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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 15 février 2023 8 min

Karine Lebon, députée : dans les Outre-mer, "un retraité sur deux touche une pension inférieure à 850 euros"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Il est 6h20, c'est bien connu, l'Union fait la force. La plupart des députés d'Outre-mer ont ainsi décidé de resserrer les rangs face à l'exécutif. Ils aimeraient que le pouvoir prenne davantage en compte les spécificités de leur territoire et c'est le cas notamment avec la réforme des retraites. Bonjour Karine Lebon. Bonjour. Vous êtes députée de la Réunion, vous représentez la NUP. C'est quoi le problème exactement avec la réforme des retraites ?

0:29
Karine Lebon

Alors, le problème en général ?

0:30
Présentateur

Non, pour vous en tant que représentante de l'Outre-mer.

0:33
Karine Lebon

Le problème pour les Outre-mer, c'est qu'il y a un impensé de cette réforme, c'est la situation qu'on connaît dans nos territoires. Aujourd'hui, je prends l'exemple de mon territoire, la Réunion, on touche les pensions de retraite les plus faibles de France, hors Mayotte. Aujourd'hui, les réunionnais travaillent jusqu'à, en moyenne, 64 ans et quelques, 64,3 ans. Et finalement, ce n'est pas parce qu'ils s'épanouissent dans le travail la plupart du temps. C'est simplement qu'à 62 ans, ils n'ont pas de carrière complète. Et donc, ils vont travailler deux ans de plus pour bénéficier d'une surcôte. Et malgré ça, un retraité sur deux touche une pension inférieure à 850 euros.

Parce que pendant la carrière, il y a eu différentes explications. Mais notamment, le SMIC n'a été aligné chez nous qu'en 1996, alors que nous sommes département français depuis 1946. Et cette situation que vous nous décrivez, elle est similaire dans les autres territoires ultramarins ? Elle est similaire dans les autres territoires ultramarins. De manière générale, les territoires d'outre-mer touchent... Enfin, les pensionnés de retraite des territoires d'outre-mer touchent des pensions inférieures. Donc, moins de 1300 euros, en moyenne.

1:37
Présentateur

Donc concrètement, qu'est-ce que vous demandez au gouvernement ? D'exclure les territoires d'outre-mer de cette réforme ? Ou de faire une réforme qui soit adaptée à vos territoires ?

1:46
Karine Lebon

Alors, on a fait plusieurs amendements, oui. On en a fait un qui disait que cette réforme ne doit pas concerner l'outre-mer. Maintenant, on est prêts surtout, nous, à avoir des bougées sur des petites choses. Comme notamment le SMIC. Peut-être prendre en compte les moments où il n'a pas été aligné. Et essayer de faire comme si le SMIC avait été aligné à ce moment-là. Prendre en compte le problème des carrières hachées. Prendre en compte le fait que la réunion et les travailleurs réunionnais soient entrés tardivement dans le régime de cotisation. Ce qui fait que leur carrière n'est pas complète. Et vous avez l'impression que le gouvernement entend vos remarques ?

2:26
Présentateur

C'est un silence. Le blanc est si écutatif. J'ai vu qu'Olivier Dussopt, le ministre du Travail, avait dit il y a quelques jours que la réforme, finalement, elle serait moins mordante pour l'outre-mer. Et c'est ce que vous nous avez dit tout à l'heure. Parce qu'il dit que l'âge de départ, de toute façon, effectif dans les territoires d'ultramarins, il tourne déjà autour de 64 ans.

2:42
Karine Lebon

Mais c'est là où je m'inscris en faux. Parce que si les travailleurs partent à 64,3 ans chez moi, c'est parce qu'ils n'ont pas de carrière complète à 62 ans. Et c'est parce qu'ils ont une surcote. Un peu comme les femmes. Vous savez, on est deux populations discriminées. Et donc c'est pour ça que la carrière est prolongée. Parce qu'à 62 ans, elle n'est pas complète. De fait, en mettant l'âge à 64 ans, on n'aura plus de surcote. Et donc ça va participer à la paupérisation de la population.

3:11
Présentateur

Et vous êtes tous d'accord au sein des députés ultramarins, quelle que soit votre sensibilité politique. Évidemment, je ne parle pas des députés de la majorité, mais vous êtes 23 sur 27 dans l'opposition.

3:21
Karine Lebon

Oui.

3:21
Présentateur

Donc les 23, vous êtes tous d'accord ?

3:23
Karine Lebon

On est très nombreux. Alors, je ne pourrais pas m'engager pour les 23. Je sais qu'on était 19 à participer au rassemblement à Cayenne. Et on partage grandement ces revendications. Maintenant, évidemment, je ne vais pas m'engager pour mes collègues.

3:38
Présentateur

Vous parlez de ce rassemblement à Cayenne. Effectivement, vous avez décidé, en tant qu'élu des Outre-mer, de serrer les rangs, de faire front ensemble. Et pas que sur le sujet des retraites. Il y a d'autres sujets de mécontentement qui vous importent en ce moment.

3:54
Karine Lebon

Notamment la vie chère. On en a parlé jeudi dernier lors de la niche socialiste. On va lancer une commission d'enquête. Et je crois que c'est très important, parce qu'on a besoin de comprendre pourquoi les prix sont si chers chez nous. Alors, on nous dit que l'inflation a été moindre. Mais vous savez, l'inflation sur des prix qui sont démultipliés déjà, même si elle est moindre, ça nous fait quand même énormément de difficultés en plus, finalement. Et il y a d'autres sujets ? Bien sûr. On avait parlé de la coopération régionale, puisqu'on est un petit bout de France, bien loin de l'Hexagone. Mon territoire est à 10 000 kilomètres dans l'océan Indien. La Guyane est sur un continent.

Et la Guadeloupe, la Martinique sont dans les Antilles. On a besoin de favoriser aussi la coopération avec les pays de notre zone, de notre bassin régional. Ça ne se fait pas ça ? Ça se fait trop peu. Ça se fait trop peu. Et aujourd'hui, par exemple, je prends l'exemple de la Guyane. Ils nous disaient que pour avoir des choses du Brésil, ça partait à Paris, et puis ça revenait en Guyane. Vous imaginez, ça n'a aucun sens.

4:57
Présentateur

Est-ce que vous estimez, donc vous l'avez dit tout à l'heure, que vous n'êtes pas entendue par le gouvernement, pourtant il y a des ministres des Outre-mer. Il y a eu Sébastien Lecornu, aujourd'hui Jean-François Carinco. Il ne vous représente pas bien ? Jean-François Carinco est un ministre délégué aux Outre-mer. Le ministre des Outre-mer, c'est le ministre de l'Intérieur ?

5:14
Karine Lebon

C'est le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer. C'est Gérald Darmanin. Pour lequel j'ai quelques réserves également, surtout vu ses propos récents sur l'esclavage.

5:23
Présentateur

Il a dit que les Antillais devaient aimer la République car c'est elle qui abolit l'esclavage.

5:27
Karine Lebon

Mais nous on aime la République, la question n'est pas là. Mais que fait la République de cet amour ? On ne peut pas dire qu'on doit aimer la République avec surtout cette menace de « mettez-vous au garde à vous ». La République a aboli l'esclavage, je ne suis pas tout à fait d'accord avec ça en fait. C'est l'évolution juridique, c'est vrai, qui a fait en sorte que l'esclavage était aboli. Mais ce sont les esclaves, eux-mêmes, qui par leur révolte ont rendu leur libération inévitable. Et surtout, il ne faut pas croire qu'à l'abolition de l'esclavage, c'était l'égalité. Aujourd'hui, on voit encore les stigmates de ces oppressions. Et puis après l'esclavage, on a eu l'engagisme chez nous.

Et ce n'est pas une page très rose de l'histoire non plus.

6:11
Présentateur

Karine Lebon, le président de la République, Emmanuel Macron, avait invité 50 élus des Outre-mer pour un dîner à l'Elysée en septembre. Et à cette occasion, il avait promis une nouvelle méthode vis-à-vis de ces territoires ultramarins. Cinq mois plus tard, est-ce que vous avez vu le changement ? Non. Non.

6:28
Karine Lebon

Très honnêtement, je crois qu'on a encore du mal à prendre en compte les réalités des territoires ultramarins. Alors, sur cette réforme des retraites, moi, j'ai interpellé le ministre du SOP sur deux sujets. sur un sujet pour lequel il a été réceptif et puis sur le sujet de nos territoires pour lequel il a fait la sourde oreille. Le sujet réceptif, sur lequel il a été réceptif, c'était quoi ? C'était la prise en compte du décès des enfants dans le calcul des trimestres de la retraite. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, si un enfant meurt avant l'âge de 4 ans ou de 9 ans, la mère perd les trimestres pour avoir élevé son enfant.

7:13
Présentateur

Donc, il y a quelques aménagements qu'il vous accorde ?

7:16
Karine Lebon

Alors, ça, c'est au national de manière générale. Ça concernera toutes les femmes. Et heureusement que c'est un sujet transpartisan sur lequel on peut s'entendre. Malheureusement, sur le sujet qui intéresse 4% de la population française, on n'a pas de réponse.

7:32
Présentateur

Et puisque vous parliez d'Olivier Dussopt, je signale que le ministre du Travail est l'invité du Grand Entretien de France Inter. tout à l'heure, à 8h20. Merci, Karine Lebon. Vous êtes députée de La Réunion et vous étiez l'invité du 5-7.

Karine Lebon, députée : dans les Outre-mer, "un retraité sur deux touche une pension inférieure à 850 euros" — Karine Lebon · Pourquijevote