.
Déjà, quel jour était le retour, toi, que tu as eu suite à la sortie de l'album ? Ouais, c'est quelque chose. Ouais, franchement, ça me fait vraiment, vraiment plaisir.
Moi, c'est… Je ne sais pas, c'est… Moi, je suis un peu KO dans le bon sens de tout ce qui se passe parce que, bon, là, les gens, ils voient l'album, il est sorti et tout, mais moi, ça fait quatre ans que je travaille dessus et je suis vraiment allé dans quelque chose… Je parlais de folie tout à l'heure. Je pense que c'est assez proche de la folie parce que c'est une obsession. C'est comme un peintre qui veut finir sa toile ou un sculpteur qui veut arriver vraiment à sa forme comme il l'a imaginé.
Et tous les jours, tu travailles, tu travailles, tu travailles dessus. Moi, tous les jours, pendant quatre ans avec Lucas, j'écoutais le disque trois fois par jour et on changeait les détails et on cherchait les paroles. Je ne sais pas combien de versions, je ne sais pas combien de titres.
Et ça, c'est que pour faire la musique. Après, il y a tout le travail sur l'artware qu'on a fait avec Régula où on a cherché pendant longtemps. Et puis, il y a le mix en même temps.
Enfin, c'est un énorme, énorme travail. Et après, il y a la sortie du disque, il y a le marketing, il y a tout ça. Et à chaque fois, c'est pousser l'excellence et l'exigence jusqu'au bout du bout du bout du bout du bout du bout.
Et toi, tu es quel genre d'artiste quand tu fais un album comme L'Amour ici ? On comprend que tu as beaucoup travaillé dessus, mais est-ce que tu es du genre à faire, à avoir un rythme où tu fais n'importe quoi, mais tu fais un son par jour et en fait, tu bourrine, voire plus que ça et tu en fais dans tous les sens. Après, tu en gardes, enfin, tu en gardes de quoi en faire un album et là, tu les affines.
Ou est-ce que chaque son, dès le début, en fait, tu en fais peu, mais tu sais que chaque son va avoir sa place dedans ? Non. Au départ, j'en ai fait plein.
C'est-à-dire que j'ai sorti plein, plein, plein, plein de matières, surtout sur un sujet comme ça où vraiment. Et donc, du coup, tu te rends compte que tu fais 20 morceaux sur la rupture, avec des petites différences et tout ça, parce que j'étais en train de vivre ça. Donc, forcément, j'étais très inspiré.
Et après, tu choisis le meilleur, tu choisis le nectar du nectar, tu choisis et t'affines et tu prends un bout là. Ah, ce bout-là, il était bien dans ce morceau-là, donc tu le mets dans ce morceau-là, mais du coup, ça ne va pas trop bien ensemble. Donc, tu dois retrouver une musique qui, enfin, c'est vraiment un travail, un travail de, ouais, c'était...
Et quand tu parles d'un sujet comme l'amour, par exemple, tu te...
Bon, forcément, il y a une expression personnelle de ce qui ressort, du fait qu'on vécu, du fait de tout ça, mais ta volonté, c'est quoi ? C'est de raconter, toi, ce que tu vis, c'est d'aller essayer aussi de faire passer des messages. Justement, on parlait du côté grand frère tout à l'heure.
Est-ce que tu as aussi cette volonté-là ou est-ce que juste ça vient spontanément et ça ressort ? Absolument pas la volonté de grand frère ou de messages et tout, absolument pas. J'ai une approche un peu comme la soul-musique où c'est juste une authenticité de ce que tu vis, la justesse d'un sentiment, tu ressens, mais aussi, c'était pas que ma vie.
Moi, je m'inspirais de...
Tout le monde parle de relations, tout le monde se pose la question. À un moment, quand t'es jeune, quand t'as 15 ans, tu veux juste coucher, tu cherches, tu cherches, tu vois, il y a plein de...
Puis après, quand t'es plus grand, un petit peu plus grand, tu cherches l'élu de ton cœur parce que t'es aussi, entre guillemets, endoctriné par toute cette puissance romantique qu'on te montre à travers les films, à travers le modèle de tes parents que t'as eu ou pas eu et tout, tu vois. Donc, t'es aussi en recherche de ça. Et du coup, je discutais avec les gens et je voyais que la rupture, c'est...
Ça fait mal, mais est-ce que ça fait plus mal à celui qui rompt ou à celui qui est quitté ? Donc, ça, déjà, c'est un questionnement. Et voilà, tout ça, ça a nourri tout le travail qu'on a fait sur l'amour.
C'est vrai qu'on voit que c'est un sujet...
Enfin, c'est fascinant la façon dont tu le décris parce qu'on voit que c'est un sujet qui est infini en termes de possibilités. Rien que toi, dans ta vie, chacun d'entre nous, on le vit de façon, entre les premiers trucs au collège, genre, je ne sais pas, tu peux imaginer forcément quand on aura 60 piges ou je ne sais pas, forcément, les questions ne sont pas les mêmes, selon nos milieux, selon tout, enfin bref. Mais ce qui est sûr, c'est que ça...
Ce qui est puissant dans l'amour, c'est que tu sois...
Même enfant, à l'âge enfant où tu commences à avoir les balbutiements, de juste trouver quelqu'un de beau, d'être attiré par lui et tout. Enfin, quand tu es adolescent, plutôt. Bah, du coup, c'est...
Tu ressens des choses, quoi. Ça te fait mal au cœur d'être exclu ou de ne pas être aimé, juste t'écris un mot, t'es en classe, je ne sais pas, veux-tu sortir avec moi avec une case oui et une case non ? Tu reçois un nom, t'es triste, tu vois.
C'est...
Le fameux mot qui se passait au collège. Ouais, après, c'est plus grand, c'est pareil, t'es sur une application, tu matches sur quelqu'un, la personne ne matche pas sur toi, c'est l'équivalent de quand t'étais plus jeune, quoi. Ouais, et avec souvent, du coup, aussi une part d'incompréhension, là où c'est...
J'ai l'impression que c'est le mystère de l'amour en soi, c'est que tu passes ton temps toi-même à te poser des questions et te dire, mais est-ce que ça, c'est normal, pas normal ? Est-ce qu'il y a quelque chose de normal même dans l'amour et dans ce qu'on peut sentir ? Non, ouais, normalité, ouais, ça n'a rien à voir avec l'amour.
En tout cas, c'est des questions qui sont bien présentes. Merci beaucoup, en tout cas. Merci beaucoup, Hugo.
C'est d'avoir pu échanger et d'avoir accepté de bien discuter. Non, c'est cool, moi, je suis content. Viens, si t'as plu ?
Ouais, ouais, c'était cool. Franchement, grave, grave sympa. Et puis, du coup, j'invite tous ceux qui n'ont pas encore écouté ton album à le faire dès maintenant.
Ça s'appelle L'amour, vous l'aurez compris. Et c'est, vous tapez 10-6 si vous voulez, ou alors vous allez acheter l'album, c'est possible aussi. Ou le vinil aussi, qui est du coup bien installé maintenant.
Ouais, il est beau, le vinil. Il est bien là. C'est vrai, c'est régulard.
J'aime beaucoup le… C'est régulard, il est trop chaud. Très, très fort. Ouais, qui bosse avec pas mal d'artistes en France.
Il est trop fort. Très, très chaud. Donc, franchement, bravo encore pour l'album qui est incroyable et très hâte de voir la suite.
C'était super en tout cas de pouvoir échanger ensemble. Merci beaucoup.
Thierry Mariani