Karine Clément : "L'environnement dans lequel nous vivons favorise l'obésité"
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Questions et réponses
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On est face à un vrai problème de santé publique ?
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En 1997, il y en avait deux fois moins, donc ça a doublé en 25 ans ?
- 2:10OuverteRéponse directe
Comment vous l'expliquez ?
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Il y a moins d'obèses chez les cadres que chez les ouvriers ?
- 3:09OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a un facteur génétique aussi ?
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Ça permet d'affiner les politiques de prévention ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 8 millions de personnes souffrent d'obésité en France, chiffre donné par l'Inserm. »
- 0:19PrésentateurChiffre
« 8 millions, ça fait 17% de la population adulte. »
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« Déjà en 2012, on voyait l'augmentation des chiffres dans les enquêtes régulières. »
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« En 1997, il y en avait deux fois moins, donc ça a doublé en l'espace de 25 ans. »
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« Vers 2012 il y avait des chiffres de 5,5% de jeunes en situation d'obésité, aujourd'hui on atteint presque 10%. »
- 3:21InvitéFait
« Il y a eu beaucoup de travaux depuis 30 ans maintenant qui ont étudié les facteurs génétiques. »
- 3:47InvitéChiffre
« Il y a des cas même rares, à peu près 2% des obésités sévères, pour lesquels c'est vraiment lié à une cause génétique. »
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« Aujourd'hui, il y a une nouvelle génération de médicaments qui vient de la recherche, aussi au départ, dans le diabète. »
- 6:37InvitéFait
« Il y a une des molécules qui est en vente, qui aujourd'hui n'est pas remboursée, mais qui peut être prescrite pour l'indication obésité. »
- 6:41InvitéFait
« La Haute Autorité de Santé, en décembre dernier, a émis un avis favorable pour une autre molécule. »
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« Ce sont des traitements qui dépassent plus... Enfin, peut-être 250, 300 euros par mois. »
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France Inter, Mathilde Munoz, le 5-7. Il est 6h20, 8 millions de personnes souffrent d'obésité en France, chiffre donné par l'Inserm qui a fait le point hier sur cette pathologie et les traitements qui existent. Bonjour Karine Clément. Bonjour. Vous êtes médecin, professeur de nutrition à Sorbonne Université, vous dirigez également une unité de recherche sur l'obésité à l'Inserm, 8 millions, ça fait 17% de la population adulte, parce qu'on parle bien de personnes majeures. On est face à un vrai problème de santé publique ?
Oui, on est face à un problème de santé publique, c'est pas récent, on sait depuis longtemps que l'obésité est une maladie. Déjà en 2012, on voyait l'augmentation des chiffres dans les enquêtes régulières qui ont été réalisées. Donc l'obésité dans le monde est un vrai problème de santé publique et on pensait être protégé en France. et on voit qu'on suit la pente d'autres pays européens.
Oui, pour reprendre les chiffres, j'ai vu qu'en 1997, il y en avait deux fois moins, donc ça a doublé en l'espace de 25 ans. Et on parle bien d'une pathologie, pas de quelqu'un qui pense qu'il a quelques kilos à perdre.
Absolument, donc l'obésité c'est une maladie, donc en fait la définition clinique c'est l'augmentation de la masse grasse ayant des conséquences sur la santé. On a un index qui est simple, qui est le rapport du poids en kilos sur la taille en mètres au carré. Mais c'est une véritable pathologie qui fait appel à des processus biologiques compliqués et puis aussi en interaction avec notre environnement, l'environnement dans lequel nous vivons qui favorise aussi l'obésité. Et ce qui est inquiétant c'est que les chiffres sont en forte hausse chez les jeunes.
Absolument, donc chez les jeunes dans la dernière enquête qui vient d'être publiée en janvier dernier, on voit une augmentation notamment chez les 18-24 ans, ça a plus que doublé, c'est-à-dire que vers 2012 il y avait des chiffres de 5,5% de jeunes en situation d'obésité, aujourd'hui on atteint presque 10%. Et comment vous l'expliquez ? Alors probablement lié au fait que, comme je vous le disais, notre environnement favorise en fait l'obésité. On mange différemment, on bouge beaucoup moins. Il y a d'autres facteurs qui peuvent être aussi liés au stress par exemple. Et puis il y a des relations aussi entre la progression de l'obésité et puis le statut socio-économique.
Donc il y a beaucoup moins de progression de l'obésité dans les niveaux des catégories socio-professionnelles les plus élevées et par rapport aux personnes, aux ouvriers par exemple.
Il y a moins d'obèses chez les cadres que chez les ouvriers, ça aussi c'est un aspect effectivement de votre étude. Absolument. Et qui prend en compte aussi d'autres critères, il y a le sexe, la région où l'on vit, et évidemment ce que vous disiez, l'environnement socio-économique. Il y a vraiment plusieurs paramètres.
Absolument, c'est multifactoriel et il y a probablement aussi des facteurs qu'on n'appréhende pas encore complètement.
Est-ce qu'il y a un facteur génétique aussi ? Est-ce que ça s'est avéré ?
Oui, également. Donc il y a eu beaucoup de travaux depuis 30 ans maintenant qui ont étudié les facteurs génétiques. Et effectivement, on est inégaux devant la prise de poids. Donc il y a des personnes qui vont avoir une susceptibilité génétique plus importante que d'autres. On le voit bien au sein de certaines familles. On le voit aussi dans des populations. On a même identifié des gènes qui sont impliqués, en fait, qui favorisent le développement de l'obésité. Donc ça, c'est pour les formes les plus communes. Et puis, il y a des cas même rares, à peu près 2% des obésités sévères, pour lesquels c'est vraiment lié à une cause génétique.
C'est-à-dire une mutation, un variant dans un gène va entraîner une maladie génétique dès l'enfance. C'est rare, voire ultra rare. Mais ça montre l'importance des facteurs génétiques.
Et c'est important d'avoir toutes ces informations, parce que ça permet d'affiner les politiques de prévention. Et à ce sujet, il y a un chirurgien digestif qui était présent avec vous hier, lors de la présentation de cette étude de l'Inserm, qui dit que le meilleur des traitements, finalement, c'est la prévention. Vous êtes d'accord ?
La prévention, c'est absolument clé. Ça met en jeu notre environnement. C'est aussi très lié, on peut citer aussi aux villes, la possibilité d'avoir, de faire de l'activité physique. Oui, la prévention, c'est une action absolument nécessaire. Mais on n'en fait pas assez ? Parce que quand l'obésité est installée, ça devient plus compliqué.
On en fait assez de prévention, selon vous ?
Il y a des messages qui sont donnés. L'enjeu, c'est probablement la prévention, justement. J'ai des gens pour lesquels c'est peut-être plus difficile, qui sont peut-être moins sensibles aux messages. Est-ce que c'est une pathologie qu'on peut traiter ? Alors, dans la prise en charge de l'obésité, c'est une prise en charge qui est globale. On va tenir compte de la personne, dans son environnement, de son histoire clinique. Bien sûr, de la façon dont elle se nourrit, du comportement alimentaire, du stress, son mode de vie globalement, mais aussi de ses complications, de la biologie.
Donc, c'est vraiment une médecine qu'on appelle la médecine de l'obésité, qui prend en charge de façon globale la personne. Et puis, depuis peu, on a accès, effectivement, à des nouveaux traitements. Et pour les formes les plus sévères, il y a l'outil, depuis maintenant plus de 20 ans, de la chirurgie de l'obésité.
Alors, pour les médicaments, aujourd'hui, il y a des médicaments qui sont sur le marché ? Parce qu'on sait qu'il y a d'anciens médicaments qui permettaient de réduire la sensation de faim, mais qui, pour la plupart, ils ont dû être retirés à cause des effets secondaires. Est-ce qu'aujourd'hui, il y a une nouvelle génération de médicaments qui sont fiables et sûrs ?
Alors, aujourd'hui, il y a une nouvelle génération de médicaments qui vient de la recherche, aussi au départ, dans le diabète. C'est-à-dire qu'on a, dans le diabète, la possibilité de donner un traitement qui sont, en fait, des hormones, qui s'appellent les incrétines, qui sont produites par l'intestin, aussi par le système digestif, comme le pancréas. Et donc, on s'est aperçu, dans les essais cliniques, que lorsque l'on augmentait les doses de ces médicaments, effectivement, ça avait un effet sur la perte de poids.
Mais ça, ces médicaments, ils sont en vente ou c'est juste au stade d'essai ?
Alors, il y a une des molécules qui est en vente, qui, aujourd'hui, n'est pas remboursée, mais qui peut être prescrite pour l'indication obésité. Et puis, la Haute Autorité de Santé, en décembre dernier, a émis un avis favorable pour une autre molécule, mais qui n'est pas encore en vente. Je pense que le laboratoire, dans l'année, en fait, il y aura, effectivement, où, au fin de l'année, c'est au stade de négociation du prix du médicament. Donc, il y a une discussion, également, pour le remboursement du médicament. Parce que ça coûte cher, ces médicaments ? Alors, celui qui... Oui, ce sont des traitements. Alors, ça dépend qu'on voit le prix. Ce sont des traitements qui dépassent plus...
Enfin, peut-être 250, 300 euros par mois. Donc, les enjeux... L'enjeu de la discussion, c'est vraiment le bénéfice et le risque, y compris le risque, puisque l'obésité est associée à beaucoup de complications. Donc, si on peut prévenir aussi les complications, ça peut être un outil intéressant.
Et pour finir, Karine Clément, parce que le temps passe vite, la chirurgie, vous en pensez quoi ? C'est bien ? C'est dangereux ? C'est pas pour tout le monde ?
La chirurgie est réservée aux personnes avec une obésité sévère, un index de masque poirel supérieur à 35. et des complications. Ça a rendu service à beaucoup de personnes. Donc, on ne peut pas mettre la chirurgie à la poubelle. C'est extrêmement... C'est un outil utile qui doit être bien préparé et bien suivi. Mais comme tout est compris pour les traitements, c'est pas non plus une formule miracle. Et ça doit être associé toujours avec une prise en charge globale.
Merci, Karine Clément, médecin, professeur de nutrition à Sorbonne Université. Vous étiez l'invité du 5-7.