Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous· 18 février 2026 12 min

Meurtre de Quentin : J. Bardella cible LFI et l’"ultragauche"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

que J.-L.Mélenchon, en remettant une pièce dans la machine, à tout conflictualiser, comme il l'a fait hier pendant 1 heure 45, oui, il a une part de responsabilité.

Ca peut finir dans la rue. - A.-E.Lemoine: Il a qualifié R.Arnault de bon député, de travailleur qui fait honneur au mouvement.

M.Bregeon, porte-parole du gouvernement, appelle à l'exclure temporairement du groupe LFI de l'Assemblée. Plus les appels à la démission se multiplieront, plus J.-L.Mélenchon et LFI soutiendront leurs députés? - A.Oberdorff: Vous pouvez en être sûrs.

C'est le réflexe de la citadelle assiégée. Plus la mitraille des journalistes et de la bourgeoisie de préfecture va se mettre à accabler LFI, plus J.-L.Mélenchon mettra un point d'honneur à ne pas reculer.

Ils adoptent une posture militaire qui consiste à préférer mourir sur place que reculer. C'est ce que disait très bien S.Chikirou. "Pour me faire baisser les yeux, il faudra me les crever." Plus les appels à la démission de R.Arnault vont se multiplier, plus J.-L.Mélenchon ne désavouera pas son jeune protégé. - P.Cohen: Personne ne peut le forcer à quitter son fauteuil de député. - A.-E.Lemoine: A part les urnes.

J.Bardella prône désormais ce "tout sauf LFI" au 1er tour des municipales le 15 mars, là où les insoumis seront capables de remporter des municipalités. Est-ce que cette tentative de front républicain renversé a des chances de succès? - M.Magal: Le RN boit du petit lait.

Il se sert de nouveau de LFI comme d'un levier pour sa dédiabolisation. Ils veulent tout essayer pour éviter qu'un nouveau front républicain comme en 2024 se mette en place. De plus en plus d'élus, M.Bregeon, F.Hollande...

Des voix Se lèvent pour dire qu'une alliance avec LFI n'est plus possible. - A.Oberdorff: Malheureusement, trop souvent, la diabolisation de LFI va de pair avec une normalisation du RN.

Dans le même temps, il y a nombre de collaborateurs du RN qui ont des expressions sur X qui devraient leur valoir d'être suspendus... - M.Magal: Pas seulement des expressions.

On a des articles, régulièrement, de "Libération" qui pointent du doigt des collaborateurs qui sont directement recrutés dans ces groupuscules. La conjoncture permet aujourd'hui de dire au RN que la violence politique a changé de camp et que ça absout le RN de toute proximité avec des groupuscules violents. C'est plus compliqué que ça. - A.-E.Lemoine: J.Bardella A qualifié la Jeune Garde de "bras armé du parti mélenchoniste sur le modèle des milices paramilitaires des années 30".

On peut s'interroger sur cette comparaison, alors que le RN est souvent ramené à son histoire, celle d'un parti dont les racines sont à trouver dans les mouvements d'extrême droite de l'après-guerre. - M.Magal: Ne serait-ce que dans les prochains jours, des rassemblements vont être organisés par l'Action française, qui seront des rassemblements conjoints avec la Cocarde étudiante, qui est un des viviers principaux de recrutement du RN dont sont issus plusieurs cadres du parti.

Les liens persistent mais peinent à percer le mur du son. Le RN utilise l'outrance et la posture de LFI pour se protéger de ses propres accointances. - A.-E.Lemoine: Pourtant, le RN assure avoir coupé les ponts avec l'ultradroite.

C'est une des questions que vous abordez dans votre enquête. Les ponts n'ont pas été effectivement coupés? - M.Magal: Non seulement ils n'ont pas été coupés, mais ce qu'on a écrit et décrit dans notre livre avec Nicolas Massol, c'est que cette nouvelle génération a été en partie instruite et nourrie à la pensée radicale dans les groupuscules.

Il n'y a plus de cordon sanitaire entre des représentants de partis de la droite, de l'extrême droite ou de groupuscules. C'est un écosystème poreux. Il n'y a pas de frontières.

Il le fait sous les radars médiatiques, notamment avec la nouvelle génération, ces jeunes qui opèrent ça depuis une dizaine d'années. - A.-E.Lemoine: Le risque, c'est que le climat explosif ait des conséquences sur la campagne des municipales en cours? - A.Oberdorff: Evidemment.

Le risque, c'est que les prises à partie de candidats se multiplient, que les incidents en marge des meetings se multiplient aussi. Le risque, c'est une fracturation de la France en deux. J'ai le sentiment qu'au fond, ce qui se passe autour de la récupération du drame de Lyon, parce qu'il y en a une, vise à ce qu'une partie seulement de la France puisse communier avec le martyr de la mort de ce jeune homme.

Il y aurait, quelque part, les jeunes comme Q.Deranque, donc catholiques, militants nationalistes identitaires, qui seraient les martyrs de l'extrême droite. Et il y aurait Nahel, qui serait le martyr de la gauche.

Ou encore d'autres comme ce jardinier du Val-de-Marne mort d'une stigmatisation des musulmans qui tue dans ce pays. Cette fragmentation dans le pays est effrayante. F.Ruffin en avait bien parlé.

Il y a une forme de demi-cécité. On ne fait preuve d'empathie plus que pour les gens qui appartiennent à notre camp. C'est dangereux. - E.Tran Nguyen: F.Hollande a rappelé qu'il ne pouvait plus y avoir d'alliance avec LFI.

F.Hollande a dit que c'était de la stratégie... - F.Hollande: La 1re responsabilité depuis des mois, c'est d'entretenir une espèce de brutalité dans l'expression, de dénonciation permanente, de mise en accusation, d'outrance, de formules verbales qui blessent...

Mais là, il s'agit d'une volonté de faire qu'il n'y ait, entre l'extrême droite et cette gauche radicale ou cette extrême gauche, plus rien. Que le débat soit focalisé entre ces formes de brutalité. - E.Tran Nguyen: On a entendu F.Hollande, R.Glucksmann et J.Guedj condamner LFI.

D'autres voix à gauche sont plus silencieuses. Pourquoi? - A.Oberdorff: Il y a au moins 3 raisons.

Certaines sont peu avouables. La 1re, c'est le fait de ne pas vouloir, à gauche, hurler avec la meute, passer pour des charognards qui profiteraient d'un moment où LFI est à terre, et participer d'une "curée" anti-LFI avec des figures telles que M.Maréchal-Le Pen, S.Knafo...

La 2e raison, c'est qu'il y a la crainte que LFI joue le rôle d'ennemi numéro 1 et que ça obère le risque d'une extrême droite au pouvoir. Le 3e, c'est les raisons électoralistes. Dès lors que vous posez un cordon sanitaire avec LFI, vous devez accepter l'idée qu'il va vous falloir payer les dommages collatéraux dans les urnes.

Le 15 et le 22, il faudra accepter de perdre certaines mairies ou de ne pas en conquérir d'autres. - A.-E.Lemoine: Que pourrait dire O.Faure, dont le silence est assourdissant? - P.Cohen: Il a eu 1 ou 2 messages. - A.Oberdorff: Son silence a interpellé.

Hier, j'ai tenté de le joindre. On nous faisait savoir, dans son entourage, qu'il ne souhaitait pas donner le sentiment qu'il y avait une forme de récupération politique. Ce soir, il a fait un billet sur Mediapart...

Il parle du climat de brutalisation, mais il ne va pas plus loin. - A.-E.Lemoine: Que dire de cette génération Bardella que vous cartographiez dans cette enquête? - M.Magal: Ce qui est certain, de leur côté, ce qu'ils formulent depuis plusieurs années, c'est qu'ils sont la génération qui sera amenée à prendre le pouvoir si le RN l'emporte en 2027, et encore plus si c'est autour de la candidature Bardella.

C'est une génération militante, politique et médiatique, avec les médias Bolloré qui se sont mis en ordre de bataille derrière l'extrême droite dans le cadre de cette affaire, qui sera amenée à prendre le pouvoir et à investir les ministères. - A.-E.Lemoine: Il y a quand même des divergences? - M.Magal: Oui.

Ce qui est nouveau, c'est que cette génération estime que les divergences qu'ils ont sont mineures comparé à ce qui les rapproche, c'est-à-dire la même vision de l'identité française. - P.Cohen: Le mieux, c'est "identitaire" devant tout le reste. - M.Magal: C'est quelque chose qu'ils ont admis communément.

Ce qui les rassemble, c'est l'identité. Le reste est accessoire. - A.Oberdorff: J'observe au quotidien, à gauche, le mouvement inverse.

A gauche, on creuse les tranchées entre les gauches irréconciliables théorisées par M.Valls. Tantôt LFI accuse le PS d'être représentant d'une gauche coloniale et génocidaire sur la question de Gaza...

On affine ces clivages. On durcit les positions. Tout ce qui est susceptible de fédérer, comme le combat pour la justice sociale, ce qui ne paraît pas aberrant, ça paraît trop consensuel.

De la même manière, M.Le Pen...

On a évoqué les liens qui l'unissent avec son passé gudard. Elle cache les liens avec le GUD. La fameuse expression des "brebis galeuses"...

J.-L.Mélenchon ne se cache pas.

Les faits d'armes de R.Arnault et ses amis leur valent des promotions à l'intérieur des LFI. C'est ce qui m'interpelle.

C'est peut-être un renoncement à la conquête du pouvoir. - P.Cohen: On a vu quelques gudards à la Sorbonne lors de l'hommage à Quentin.

Il y avait M.Maréchal, E.Zemmour aussi, Vardon le Niçois... - M.Magal: Il y avait toute l'extrême droite groupusculaire qui s'est mise en ordre de bataille, élus RN, élus Reconquête!, et les groupuscules.

Il y avait le groupuscule Les Natifs, qui a pris la suite de Génération identitaire.