Manon Aubry : « Après Sébastien Lecornu, Emmanuel Macron se nommera lui-même Premier ministre »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Bonjour Manon Brie. Bonjour. Merci d'être notre invitée. Vous êtes députée européenne, membre de la France Insoumise. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de West to France. Bonjour Stéphane.
Bonjour Ariane. Manon Brie, bonjour.
Bonjour. On va commencer en parlant bien sûr de cette grande journée de mobilisation aujourd'hui qui s'annonce très suivie. Votre objectif, c'est de mettre la pression sur Sébastien Lecornu ?
Notre objectif, c'est de mettre la pression sur Sébastien Lecornu et on ne va pas se raconter d'histoire aussi sur Emmanuel Macron puisque c'est Emmanuel Macron lui-même qui a nommé un de ses derniers fidèles, une sorte de clone à Matignon avec Sébastien Lecornu pour poursuivre sa politique. Emmanuel Macron n'a toujours pas compris que tant à l'Assemblée nationale que dans la rue, que de la part des syndicats, ce qu'on attend c'est une rupture avec la politique macroniste. Ce qu'on attend c'est de ne pas subir un budget austéritaire, celui présenté par François Bayrou dont a priori celui présenté par Lecornu s'inscrira dans la continuité. C'est des sacrifices sociaux terribles.
Je veux dire, quand vous faites une année blanche, c'est concrètement des foyers qui ne payaient pas l'impôt qui vont le payer. Concrètement, c'est des prestations sociales qui ne vont pas augmenter à la hauteur de l'inflation. C'est concrètement quand vous avez l'augmentation des franchises médicales, quand vous allez chez le médecin, quand vous allez à la pharmacie payer plus cher vos médicaments, vos consultations médicales. C'est des choses très concrètes dans la vie des gens. Et oui, on refuse que l'écrasante majorité de la population paye les cadeaux fiscaux qui ont été faits ces dernières années au plus riche de notre pays.
– La rupture dont vous parlez, elle peut se faire avec Emmanuel Macron qui reste à l'Elysée et un Sébastien Lecornu qui aurait une marge de malheur pour changer. Ou il peut continuer à demander la démission du président de la République ?
– Je ne vois pas, honnêtement, je pense qu'après cette année assez chaotique qu'on vient de vivre politiquement, tout le monde comprend assez aisément que le problème vient de l'Elysée et vient d'Emmanuel Macron lui-même.
– Donc ce que vous demandez, c'est la démission du président de la République ?
– Oui, on demande son départ, que ce soit via une démission ou via une procédure de destitution que nous avons initiée à l'Assemblée nationale.
– Et qu'il y a peu de chances d'aboutir à l'heure actuelle ?
– Écoutez, on nous avait dit qu'il y avait peu de chances que François Bayrou parte dès le début du mois de septembre, il est parti dès le début du mois de septembre. La motion de destitution, quand on l'a déposé une première fois l'an dernier, on avait 71 signatures, là on l'a redéposé il y a une semaine et elle a 104 signatures. Au fur et à mesure que les coups de force antidémocratiques d'Emmanuel Macron se multiplient, son opposition grandit et en particulier son opposition d'un point de vue aussi purement démocratique.
Parce que je veux dire par là, qu'on soit d'accord ou pas avec les positions de la France insoumise, j'entends d'autres personnalités politiques, Valérie Pécret, Jean-François Copé, pour ne citer qu'eux, qui ne sont pas de mon bord politique et qui disent la même chose. En fait, on ne pourra pas tenir comme ça deux ans, il faut qu'Emmanuel Macron s'en aille pour remettre en quelque sorte les compteurs à zéro.
Donc la journée d'aujourd'hui, elle vit surtout Emmanuel Macron ?
Je veux dire, ce n'est pas moi qui donne les mots d'ordre de la journée d'aujourd'hui, mais quand j'étais présente dans la manifestation jeudi dernier, mercredi dernier, le 10 septembre, en vrai, il y avait quand même une pancarte sur deux où était inscrit le nom d'Emmanuel Macron. Parce que tout le monde a compris que dans la Ve République, celui qui détient tout le pouvoir, et c'est d'ailleurs un des problèmes à mon sens, qui mérite une réforme institutionnelle en profondeur pour aller vers une VIème République davantage parlementaire, mais tout le monde a bien compris que le problème se trouve à l'Élysée et que c'est Emmanuel Macron lui-même, et qu'il parte.
Et d'ailleurs, c'est un des slogans de la manifestation aujourd'hui, blocage, Macron dégage. Voilà, c'est les termes qui sont utilisés par les manifestants.
Il y a des inquiétudes de la part des autorités du ministère de l'Intérieur sur des violences et des casseurs qui pourraient venir dans ces mobilisations. Ce matin, Bruno Retailleau s'est exprimé très tôt, il parlait de 5, 6, 7, 8 000 casseurs qui pourraient venir dans les différentes mobilisations. Devant l'ultra-gauche, le casseur, nous serons là, dit le ministre de l'Intérieur. Qu'est-ce que vous dites de ça ?
– Je dis qu'on a un ministre de l'Intérieur qui est finalement un ministre du désordre de l'Intérieur parce qu'il ne cesse de multiplier les provocations, c'est déjà ce qu'il avait fait la semaine dernière.
– Dire qu'il va y avoir des casseurs, c'est une provocation ?
– Écoutez, il a multiplié les propos, par ailleurs en nous visant, nous directement, élus de la France Insoumise, alors que comme chacun le sait, nous sommes des partisans des actions non-violentes, on ne cesse de le répéter, Jean-Luc Mélenchon l'a répété aussi, hier soir, en étant très clair. Et oui, Bruno Rotaillot se livre à une forme de provocation, en ne cessant de prendre la parole pour dire, va y avoir de la casse, va y avoir de la casse. Je veux dire, la semaine dernière, la seule casse qu'il y a eu, ce sont des gaz lacrymaux qui ont notamment provoqué un incendie à Châtelet. c'est un manifestant qui a eu une commotion cérébrale à cause des jets ultra-puissants au dos.
Je veux dire, dans aucun autre pays d'Europe, des manifestations se traduisent par autant de blessés de la part du côté des manifestants. Donc oui, Bruno Rotaillot, multiplier les provocations, moi ce que je souhaite, c'est qu'on ne réponde pas à ces provocations. Je souhaite que ces manifestations soient le plus massives, le plus joyeuses et les plus pacifiques possibles. C'est la meilleure réponse que l'on puisse apporter à Bruno Rotaillot, qui n'a qu'une seule envie, c'est qu'il y ait de la casse pour pouvoir surfer sur ces braises-là. Et moi, ce que j'ai vu la semaine dernière, c'était beaucoup de détermination, beaucoup de jeunes aussi.
J'étais surprise de voir autant de jeunes dans ces manifestations. Et j'espère, ce qu'on peut voir là, d'ores et déjà ce matin, c'est que les mobilisations vont être encore plus importantes, encore plus déterminées. Et c'est beau à voir qu'il y a une forme d'espoir qui se recrée dans le pays.
Et pendant ça, Sébastien Lecornu consulte les oppositions. Hier, toutes les forces de gauche étaient à Matignon, sauf la France insoumise. Est-ce que la politique de la chasse-vite, c'est une politique responsable ?
Écoutez, la première question qui nous est posée, c'est est-ce que Sébastien Lecornu est légitime pour être Premier ministre ? Nous, nous posons une première condition, c'est qu'il y a un vote de confiance à l'Assemblée nationale. On a reproché beaucoup de choses à François Bayrou, mais il a fait au moins une chose de bien, c'est qu'il a demandé tardivement, certes, un vote de confiance à l'Assemblée nationale.
Ça ne lui a pas tellement réussi en même temps.
Ça ne lui a pas réussi, mais je pense que dans une démocratie, c'est sain de savoir si vous êtes en capacité de gouverner face à l'Assemblée nationale et face au Sénat.
Mais juste pourquoi ne pas aller discuter avec Sébastien Lecornu ?
Mais à quoi bon en réalité ? Vous avez un Premier ministre qui n'a aucune légitimité et dont on sait très bien qu'il est là pour appliquer la politique macroniste ?
Il a parlé de rupture. Son premier mot, c'était le mot de rupture.
Rupture en allant pour premier rendez-vous qu'il a fait, il a pris rendez-vous avec Nicolas Sarkozy. Donc en termes de rupture, on y repassera. Ça, c'est pour la méthode. Et sur le fond, mis à part la suppression des deux jours fériés...
Il a aussi consulté François Hollande, il a consulté la présidente de l'Assemblée nationale. Il a reçu les syndicats avant même de recevoir les oppositions.
Les socialistes qui sont sortis hier du rendez-vous ont dit qu'il n'y a rien à en tirer. Et les socialistes se sont fait piéger la dernière fois. On leur avait promis la carotte du conclave sur les retraites. Qu'est-ce qu'il est sorti de ce conclave sur les retraites ? Rien. Absolument rien. À aucun moment, cette réforme des retraites dont pourtant l'opposition est unanime tant à l'Assemblée nationale que par les syndicats, que dans la rue, que dans la population française, il n'est rien ressorti. Donc vous voyez, moi j'ai passé l'âge de croire au Père Noël. Désolée, j'espère qu'il n'y a pas d'enfants qui nous regardent. Votre conviction est faite.
Il n'y a rien à négocier avec Sébastien Lecornu. Je veux dire, il n'y a rien à négocier. Donc ce n'est même pas la peine d'aller le voir.
Il nomme un Premier ministre dont le premier point de sa trajectoire politique est d'avoir été ministre de l'ensemble des gouvernements d'Emmanuel Macron. C'est le seul qui est dans cette position. On ne va pas se raconter d'histoire. Sébastien Lecornu, c'est le dernier fusible. Après Sébastien Lecornu, Emmanuel Macron va se nommer lui-même à Matignon. Parce qu'il n'a plus personne pour aller le représenter, pour continuer sa politique parce que sa politique, elle est détestée. Est-ce que ça veut dire
que socialistes, écologistes, communistes ont eu tort de se rendre à Matignon ?
Je pense qu'ils ont eu tort. D'ailleurs, j'observe que quand ils sortent de ces rendez-vous, ils disent que ça n'a pas servi à grand-chose. Voilà, après on a des stratégies différentes.
Mais ils disent que c'est républicain. Un Premier ministre vient d'être nommé. C'est républicain d'aller discuter avec lui.
Ce qui est républicain, c'est de suivre les règles républicaines. Et dans une démocratie, la moindre des choses, c'est de demander un vote de confiance. S'il y avait eu un vote de confiance, que ce vote de confiance avait été passé et s'il y avait eu des rendez-vous qui avaient été faits par la suite, on ne s'y serait rendu. Mais alors déjà, il n'y a pas de gouvernement et le Parlement ne s'y a pas. Demander d'avancer la date de la session parlementaire, c'est tout à fait faisable. Et ça fait partie des choses que nous… Il peut nommer son gouvernement là dans les heures qui suivent. Il n'y a pas besoin de trois semaines pour nommer un gouvernement.
D'autant plus que scoop, il y aura probablement Gérald Darmanin, il y aura probablement Bruno Rotaillot. Bref, les mêmes, on recommence. Il ne se donne même plus la peine de faire un espèce de petit jeu de chaise musicale où symboliquement, on change ton portefeuille. À la fin, c'est vraiment on prend les mêmes et on recommence. Tout le monde a bien compris. Je veux dire, je crois que je ne vous ai pas révélé un gros scoop ce matin. J'aurais bien voulu, mais malheureusement, ce n'est pas le cas. Donc, avec ce gouvernement qui sera plus ou moins le même, on pourrait commencer la session parlementaire dès la semaine prochaine. En tout cas, en ce qui nous concerne, nos élus insoumis sont prêts.
Alors, ce que vous disiez, vous avez une confiance que probablement, très probablement, vous n'obtiendrez pas. Donc, il y aura dépôt d'une censure spontanée. Vous avez l'intention de faire tomber le gouvernement à peine installé.
Oui, pour une simple et bonne raison. C'est que ce gouvernement n'a aucune légitimité démocratique et populaire. On est en train de s'habituer à une forme de fait du prince où le président de la République nomme qui il veut, issu de groupes minoritaires, comme si c'était absolument normal. Je veux dire, à l'époque des premiers gouvernements macronistes, à l'époque, au début du premier quinquennat, Emmanuel Macron, ça nous paraît à une éternité, il y avait des votes de confiance. Nous, on votait contre. On était minoritaires dans l'Assemblée. Et puis, la suite venait assez logiquement avec un gouvernement, Édouard Philippe, qui gouvernait, etc.
Donc, là, on est dans une Assemblée nationale qui est difficile à manœuvrer. C'est pour ça que je pense qu'à terme, la seule voie qui est possible, c'est une nouvelle élection présidentielle parce que je ne vois pas comment on va réussir à gouverner cette Assemblée dans les deux années qui viennent et deux ans, c'est long.
– Cette nouvelle élection présidentielle, il n'est pas question d'essayer de l'obtenir après le vote d'un budget. Le fait que… Est-ce que le fait que la France soit privée de budget à nouveau en ce début d'année 2026, ce n'est pas un problème pour le pays, pour son économie ?
– Écoutez, s'il n'y a pas de vote de budget, je vais vous dire que c'est même moins pire que ce que nous propose ou ce que nous proposait le gouvernement Bayrou et qu'on va nous proposer de manière assez similaire. Pour la simple et bonne raison que d'un point de vue juridique, s'il n'y a pas de budget adopté, alors on prolonge le budget actuel pour l'année 2025, on le prolonge moins par mois pour l'année 2026. – En laissant courir
les déficits en fait.
– Pourquoi je vous dis que c'est moins pire ? C'est moins pire parce qu'on n'aura pas les deux jours travaillés supplémentaires, on n'aura pas… – Ça, le Premier ministre qui a remoncé. – Certes, mais on n'aura pas tout le reste qu'il y a dans le budget, par exemple la hausse des franchises médicales, l'année blanche, donc ça nous permet de nous protéger de ça.
– Mais on n'aura pas l'économie non plus par rapport aux déficits.
– Et ensuite, dès qu'un nouveau gouvernement se réformer, s'il y a une nouvelle élection présidentielle, il fera ce qu'on appelle un budget rectificatif qui permettra, lui, de reprendre la main.
Et oui, la question des déficits, même si elle est largement annuancée pour tout un tas de raisons, notamment parce qu'aujourd'hui, à chaque fois qu'on délivre un titre de dette, on a trois acheteurs, qu'on reste à des taux d'intérêt qui sont inférieurs aux années 2000, mais sans entrer dans les détails, oui, il y a un sujet quand même à traiter sur les déficits qui, de notre point de vue, le premier sujet à traiter, c'est le sujet des recettes fiscales qui n'ont cessé de baisser depuis qu'Emmanuel Macron est au pouvoir.
Mais j'en arrive à la question initiale de comment régler ça, oui, avec une élection présidentielle, le plus rapidement possible, mais qui permettra de repartir d'une feuille blanche, d'avoir un débat politique, projet contre projet, ce n'est pas une mauvaise chose, et ensuite, à la fin, les Français trancheront une orientation politique qui ensuite sera plus claire, je pense, à l'Assemblée nationale.
– Avant la démission du président, il y a une autre piste, il y a une alternative, c'est une nouvelle dissolution, est-ce que ça, vous y seriez favorable ?
– Écoutez, moi, je ne suis jamais défavorable à revenir devant les urnes et devant les Françaises et les Français, on ne doit jamais avoir peur du vote, mais de manière assez pragmatique, s'il y a une nouvelle dissolution, probablement, on arrivera à une tripartition assez similaire de l'Assemblée nationale, peut-être avec, probablement, les macronistes qui perdent encore un peu plus des plumes.
– Et le Rassemblement national qui augmente de manière assez forte.
– Ce qui augmente, même si je suis prudente avec les sondages, puisque vous le savez que la dernière fois, les sondages donnaient le Rassemblement national gagnant dans l'ensemble des sondages de l'entre-deux-tours et que finalement, c'est le nouveau Front populaire en termes de siège qui est arrivé en tête, mais on ne s'éloignera pas de manière significative de l'équilibre des forces actuelles.
Je pense qu'il faut repartir dans l'ordre qui est malheureusement l'ordre qui nous est donné par la Ve République, élire un président de la République qui lui permette ensuite d'asseoir et de proposer une majorité parlementaire et j'espère tirer les leçons de l'impasse politique dans laquelle on s'est trouvé avec une refonte parlementaire, une refonte institutionnelle et une nouvelle République.
– Je trouve que vous venez de le dire, la dernière fois, il y avait un nouveau Front populaire. Est-ce qu'il pourrait y avoir un nouveau Front populaire ? Est-ce qu'il y a encore un espoir, une possibilité d'une union de la gauche compte tenu des rapports que vous entretenez les uns avec les autres sur la scène médiatique ? – Moi, ce que je souhaite
en tout cas, c'est qu'il puisse y avoir partout en France des représentants du programme du nouveau Front populaire. Donc, ça n'a pas à être systématiquement des insoumis. – Mais il y a encore d'actualité le programme du nouveau Front populaire ? – Le programme, oui. En tout cas, en ce qui nous concerne, de la première à la dernière page, on continue à le défendre. – Est-ce qu'aujourd'hui, ce n'est pas le programme
de la France insoumise et les autres s'en détachent ?
– On a fait campagne sur un programme commun. Qu'il y en ait qui fassent le choix de faire campagne sur un programme et de s'éloigner de ce programme d'un point de vue démocratique, moi, je trouve ça problématique. – C'est manifestement le cas
des socialistes
de la réforme des retraites, qu'ensemble, on continue à défendre une réforme fiscale dans son intégralité qui permette de restaurer de la justice fiscale, comme par exemple davantage de progressivité sur l'impôt sur le revenu pour ne prendre que cet exemple. – Et avec davantage
de personnes qui le payent. – Et ce programme… – C'est aussi ça, votre programme.
– Alors, on peut aller dans le détail si vous voulez. Notre programme de réforme de l'impôt sur le revenu qui propose 14 tranches, tous ceux qui gagnent moins de 4 500 euros par mois paieraient moins d'impôts. Donc, ça fait quand même beaucoup de gens en France. Ça fait 92% des Français pour être très précises. Mais on peut prendre cet exemple comme Dutch qui connaît assez bien le programme du Nouveau Front Populaire justement parce que nous, on le défend. Et c'est peut-être un peu vieux jeu. J'ai que 35 ans, mais c'est peut-être un peu vieux jeu. Mais moi, je pense que quand on fait de la politique, on défend des programmes et on les défend jusqu'au bout.
Sinon, ça s'appelle de l'électoralisme. Vous faites semblant que vous défendez quelque chose et puis quand vous êtes élu, vous faites autre chose. – Donc, pour vous, les socialistes,
c'est de l'électoralisme ?
– Le fait est qu'à chaque fois la démonstration qu'ils ont fait en campagne sur un programme sur lequel ils ne croyaient pas vraiment puisqu'ils le remettent en question aujourd'hui, je le regrette parce que je pense que ça fait du mal à la politique. Quand on va dans la rue et qu'il y a des gens qui nous disent tous les mêmes, de toute façon, vous ne tenez pas vos promesses. Je veux dire, la gauche dans son ensemble a mis tellement de temps à se relever du quinquennat Hollande où il avait fait un certain nombre de promesses. Il avait même dit mon ennemi, c'est la finance et puis il avait fait tout l'inverse ensuite.
On a mis du temps à nous, grâce, je pense, à la France Insoumise à reconstruire la gauche sur des bases de gauche. Sur d'abord la NUPES, le nouveau Front Populaire à ramener le Parti Socialiste à gauche. Et puis manifestement, ils n'ont pas tiré le son de leur échec et ils repartent. Je ne dis pas qu'ils ne sont plus de gauche, je dis qu'ils tournent le dos au programme du nouveau Front Populaire qui a permis de reconstruire la gauche, qui a permis de redonner de l'espoir à tellement de gens dans le pays qui se sont dit on a une alternative au Rassemblement National.
Et si demain, il doit y avoir une élection telle qu'elle soit, législative ou présidentielle, je ne veux pas que les gens soient de nouveau désespérés. Je veux leur dire qu'il y aura des gens pour porter ce programme du nouveau Front Populaire parce qu'on y croit jusqu'au bout, parce que c'est l'alternative, parce que de la retraite à 60 ans, à plus de justice fiscale, à la transition écologique, à des refontes institutionnelles comme la VIème République, on y croit vraiment et on va continuer à le défendre. Et il faut, voilà, on fait une offre, Jean-Luc Mélenchon en a parlé ce week-end à la fête de l'humain, on fait une offre fédérative, fédératrice.
L'objectif, c'est de rassembler le plus largement sur ce programme. Tous ceux qui y croient encore, venez, on appelle ça comme vous voulez, je m'en fous, mais on a besoin d'être le plus nombreux possible autour de ce programme.
La semaine prochaine, Sébastien Lecornu va faire face à une autre mobilisation, c'est celle des agriculteurs, mobilisés notamment contre le traité Mercosur. Est-ce que la France peut encore empêcher ce traité, l'entrer en vigueur ? Bien sûr,
elle le peut et malheureusement, elle n'a rien fait pour. Je veux dire quand même, Emmanuel Macron est président de la République depuis 8 ans. Ce traité est négocié depuis 20 ans, mais les négociations se sont accélérées ces dernières années. Il n'a jamais rien fait au Conseil. Il n'a jamais rien fait.
Est-ce qu'il avait les possibilités de bloquer ? Bien sûr, il avait la possibilité
de créer une minorité de blocage. Il n'en a jamais pris l'initiative. Il n'a jamais rien dit non plus contre le passage en force de la Commission européenne qui prévoit, c'est un peu technique, un saint d'âge d'un point de vue juridique, ce qu'on appelle le split, qui va contourner la validation des parlements nationaux et contourner l'unanimité des États membres. Tout ça pour essayer de passer en force. Le Parlement européen a aussi été mis de côté. Je suis première vice-présidente de la Commission des affaires commerciales au Parlement européen. Nous n'avons pas eu accès au texte alors qu'on est censé être co-décisionnaire. Et cet accord, c'est une catastrophe à tout point de vue.
Catastrophe d'un point de vue agricole, concurrence déloyale vis-à-vis de méga fermes d'Argentine ou du Brésil. Catastrophe d'un point de vue sanitaire. Un tiers des pesticides qui sont autorisés au Brésil sont interdits dans l'Union européenne donc ça va nous empoisonner. Et enfin, c'est une catastrophe environnementale. Pourquoi diable aller importer du maïs, du soja, de la viande bovine, du poulet de l'autre bout du monde alors qu'on en produit ici ?
Et pour toutes ces raisons, avec notre groupe de la gauche, on a déposé une motion de censure au Parlement européen pour contrer l'accord avec le Marcosour, mais aussi pour dénoncer la complicité de l'Union européenne dans le génocide à Gaza, dénoncer les reculs en matière socio-environnement. – Mais est-ce que vous demandez
la démission d'Ursula von Arian ?
– Si on demande son départ, oui, elle peut partir d'elle-même en démissionnant.
– C'est une motion de censure.
– Faute de quoi, nous avons déposé une motion de censure. C'est la première motion qui vient de notre groupe de la gauche de l'Histoire, donc ça marque quand même. Et c'est pas rien, parce qu'on a aussi un glissement de la droite qui fait de plus en plus de coalitions avec l'extrême droite au Parlement européen.
– Oui, alors ce qui est amusant entre guillemets, c'est que vous avez aussi les députés français du Rassemblement national qui ont déposé eux aussi une motion de censure contre Ursula von der Leyen et il y a une censurie de françaises, parce qu'en fait, il y a que les Français qui déposent des motions de censure au Parlement. – Vous savez,
la motion de censure de l'extrême droite, elle est hypocrite, parce qu'en réalité, la commission européenne actuelle, elle conduit de plus en plus de politiques d'extrême droite, notamment sur les questions migratoires. L'extrême droite est un vice-président de cette commission européenne et c'est la première fois de l'histoire. Ce qui nous concerne, je veux dire, déposer une motion de censure pour dénoncer la complicité de l'Union européenne dans le génocide à Gaza, je ne crois pas que le Rassemblement national soit d'accord avec ça. Et oui, l'objectif, c'est aussi d'envoyer un avertissement et que la gauche se réveille. Il faut que la gauche se réveille.
Quand je vois que mes amis, mes camarades écologistes et socialistes français ont refusé de signer cette motion de censure, alors qu'ils signent les motions de censure en France, je veux dire, Ursula von der Leyen, elle est plus à droite que les ministres et les gouvernements français actuels. Et donc, moi, j'appelle la gauche à se réveiller pour envoyer un avertissement et dire maintenant stop à ces alliances de droite et des gouvernements. Stéphane, une dernière question.
Oui, vous venez d'évoquer à l'instant, vous parlez de génocide à Gaza ce mercredi. Donc hier, la Commission européenne a annoncé des sanctions contre Israël, des sanctions individuelles et la possibilité de suspendre l'accord commercial bilatéral entre la Commission européenne et Israël qui existe depuis 25 ans. C'est bien, enfin, insuffisant. Qu'est-ce que vous en dites ?
Rendez-vous compte, il aura fallu plus de 700 jours de génocide dans la bande de Gaza pour que la Commission européenne annonce sa toute première mesure à l'encontre du gouvernement.
Vous demandiez depuis longtemps mais ça y est, on y est là.
J'y arrive sur le fond. Mais quand même, 700 jours. Je vois que quand il s'agissait de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, la Commission européenne a raison, n'a pas attendu la moindre minute. On en est à 18 paquets de sanctions et là, c'est seulement la première sanction qui est prise. Et ces sanctions, oui, c'est trop peu, trop tard, dérisoire parce que vous prenez par exemple la suspension des mesures d'avantages commerciaux vis-à-vis d'Israël. Ça va concerner seulement 37% des produits commerciaux qui entrent dans le sol européen. Ce n'est pas du tout un embargo. Ça va juste surenchérir le coût commercial de 220 millions d'euros.
Je veux dire, un génocide ne vaut pas 221 millions d'euros. Ce qu'il faut faire, c'est des véritables sanctions. Je termine là-dessus. Des sanctions économiques, des sanctions contre le gouvernement, un embargo sur l'envoi d'armes. Ça, ce seraient des véritables sanctions à mesure de mettre un terme à ce génocide qui a trop duré et qui aujourd'hui, la vérité, c'est que les dirigeants européens ont du sang sur les mains et qui devraient faire face à leurs responsabilités.
Merci Manon Brie. Merci d'avoir été avec nous.
Merci.
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Manon Aubry