La santé comme nouvelle boussole des politiques publiques - Marie Toussaint est l'invitée du 15 mai 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4 V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Merci tout de suite Les 4 V. Thomas, vous recevez ce matin Marie Toussaint, candidate aux européennes et tête de liste Les écologistes.
Bonjour et bienvenue dans Les 4 V. Merci, bonjour. On va bien sûr parler des élections européennes du 9 juin prochain. Mais d'abord, une fois encore, l'actualité est rattrapée par l'ultra-violence avec l'exécution de ces deux surveillants pénitentiaires au péage d'Incarville hier en fin de matinée. Comment mettre fin à cette ultra-violence liée encore une fois au trafic de drogue ?
Oui, alors d'abord, je veux dire que c'est un drame terrible et que j'adresse toutes mes condoléances aux proches de ces personnes malheureusement disparues. Maintenant, l'ultra-violence, vous l'avez dit, elle a un nom, c'est le narcotrafic. On voit ce grand banditisme avec les méthodes semblables à celles des cartels mexicains. Donc il faut absolument se battre contre ça. Maintenant, il y a un autre sujet derrière qui est l'indifférence générale en temps normal, hors temps de ces drames, qui est porté tant à la condition des personnels pénitentiaires qu'aux conditions de la population carcérale. On a absolument besoin d'écouter, de se mettre à l'écoute de ces deux populations.
En l'occurrence, les services pénitentiaires appellent depuis longtemps à l'amélioration de leurs conditions de travail. Je pense qu'on pourrait aussi penser aux conditions d'emprisonnement. En tout cas, il y a une indifférence généralisée. Cette question n'intéresse plus personne, hormis pour dire qu'il faut de nouvelles prisons pour y mettre de nouveaux délinquants. Mais on a une situation, effectivement, qui est potentiellement explosive. C'est ce que nous disent les personnels pénitentiaires aujourd'hui.
Le fugitif est connu pour son implication dans le trafic de drogue, on le disait. Quand vous entendez les ministres de l'Intérieur ou de la Justice, Gérald Darmanin ou Éric Dupond-Moretti, dire que celui qui fume son petit pétard le samedi, ce pétard-là a le goût du sang séché sur le trottoir. Est-ce que vous êtes d'accord avec eux ?
En tout cas, on a un vrai enjeu en France avec ce trafic de drogue qui cause de plus en plus de morts, effectivement. Et je pense notamment à Marseille. Vous savez, sur ma liste aux Européennes, il y a Amine Kessassi, qui est un jeune des quartiers nord de Marseille, qui a perdu son frère dans un règlement de compte. Et lui, il nous dit qu'effectivement, on a besoin d'agir.
Oui, mais ce qu'il dit, ça commence au cannabis. Est-ce que vous êtes toujours favorable à la légalisation du cannabis ?
Ça veut dire qu'il faut l'expérimenter. Vous voyez bien que la situation dans laquelle on est n'est pas tenable. Et ce ne sont pas les opérations place nette où on envoie des policiers un jour et puis le lendemain, les dealers reprennent leur place qui suffisent. Donc oui, on a besoin d'expérimenter. Vous l'avez dit, en fait, si on achète ça dans des officines publiques, on peut espérer que ça cesse d'alimenter les caisses du narcotrafic. On a besoin de lutter contre le blanchiment d'argent parce que c'est par ça que passe ce narcotrafic aujourd'hui.
Mais ce n'est pas une vision naïve de dire que si on vend le cannabis en supermarché ou en officine, je ne sais pas, du coup, les trafiquants de drogue rentreront chez eux et chercheront un travail honnête ? Ce n'est pas une vision un peu angélique des choses ?
Alors ça peut être un peu naïf si on ne fait que ça. Sauf que nous ne disons pas que ça. Nous disons aussi, et le nouveau responsable des commissaires de police l'a dit également, qu'on a besoin du retour de la police de proximité, qu'on a besoin, je vous l'ai dit, de lutter contre le blanchiment d'argent, qu'on a besoin de remettre des services publics dans les quartiers. Il faut qu'il y ait d'autres options pour les jeunes de nos quartiers que le trafic de drogue.
Autre sujet de grande tension, la situation en Nouvelle-Calédonie. On le disait dans le journal de 7h30, il y a eu un mort tué par balle cette nuit, bilan provisoire. L'île s'embrasse car les indépendantistes ne veulent pas d'une réforme du corps électoral. Que faire pour mettre fin à cette situation d'extrême tension ?
Tout doit être fait pour qu'il y ait une solution négociée. On voit bien que la situation est là aussi malheureusement explosive avec ce décès qu'on vient de nous annoncer. Bon, mais il faut en finir avec le mépris en fait. M. Darmanin n'est pas la bonne personne pour piloter cette négociation. Le vote à l'Assemblée nationale, il est complètement délégitimé. Les indépendantistes l'ont dit d'ailleurs. Le vote à l'Assemblée nationale, il ne peut pas se tenir. Vous voyez, c'est comme craquer une allumette dans un baril de poudre. Donc on a besoin de retrouver le sens de la médiation. Moi j'appelle à ce que le Premier ministre pilote lui-même ces discussions. Puis on a Emmanuel Macron.
Pardon, mais pourquoi vous estimez que Gérald Darmanin est délégitimé sur le dossier calédonien ?
Vous voyez bien la situation dans laquelle on est. Donc en fait, moi je vais vous dire, il y a quelques années, quelques décennies même, on a eu un homme, Michel Rocard, qui a adopté une méthode. Cette méthode c'était le dialogue, toujours du dialogue, encore du dialogue. Et puis il faut se souvenir du rôle joué par Edgar Pisani. On a besoin aujourd'hui d'une personnalité républicaine incontestable pour mener cette médiation. Je sais que le nom Lionel Jospin a été mentionné. C'est une bonne idée.
Est-ce qu'il faut déclarer l'état d'urgence, comme le demande Sonia Bacchès, la présidente de la province du Sud ?
Écoutez, là, moi je vous l'ai dit, on a besoin de dialogue. Et je vous ai dit aussi, ce vote à l'Assemblée nationale, c'est comme craquer une allumette dans un baril de poudre. En fait, il faut revenir autour de la table, il faut s'asseoir. Puis il faut comprendre la colère de la jeunesse canaque. Cette frustration autour du dégel du corps électoral, ça vient de loin. Donc il faut y répondre.
Vous comprenez les raisons de cette colère ?
Je comprends les raisons de cette colère. Vous êtes favorable à l'indépendance ? Dialogue, dialogue, dialogue. Mais vous savez, je vous parle des accords de Nouméa, des accords de Matignon. Il y avait des processus qui ont été mis en place. Il y en a eu d'autres, il y a eu trois référendums ces dernières années. Exactement, sauf qu'il ne vous aura pas échappé que le processus a été contesté dans son déroulement. Donc je redis, dialogue, dialogue, dialogue.
Est-ce que vous êtes favorable à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie ?
Mais encore une fois, ce n'est pas à moi de m'exprimer sur ce sujet-là.
Venons-en aux Européennes. Il y a les sujets sur lesquels vous êtes très investi, sans surprise. Vous souhaitez un investissement massif dans les énergies renouvelables. Vous voulez aussi faire de la santé la nouvelle boussole des politiques publiques. Concrètement, ça veut dire quoi, Marie Toussaint ?
Ça veut dire que plutôt que de pourchasser la croissance et de s'enfermer dans l'austérité, on regarde comment vont les gens et comment vont les écosystèmes, parce qu'il y a un lien très établi entre la santé de la nature et notre santé à nous. Nous faisons partie du vivant. Or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. On voit à la fois une politique d'austérité qui vient frapper les hôpitaux, un manque d'investissement. Vous savez, chez moi, à Bordeaux, du fait du dérèglement climatique, il faisait 44 degrés à l'hôpital cet été. Donc, on doit y remédier.
Vous dites que la santé doit devenir un sujet européen ?
Ça l'est déjà. Donc, ça veut dire deux choses supplémentaires. Ça veut dire d'abord un service public européen, du médicament. Aujourd'hui, on a vu pendant la crise, on courait après les masques, après le Doliprane. Aujourd'hui, les parents courent d'officine en officine pour trouver de l'amoxicilline. Il faut que ça s'arrête, il faut qu'on produise en Europe ce dont l'Europe a besoin. Et donc, on a besoin de ce service public européen du médicament parce qu'on ne peut pas faire confiance aux firmes pharmaceutiques mondialisées. Et puis, il faut se battre contre la civilisation des toxiques.
On a des produits toxiques et chimiques, dont des pesticides dangereux, qui ont été répandus partout, en toute impunité pendant extrêmement longtemps, et jusqu'à l'OMS, qui fait le lien entre l'environnement et la santé. On a, en fait, une civilisation des toxiques qui fait émerger une catastrophe sanitaire majeure.
Justement, à ce sujet, vous étiez l'invité de « C'est à vous » sur France 5 en début de semaine. Et vous étiez en colère, accusant le gouvernement d'ignorer plusieurs rapports sur des cancers pédiatriques. Vous avez parlé de 19 clusters de cancers pédiatriques en France. Ça a fait réagir beaucoup de médecins, vous avez dû le voir. Ils demandent des preuves de ce que vous avancez. Si vous avez des rapports, des documents, communiquez-les à la Société française du cancer, dit-il.
Le président du syndicat Union français pour une médecine libre, le docteur Jérôme Marty, va même plus loin, et je vais le citer, « Faire son petit marché électoral en déblatérant des conneries sur l'oncopédiatrie, y a-t-il quelque chose de plus dégueulasse ? » Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Je réponds que la santé, c'est un combat de tous les jours des écologistes, en tant que campagne électorale, comme dans les institutions et également sur le terrain. J'ai parlé de rapports qui ont été cachés. Je les ai amenés, je les ai ramenés ce matin. Je n'ai pas parlé des rapports sur les cancers pédiatriques des enfants en parlant de ces rapports cachés. Je parlais de rapports sur la qualité de l'eau minérale de Nestlé, sur les rapports sur le glyphosate ou encore sur les nouveaux OGM. Maintenant, sur la question des clusters pédiatriques. Santé publique France a ouvert 19 dossiers.
Lorsqu'il y a eu des enquêtes, ce qui n'a pas nécessairement toujours été le cas, mais c'est à la Santé publique France de nous le dire, lorsqu'il y a eu des enquêtes, elles se sont souvent arrêtées très vite, sûrement, certainement, pour de basses raisons financières. Eh bien, moi, je dis que ces cas, ces cancers des enfants sont absolument dramatiques. On a des parents qui sont souvent laissés seuls, isolés, qui doivent se battre pour que des études soient menées et soient menées jusqu'au bout. On a des études qui, souvent, ne cherchent qu'une cause, alors que la réalité réside certainement dans la présence d'effets cocktail, la superposition de ces pollutions.
Vous dites qu'il faut pousser ces études, il faut pousser ces recherches ?
Effectivement, on ne peut pas fermer les yeux sur la situation dramatique de ces familles-là. Donc, moi, je demande, effectivement, à ce qu'on y aille, à ce qu'on mette les études, à ce qu'on se préoccupe vraiment et sincèrement de ces cas de cancer pédiatrique. Et c'est ce que je dis aussi quand je dis qu'il faut que la santé soit la boussole des politiques publiques.
On va dire quelques mots des sondages. Le rolling du Figaro, un sondage quotidien hier soir, place Jordan Bardella à 32,5%. Valérie à 17%, Raphaël Aiglouzmane à 14%, suivent LR et LFI. Et puis vous, à 6%, à égalité avec Reconquête. Est-ce que, finalement, le vote utile à gauche, ce n'est pas le vote Glucksmann ?
Ben non. Et le seul vote utile, en réalité, c'est le vote écologiste. Pourquoi ? Parce qu'au niveau européen, le 9 juin prochain... Vous dites qu'il est écolo aussi. Ah oui, mais on peut en reparler juste après. Mais il faut bien comprendre que le 9 juin prochain, le choix, c'est la coalition des droites, ce pacte brun avec du climato-scepticisme, ou alors, un pacte vert, l'accélération de la bifurcation écologique dans la justice sociale.
On ne peut pas rester dans le statut co-actuel qui nourrit par ailleurs les extrêmes droites avec une coalition qui réunit les conservateurs, les libéraux et les socialistes, qui votent, par exemple, des mesures d'austérité qui nous empêchent d'investir dans la transition écologique et dans la justice sociale. Quant à M. Glucksmann qui se revendique écolo, on a entendu Macron par le passé aussi parler d'écologie. Bon, dans la réalité, les socialistes au Parlement européen, à Bruxelles, votent pour l'austérité, pour les méga-camions, pour le détricotage environnemental de la PAC. Et puis, sur la liste de M.
Glucksmann, on a des personnes qui défendent des pistes de ski en plastique dans des aires naturelles protégées, ou encore des défenseurs farouches de l'A69, cette autoroute en Occitanie qui est décriée, non pas par des centaines, mais par des milliers de scientifiques. Donc, la réalité, c'est qu'il n'y a pas d'écologie sans les écologistes, et que si on veut que l'Union européenne se mette en capacité de faire face aux défis de notre temps, le dérèglement climatique, l'extinction de la biodiversité, cette question cruciale de la santé, c'est avec les écologistes.
– Merci, vous travaillez, donc vous êtes adversaire en Europe, socialiste et écologiste, et vous travaillez ensemble à Paris, à l'Assemblée, ça va être compliqué pour l'instant.
– Adversaire, c'est un bien grand mot, on est partenaire, on a besoin d'embarquer, on a besoin d'entraîner cette accélération, oui, mais vous savez, j'ai dit que dans cette campagne, on avait besoin de clarté, et cette clarté, elle doit être énoncée, donc je vous remercie de m'avoir invité pour le faire.
– Merci Marie Toussaint, et bonne journée.
– Oui, au moins c'est clair, merci à tous les deux, merci aussi à Yohann Robert pour la traduction de langue des signes.
– C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions, s'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner, vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Marie Toussaint