Clémentine Autain : "Je suis candidate à la présidence de la République"
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-Jacques Bourdin. Notre invitée ce matin, Clémentine Autain, qui est députée de Seine-Saint-Denis et qui assume d'être candidate à la présidence de la République. Elle le dit et Clémentine Autain va nous expliquer pourquoi. Bonjour d'abord.
Bonjour Jean-Jacques Bourdin.
Merci d'être avec nous. Alors évidemment, guerre entre Israël et Iran, ce seront mes premières questions. Aujourd'hui, où vous situez-vous ? Est-ce que vous condamnez les frappes israéliennes sur l'Iran ?
Oui. Oui, je pense que c'est une façon de faire qui est à la fois illégale sur le plan du droit international et totalement contre-productive. C'est contre-productive parce qu'on n'a jamais apporté la démocratie avec des bombes. Et il me semble qu'en particulier dans cette région, nous sommes bien placés pour le savoir, après l'Irak, après la Syrie. Et Israël, au fond, tente à la fois de régler des problèmes internes en faisant cela, d'essayer de souder sa population à nouveau contre un ennemi, comme il l'a fait très vite après le 7 octobre vis-à-vis du Liban. Et il essaye également de créer un autre sujet de conversation que Gaza.
Et je le crois aussi d'avoir réussi à faire renoncer Emmanuel Macron à l'égard de ce qui devait se tenir à New York, c'est-à-dire une conférence avec l'Arabie saoudite pour la reconnaissance de l'État palestinien.
Vous pensez que Benjamin Netanyahou a volontairement fait bombarder l'Iran pour plomber, pour répondre, pour anticiper à la volonté française, avec l'Arabie saoudite, de reconnaître l'État palestinien ?
Oui, je pense qu'il y a là un contre-feu. Un contre-feu dans un moment où, à l'intérieur de la communauté internationale, vous avez de plus en plus de voix, y compris des alliés parfois historiques d'Israël, ou en tout cas des voix d'État qui n'étaient pas très critiques à l'égard du génocide perpétré par Israël. Et là, comme il s'en prend au Mola, un régime épouvantable, eh bien il crée une forme de solidarité à nouveau.
Et je crois en effet que c'est ce qu'il cherche, c'est-à-dire détourner le regard de Gaza et permettre que, par exemple, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, qui jusqu'ici avaient fait entendre leur voix pour le peuple palestinien, et je constate que là, les propos qui sont tenus, c'est du registre de « Israël a le droit de se défendre ».
Eh bien, Israël a le droit de se défendre, Clémentine Autain.
Oui, mais pas d'outrepasser le droit international. L'Iran veut détruire Israël. L'Iran le dit. Et Israël veut détruire le peuple palestinien. On va où avec ça ?
On va où avec ça, Jean-Jacques Bourdin ? Est-ce que l'Iran est une menace existentielle pour l'Europe et la France ?
Mais l'Iran est une menace, Israël est une menace. Israël est une menace pour la France ? Non, Israël est une menace pour le monde aujourd'hui, pour le peuple palestinien d'abord, pour la région ensuite, et je le dis aussi pour le monde. Je vais vous dire pourquoi. Je pense que nous sommes entrés dans une forme de troisième guerre mondiale larvée. Voilà ce qui se passe. Une solution ? Vous voyez bien la poudrière dans laquelle on est, l'engrenage de la guerre avec Trump, parce que n'oublions pas Trump dans cette affaire. C'est lui qui est à la manœuvre. Il est instrumentalisé par Benyamin Netanyahou, et au fond, il contribue à mettre le feu aux poudres dans une région.
Mais fallait-il détruire les installations nucléaires iraniennes ?
Il fallait une solution. En prévention ? Non mais ça, ça ne fonctionne pas comme ça. Ça ne marche pas comme ça, je vais vous dire. Il faut une solution diplomatique. Et d'ailleurs, il y avait un rendez-vous pour faire avancer par la diplomatie le fait que l'Iran n'est pas l'arme nucléaire, ce qui est évidemment un enjeu. Mais ma question est celle presque de l'efficacité, du point de vue du but recherché. Et il me semble que dans cette région en particulier, nous sommes particulièrement outillés pour savoir que ce n'est pas comme ça, quelque part par la violence, la brutalité, que nous allons arriver à nos fins.
Et notamment une chose, Jean-Jacques Bourdin, si vous n'aimez pas, et moi non plus, le régime des Mollas, et que vous voulez venir aider, soutenir la révolution féministe qui a lieu contre les Mollas, je ne crois pas que cette méthode les aide. Au contraire, parce qu'elle soude aussi le peuple iranien contre Israël qui attaque. Donc vous voyez, avec ce type de méthode, nous allons collectivement dans le mur, à commencer par ceux qui vivent dans cette région, qui sont les premières victimes, bien sûr.
Donc cessez le feu.
Bien sûr cessez le feu. Discussion.
Bien, Clémentine Autun.
Discussion, rapport de force, sanctions. Et certainement pas la main faible à l'égard d'Israël. Faisons attention, et j'interpelle le président de la République, Emmanuel Macron, qui a fait une volte-face. Vous savez que la diplomatie française, elle est laminée depuis un long moment, budgétairement, mais aussi dans son influence, parce qu'elle n'a pas de stratégie politique à son service suffisamment opérationnelle. Et les diplomates français, dans leur écrasante majorité, sont en désaccord avec la dimension très erratique des choix d'Emmanuel Macron.
– Bien, Clémentine Autun, je passe à toute autre chose. Le Parti Socialiste, c'est pas la même mesure. Sans transition, c'est pas la même mesure, si je puis dire. Mais tout de même, il y a eu un fait qui relevait des propos de Jérôme Gage, qui sont soulignés par tous les médias, dans tous les médias, quand il dit, au cours d'un long discours, parce que c'est au cœur d'un discours, il a dit, ses mots, « Jean-Luc Mélenchon est un salopard antisémite ». Est-ce qu'il a eu tort ? Et est-ce qu'il doit être sanctionné par le Parti Socialiste, comme le demande Jean-Luc Mélenchon ?
– Oui, il a eu tort. Les sanctions au Parti Socialiste, je n'y suis pas, c'est au Parti Socialiste d'en décider. Et je pense que les Français et le peuple de gauche sont saturés, énervés, en colère, contre cette inflation d'insultes et cet esprit de division qui anime aujourd'hui la gauche. Honnêtement, on n'en peut plus.
On n'en peut plus. – Et pourquoi division ? Pourquoi division ? Parce que le Parti Socialiste lui-même est divisé. Parce que l'EFI, peut-être, joue la division de son côté. Peut-être, je... Pourquoi cette division ?
– Comment avons-nous réussi ?
– Vous avez été à la France Insoumise, vous Clémentine Autain, vous savez comment ça fonctionne.
– Oui, j'ai des désaccords avec la France Insoumise.
– Oui.
– Mais j'ai un adversaire, majeur, c'est l'extrême droite, et une envie majeure, c'est de gagner dans le pays. Voilà. Et nous avons l'année dernière, il y a un an, c'est pas si vieux, réussi à rassembler 9 millions d'électeurs et d'électrices avec le programme du nouveau Front populaire dans le cadre d'une alliance. Cet espoir, il a été déçu. Vous savez, je fais un tour de France en ce moment, je suis allée dans plus de 30 villes et villages de France, et quand je discute avec des militants, des sympathisants, c'est un sentiment de trahison qu'ils et elles ont à l'égard du nouveau Front populaire.
Parce que depuis, ils allument leur télévision, et chaque matin, on a l'impression que c'est une insulte supplémentaire. Sionistes génocidaires, salopards antisémites, bon voilà, ça c'est un des sujets, mais on l'a sur de multiples sujets. – Est-ce que Jean-Luc Mélenchon, que vous connaissez bien, est antisémite ? – Non mais écoutez, soyons sérieux, la France insoumise est antisémite, il faut arrêter. Franchement, il faut arrêter avec ça. Il faut arrêter avec ça. Et d'ailleurs, comment comprendre qu'il y a un an, nous aurions donc fait tous une alliance avec la France insoumise qui serait antisémite ? Ça n'est pas sérieux. Ce qui soude la gauche, historiquement…
– Mais est-ce qu'il y a la volonté de la France insoumise de diviser la gauche ? – Où est la volonté d'unir la gauche à la France insoumise ? Où est-elle ?
– Aujourd'hui, la France insoumise a décidé de faire cavalier seule. Donc qu'elle cherche des motifs de division, c'est une évidence. Une partie du Parti socialiste, la droite du Parti socialiste, ne veut plus aucune alliance avec la France insoumise. Et chacun pense qu'il va pouvoir tirer son épingle du jeu, les uns avec Jean-Luc Mélenchon, les autres avec Glucksmann. La réalité de ce scénario, Jean-Jacques Bourdin, c'est très simple, c'est que personne n'ira au second tour et personne ne gagnera. Et les Français, dans cette affaire-là, on y pense aux Françaises et aux Français ? Qui y pense ? C'est pour ça que je suis très en colère. Je trouve ça irresponsable, je trouve ça insupportable.
Voilà. Et je m'énerve ce matin à votre… C'est rare, en général, je suis très calme. – C'est rare, oui, c'est vrai. – Mais là, franchement, ce n'est pas possible. Il faut siffler la fin de la récréation. Il faut que les leaders de gauche comprennent que le peuple souffre, qu'ils se sont abandonnés, méprisés, qu'Emmanuel Macron lui écrase la tête depuis tant d'années et que l'extrême droite, la trumpisation qui arrive en France, est une menace gravissime.
– Oui, mais Clémentine Autain, comment faire, alors que ce profil des élections municipales, puis ensuite présidentielles, et qu'on sait très bien que LFI présentera un candidat, ils l'ont dit à la présidentielle, et que l'autre gauche présentera, elle aussi, un candidat ou une candidate ? – Comment faire, vous aurez deux candidats à gauche ?
– Je ne suis pas résignée, Jean-Jacques Bourdin, moi je ne suis pas résignée à ce scénario, et je pense que si nous sommes capables de lever un espoir à partir du 2 juillet, où à l'invitation de Lucie Casté, toutes les forces du Nouveau Front Populaire sont invitées à construire à la fois un programme commun à partir de celui du Nouveau Front Populaire et une méthode de départage d'une candidature, ont déjà répondu présent le Parti Socialiste, les écologistes, l'après, Picardie Debout avec François Ruffin, Génération, nous serons là, à ce rendez-vous. – Le Parti communiste n'a pas dit, pour l'instant. – Pas encore, mais il n'a pas dit non. – Et moi je connais bien les communistes.
– Et la France insoumise est invitée ou pas ?
– Je connais bien les communistes, ils ont une tradition antifasciste, ils ont une tradition du non, je veux croire qu'ils seront avec nous.
– Est-ce que la France insoumise est invitée ?
– Bien sûr qu'elle est invitée.
– Mais elle ne viendra pas ?
– C'est elle qui décide, c'est elle qui décide, et elle sera regardée par l'histoire. Vous savez, Jean-Luc Mélenchon a su faire l'union dans des moments très importants, et si aujourd'hui il passe à côté de l'histoire, à côté de ses responsabilités historiques, ce serait quelque part terrible aussi pour lui.
– Alors, vous êtes candidate à la présidence de la République, vous confirmez et vous assumez, on est bien d'accord, hein ? Vous êtes candidate à la présidence de la République.
– Je suis candidate à la candidature dans le cadre d'un rassemblement. Oui, j'assume pour être candidate à la présidence de la République.
– Voilà, vous assumez. Vous sillonnez la France, vous l'avez dit. Vous essayez de bâtir un programme commun, on est bien d'accord, à toute la gauche. – Oui. – Avec LFI, ou pas ?
– Oui, moi je suis pour emmener tout le monde. Et vous savez, nos partis politiques, ils représentent malheureusement bien peu de choses à l'égard de ce que nous avons à lever. C'est pour ça que je me réfère beaucoup aux 9 millions d'électeurs et d'électrices. Il y a un paquet de gens qui nous écoutent, qui nous suivent et qui n'ont envie d'aller ni dans l'un ni dans l'autre. Vous savez, c'est tout petit. Les écologistes, on a vu leur vote, et c'est une organisation que je respecte et je salue le travail des militants, mais c'est 4 000 personnes qui votent. Chez les socialistes, je crois que c'est moins de 25 000 personnes. Voilà, nous sommes des petits mouvements.
Vous comprenez ce que je veux dire ? À l'égard de ce qu'étaient les partis politiques autrefois. Donc, notre responsabilité, ce que nous avons à faire, c'est d'emmener largement. Et moi, je constate que quand il y a l'Union, beaucoup de nouveaux militants, de sympathisants se disent « Ah, là ça m'intéresse, je m'engage, et c'est ce qui s'est passé avec le nouveau Front populaire. » Donc, il faut qu'on crée un cadre qui nous permette de nous dépasser. De nous dépasser.
Mais, de vous dépasser, et ensuite une primaire, pour départager les uns et les autres. On est bien d'accord, primaire à gauche,
à un tour, un seul tour. Moi, je fais la proposition de réfléchir à un autre mode de primaire par rapport au travers qu'on a connu dans les primaires, où souvent...
Les accords entre les deux tours, des compromissions.
C'est pas tellement ça, c'est que c'est parfois quelque chose qui crée de la division. qui polarise, vous voyez. Donc, je réfléchis à est-ce qu'on ne pourrait pas trouver une méthode qui permette d'amener chacun à être plus comptable du tout et à fédérer, à donner à voir la cohérence. Donc, possiblement, un choix préférentiel ou choix majoritaire qui permet de...
C'est-à-dire, choix majoritaire, c'est une primaire à un tour.
Oui, une primaire à un tour. C'est une idée que je mets sur la table.
Comme ça se passe en Angleterre, d'ailleurs, pour les élections législatives.
Mais, Jean-Jacques Bourdin, si je peux me permettre, ce débat est passionnant, je suis passionnée de la stratégie, du rassemblement, mais je pense qu'il serait vraiment temps qu'on parle d'autre chose. Parce que, tant qu'on est assez charpé depuis un an, au fond, on arrive à votre... Mais je ne vous fais pas le reproche. Ce n'est pas vous, la juge. C'est vous qui vous écharpez. C'est ce que je suis en train de vous dire. Vous, la gauche. C'est précisément ce que je suis en train de vous dire.
Mais j'aimerais pouvoir parler de la sécurité sociale de l'alimentation que je propose, de comment on accède au droit à l'emploi, de comment on fait en sorte de sortir de la haine en ligne et d'avoir davantage de pluralisme dans les médias.
Justement, votre projet, parce que j'allais y venir, tranquillement. Votre projet, Clémentine Autain, d'abord, vous n'êtes pas anticapitaliste.
Je pense que la marchandisation du monde qui est liée au système capitaliste est effectivement ce que nous devons faire reculer et urgemment. Oui, je pense que le capitalisme, d'ailleurs, nous avait fait une promesse au XXe siècle, la prospérité. Il nous disait qu'avec la loi du profit, tout le monde allait pouvoir accéder à ces besoins essentiels. Ce que je constate, c'est que non seulement la majorité de la population, aujourd'hui, n'a pas tout ce qu'il faut pour accéder à la liberté, c'est-à-dire un toit sur la tête, de quoi se nourrir sainement, accès à l'éducation, à la culture, au transport et bien sûr aux soins, problème numéro un.
Donc le capitalisme n'a pas réussi de ce point de vue, mais en plus, il a créé des besoins artificiels. C'est-à-dire que le marketing, la publicité, l'obsession des nouvelles technologies font que nous sommes, nous-mêmes, rivés sans arrêt à avoir plus, comme si le plus était le mieux. Vous voyez ce que je veux dire ? Et ça, c'est un problème pour la planète, puisque c'est destructeur de l'environnement, mais c'est aussi, Jean-Jacques Bourdin, un problème pour nos désirs.
Vous voyez-t-il qu'il faut adapter l'appareil productif à nos besoins ?
Exactement, et non l'inverse. En fait, le capitalisme a adapté nos besoins à l'appareil productif, et nous, ce qu'il faut faire, c'est l'inverse, c'est-à-dire adapter l'appareil productif à nos besoins. Ça veut dire une politique publique qui parte de nos besoins et qui cherche à les satisfaire. C'est une question qui a l'air simple, mais c'est compliqué, Jean-Jacques Bourdin, parce que mes besoins ne sont pas vos besoins. Vos besoins ne sont pas les mêmes que ceux d'il y a dix ans et que ceux dans dix ans.
Et surtout, nous devons articuler l'ensemble de nos besoins, ce qui suppose un très haut niveau de démocratie, soit l'inverse de ce que l'on vit depuis des décennies, où la démocratie se rétracte sans arrêt. Et même quand on demande l'avis aux Français, le politique fait autre chose.
C'est très intéressant de creuser. Nous n'avons pas le temps, mais c'est très intéressant de creuser. Vous dites aussi, très intéressant, parce que la santé pour vous est essentielle. Je ne vais pas entrer dans les détails. Vous proposez une carte vitale alimentaire, une sorte de carte vitale avec une nouvelle branche de la sécurité sociale.
Je pense que l'alimentation, Jean-Jacques Bourdin, est un sujet majeur aujourd'hui, absolument majeur. L'insécurité dans laquelle se trouvent finalement tous les Français. Vous l'avez vu, le scandale du cadmium ? Moi, ça m'a beaucoup marqué. Le cadmium, on découvre ces substances qui sont dans nos terres et qui produisent des cancers pédiatriques, des cancers de la prostate, des problèmes de fertilité. Et la puissance publique, elle semble à chaque fois totalement démunie. Vous voyez ce que je veux dire ? Elle est incapable de réguler, de nous protéger.
Et moi, ce que je veux, c'est lutter contre le fait que les Français ne peuvent pas, dans leur majorité aujourd'hui, choisir leur alimentation, pour des raisons d'argent, pour des raisons d'organisation de notre société, mais aussi les paysans qui ne peuvent pas vivre de leur travail. Donc la sécurité sociale de l'alimentation, elle vient régler ces deux problèmes.
J'ai regardé votre programme, vous voulez aussi sécuriser la conversation publique. C'est-à-dire ? Sécuriser, ça veut dire quoi, ça ?
Ça veut dire qu'aujourd'hui, sur les réseaux sociaux, la haine en ligne est un vrai problème.
Oui, de tous les côtés d'ailleurs.
Je suis d'accord avec vous, de tous les côtés, c'est le mot qu'on puisse dire. Et ça crée un climat qui est un climat d'abord très anxiogène, mais ça crée aussi de la souffrance chez celles et ceux qui reçoivent des discours qui sont des discours qui peuvent être discriminants, homophobes, sexistes, racistes. C'est pas possible. Donc il faut quand même qu'on imagine la façon dont la puissance publique, c'est-à-dire nous, on peut intervenir pour abaisser ce niveau de haine. Et ça, c'est la liberté véritable. Parce que la trumpisation, elle nous vend quelque chose d'assez incroyable.
C'est-à-dire au fond, c'est la liberté des dominants de dominer, c'est la liberté des discours de haine, c'est la liberté de la consommation quitte à tout détruire. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc c'est pas ça la liberté. Et la gauche, elle doit re-raconter ce qu'est la liberté véritable. C'est-à-dire donner des capacités aux individus de devenir libres véritablement et donc de s'émanciper. Et moi, le diagnostic que je fais, c'est que ce qui est en panne aujourd'hui, ce qui est malade, c'est le nous, c'est le collectif. L'extrême droite l'a compris d'ailleurs. Parce que l'extrême droite dit « on est chez nous ». Vous voyez ce que je veux dire ? C'est sa réponse.
Mais nous, ce qu'on dit, c'est les solidarités, le collectif a été brisé. Et c'est ce qui, aujourd'hui, empêche d'être libre. Vous voyez le rapport aux soins. Quand vous êtes dans un désert médical, que vous allez à l'hôpital, que c'est le burn-out, comment pouvez-vous être libre ? Quand vous avez votre gare qui vient de fermer ou votre RER qui est sans arrêt en panne et surchargé, comment pouvez-vous circuler librement ? Quand vous avez la spéculation forte qui pèse sur l'accès au logement, et maintenant c'est un tiers de votre revenu qui est consacré au logement, comment pouvez-vous être libre ?
Et quand, c'est un sujet qui me tient à cœur, vous ne pouvez pas vous alimenter comme vous le souhaitez, franchement, c'est une des premières libertés essentielles. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
Alors, dernier mot sur les retraites, puisque le conclave s'achève demain. Un accord va-t-il être trouvé ? Nous verrons bien. Apparemment, il y a encore du chemin à faire, notamment entre la CFDT et le MEDEF, qui sont les deux gros acteurs éventuels de cet accord. Alors, deux points, deux, trois points précis. Le gouvernement réfléchit à une prime senior pour inciter les seniors à travailler quand ils le souhaitent au-delà de l'âge légal. Vous êtes favorable à cette prime senior ?
Moi, je n'en peux plus de l'enfumage de François Bayrou. Voilà, ça suffit. Les choses sont assez simples. Mais c'est une bonne idée, le conclave, non ? Les Français ne veulent pas de la loi qui a été adoptée, imposée par Macron et le gouvernement. Ils ne veulent pas travailler jusqu'à 64 ans et ils ont raison, d'accord ? Les syndicats ne veulent pas de cette loi. Et l'Assemblée nationale... Non, la CFDT est prête à trouver un accord.
On va voir. Oui, on va voir.
Elle veut démontrer qu'elle est dans le dialogue.
La CFDT et la CGT étaient dans la rue, clairement, avec nous,
dans la mobilisation contre la loi sur les retraites. Après, elle souhaite dialoguer, nous verrons ce qu'elle dit à l'issue du conclave. Mais aujourd'hui, ce qui est important de noter, c'est que le 5 juin dernier, qu'est-ce que nous avons fait à l'Assemblée nationale ? Nous avons voté une résolution, adoptée par l'Assemblée nationale, pour revenir de 64 à 62 ans. D'accord ? Que fait le gouvernement ? Il nous en fume avec son conclave, parce qu'il ne veut pas remettre en cause cette loi, alors même qu'il met en place un conclave, d'ailleurs, la CGT...
C'est peut-être l'occasion de l'améliorer, la loi, non ? Là, entre syndicats patronants et syndicats de salariés.
Mais que faites-vous de la majorité des Français ? Que faites-vous du vote au Parlement ? Donc tout ça ne sert à rien, on s'en fout, s'assoie dessus ? C'est une délégitimation du pouvoir législatif, c'est une délégitimation du pouvoir législatif, que d'abord de l'avoir empêché de voter pendant fort longtemps, et maintenant que nous avons voté, dire on s'en fiche totalement. Et le conclave, dire vous pouvez discuter, mais dans un cadre qui est limité, des raisons pour lesquelles la CGT d'ailleurs a claqué la porte, puisque vous pouvez discuter de tout, sauf de la remise en cause de la loi qui nous oblige à travailler jusqu'à 64 ans.
Mais si la CGT obtient l'amélioration des pensions des femmes, obtient des mesures sur la pénibilité, obtient l'abaissement de l'âge d'annulation de la décote de 67 à 66 ans, ce sont des avancées pour les Français.
Attendez, attendez, d'abord, il ne faut pas toujours... Il y a parfois des... Parfois, c'est comme le Canada Drive, si je puis me permettre, ça ressemble à une avancée et ça ne l'est pas. Donc je ne vais pas rentrer dans le détail de tout ce que vous venez de citer, parce que c'est assez technique, mais c'est assez technique, en vérité.
Je sais, je sais, je sais.
Et moi j'ai beaucoup suivi les débats à l'Assemblée nationale sur les retraites, donc je sais le niveau de technicité de cette affaire-là. Que l'on prenne en considération la pénibilité est essentielle, et même que l'enjeu des annuités, qui est presque, parfois, première d'ailleurs, sur l'âge de départ, c'est fondamental, parce que ça dépend de l'âge à partir de laquelle on a commencé. Quand on a commencé tôt, que l'on a un métier pénible, il faut pouvoir partir au plus tôt. On est d'accord ? Ça, c'est essentiel. Néanmoins, la marche de l'histoire, j'ai envie de dire, du progrès, c'est de reculer sans arrêt, de faire en sorte que nous puissions partir le plus tôt pour libérer du temps.
Que nous travaillons de moins en moins. Voilà, moi je reprends... Vous pensez qu'il faut travailler de moins en moins ? Oui, je reprends ces termes de François Mitterrand, parce qu'on lui doit, enfin on lui doit, on doit au mouvement de la société, mais c'est sous son premier quinquennat que le passage à 60 ans a été adopté. Il disait, celui qui oublie que la retraite est la promesse de liberté et de sécurité n'a pas sa place à gauche. Et c'est important parce qu'il disait, le sens de ce que nous voulions et de ce que nous voulons toujours, c'est permettre aux Françaises et aux Français de pouvoir bénéficier du temps en bonne santé à la retraite le plus tôt possible.
Et c'est ça pour moi le sens de l'histoire. Et donc il faut arrêter avec tout ce qui ressemble, c'est pour ça que j'utilise le terme d'enfumage, tout ce qui ressemble à des petits arrangements pour passer à côté de ce que veut la majorité, l'écrasante majorité des Françaises et des Français.
Merci Clémentine Autain d'être venue nous voir ce matin sur l'antenne de Sud Radio. Il est 8h58, Jean-François Kéli après 9h. Merci.
Merci.
Clémentine Autain