L'EUROPE PRÉFÈRE L'AGRO BUSINESS AUX DROITS DES PAYSANS
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« La Déclaration des droits des paysans consacre le principe de la souveraineté alimentaire. »
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Si je vous dis que les pays de notre grande, belle et généreuse Europe ont catégoriquement refusé de voter pour un texte réaffirmant un certain nombre de droits élémentaires pour les paysans du monde entier, vous me croyez… Oui ???
Non ???
Eh ben, vous devriez. Générique Le 28 septembre 2018, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, basé à Genève, adoptait la déclaration des Nations unies pour les droits des paysans. On peut ainsi citer le droit à la terre, aux semences, à l’information, à la sécurité sociale.
Ce vote, qui doit être confirmé par l’Assemblée générale des Nations unies à New York et qui est potentiellement un outil puissant de mobilisation sociale, est le fruit d’un long combat de la société civile. Comme nous le raconte Melik Ozden, de l’ONG suisse Centre Europe Tiers Monde (CETIM). « C’est parti d’une organisation paysanne d’Indonésie, membre de la Via Campesina.
C’est le mouvement mondial de la paysannerie familiale, qui est présente dans 73 pays répartis sur tous les continents et revendique 250 millions de membres. En 2008, ce mouvement a adopté sa propre déclaration sur les droits des paysans. A ce moment-là, le mouvement a décidé de saisir l’ONU pour que la déclaration soit adoptée et devienne une référence pour les Etats et les collectivités publiques.
Depuis, il y a eu, chaque année, des dizaines et des dizaines de consultations pour arriver au texte qui a été adopté en plénière au Conseil des droits de l’Homme ». C’est une belle histoire, et on pourrait avoir envie de chanter. (ô happy day de Sister Act en voix off) Sauf que… sauf que… même si ce texte a été adopté à la majorité des pays siégeant au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il n’a pas fait l’unanimité.
Situons sur une carte du monde les pays qui ont voté pour cette déclaration onusienne. Regardons les pays qui ont voté contre… Et voici les planqués qui ont préféré s’abstenir. Sincèrement, sur ce coup, on a l’impression d’être grosso modo dans un match « les Européens et leurs alliés » contre le reste du monde.
On a presque envie de demander à quoi ça rime tout ça, vu que les pays d’Europe sont justement ceux qui assurent le mieux au monde un certain nombre de droits fondamentaux à leurs agriculteurs. Alors que nombreux sont les gouvernements qui ont endossé ce texte, au risque de le voir nourrir les revendications de leur paysannerie. Quand on consulte les comptes rendus des débats à l’ONU, une expression revient en boucle dans les objections des pays occidentaux.
Droits collectifs. Cette déclaration onusienne créerait des droits nouveaux, de nature collective. Des droits de troisième génération, allant plus loin que la conception traditionnelle des droits de l’Homme, qui sont plutôt des droits individuels.
Et à qui ces droits pourraient donc être opposés ? Aux multinationales engagées dans ce que l’on appelle l’accaparement des terres ou dans la commercialisation des semences génétiquement modifiées, par exemple. D’autant plus que la Déclaration des droits des paysans consacre le principe de la souveraineté alimentaire, qui s’oppose à la sacro-sainte religion du libre-échange.
C’est en tout cas ce que pense François Graas, de l’ONG SOS FAIM, basée en Belgique. « C’est clairement un choix européen qui est probablement plus dicté par les intérêts de l’agro-business que par les intérêts des paysans. C’est effectivement très dommage de voir que dans ce cas-ci, l’UE n’est pas capable de jouer un rôle de leader pour une cause extrêmement importante qui est celle des paysans, qui touche quand même une centaine de millions de personnes sur terre.
La plupart des personnes sur terre qui ont faim sont des paysans. Et voir des Etats membres de l’UE incapables de voter en faveur d’un texte pour les droits des paysans, c’est extrêmement décevant. » On comprend la déception de cet activiste.
Au Sénégal, par exemple, SOS FAIM et d’autres organisations essaient tant bien que mal de protéger une filière laitière qui était déjà menacée par les importations des surplus d’une production européenne dont il faut rappeler qu’elle est largement subventionnée. Et qui va encore plus souffrir de la logique de libre-échange entre riches et pauvres contenue dans les Accords de partenariat économique qui lient l’Europe et l’Afrique. « On va limiter les possibilités pour les Etats africains de mettre des limites aux importations de produits agricoles européens.
Très clairement, ils ne seront plus en mesure de protéger leurs marchés de manière libre dans le futur. » Pour finir cette chronique, une petite suggestion : et si les forces de progrès se débrouillaient pour mettre ce sujet à l’agenda lors de la campagne en vue des prochaines élections européennes ? Ce serait bien non ?
Dominique Theophile