Ne pas se focaliser sur le cours de la bourse : la présidente de l'Institut de l'économie positive plaide pour le "capitalisme patient"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:38OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que l'économie positive ?
- 1:14OuverteRéponse directe
Vous publiez un classement des pays de l'OCDE mesurant cette positivité. Pouvez-vous nous en parler ?
- 2:43OuverteRéponse directe
La place des femmes dans la gouvernance progresse, mais des discriminations persistent. Comment l'analysez-vous ?
- 3:22OuverteRéponse directe
De quoi s'agit-il exactement, le French Woman Entrepreneur 40 ?
- 3:50FerméeRéponse directe
Selon quels critères exactement ?
- 4:40OuverteRéponse directe
Pandémie et guerre en Ukraine ont-elles fait évoluer votre perception des choses ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:42InvitéFait
« l'économie positive, c'est celle qui privilégie le long terme sur le court terme, c'est-à-dire que c'est l'économie qui s'inscrit dans ce qu'on appelle le capitalisme patient. »
- 1:33InvitéFait
« c'est le même trio gagnant, c'est-à-dire Suède, Norvège, Danemark en tête »
- 1:41InvitéFait
« avec des politiques ultra volontaristes et très ambitieuses, notamment sur la partie environnementale, avec le sujet de la neutralité carbone qui est apparu en 2008 »
- 1:52InvitéFait
« avec la taxe carbone qui a été mise en place en 1990 »
- 2:01InvitéChiffre
« On peut se féliciter quand même parce qu'en 2015 on était à la dix-neuvième place, cette année on est au seizième rang. »
- 2:25InvitéFait
« notamment pour casser le cycle de la pauvreté, il nous faut six générations et on a un système de reproduction des inégalités encore beaucoup trop important. »
- 3:00InvitéFait
« Le pouvoir continue à être largement confisqué par les hommes. »
- 3:09InvitéPromesse
« qu'on ait par exemple un secrétaire général de l'Elysée qui soit une femme, président de l'Assemblée nationale. »
- 5:00InvitéPromesse
« une des mesures justement de mon manuel, c'était la sanctuarisation des budgets au niveau national et au niveau international sur l'éducation pour revaloriser le métier d'enseignant »
- 5:14InvitéFait
« la réforme de l'éducation nationale qui a eu lieu en France, elle s'est faite en petit comité. Elle a été menée par McKinsey. Est-ce qu'on a impliqué les enseignants ? Non. Est-ce qu'on a impliqué les proviseurs ? Non. »
- 6:11InvitéChiffre
« Ça reste évidemment un combat. En même temps, tant qu'on ne mettra pas l'argent nécessaire sur la table, 50 millions d'euros, c'est rien. »
- 6:17InvitéChiffre
« Quand on regarde nos voisins en Espagne, simplement sur le sujet de la violence faite aux femmes, ils investissent 200 millions d'euros. »
- 6:23InvitéChiffre
« 41% des jeunes entre 18 et 24 ans n'ont pas été votés. »
Temps de parole
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Bonsoir à tous. Alors que la guerre en Ukraine fait craindre le pire pour l'économie mondiale, certains pays se montrent plus résilients, plus résistants dans la crise. En tout cas, pratiquement partout, les femmes occupent de plus en plus de place dans la gouvernance, même s'il reste bien sûr beaucoup de discrimination. Bonsoir Audrey Tcherkov.
Bonsoir Emmanuel Kini.
Vous présidez donc l'Institut de l'économie positive que vous avez fondé il y a quelques années. Il y a 4 ans. 4 ans précisément, voilà, avec l'économiste Jacques Attali, c'est un groupe de réflexion dont l'objectif est d'accompagner les institutions, les entreprises dans le changement. Déjà peut-être une définition, qu'est-ce que l'économie positive ?
Alors l'économie positive, c'est celle qui privilégie le long terme sur le court terme, c'est-à-dire que c'est l'économie qui s'inscrit dans ce qu'on appelle le capitalisme patient. Et on va travailler sur des temps plus longs pour avoir des résultats qui ne vont pas soit avoir un impact désastreux sur la planète ou alors encore avoir des conséquences catastrophiques sur le plan social. Et donc ça, ça stipule évidemment que nos dirigeants économiques et politiques ne se concentrent pas soit sur le cours de bourse de la semaine prochaine ou sur leur réélection et donc mettre l'intérêt général avant nos intérêts personnels.
Donc c'est l'intérêt de long terme en fait. Alors vous publiez justement un intéressant baromètre, c'est un classement, le classement des pays de l'OCDE qui mesure justement cette positivité. Si on dresse un rapide portrait de ce classement, on voit d'abord que ce sont les pays d'Europe du Nord qui sont largement en tête.
Oui absolument, alors c'est la dixième édition de ce classement et sans surprise encore, c'est le même trio gagnant, c'est-à-dire Suède, Norvège, Danemark en tête, avec des politiques ultra volontaristes et très ambitieuses, notamment sur la partie environnementale, avec le sujet de la neutralité carbone qui est apparu en 2008, avec la taxe carbone qui a été mise en place en 1990, donc très très en amont. Et puis la position de la France qui est aussi toujours en milieu de classement. On peut se féliciter quand même parce qu'en 2015 on était à la dix-neuvième place, cette année on est au seizième rang.
Donc c'est un peu mieux et ça s'explique notamment par une amélioration de nos infrastructures. Ça s'explique aussi notamment par rapport au fait que quand même, globalement, au sein des pays de l'OCDE, la France garde son scope sur les accords de Paris un peu plus que les autres. En revanche, sur la partie éducation, on en est quand même très loin puisque vous savez qu'en France, notamment pour casser le cycle de la pauvreté, il nous faut six générations et on a un système de reproduction des inégalités encore beaucoup trop important.
Audrey Tcherkov, et la place des femmes dans tout cela, je disais, de plus en plus présente dans la gouvernance un peu partout, mais avec toujours des discriminations qui demeurent ?
Alors la place des femmes, c'est un vaste sujet. On peut se féliciter évidemment des avancées extraordinaires qui ont eu lieu cette dernière décennie. En revanche, on est encore évidemment très très loin du compte. Je pense qu'il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Le pouvoir continue à être largement confisqué par les hommes. On peut rêver justement que ce prochain quinquennat soit un peu ambitieux et qu'on ait par exemple un secrétaire général de l'Elysée qui soit une femme, président de l'Assemblée nationale.
Alors il y a de nombreuses initiatives quand même qui existent un peu partout. On peut citer ce soir le French Woman Entrepreneur 40, c'est ça ? De quoi s'agit-il exactement ?
Oui, le French Woman Entrepreneur 40, c'est un collectif qui s'est mis en place avec des acteurs comme la BNP, comme Beboss, comme HEC, comme Ecovadis, comme la BPI, comme les Women's Forum, qui ont décidé de créer le premier palmarès féminin qui va chaque année mettre en lumière les 40 femmes qui sont à la tête d'une entreprise en croissance qui a un impact positif sur l'environnement. Et puis en accompagnant tout au long de l'année ces femmes, en leur donnant...
Selon quels critères exactement ?
Alors c'est PME, TPI, ETP, Startup également, parce que c'est important en tout cas d'avoir un champ assez large. Il faut un minimum en revanche de trois années d'existence. L'inscription est complètement gratuite.
Donc les inscriptions sont en cours, les appels à candidature sont ouverts jusqu'au mois de septembre. Exactement. On va sur un site pour s'inscrire ?
Oui, fwe40.com. Et vous voyez, c'est intéressant parce que ça montre encore une fois la puissance du collectif. Quand plusieurs organisations, qu'elles soient académiques ou économiques, se mettent en place, on peut faire beaucoup de choses.
Alors revenons à l'économie positive. Audrey Tcherkov, tout cela dans un contexte international très tendu. Bien sûr, vous avez publié il y a, je crois, deux ans un petit manuel chez Fayard, manuel pour une sortie positive de la crise. Alors pandémie et guerre en Ukraine vous ont-ils fait un petit peu changer d'avis sur la perception des choses ?
En tout cas, ce qui ne change pas, c'est qu'encore une fois, les intérêts du court terme priment sur le long terme. Et par ailleurs, une des mesures justement de mon manuel, c'était la sanctuarisation des budgets au niveau national et au niveau international sur l'éducation pour revaloriser le métier d'enseignant, pour assurer que chaque élève ait accès aux mêmes chances. Et quand on voit par exemple la réforme de l'éducation nationale qui a eu lieu en France, elle s'est faite en petit comité. Elle a été menée par McKinsey. Est-ce qu'on a impliqué les enseignants ? Non. Est-ce qu'on a impliqué les proviseurs ? Non.
Et d'ailleurs, c'est intéressant parce que la méthodologie sur laquelle je me suis basée dans ce manuel, c'était vraiment sur l'intelligence collective. C'est-à-dire qu'on a été interrogés tous les citoyens du G20. Enfin, une grande partie en tout cas. On a fait appel à une trentaine d'experts. Et c'est important ce débat citoyen, cette démocratie, qu'on ressent plutôt une fois tous les cinq ans en France.
Samedi, Emmanuel Macron sera investi président de la République pour un second mandat. Qu'est-ce que vous attendez de ce quinquennat ? Notamment la place des femmes que vous évoquiez dans le gouvernement ?
Oui, la place des femmes. Alors évidemment, il y a eu des avancées qui ont été importantes et qui ont été menées par les deux ministres. Je ne sais pas si on peut les citer. Elisabeth Moreno et Marlène Schiappa, notamment sur les violences faites aux femmes, mais aussi en termes d'égalité professionnelle. Ça reste évidemment un combat. En même temps, tant qu'on ne mettra pas l'argent nécessaire sur la table, 50 millions d'euros, c'est rien. Quand on regarde nos voisins en Espagne, simplement sur le sujet de la violence faite aux femmes, ils investissent 200 millions d'euros. Donc un, c'est un sujet d'argent.
Et puis les deux autres sujets prioritaires, à mon sens, c'est un, comment réenchanter l'implication de la jeune génération ? 41% des jeunes entre 18 et 24 ans n'ont pas été votés. Et puis évidemment, stop au communautarisme.
Le président réélu consulte en ce moment pour le poste de Premier ministre. Est-ce que vous avez un pronostic parmi les femmes décideuses ?
Alors je n'ai pas de pronostic. En revanche, je trouve que ce qui se passe est assez intéressant et ça nous donne une définition un peu différente de la vision du pouvoir qu'ont les femmes par rapport aux hommes, puisqu'il y en a certaines qui viennent de refuser parce qu'elles n'étaient pas forcément en adéquation avec leur système de valeurs. Donc pas de pronostic. En revanche, j'espère que ce serait une femme.
Merci beaucoup Audrey Tcherkov, présidente de l'Institut de l'économie positive, invitée de l'éco de France Info ce soir. Merci beaucoup.