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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 24 septembre 2024 10 min

Gouvernement Barnier, hausse des impôts, immigration... Marine Tondelier est l'invitée du 24 septembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.

0:10
Marine Tondelier

Et bien sûr qu'elle l'a mise à sa veste gazon Marine Tondelier. Bonjour. Je l'ai mise pour Flavie. J'imagine, j'imagine. Alors avant de parler d'écologie et des conséquences pour le portefeuille et pour la vie des Français, parlons un peu politique si vous le voulez bien, parce que le gouvernement a fait ses premiers pas hier. Vous avez vu ça avec un premier conseil des ministres. Alors vous avez déjà beaucoup critiqué le casting ces jours derniers. Est-ce que vous ne dites pas quand même, quand même, laissons-leur une chance, attendons de voir concrètement ce qu'ils proposent ?

0:38
Invité

Non, je vous avoue que je ne m'en remets pas, même plusieurs jours après. J'ai compris maintenant que quand on trichait à Interville, on devenait ministre de l'Intérieur, que quand on disait que l'hydrochloroquine c'était super et qu'avant les essais cliniques, il fallait vraiment le mettre sur le marché, on devenait ministre de la Recherche. C'est quand même fantastique ce gouvernement.

0:55
Marine Tondelier

Tout le monde peut dire des bêtises dans le passé. Ça arrive à certains écolos, même, paraît-il.

0:59
Invité

Et enfer, et enfer. Mais je vois que c'était le critère de sélection. Il fallait aussi avoir fait la manif pour tous, manifestement, pour remonter en haut de la liste des ministrables. C'est tragique ce qui se passe pour la France. Et puis surtout, ce n'est pas ça qu'ont indiqué le résultat des élections. C'est-à-dire que ce n'est pas ça qu'ont indiqué l'ensemble des Français quand ils se sont déplacés, aussi nombreux qu'ils n'avaient rarement été depuis les années 80. Et donc ça laissera des traces démocratiques, oui.

1:22
Marine Tondelier

Mais est-ce que ce n'est pas une posture de dire « on votera la censure » quel que soit le discours de politique générale ? Est-ce que vous ne pouvez pas attendre de voir ce qu'il veut dire Michel Barnier ?

1:30
Invité

Écoutez, on n'est pas nés de la dernière pluie. On sait que ces gens sont de droite, sont même très très à droite, même des macronistes démissionnent du camp macroniste en disant que ça va trop loin. Donc nous, qui sommes de gauche, qui sommes écologistes, qui avons sûrement des défauts, mais qui avons le mérite de la constance. On sait où on habite. On avait d'ailleurs, nous, un programme clair pour les Français. Si on avait été nommé Premier ministre, ils savaient ce qu'on allait faire sur le plan fiscal, par exemple. Là, on a assisté un peu pontois à des discussions où Michel Barnier disait « oui, il va falloir augmenter un peu les impôts pour les plus riches », où Gabriel Attal et M.

Darmanin disaient « si c'est ça, nous, on n'y va pas ». Il y a eu un sketch pendant 15 jours, parce qu'en fait, la réalité, c'est qu'ils ne se mettaient pas juste d'accord sur qui elle est dans le gouvernement, mais sur pourquoi faire. Et on se mène après les élections législatives, c'est normal, et bien non. On se met d'accord pendant les élections.

2:17
Marine Tondelier

Vous avez critiqué le côté manif pour tous. Vous avez entendu Michel Barnier qui dit sur tous les sujets sociétaux « je m'engage, ça ne bougera pas ». Est-ce qu'il ne vous a pas rassuré là-dessus ?

2:25
Invité

Non, mais écoutez, mettez-vous à la place de personnes LGBT qui, pendant toute la manif pour tous, peut-être étaient encore d'ailleurs en train d'hésiter à comment l'annoncer à leurs parents et qui voyaient toute la journée la haine que ça suscitait d'être homosexuel ou transgenre et qui se disaient « mais comment je vais pouvoir l'annoncer à ma famille dans ce climat national ». Imaginez les personnes qui sont victimes de racisme tous les jours à l'école, à la sortie de l'école, les parents qui sont inquiets pour leurs enfants et qui voient que le racisme maintenant est une valeur clé du gouvernement. Pourquoi ? Est-ce que vous pensez...

Regardez les propos qu'ont tenu certains sur la colonisation, sur les Français de papier, et qui sont aujourd'hui portés dans les postes les plus honorifiques de la République. Et donc ce gouvernement, oui, il envoie un message terriblement humiliant à beaucoup de Français, des Français que nous, nous avions décidé de soutenir, parce que c'était celles et ceux qui tremblaient les mêmes de voir Jordan Bardella à Matignon. Donc on leur a évité le pire, mais si c'est pour se coltiner ce genre de gouvernement, ce genre de propos, oui, on est extrêmement inquiets. Je leur apporte tout mon soutien aux personnes qui se sentent humiliées par ce gouvernement.

3:24
Marine Tondelier

Alors parmi les noms qui vous hérissent le plus le poil, il y a celui de Bruno Retailleau. Vous avez sans doute lu son interview dans le Figaro ce matin. Il parle beaucoup d'immigration. Il dit « trop, c'est trop, il veut augmenter les expulsions ». Vous lui répondez quoi ?

3:39
Invité

Alors déjà, il va falloir augmenter mon compte pénibilité, parce que pour lire ce genre de choses à 5h du matin, il faut quand même être bien accroché. Moi, je rappelle quand même aux personnes qui pensent vraiment que l'immigration est la cause de tous les mots des Français. Ce n'est pas vrai ? Ce sont les politiques macronistes. Il ne dit pas ça. Moi, je le dis, les mots des Français, ce n'est pas l'immigration. C'est les politiques macronistes qui ont fait des cadeaux fiscaux aux plus riches et qui ont repris aux plus pauvres. C'est Robin Desbois à l'envers. Et puis quand les gens ne sont pas contents, c'est de la faute des migrants.

4:07
Marine Tondelier

Il n'y a pas de problème avec l'immigration.

4:08
Invité

Écoutez, je sais que les écologistes auront du mal à convaincre sur le sujet. Je suis lucide, parce qu'on n'a pas une présomption de crédibilité en matière économique. C'est injuste, mais c'est comme ça. Je vais vous citer donc le MEDEF, qui a plus de chances peut-être de convaincre que moi, Bruno Retailleau. Le MEDEF dit lui-même que d'ici 2050, il faudra 3,9 millions de travailleurs étrangers dans ce pays.

4:28
Marine Tondelier

Vous prenez ce qui vous arrive dans le discours du MEDEF.

4:30
Invité

Mais non, mais quand ils disent comme nous, je me dis que peut-être si des verts au MEDEF ont dit que l'immigration est une chance pour ce pays, eh bien peut-être que Bruno Retailleau, même lui, pourra nous écouter.

4:39
Marine Tondelier

Alors il dit que ce n'est pas du tout une chance pour le pays, c'est une chance pour personne quand il y en a trop. C'est ça qu'il dit Bruno Retailleau.

4:44
Invité

Mais Bruno Retailleau lui-même n'est une chance pour personne non plus. Et puis il est quand même en France, vous voyez.

4:47
Marine Tondelier

Alors il dit que la France est un pays très attractif sur le plan migratoire. Il dit qu'il faut s'inspirer de ce qui se passe au Danemark, de ce qui se passe en Allemagne. Ce sont des gouvernements de gauche qui serrent la vis très fortement sur l'immigration. Ça ne vous inspire pas du tout ?

5:00
Invité

Je pense qu'ils n'ont pas les mêmes problématiques que la France. Moi je rappelle que M. Retailleau a sûrement été, comme d'autres politiques macronistes ou de droite, le premier à aller applaudir les métiers de première ligne sur le balcon parce que vraiment c'était incroyable pendant le Covid, tous ces gens qui continuaient à la travailler, à aller en première ligne. Il y a eu ça en Allemagne et au Danemark, c'est exactement la même problématique. Figurez-vous que beaucoup d'entre eux étaient des travailleurs étrangers. Et que quand pendant le Covid, les mesures sanitaires ont restreint l'immigration, il y a des filières entières qui ont été en difficulté.

La filière agricole notamment, dont on a beaucoup parlé il y a quelques mois, n'y arriverait pas sans les travailleurs étrangers. La filière de la restauration non plus, j'en passe, et des meilleures.

5:36
Marine Tondelier

Alors, sur la justice, il dénonce le manque d'application des peines. Là-dessus, vous allez être d'accord avec lui quand même ou pas ?

5:42
Invité

J'ai déjà constaté qu'au sein du même gouvernement, M. Retailleau et M. Migaud échangés par médias interposés pour finir par se dire à la fin de l'interview, il faudrait qu'on se voit en vrai. Bah oui, peut-être que ce serait une bonne idée. C'est juste pour vous montrer l'impréparation de ce gouvernement. Nous, on prend des leçons de morale au Nouveau Front Populaire à longueur de semaine. C'est le jeu, c'est comme ça. C'est pas juste, mais c'est comme ça. On a une présomption de non-crédibilité. Quoi qu'on fasse, notre programme, il est transparent, il est écrit, il est chiffré, il est soutenu par les prix Nobel d'économie.

On se prend des leçons de morale par Bruno Le Maire qui a quand même creusé de 1 000 milliards la dette en 7 ans et qui s'en va comme ça, tranquillement, on nous demande des leçons de morale alors que c'est des excuses qu'il devrait nous présenter. Là, on a un gouvernement, on l'a attendu 11 semaines. Il y a eu 75 jours avec un gouvernement démissionnaire. Il y a eu 15 jours avec M. Barnier. Non, ça va pas être de ma faute. Je vous vois un petit, ça va m'énerver. Un petit peu, c'est aussi parce que la gauche n'a pas voulu participer que ça a duré aussi longtemps. Non, absolument pas. C'est de la faute de M. Macron qui a plaidé la continuité. Ah, tout est de la faute de M. Macron.

Oui, c'est lui le président de la République, virez-vous. C'est lui qui a demandé des élections que personne lui avait demandé d'organiser pour ne pas en écouter le résultat et pour, en plus, nous expliquer que c'était vraiment pour la continuité de l'État, mais en fait, c'était pour la continuité de ses politiques. Si on ne veut pas changer le gouvernement en juillet, en août, on ne fait pas de dissolution en juin. C'est très simple, tous vos téléspectateurs le comprendront. Sur l'application des peines, on va les laisser discuter. Moi, je ne comprends rien à la ligne de ce gouvernement. Je suis désolée. Nous, on avait un programme.

On l'avait écrit, les gens avaient voté, on allait l'appliquer. Eux, ils sont nommés ministres et ils se mettent d'accord après entre eux seulement sur ce qu'ils vont faire. Mais c'est quoi cette plaisanterie ? Donc, on ne sait pas s'ils vont augmenter les impôts ou pas. Alors, pas l'ordre des impôts. Je ne sais pas ce qu'ils vont faire sur les services publics. Et moi, ce que je crains surtout, c'est que je n'ai rien compris à ce qu'ils allaient faire sur l'environnement. Et je crains de le savoir, vu les signaux budgétaires qu'on a déjà.

7:21
Marine Tondelier

Parlons des impôts, parce que Michel Barnier a donc dit qu'il y aurait probablement des hausses pour les plus riches. Voir pourquoi pas l'ISF ? Il n'a pas dit non. Vous n'avez pas eu l'impression d'entendre un Premier ministre de gauche ?

7:31
Invité

Ah non. Parce que j'entends tout le reste, figurez-vous. Et puis surtout, je ne suis pas naïve. J'ai vu tout l'été, parce que le gouvernement, il ne faut pas oublier quand même qu'il est nommé quelques jours seulement avant que des milliers de pages budgétaires doivent être remises sur le bureau de l'Assemblée nationale. C'est normalement le 1er octobre que tous les documents budgétaires doivent être remis aux députés. Exceptionnellement, cette année, ce sera le 9 octobre, ce qui est déjà quelque chose d'inédit. Est-ce que vous pensez vraiment qu'entre aujourd'hui et le 9 octobre, de grands arbitrages vont être revus ? Moi, je regarde ce qui a été annoncé.

Tous les arbitrages, ils ont été faits par le gouvernement des missionnaires cet été. Vous le savez, je le sais, tout le monde le sait. C'est une aberration démocratique. Et je remercie les députés écolos qui ont demandé une mission flash d'information pour aller regarder toutes les décisions que ce gouvernement des missionnaires a prises et si c'était légal ou pas. Mais sur le budget, moi, je regarde sur l'écologie, par exemple. Ça m'intéresse. Tout le monde me dit, il y a Agnès Pannier-Rouinaché, c'est génial. Une femme de gauche. Vraiment génial. Le périmètre du ministère est le plus riquiqui, le plus minuscule qu'on ait connu depuis 15 ans.

Elle n'a pas la mer, elle n'a pas les forêts, elle n'a pas le logement. Elle n'a pas les transports. Comment elle va faire l'écologie sans ça ? Excusez-moi, c'est une plaisanterie. Surtout quand on voit qui est à l'agriculture, qui est à la pêche, on est très inquiets sur le budget. Il a déjà été décidé cet été que le budget de l'ADEME, l'agence qui finance énormément de collectivités d'action, allait baisser de 35%. Le fonds vert va baisser de 60%. Toutes les collectivités qui essayent de faire un peu d'écologie nous appellent en disant, mais comment on va faire ? Sans ces financements, on avait nous prévu des choses, on ne pourra pas les faire.

Le budget sur l'électrification des véhicules, moins 500 millions. La biodiversité, moins 137 millions, alors que 90% des hirondelles ont disparu d'Ile-de-France en 20 ans. Allez, on ne va pas refaire tout le budget.

9:05
Marine Tondelier

On va surveiller, évidemment, les annonces du gouvernement.

9:07
Invité

Mais on n'a pas à les surveiller. On sait déjà, soyons pas naïfs.

9:10
Marine Tondelier

Si vous savez déjà...

9:11
Invité

Donc moi, j'arrête de perdre avec ce gouvernement du temps. Je prépare le suivant. Et croyez-moi, il y a du travail.

9:16
Marine Tondelier

Allez, merci beaucoup. Merci à vous. Il y a du travail aussi dans Télématin. Merci beaucoup, Marie-Claude Léa.

9:20
Présentateur

C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada