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InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 10 février 2025 17 minComplaisantPortrait personnelSolidarités & familleInstitutions & électionsSantéTransports

Pierre Deniziot témoigne de la place du handicap en politique

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:55OuverteRéponse directe

    Pierre Denizio, qu'est-ce que la loi de 2005 a changé pour vous dans votre quotidien ?

  • 1:29OuverteRéponse directe

    Le handicap reste la première cause de discrimination en France. Vous souffrez encore de discrimination ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Que reste-t-il encore à faire 20 ans après la loi ?

  • 3:31OuverteRéponse directe

    Selon vous, que reste-t-il encore à faire ? Peut-être en quelques champs.

  • 5:51OuverteRéponse directe

    L'accessibilité, c'est quoi ? Ce sont les ascenseurs ?

  • 6:34OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'il y a d'autre à faire pour les personnes en situation de handicap dans les transports ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00Invité politiqueFait
    « La loi de 2005, elle a vraiment sorti le handicap uniquement du champ de la santé et du médico-social pour en faire un sujet sociétal, un sujet transversal pour que, finalement, dans tous les domaines, les collectivités aient le réflexe handicap. »
  • 1:40Invité politiqueFait
    « Personnellement, oui, ça peut m'arriver, absolument, oui, oui. »
  • 1:44Invité politiqueFait
    « Lorsqu'on est en situation de handicap et qu'on a des responsabilités publiques et politiques, il y a toujours cette question de la crédibilité. »
  • 2:07Invité politiqueFait
    « Moi, si je me déplace avec un stagiaire, avec un collaborateur, les personnes vont avoir tendance à s'adresser au stagiaire ou à mon collaborateur, bien sûr. »
  • 2:25Invité politiqueFait
    « Je ne ressens pas de discrimination dans le cadre de mon travail. Je le ressens surtout dans la vie publique et dans la vie politique. »
  • 4:02Invité politiqueFait
    « On peut dire que l'effectivité des droits n'est pas encore au rendez-vous. »
  • 5:02Invité politiqueChiffre
    « Dans une ville comme Boulogne-Biancourt, c'est 36 millions d'euros pour mettre en accessibilité l'ensemble des établissements scolaires. »
  • 5:27Invité politiqueFait
    « Il y a eu un vrai retard à l'allumage. Sur le réseau francilien, il y avait un réel retard sur l'accessibilité des transports. »
  • 5:38Invité politiqueChiffre
    « Sur la période 2016-2024, des moyens ont été mis. On a investi 2,4 milliards d'euros pour rattraper ce retard. »
  • 7:28Invité politiqueChiffre
    « C'est pourquoi nous avons lancé, à l'occasion des Jeux Paralympiques avec Valérie Pécresse, le projet Métro pour tous. C'est-à-dire pour rendre un maximum de stations accessibles, mais c'est 20 ans de travaux et 20 milliards d'euros. »
  • 8:20Invité politiqueFait
    « Je pense qu'il y a aussi une auto-censure des personnes en situation de handicap qui imaginent que la politique, c'est très très dur et qu'elles auront des difficultés à faire valoir leur crédibilité et leurs compétences. »
  • 9:24Invité politiqueFait
    « C'est à nous de démontrer qu'on apporte plus que la simple image dans la vitrine, sur le prospectus, sur la fiche de campagne et qu'on apporte une vraie plus-value. »
  • 11:14Invité politiqueFait
    « On a besoin de précurseurs pour montrer que c'est possible. Et le député que vous citez fait partie de ces personnes. »
  • 12:40Invité politiqueFait
    « Qui est-ce qui regarde de travers la personne qui fait la queue à une caisse de supermarché, qui n'a pas de handicap visible et qui demande à passer devant les autres parce que la station pénible lui est difficile ? »
  • 15:03Invité politiqueFait
    « Pour moi, c'est la mère des batailles. Lorsque l'on a fait sa scolarité avec une personne en situation de handicap, alors non seulement les a priori sont tombés, mais on sait comment gérer, on n'a plus peur de cette différence. »

Temps de parole

  • Invité politique70 %
  • Présentateur30 %

0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce au don de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. C'était il y a 20 ans, jour pour jour. La loi sur le handicap était promulguée. Voulue par le président de l'époque, Jacques Chirac, le texte posait comme principe une compensation des conséquences d'un éventuel handicap à tout âge de la vie, avec des dispositions sur la scolarité, les revenus, l'emploi ou encore l'accessibilité, mais quid de la vie publique. Avec la vie politique, ce matin, nous recevons Pierre Denizio. Bonjour, monsieur. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin.

Vous portez les séquelles d'une pseudo-achondroplasie, une forme de nanisme qui entraîne de sévères problèmes articulaires handicapants. Vous êtes aussi maire adjoint de Boulogne-Biancourt, conseiller régional en Ile-de-France, également neuropsychologue. Pierre Denizio, qu'est-ce que la loi de 2005 a changé pour vous dans votre quotidien ?

1:00
Invité politique

La loi de 2005, elle a vraiment sorti le handicap uniquement du champ de la santé et du médico-social pour en faire un sujet sociétal, un sujet transversal pour que, finalement, dans tous les domaines, les collectivités aient le réflexe handicap. De penser le handicap dans l'accès à l'emploi, dans l'accès à l'école, dans l'accès au sport, aux loisirs, à la culture. Et ça, ça a été vraiment un vrai changement, une vraie avancée de cette loi qui perdure, je trouve.

1:29
Présentateur

Et pour autant, le handicap reste la première cause de discrimination en France. En tout cas, c'est ce que dit la défenseur des droits. Vingt ans après, est-ce que vous, vous souffrez encore de discrimination ?

1:40
Invité politique

Personnellement, oui, ça peut m'arriver, absolument, oui, oui. Lorsqu'on est en situation de handicap et qu'on a des responsabilités publiques et politiques, il y a toujours cette question de la crédibilité. Est-ce que cette personne est crédible ? Pourquoi elle s'occupe du handicap alors qu'elle est elle-même en situation de handicap ? Est-ce que ce n'est pas un peu bizarre ? Il y a le regard des personnes, eux, qui ont tendance à ne pas vous accorder suffisamment de crédibilité. Moi, si je me déplace avec un stagiaire, avec un collaborateur, les personnes vont avoir tendance à s'adresser au stagiaire ou à mon collaborateur, bien sûr.

2:15
Présentateur

Alors même que vous êtes neuropsychologue, donc même à l'hôpital ou là où vous exercez en tout cas, vous devez avoir une reconnaissance totale. Et pour autant, on s'adresse d'abord aux personnes qui ne sont pas handicapées.

2:25
Invité politique

Je ne ressens pas de discrimination dans le cadre de mon travail. Je le ressens surtout dans la vie publique et dans la vie politique. Comment vous l'expliquez ? C'est une bonne question parce que la maladie, la différence, le handicap est quelque chose de beaucoup plus naturel à l'hôpital. Et finalement, il y a aussi de nombreuses personnes en situation de handicap qui exercent dans le domaine de la santé. Les gens sont plus habitués. En politique, c'est beaucoup plus rare, puisqu'on est une poignée d'élus en situation de handicap.

Et donc, il y a ces a priori, ces représentations, ces mauvaises représentations des personnes avec qui on peut échanger sur l'homme politique en situation de handicap.

3:09
Présentateur

Cette loi dont on fête le 20e anniversaire, vous le disiez, a sorti le handicap du simple champ du médical. Que reste-t-il encore à faire ? Il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites, notamment sur l'accessibilité, sur la scolarité. À 7h10, sur notre antenne, nous étions en ligne avec une personne qui a réalisé un rapport sur le handicap qui disait qu'il y avait encore beaucoup à faire, notamment à l'école. Selon vous, Pierre Denisiot, que reste-t-il encore à faire ? Peut-être en quelques champs et puis après, on pourra approfondir les différents points.

3:39
Invité politique

Alors, ce qui a changé, c'est, comme je le disais tout à l'heure, c'est vraiment la perception du handicap comme un sujet sociétal. Donc ça, ça fait partie des avancées. Ensuite, la loi a posé les principes de l'accessibilité universelle, de l'accès à l'école, qui sont des thèmes particulièrement importants. L'accès au commerce, l'accès au transport. Là, il nous reste des chantiers extrêmement importants. On peut dire que l'effectivité des droits n'est pas encore au rendez-vous.

Alors, pour différents facteurs, peut-être le regard des Français en général, également les difficultés pour les collectivités dans des contextes budgétaires très contraints de mettre en œuvre ce que nous demandait la loi. La loi a posé les bons principes, mais sans permettre aux collectivités de disposer des moyens pour la mettre en application. Donc, les chantiers restent encore très nombreux et très importants. L'effectivité des droits n'est pas là. Par exemple, sur quel sujet ?

Par exemple, sur la mise en accessibilité des bâtiments publics, l'État est assez contradictoire, puisque la loi demande l'accessibilité des écoles, des théâtres, des piscines, et dans le même temps, retire des moyens aux collectivités. On en a beaucoup parlé à l'occasion du budget de cette année, mais ça ne date pas d'aujourd'hui. Quand on enlève la taxe d'habitation à une commune, on lui retire des moyens pour mettre en accessibilité ses écoles. Dans une ville comme Boulogne-Biancourt, c'est 36 millions d'euros pour mettre en accessibilité l'ensemble des établissements scolaires. C'est compliqué quand on est dans la situation économique actuelle.

Dans les transports, est-ce que ce que demande la loi a été appliqué ? Alors, le mouvement a été initié. Je connais bien le sujet des transports, puisque je suis administrateur d'Île-de-France Mobilité. Il y a eu un vrai retard à l'allumage. Sur le réseau francilien, il y avait un réel retard sur l'accessibilité des transports. Sur la période 2016-2024, des moyens ont été mis. On a investi 2,4 milliards d'euros pour rattraper ce retard. On l'a rattrapé, mais l'ensemble du réseau n'est pas encore accessible. On a multiplié par cinq l'accessibilité des transports. Parce que vous appelez l'accessibilité, c'est quoi ? Ce sont les ascenseurs ? Ce sont notamment les ascenseurs, mais pas seulement.

Et c'est peut-être aussi ça, une avancée de la loi de 2005, c'est de ne pas considérer le handicap qu'à travers les personnes qui sont en fauteuil roulant, mais de considérer l'ensemble des types de handicaps. Ce qui est en fait une toute petite partie, ceux qui sont en fauteuil roulant. Absolument. Je pense qu'il faut aussi considérer le handicap mental, le handicap psychique, cognitif, sensoriel. Tous ces handicaps n'étaient insuffisamment pris en compte. Et la loi de 2005 a permis à l'ensemble des acteurs qui travaillent sur la question du handicap d'ouvrir vraiment leur vision de nos concitoyens qui ont des besoins spécifiques.

6:30
Présentateur

Et donc dans les transports, les ascenseurs, mais pas que. Qu'est-ce qu'il y a d'autre à faire pour les personnes en situation de handicap dans les transports ?

6:37
Invité politique

C'est de permettre un maximum d'autonomie lorsque l'on prend un RER, c'est de poser des bandes podotactiles au sol, c'est des choses très concrètes. C'est de changer le matériel, c'est aussi, on n'y pense pas assez, mais la formation des personnes qui travaillent dans les transports. Bien souvent, il y a une méconnaissance des handicaps parmi les chauffeurs de bus, par exemple, qui sont de plus en plus formés, heureusement. Et voilà, il faut aussi investir dans l'humain, que les personnes qui travaillent dans les transports n'aient pas peur de la différence, puissent savoir comment est-ce qu'on accueille une personne en situation de handicap, comment on l'accompagne au mieux.

Ça, c'est très important dans les transports. Et puis, on a le sujet du métro pour tous. On a à Paris le réseau historique qui, sur plus de 300 stations, n'a à ce jour que 30 stations accessibles.

7:34
Présentateur

Il n'y a que 30 stations accessibles ?

7:37
Invité politique

Sur le réseau historique, absolument. C'est pourquoi nous avons lancé, à l'occasion des Jeux Paralympiques avec Valérie Pécresse, le projet Métro pour tous. C'est-à-dire pour rendre un maximum de stations accessibles, mais c'est 20 ans de travaux et 20 milliards d'euros. Ce qui coûte très cher. Oui, alors on a proposé trois tiers. Un tiers pour la région et les Îles-de-France Mobilité, un tiers pour l'État, un tiers pour Paris et les communes concernées. Et donc, là, on est dans le tour de table pour se mettre d'accord sur ce sujet.

8:05
Présentateur

Pierre Denisot, je le disais, vous êtes le porteur d'une forme de nanisme. Comment vous êtes-vous retrouvé vous-même en politique ? Parce qu'on peut considérer aussi qu'il y a une forme de discrimination à l'entrée dans la vie politique.

8:17
Invité politique

Alors, il y a peut-être une discrimination. Je pense qu'il y a aussi une auto-censure des personnes en situation de handicap qui imaginent que la politique, c'est très très dur et qu'elles auront des difficultés à faire valoir leur crédibilité et leurs compétences. Moi, j'invite toutes les personnes en situation de handicap à s'investir en politique pour travailler sur les sujets de handicap ou pour travailler sur d'autres sujets. Moi, je suis très content à Boulogne-Biancourt de travailler sur les questions du logement social, sur les affaires sociales, sur le CCAS. Il faut s'investir en politique et ne pas avoir peur. Il n'y a pas de raison que vous soyez réduit au sujet du handicap ? Non.

Alors, moi, je suis en charge du handicap à la région parce que c'est un choix. Je trouve que le handicap, c'est la plus belle des délégations parce que, justement, par cet aspect transversal, on touche à tous les domaines. On travaille sur le sport, sur la culture, sur les Jeux olympiques et paralympiques, sur les transports. Et c'est pourquoi je tiens à garder cette délégation à la mairie de Boulogne-Biancourt comme à la région. Mais on peut s'investir sur d'autres sujets et je le fais notamment.

9:17
Présentateur

Y a-t-il un risque d'être essentialisé, d'être réduit au handicap, d'être là parce qu'on est handicapé ?

9:24
Invité politique

C'est à nous de démontrer qu'on apporte plus que la simple image dans la vitrine, sur le prospectus, sur la fiche de campagne et qu'on apporte une vraie plus-value. Ça, c'est notre responsabilité.

9:35
Présentateur

Est-ce qu'il y a des films qui ont pu changer le regard sur l'handicap ? Je pense à plusieurs films qui sont sortis ces dernières années où soit des personnes en situation de handicap, soit des personnes porteuses de handicap psychique. Est-ce que vous avez senti un changement de regard ?

9:48
Invité politique

Alors, le changement de regard, oui, il est à l'œuvre. Il est insuffisant. Moi, je trouve qu'il est insuffisant. Mais les Jeux paralympiques, les films, des figures importantes, médiatiques qui portent le sujet du handicap peuvent faire évoluer les mentalités. Je pense que c'est aussi un des enjeux de la loi de 2005. C'est-à-dire qu'il y a eu une prise de conscience politique sur les sujets d'handicap, d'accessibilité, d'inclusion. Le changement de regard, je préfère même parler d'état, le changement d'état d'esprit n'a pas encore été totalement réalisé par les Français, je trouve. On doit travailler. On doit continuer de travailler.

10:23
Présentateur

Et vous-même, dans votre expérience, lorsque vous êtes rentré en politique, on le disait à la fois au Conseil régional d'Ile-de-France, à la fois à la mairie de Boulogne-Biancourt, c'est en région parisienne. Quel regard vous avez vu de la part des personnes qui vous entourent ? Vous disiez autocensure tout à l'heure. Est-ce que vous avez vu une discrimination de la part d'autres personnes dans la vie politique, dans l'exercice de vos mandats ?

10:42
Invité politique

Oui, j'ai pu en rencontrer. Je le disais tout à l'heure, la bataille pour la crédibilité, ne pas être ici simplement comme une illustration sur le prospectus, sur l'affiche de campagne. C'est pourquoi, vraiment, il faut investir le champ politique, montrer ses compétences un maximum.

11:04
Présentateur

En 2022, on a vu à l'Assemblée nationale un député en fauteuil roulant, Sébastien Pétavi. C'était le premier, je crois, député en fauteuil roulant. Ça contribue, ça aussi, à changer le regard ?

11:14
Invité politique

Oui, il y a besoin de figures, il y a besoin de symboles pour permettre aux personnes en situation de handicap de franchir le pas, de s'investir. On a besoin de précurseurs pour montrer que c'est possible. Et le député que vous citez fait partie de ces personnes.

11:31
Présentateur

Des précurseurs, donc. Je vais vous citer une encyclique de Benoît XVI, c'est Spécialvy. La mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance, à celui qui souffre. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants est une société cruelle et inhumaine. Est-ce que dans la société, aujourd'hui, on a un pas à faire dans l'acceptation du handicap encore ? Est-ce que, collectivement, on a un pas et quel pas ?

11:57
Invité politique

Ah oui, on a un pas très important. C'est une notion très, très importante. Là, moi j'entends cette petite musique qui s'installe en ce moment à l'occasion de l'anniversaire de cette loi, qui tente à mettre les retards pris par la loi uniquement sur le dos des politiques. Alors le dos des politiques, il est déjà large, mais qui se stationne sur des places PMR ? Qui est-ce qui refuse de voter dans un syndic la mise en place d'un ascenseur pour accéder à tous les étages ? Qui est-ce qui regarde de travers la personne qui fait la queue à une caisse de supermarché, qui n'a pas de handicap visible et qui demande à passer devant les autres parce que la station pénible lui est difficile ?

La station de boule lui est pénible. Exactement. Ce sont les Français lambda, les Français qui ne se sentent pas concernés. Donc je pense que la loi, ça ne doit pas être seulement l'occasion d'un défouloir sur le politique, parce que ce serait trop facile, mais que chacun s'interroge sur la place qu'il fait à la différence, la place qu'il fait au handicap et plus globalement la place qu'on peut faire à la fragilité. Pour moi, la fragilité, c'est le moteur de l'humanité.

Si on a ce mouvement, ce regard particulier sur les personnes qui nous sont différentes, si on a ce mouvement de fraternité, de solidarité, alors on échappe à une société déshumanisée, où c'est la loi du plus fort finalement qui règne. Et c'est en cela qu'on a encore beaucoup de travail à faire.

13:27
Présentateur

La fragilité est le moteur de la fraternité. Vous disiez, la fraternité est-elle un peu le chénon manquant dans notre triptyque républicain ? Liberté, égalité, fraternité. Vous parliez de fraternité. Quelle politique parle encore de fraternité aujourd'hui ?

13:43
Invité politique

En fait, c'est toute la promesse républicaine qui n'est pas au rendez-vous. Et c'est un élu qui le dit. Tout à fait. C'est pour ça que je me suis investi en politique notamment. C'est la promesse républicaine. C'est la liberté. Il y a beaucoup de personnes en situation de handicap qui n'ont pas la liberté d'aller et venir, de choisir leur vie, de choisir là où elles vont vivre, de choisir quand elles vont sortir. L'égalité. L'égalité des droits n'est pas effective. On le disait en préambule au début de votre interview. Et puis, la fraternité. Voilà. Tout ce qui nous décentre de nous-mêmes pour aller vers les autres, oui, elle est manquante.

14:19
Présentateur

Est-ce que ce n'est pas la fraternité qui peut faire le chénon ? Est-ce que le problème, ce n'est pas aussi que lorsqu'on voit une personne en fauteuil roulant, on ne va pas forcément vers elle pour savoir si elle a besoin d'aide ? Est-ce que ce n'est pas aussi quand on a une personne aveugle qui cherche à avoir accès au transport en commun et qui n'y peut pas parce que ça n'est pas forcément bien adapté ? On ne va pas forcément vers elle. On ne prend pas le temps aussi de l'accompagner. Est-ce qu'il n'y a pas un enjeu sur la fraternité pour pouvoir avoir la liberté d'égalité ?

14:45
Invité politique

Il y a eu une peur et une méconnaissance de la part des personnes qui ne se sont pas concernées directement par le handicap vis-à-vis des personnes en situation de handicap. Pour cultiver cette fraternité, il est très important de mettre vraiment l'accent sur la scolarisation pour tous. Pour moi, c'est la mère des batailles. Lorsque l'on a fait sa scolarité avec une personne en situation de handicap, alors non seulement les a priori sont tombés, mais on sait comment gérer, on n'a plus peur de cette différence.

Et lorsqu'on sera adulte, lorsque ces enfants qui ont cohabité avec des gamins handicapés à côté d'eux en classe seront adultes, alors il n'y aura plus cette peur, il n'y aura plus cette gêne et les choses seront beaucoup plus naturelles.

15:25
Présentateur

Alors même que la cour de récréation pour les personnes en situation de handicap peut sans doute être cruelle ?

15:31
Invité politique

Alors elle peut être cruelle quand elle n'est pas accompagnée. Il y a des inclusions qui ne se passent pas très bien parce qu'elles ne sont pas assez accompagnées finalement. C'est pourquoi, pour moi, l'école, c'est vraiment la mère des batailles.

15:42
Présentateur

Vous, entre votre vie politique, qui constitue une partie de votre emploi du temps, et votre activité professionnelle, celle de neuropsychologue, Est-ce que vous voyez une différence justement dans le traitement, dans l'accompagnement dont vous parlez, de votre handicap ?

15:58
Invité politique

Alors oui, je fais des ponts entre les deux, et c'est d'ailleurs par mon travail que je suis venu à la politique. C'est parce que je travaillais à l'hôpital, parce que j'ai pris conscience de la capacité que j'avais à être utile à mes patients et à leur famille, que j'ai eu envie de leur être utile en dehors de l'hôpital, et d'être utile et de servir mes concitoyens. C'est comme ça que je suis venu à la politique. Donc oui, il y a des domaines de recoupement entre mon activité professionnelle et mon engagement politique.

16:27
Présentateur

Mais dans le traitement, vous disiez tout à l'heure que dans votre activité professionnelle à l'hôpital, vous n'avez peu subi de discrimination. Est-ce que c'est aussi parce que par nature, l'hôpital est un lieu où l'on connaît la fragilité, où on l'apprivoise ?

16:42
Invité politique

C'est exactement cela. Il y a beaucoup moins de peur sur la différence. On regarde plus l'humain que la pathologie. En tout cas, j'ai la chance d'être dans une institution, à la PHP, où on place vraiment l'humain au cœur de nos préoccupations. Et ça permet une vision beaucoup plus saine des personnes.

17:04
Présentateur

Quelle place pour la fragilité aujourd'hui. En tout cas, c'est peut-être le message aussi qu'on peut retenir de votre témoignage ce matin. Merci beaucoup Pierre Denizio. Je rappelle que vous êtes donc atteint d'une forme de nanisme. Mais vous êtes aussi maire adjoint de Boulogne-Biancourt, conseiller régional en Ile-de-France, neuropsychologue à l'occasion des 20 ans de la loi sur le handicap. Donc 20 ans jour pour jour, ce texte promulgué sous la présidence de Jacques Chirac. C'était le 11 février 2005. Qui posait donc comme principe une compensation des conséquences d'un éventuel handicap à tout âge de la vie. Merci beaucoup d'avoir accepté ce matin notre invitation.