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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 17 juillet 2026 23 min

8h30 franceinfo du vendredi 17 juillet 2026

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Charlène Descolonges, vous êtes ingénieure hydrologue, vous coprésidez l'association pour une hydrologie régénérative et bonjour David Effaranda. Bonjour. Vous êtes directeur de recherche CNRS en climatologie, auteur du GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. La nuit dernière, de violents orages ont balayé le centre et l'est de la France avec des averses de grêle importantes dans la Loire, en Isère notamment. Est-ce qu'il y a un lien direct avec les fortes chaleurs de ces derniers jours ?

0:29
Invité

Bien sûr, il y a surtout un lien direct entre les orages et les changements climatiques. Ça c'est quelque chose qui va être aussi un peu la nouveauté qu'on peut annoncer dans le prochain rapport du GIEC. Ce lien est fait et ça s'est fait avec les études scientifiques qui viennent de sortir sur les derniers 4-5 ans qui ont permis vraiment d'établir ce lien. Comment faites-vous ce lien ? En fait, le lien est simple, avec les fortes chaleurs, on a une accumulation d'humidité et de chaleur dans les basses couches de l'atmosphère.

Dès qu'on a de l'air frais qui arrive de l'Atlantique, cet air chaud et humide peut se soulever et donc former ces nuages d'orage, ce qu'on appelle les cumul unimbus, qui après ont des phénomènes que nous on appelle accessoires, mais bon, ce n'est pas vraiment accessoire. Ce sont des phénomènes très dangereux comme la grêle, les tornades, mais aussi les éclairs. Évidemment, tout ça, cette pluie, elle était un peu attendue, Charlène Descolonges. Le cycle, il est connu, on le comprend, donc la chaleur entraîne de l'évaporation qui s'accumule, qui provoque des orages. Ces orages, ça donne de l'eau, mais on se rend compte que ce n'est pas suffisant pour irriguer les sols.

Enfin là, on n'y comprend plus rien. On n'y comprend d'autant plus rien qu'on a eu des extrêmes humides cet hiver qui ont occasionné de violentes inondations dans l'ouest de la France. Alors, on passe en fait d'un extrême à un autre avec ces extrêmes humides et d'un coup, une sécheresse qui est arrivée en un temps record, qui s'est installée en quelques semaines en raison de cette sécheresse qu'on dit éclair ou sèche-cheveux. C'est quelque chose qui était assez peu connu en France ou en Europe d'une manière générale et qui arrive et qui est exacerbé par le changement climatique. C'est le vent qu'on a senti ces dernières semaines, ce vent très chaud. Exactement.

Une sécheresse, il y en a finalement plusieurs types. On a les sécheresses du coup météorologiques, déficit de précipitation, qui s'est installée depuis avril. 40% de déficit sur le mois à l'échelle nationale, avec une anomalie de température extrême, de plus de 2,3 degrés sur le mois. Et à partir de là, le mois de mai a été aussi extrêmement sec et chaud, juin aussi. Et donc, en fait, la sécheresse s'est installée là avec des sols très secs, des rivières qui ont commencé à s'assécher, des débits qui diminuent, les nappes aussi. Donc, en fait, tout s'est installé assez rapidement.

2:50
Présentateur

C'est ce qui explique effectivement que la sécheresse nous surprenne quelque part, même si on ne doit plus vraiment l'être aujourd'hui. On le comprend à travers ce que vous nous dites. Vous parlez des cours d'eau. Au 1er juillet, 819 cours d'eau. Un quart des petits cours d'eau sont quasiment à sec ou à sec, nous dit l'Office français de la biodiversité. C'est deux fois plus qu'en 2022 ou année de forte sécheresse. Quelles sont les conséquences pour les fleuves ?

3:13
Invité

Alors, les petits cours d'eau, effectivement, sont situés, ce qu'on appelle, en tête de bassin versant. Le bassin versant, c'est la cuvette naturelle délimitée par les reliefs, à l'intérieur desquels circule l'eau. Et effectivement, ces petits cours d'eau sont très importants. Ils sont relativement peu connus, peu identifiés. Mais c'est eux qui alimentent les fleuves. Pour l'instant, ces petits cours d'eau sont en train de s'assécher. Les fleuves vont bien d'une manière générale. Mais les conséquences, elles sont directes, d'abord pour les milieux aquatiques. La plupart des populations piscicoles ne survivent pas, sans eau évidemment, mais avec de l'eau chaude, encore moins.

Et puis, on a l'assèchement des zones humides. Tous ces milieux aquatiques qui sont capables de stocker de l'eau, stockent du carbone, refuge pour la biodiversité, épurent l'eau naturellement, sont menacés par ces sécheresses.

4:04
Présentateur

Et tout cela, David et Faranda, évidemment, ça amplifie le phénomène de réchauffement.

4:08
Invité

Bien sûr, mais en fait, la difficulté de l'adaptation aussi au changement climatique vient de ça. On a parlé d'orage, donc des phénomènes très violents qui sont sur quelques heures. Après, on a des sécheresses, des phénomènes de très longtemps, donc on a du chaud, de l'humide. On peut avoir des vagues de froid tardives qui arrivent après des printemps qui sont très chauds. Donc, en fait, la difficulté de s'adapter à ces climats du présent, pas les climats du futur, mais que les climatologues, on avait prévu depuis 30 ans. En fait, c'est là qu'on doit s'adapter. Pas juste à plus beau, plus chaud.

Ce qu'on voit parfois dans vos images de la télé, qui parfois, désolé, mais ne raconte pas la réalité, des gens qui vivent dans les bas lieux avec la chaleur. On voit les gens sur la plage, s'amuser. Oui, c'est sûr, c'est de l'adaptation.

4:54
Présentateur

On est loin de cette image-là aujourd'hui, maintenant. Je pense que tout le monde a pris conscience.

4:57
Invité

Oui, mais il y a quand même un peu trop encore dans les médias des images joyeuses. Il fait beau, on fait la fête. Non, comme vous avez dit, en fait, pour les écosystèmes, c'est catastrophique. Pour les êtres humains, c'est catastrophique. Et il y a, bien sûr, quelqu'un d'entre nous, qu'on peut s'échapper à la plage, tant mieux. Mais il faut le faire, si on peut le faire. Il faut se protéger, mais on vit une véritable catastrophe climatique en 2026. Alors, catastrophe climatique, David Effaranta, pendant longtemps, on a parlé des orages, de la grêle, des tornades, comme des catastrophes naturelles. Ça ne veut plus rien dire, catastrophe naturelle ? Ça ne veut absolument plus rien dire.

Les catastrophes climatiques d'aujourd'hui sont causées 100% par l'homme. Il n'y a aucun analogue. On ne peut pas retrouver des situations similaires dans tous les climats qu'on connaît à partir des 1850. Donc, les climats de sceptique, à chaque fois, ils sortent en 1976, 1871. Ils sont très créatifs, j'avoue. Mais c'est faux. Après, nous, on va voir les données. On dit, peut-être, mais parce qu'on fait quand même le travail d'aller voir. Et en fait, il n'y a rien de comparable. 2026, bas, 2003, déjà le mois de juillet, sur tous les index de chaleur à cette période de l'été.

6:14
Présentateur

Mais d'ailleurs, vous en parlez des climats tout sceptiques qui reviennent aussi avec les vagues caniculaires à chaque fois, malgré les discours des chercheurs. Vous arrivez aujourd'hui à être un peu plus facilement audible, selon vous ?

6:26
Invité

Je pense. Je pense qu'il y a ce que j'appelle la majorité silencieuse du pays. Il y a beaucoup de modérés dans ces pays qui viennent de tout, de droite à gauche. En fait, les changements climatiques, c'est quelque chose comme la santé, comme les droits à l'eau ou à la nourriture. Ça concerne tous les citoyens.

6:46
Présentateur

Mais c'est encore un discours qui a du mal à passer, qu'on a du mal à voir émerger. Et peut-être, notamment sur les réseaux sociaux, qu'aujourd'hui, c'est l'homme qui est responsable de ce réchauffement climatique.

6:54
Invité

Non, je pense qu'on n'a aucun... En fait, si ça n'émerge pas assez, c'est parce que les réseaux sociaux aussi sont contrôlés ou sont dirigés en grande partie par des intérêts, des énergies fossiles, qui a brésolié aussi à la politique. Donc là, on peut ouvrir un autre champ. Ce n'est pas moi l'expert pour ça, mais ce que je veux dire, moi, en tant qu'expert, c'est que les changements climatiques concernent tout le monde. C'est une question de santé publique. Et donc, ça doit concerner tous les citoyens. Charline Descolons, je rappelle que vous êtes ingénieur hydrologue. Vous avez commencé à nous dire tout à l'heure qu'il y avait différents types de sécheresses.

La sécheresse météo, donc en fait, il n'a pas assez plu ces derniers mois. Après aussi, il y a des sécheresses agronomiques, il y a des sécheresses du sol. On a l'impression que ces derniers mois, il y avait beaucoup plu et peut-être que les nappes phréatiques, finalement, s'étaient rechargées. Alors, effectivement, on a d'abord ces sécheresses météorologiques, ensuite sécheresses des sols, qui est aussi dit édafique, sécheresses agricoles, c'est pareil. Donc, les premiers mètres du sol commencent à s'assécher, et progressivement de la surface jusqu'à la profondeur.

Ensuite, on a les sécheresses hydrologiques qui atteignent les cours d'eau, et enfin les sécheresses hydro-géologiques qui atteignent les nappes. Pour l'instant, la plupart de ces indicateurs sont atteints, et pour des régions comme le Massif Central, le Nord-Est, je pense, le Grand-Est, on est à des niveaux de crise. D'ailleurs, sur les arrêtés sécheresses, aujourd'hui, 45 départements sont à des niveaux de crise. C'est quasiment deux fois plus à la même époque en 2022. Ça veut dire que la sécheresse de 2022, qui est la sécheresse historique à date, a été déjà battue sur tous ces indicateurs qui permettent de déclencher les arrêtés sécheresses. C'est un risque pour les récoltes ?

Est-ce que c'est un risque, par exemple, pour notre eau potable ? C'est un risque pour l'eau potable, évidemment, à une période qui est stratégique pour le tourisme. Donc, toutes les zones qui sont sur le littoral, ou les zones qui sont, encore une fois, en tête de bassin versant, qui sont les plus vulnérables aux sécheresses, sont à craindre par rapport à des risques de rupture d'alimentation en eau potable.

8:59
Présentateur

Mais est-ce que, face à cela, les dispositifs qui sont en place, aujourd'hui, VIGIO, les arrêtés qui peuvent être pris par les préfets, sont suffisamment efficaces, selon vous ?

9:07
Invité

C'est une question récurrente qui revient tous les ans. En fait, tous les ans, on déclenche ces arrêtés sécheresses. En fait, c'est un dispositif de gestion de crise qui intervient en réaction, qui ne vient pas en prévention. Et tout ce qui est fait en prévention, aujourd'hui, est insuffisant. C'est-à-dire qu'on continue à augmenter la demande en eau pour les usages agricoles, on en parlera pour l'eau potable, pour l'industrie, pour l'intelligence artificielle. On n'est pas du tout dans une trajectoire de sobriété, alors que la ressource en eau, elle, diminue.

9:36
Présentateur

Et ces arrêtés ne sont pas forcément bien respectés, en plus ?

9:39
Invité

En plus, les arrêtés ne sont pas forcément respectés. Les moyens de contrôle, qui sont ceux de l'OSV, sont en baisse. On voit bien les menaces qui pèsent sur l'Office français de la biodiversité. Il n'y a pas assez de contrôle. Donc, on est, je dirais, à contre-courant de ce qu'il faudrait faire pour s'adapter au changement climatique. David Effaranda, je rappelle que vous êtes climatologue. Le dérèglement climatique, c'est un phénomène global, évidemment. Mais on se rend compte que les effets ne sont pas homogènes. Pourquoi est-ce que la France et l'Europe semblent particulièrement impactées ? C'est une histoire géographique.

Expliquez-nous pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, on se rend compte qu'au niveau français, on s'attire un petit peu ? Déjà, oui, la France et l'Europe sont plus impactées. Il y a d'autres zones de la planète qui sont très impactées aussi, comme par exemple l'Arctique, qui est en train de s'effondre littéralement à cause de l'augmentation de la chaleur. L'Europe se trouve dans une position pas très favorable, parce qu'en fait, au sud de l'Europe, il y a les déserts du Sahara, qui, avec le réchauffement climatique, se déplacent plus au nord. On ne le voit pas parce qu'il y a la mer méditerranéenne.

Mais donc, sur la mer méditerranéenne, on a moins de perturbations, on a moins de situations avec du ciel nuageux. Donc, la mer méditerranéenne se réchauffe et aussi une partie de l'Atlantique. Donc, la chaleur remonte vers le nord, sur l'Espagne, et ça se forme, cette zone de haute pression, qu'une fois on appelait l'anticyclone des Azores. Maintenant, c'est un anticyclone qui part des Azores et arrive jusqu'au Liban. Donc, c'est l'anticyclone nord-africain qui peut pousser vers le nord, cette chaleur, dès qu'on a des gouttes froides, des zones de basse pression sur l'Atlantique, qui font remonter la chaleur avec cet effet. On n'a pas tout compris encore dans cette histoire.

Il y a des théories pour expliquer pourquoi les gouttes froides se forment et restent à cet endroit. Donc, au large de l'Atlantique, poussent cette chaleur vers la France. C'est un sujet... Donc, on a encore des choses à apprendre et à comprendre. On a encore des choses à comprendre sur ces réchauffements additionnels qu'on est en train de subir en France. Mais, ce que je veux dire, c'est que les phénomènes qu'on a vus cet été étaient bien déjà dans les simulations du GIEC. Il y en a encore pire. On a des situations où on peut atteindre localement les 50 degrés en France dans le climat actuel. Est-ce qu'on s'est préparé pour ça ? Non. Est-ce qu'on l'avait dit ? Oui, il y a 30 ans.

Donc, en fait, on ne fait pas assez. Il y a plein de choses qu'on peut faire pour... Il y a plein de solutions parce qu'on n'est pas juste des prophètes comme là, en ce moment, il y a les films sur l'Odyssée, au cinéma. On n'est pas juste des prophètes des morts. En fait, les climatologues proposent aussi des solutions.

12:16
Présentateur

Ce que vous aviez annoncé arrive aujourd'hui. C'est ce que vous nous dites. Oui, il y a des solutions. Il y a des solutions.

12:25
Invité

Retour sur le plateau du 830 avec David Effaranda, directeur de recherche CNRS en climatologie, auteur du GIEC. Et Charlène Descolonges, ingénieure hydrologue, coprésidente de l'association pour une hydrologie régénérative. La question de l'eau, elle est au cœur de notre discussion. Elle était aussi au cœur des débats et de la loi agricole, la loi d'urgence agricole. Hier, députés et sénateurs se sont mis d'accord sur un texte censé répondre à la colère des agriculteurs. Des associations parlent de confiscation de la ressource d'eau, notamment sur la question de ce qu'on appelle des bassines ou des retenues d'eau.

Est-ce que le vrai problème, c'est qu'on puisse faire des stockages ici et là ou que ce soit peut-être présenté comme une mesure d'adaptation au réchauffement climatique ? Est-ce que c'est interdit de faire des retenues d'eau ou de faire des bassines ? Ce n'est pas interdit, c'est même plutôt largement autorisé. La question, c'est plutôt est-ce que c'est une vraie solution d'adaptation au changement climatique ? Et c'est précisément cette question qui est problématique puisque la plupart des hydrologues qui ont étudié ces projets pointent du doigt le risque de maladaptation de ces ouvrages de stockage. Alors la question du stockage, elle est épidermique.

Dès qu'on parle de stockage, tout le monde se dresse et regarde dans le regard de l'autre qui va pouvoir stocker en premier. Et donc là, on voit déjà les prémices des tensions hydriques autour du partage de l'eau. Et en fait, ce projet de loi d'urgence agricole, il vient tout simplement raviver les braises et exploser potentiellement des conflits entre les usages. Puisque dans la gouvernance de l'eau, la gouvernance qui s'est instaurée depuis 60 ans en France, qui marche bien, il y a une forme de parlement de l'eau. Il y a du dialogue. Chacun parle avec son voisin. L'eau n'a pas de couleur politique. Les usages sont bien partagés.

Et en fait, ce projet de loi d'urgence agricole, il dit quoi ? Il dit que les usages agricoles sont prioritaires devant tout le reste. Et on va instaurer dans toutes les commissions locales de l'eau et les parlements de l'eau des représentants des usages agricoles, plus de représentants d'usages agricoles. Parce que c'est vrai qu'on a l'image, et ça avait fait beaucoup de polémiques et beaucoup de bruit politique, ce qu'on appelait des méga-bassines. Notamment, on se souvient de Sainte-Soline et des affrontements qui avaient eu lieu.

Mais je me souviens aussi d'un reportage diffusé sur France Info, d'un producteur de pommes dans le Calvados, avec une petite retenue d'eau, très bien acceptée localement, qui lui, lui permettait de continuer à travailler. Et on se demande si, finalement, le dialogue local dont vous parliez, finalement, ne fonctionne pas aussi. C'est aussi une des réalités, finalement, loin de la polarisation du débat actuellement ? Mais bien sûr, on a besoin de dialogue local. C'est effectivement ce qui marche, et c'est précisément ce qui est attaqué à travers ce projet de loi d'urgence agricole.

D'ailleurs, la plupart des élus en charge de l'eau ont dénoncé, c'est la première fois que je vois ça, des élus locaux qui dénoncent un projet de loi et qui demandent tout simplement le retrait des articles sur l'eau de ce projet de loi. Le dialogue territorial, il est évident qu'on va devoir stocker de l'eau. La question, c'est de savoir comment, pour qui et combien ça coûte et à quoi ça sert. En fait, pour quelle culture ? Est-ce que c'est pour la résilience alimentaire des territoires ? Et ce n'est visiblement pas forcément le cas, puisque 40% des cultures irriguées en France servent à la monoculture de maïs qui est exportée ou destinée à l'alimentation animale.

Et le partage de l'eau n'est pas véritablement effectif. Autre problème, et je terminerai là-dessus, c'est est-ce qu'on fait du stockage pour accompagner la transition agricole, pour mettre en place des pratiques agroécologiques, agroforestières, etc. Et c'est loin d'être le cas pour diminuer, notamment, notre consommation de pesticides qui vont contaminer les ressources en eau en aval. Donc, on a vraiment besoin d'avoir un système mieux pensé autour du stockage de l'eau.

16:06
Présentateur

Ce qu'il faut, David et Faranda, c'est éviter cette confiscation et penser local, finalement, en fonction des spécificités ?

16:11
Invité

En général, même si on sort de cette loi au niveau spécifique, avec les changements climatiques, il faut penser à toutes les échelles. Et il y a l'échelle de la justice sociale qui est très importante. Pourquoi ? Parce que les changements climatiques, je l'ai dit tout à l'heure avec l'exemple des gens qui sont confinés dans leur banlieue, qui ne peuvent pas sortir lorsqu'ils font 42 degrés dehors. En fait, ça touche aux écosystèmes les plus fragiles, d'un point de vue naturel. Ça touche aux personnes les plus fragiles. Ça touche vraiment à ce qu'il y a de plus fragile dans notre système France. Mais c'est aussi ce qui nous permet de vivre jour par jour.

C'est les banlieues qui font vivre la ville jour par jour. C'est les petites rivières, les petits cours d'oeufs, les agriculteurs qui sont à l'échelle locale, qui font vivre ces pays. Donc, c'est pour eux qu'on doit intervenir. Et c'est avec cette réflexion qui doit être la plus globale possible, avec tous les acteurs au niveau local, avec, bien sûr, la science comme base pour faire les choses, qu'on doit faire avancer les pays. Et justement, dans notre vie quotidienne, comment mieux utiliser l'eau aujourd'hui ? Alors, moi, j'arrête vraiment de dire que c'est nous, les citoyens, qu'on doit faire quelque chose pour mieux utiliser l'eau.

Ça, non, je n'ai vraiment marre que ça répète sur les citoyens. La solution est de mettre dans les programmes politiques pour les prochaines présidentielles vraiment des programmes sérieux qui vont au-delà des lois d'urgence. Ça veut dire que, par exemple, utiliser l'eau de pluie pour les toilettes, ça ne sert à rien ? Enfin, est-ce que ça ne sert à rien ? Un pouiem, ce n'est pas une mesure qui est structurante. Les principales consommations d'eau en été, lorsque la ressource diminue, sont pour les usages agricoles. Est-ce qu'on apporte une solution durable, sécure, pour les agriculteurs, pour qu'ils puissent irriguer en été ? Non. C'est une illusion, ces projets de loi d'urgence agricole.

Il n'y a pas de solution miracle. Alors qu'on a des solutions, en fait, l'Association pour une hydrologie régénérative, que je co-préside, elle accompagne des collectifs d'agriculteurs pour faire autrement, pour se dispenser, finalement, d'une irrigation facile. Et avec le concours de l'Agence de l'eau et des élus locaux, on essaye vraiment d'accompagner le changement de pratique et de faire en sorte que l'eau qui tombe du ciel reste le plus longtemps possible dans les sols agricoles.

18:34
Présentateur

Mais on parle aussi beaucoup en France du manque d'utilisation, de réutilisation de ces fameuses eaux grises, ces eaux qui sont rejetées, qu'on ne réutilise pas suffisamment. 1% chez nous, c'est 15% en Espagne, plus de 90% en Israël. Ce sont des chiffres qu'on cite régulièrement. Pourquoi on n'arrive pas à faire mieux ? Et est-ce que c'est utile de faire mieux, véritablement ?

18:53
Invité

Oui, la question, c'est plutôt est-ce que c'est utile ? Est-ce que c'est envisageable partout ? La réponse est plutôt mitigée, c'est-à-dire qu'on va d'abord privilégier ces projets de réutilisation des eaux qui sont traitées sur le littoral, tout simplement parce que lorsque la station d'épuration rejette de l'eau à l'intérieur des terres, elle le rejette dans les rivières. Donc si on réutilise cette eau, on risque d'assécher ou d'aggraver les sécheresses des rivières. Donc c'est possible, mais pas partout. Ça coûte plus cher. Et la question, encore une fois, c'est qui va en profiter, qui va en bénéficier ?

David et Ferranda, face au constat, on se pose tous la question de qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce qu'on peut faire mieux. La France a par exemple une électricité massivement décarbonée. Ça ne veut pas dire que notre énergie l'est. Notamment, on est encore très dépendant au pétrole et au gaz pour le chauffage, pour le transport. C'est ça l'enjeu principal, c'est d'arriver à sortir des énergies fossiles pour le transport, pour le chauffage, alors que notre électricité, elle est massivement décarbonée ? Il y a encore des choses qu'on doit décarboner. Les transports, on peut faire mieux. Et sûrement, il faut continuer à électrifier, électrifier, électrifier. Pourquoi ?

Parce que ça nous rend aussi plus indépendants au niveau des prix. Tous les prix, vous voyez qu'en fait, les prix au marché dépendent encore beaucoup trop du pétrole. Donc, si on continue à décarboner les transports, par exemple, on aura une stabilité des prix beaucoup plus... Mais le bon niveau, c'est quoi ? C'est le niveau européen ? Parce que je citais en gros l'exemple français avec un niveau nucléaire en France. Le bon niveau, dans le rapport du GIEC, c'est le niveau zéro émission nette. Oui, mais le niveau de décision politique. Le niveau de décision politique, on l'a déjà évoqué, c'est à toutes les échelles.

On peut faire des choses à l'échelle de la ville, on peut faire des choses au niveau des régions, de la France et de l'Europe. Bien sûr, l'Europe, c'est notre grande maison. Donc, si on a des lois européennes qui sont claires et qui tracent des directions pour tous les pays et qui permettent aussi de ne pas avoir des choses au niveau des politiques agricoles, par exemple, qui sont différentes en France, de l'Israeli, de l'Espagne, qui donc créent des conflits, même déjà en Europe, donc ça nous permettra d'avancer plus vite, mais aussi d'avoir une seule voie quand on fait des négociations comme les COP, Conference of Parties sur le Climat, pour dire qu'on ne veut plus de pétrole.

Oui, mais par exemple, regardez, en France, on a du nucléaire. Quoi qu'on pense du nucléaire, c'est décarboné. Mais par exemple, on a des voisins autour de nous qui utilisent encore massivement du charbon, dans l'Est de l'Europe notamment. Comment est-ce qu'on se positionne ? C'est-à-dire qu'on se dit, nous, on fait... Il se trouve qu'on a une solution décarbonée, mais nos voisins ne le sont pas du tout. Déjà, en fait, la France a une influence en Europe en tant que grand pays, donc elle peut pousser des politiques au niveau européen.

Et si nous, on est décarbonés et les autres ne le sont pas, on a un avantage politique, économique, militaire même, je dirais, de défense du pays parce qu'en fait, on ne se fait pas attaquer. S'ils nous coupent les gaz et le pétrole, nous, on peut faire fonctionner tout. Donc, on ne dépend pas de M. Trump ou d'autres de ses amis qui décident d'un jour à l'autre d'être nos amis ou nos ennemis. Il faut avoir une voie unie et à une plus grande échelle, justement, pour pouvoir peser plus lourd, c'est ce que vous nous dites. Oui, la France doit reprendre son rôle de traction au niveau européen et vraiment importer les autres pays. Pourquoi ?

Parce que, comme vous l'avez dit, on est déjà presque décarbonés.

22:10
Présentateur

Donc, il faut y aller. Merci beaucoup. David et Faranda, c'est votre message. Pour terminer, directeur de recherche au CNRS en climatologie. Merci beaucoup, Charlène Descolonges, ingénieur et hydrologue. Je signale votre livre « Au vive pour une hydrologie régénérative ». C'est aux éditions Actes Sud. Merci d'avoir été avec nous. Merci également, Jean-Rémi. Très bonne journée. Interview à retrouver en intégralité, en vidéo, sur notre page YouTube. L'info continue sur France Info.