Charles Aznavour, sa madeleine de Proust
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ensuite, j'ai appris que c'était une histoire vraie. Ensuite, j'ai su avec qui j'allais tourner. Ca fait toujours plaisir quand on sait que c'est des femmes réalisatrices. - M.Bouhafsi: Barbara, vous êtes en tournée dans toute la France.
C'est un carton. Mais il n'y a pas que vous qui êtes actuellement en tournée dans toute la France. Il y a aussi Flavie: Libourne, Saint-Quentin, Vienne...
C'est une tournée musicale, en fait! - F.Flament: Vous avez raison.
Je suis en tournée. - M.Bouhafsi: Chinon!
Elle a une très belle voix. Elle a la chance de visiter plein de villes en France aujourd'hui. C'est la nouvelle émission, "Flavie en France", quotidien sur France 3 du lundi au vendredi.
Le concept est simple: sillonner des régions françaises à l'encontre des initiatives locales de gens qui font rayonner le pays, et donner la parole à des Français qu'on n'entend jamais. Un format plus mobile, plus de contacts directs...
Vous vous sentez enfin plus proche des gens? Il n'y a plus le 4e mur de la télé? - F.Flament: Non.
J'ai toujours été très proche des gens. Mais le fait de quitter les plateaux, partir à la rencontre de ceux que je connais, que je vois dans ma vie, avec lesquels je parle, car j'ai longtemps vécu en Provence...
Je suis une fille de la mer, de la campagne. J'ai grandi avec des bottes crottées. J'écoute B.Pravi dès que je peux quand je marche sur la plage.
Je fais mon marché. Je suis dans une réalité. Cette réalité, on ne la met pas assez en avant.
On ne lui donne pas assez la parole. "Flavie en France", c'est ça. C'est toute une équipe, évidemment.
On part à la rencontre de ceux qu'on n'entend pas. On donne à voir une France à laquelle on donne très peu la parole. C'est une France parfois résolument optimiste, qui est confrontée à des réalités...
C'est ce dont on parle depuis le début de l'émission. Elle se bat. Elle crée des initiatives locales.
Elle ne vit pas la même réalité que nous. C'est ça qui est dingue! Ca me fait un bien fou.
Là, je rentre de Caen. On était en tournage. - M.Bouhafsi: Le contact avec les gens, ça vous réussit. - F.Flament: C'est génial.
Bonjour, comment allez-vous? - Bien, merci. - F.Flament: Votre casquette est canon.
Vous avez quel âge, Léa? - L'âge de faire 20 ans. - F.Flament: Une vieille bible... - Je suis coiffeur dans un bar. - F.Flament: Vous savez ce qui vous reste à faire, Victor? - Me faire couper les cheveux quand il a bu! - M.Bouhafsi: J'ai même appris que vous vous faisiez draguer parfois en direct! - F.Flament: Bien sûr!
Je ne sais pas comment vous expliquer...
Quand je pars en province, c'est la vraie vie. Il y a une sorte de proximité, de chaleur. Il y a un humour qui fait partie de nos échanges.
Il y a une familiarité qui fait un bien fou. On froisse peut-être un peu les conventions parisiennes en étant dans un essentiel. On se tape dans le dos, en partageant un saucisson, on se drague...
Il y a le charme de la rencontre... - M.Bouhafsi: C'est presque un speed dating à la fin de l'émission!
Vous ressuscitez surtout un programme culte en France. On va le faire découvrir à nos invitées avec plaisir. Quand on entend "schmilblick", on pense bien sûr à Coluche. - Le candidat suivant est une candidate! - Non, non. - Posez votre question, monsieur. - Est-ce qu'on peut pousser le schmilblick?
Pour la faire avancer! - Merci, monsieur. - Est-ce que le...
Coluche bafouille. Le schmilblick tient dans la main? - A quoi pensez-vous, monsieur? - A rien.
C'est pour faire avancer le schmilschmilblick. - M.Bouhafsi: On pense souvent à Papy Mougeot. - F.Flament: "C'est le papy Mougeot de Libourne!" - M.Bouhafsi: Comment vous décririez papy Mougeot? - F.Flament: C'est un personnage d'un sketch de Coluche, mais surtout, c'était l'incarnation à cette époque, selon Coluche, du Français.
Il venait de faire ses courses. Il voulait participer au jeu. Il n'était pas forcément préparé.
Il était dans un truc hyper nature. Il avait un petit coup dans le nez... - M.Bouhafsi: Petit, petit... - F.Flament: Ceux qui viennent, ce sont des gens qui ne savaient pas forcément une heure avant qu'ils allaient jouer avec nous sur le marché. - P.Larrouturou: Petit coup dans le nez ou pas, en 2025, les Français ont toujours autant de mal à dire "schmilblick"...
Elle bafouille. - Est-ce que le schmil...
Schmilblick... - Est-ce que le schmilblick... - Est-ce que le schmilbli-bli-blick? - P.Larrouturou: Pourquoi c'est un jeu qui n'existe plus en télévision? - F.Flament: Parce que c'est le seul jeu en télévision qui va chez des gens.
Vous ne devez pas passer de casting, faire acte de candidature, espérer être pris... - P.Larrouturou: Comme le "Jeu des 1000 euros". - F.Flament: Surtout que c'est la radio.
Là, c'est la télévision. C'est un jeu dans lequel on ne gagne pas des millions. C'est un jeu solidaire.
Ce qui se passe dans la queue du "Schmilblick" est incroyable. Cette émission, comme le "Schmilblick", c'est une façon de créer du lien entre les gens, entre France Télévisions et ceux qui la regardent, entre la télé et les Français. Mais entre les Français eux-mêmes aussi.
C'est génial, ça. C'est une sorte de galerie magnifique des Français, avec leurs différences, leurs physiques différents, leurs milieux sociaux...
Ca, c'est délicieux. - M.Bouhafsi: Ce qui est formidable, c'est qu'on retrouve votre sourire. - F.Flament: Est-ce que vous êtes en train de sous-entendre que je l'avais perdu? - M.Bouhafsi: Je ne dis pas que vous l'aviez perdu, mais il faut être honnête avec nos téléspectateurs.
Vous avez présenté "Télématin" avec J.Arnaud sur France 2. - F.Flament: Se lever à 4h du matin tous les jours, effectivement... - M.Bouhafsi: On a même dit que vous étiez en guerre avec J.Arnaud, qui était co-présentateur, que vous aviez des relations catastrophiques.
Ca vous a peinée? - F.Flament: Oui.
Ca m'a touchée. J'avais arrêté la télévision et j'avais envie de vivre ma vie, d'être loin d'une surexposition, d'un jugement permanent. Je ne pensais pas que les choses n'avaient pas changé, et qu'elles étaient même peut-être plus violentes en raison des réseaux sociaux.
Je m'entends hyper bien avec Julien. On a passé une année vraiment hyper intense. Amandine le sait bien.
Elle a été aussi à la matinale très longtemps. On a été hyper solidaires. Si vous me parlez de Julien, pas une fois il n'y a eu une tension avec lui.
En même temps, je ne suis pas surprise. Il faut toujours raconter des conneries sur les gens qui sont à l'antenne. - M.Bouhafsi: Ca arrive partout, dans la musique... - F.Flament: Il y a toujours des histoires.
C'est marrant, cette appétence. Dans "Flavie en France", on est sur quelque chose de différent. C'est marrant, cette appétence pour ce qui ne va pas, pour le glauque.
Nous, on cultive un truc différent. - M.Bouhafsi: On aime aussi votre verve, cette fougue et que vous soyez sincère.
Vous dites: "J'ai 51 ans, je m'en fous. Je n'ai jamais été aussi heureuse qu'aujourd'hui. Pendant des années, on m'a perchée sur des talons et on a torturé mon corps." Ca vous parle? - B.Pravi: Moi, j'échappe un peu à ça.
J'avais 21 ans quand j'ai commencé. Ca s'est passé un peu comme ça les 3-4 premières années. Après, je me suis vite dit que j'allais arrêter ma carrière, qui n'existait pas, mais l'idée de cette carrière... "Tant pis, je vais écrire pour d'autres gens." C'était devenu insupportable, les trucs qu'on nous impose.
Ca a commencé à marcher. J'ai eu de la chance de bien m'entourer ensuite. La liberté, c'est moi qui choisis de mettre des talons, quand je mesure 1,58 m. - M.Bouhafsi: A certaines périodes, vous avez été obsédée par votre physique, Lyna, à scruter le moindre centimètre de graisse.
Vous la sentez parfois, cette pression, aujourd'hui? - L.Khoudri: Oui.
On peut la sentir. Sur "Houria", c'était différent, car je voulais ressembler à une danseuse classique. Ma doublure faisait 47 kg.
Je voulais faire le même poids pour que ça paraisse vrai à l'image. Après, l'histoire des talons...
Une fois, à Cannes, pour la montée des marches, j'avais demandé si je pouvais arriver en baskets, et, ensuite, mettre des talons, une fois que j'étais bien sur le tapis rouge en bas, car je savais que ça allait me faire trop mal si je marchais longtemps. On m'avait dit non. Je me souviens très bien de ça. "Mais qui m'impose de mettre ça?" Aujourd'hui, je crois qu'on arrive à ce que ça aille un peu mieux. - M.Bouhafsi: Grâce à des femmes libres, dans la musique, la télévision, le cinéma. - F.Flament: Au-delà des talons, il y a l'idée de devoir correspondre...
Je suis un peu plus âgée que vous, mesdemoiselles, même si ça ne se voit pas...
Mais on est quand même obligées de correspondre à ce que la société a très longtemps attendu de nous. C'est formidable, quand on est entouré par les bonnes personnes. Mais rien n'est plus beau qu'une femme qui vieillit, qui s'arrondit, qui vit son âge, qui est sensuelle.
Tout le monde est beau. Ca paraît complètement con, mais je vous assure qu'on a tous une beauté quelque part. Elle n'est pas codifiée par ce que l'on peut nous dire. - M.Bouhafsi: Je vais le dire sans aucune démagogie, Flavie... - F.Flament: Il me drague! - M.Bouhafsi: Un homme de 60 ans n'est pas plus beau qu'une femme de 40 ans.
Ce concept que les hommes qui vieillissent sont plus beaux que les femmes...
C'est un peu ridicule. - F.Flament: En tout cas, maintenant, on le dit. - B.Pravi: Un jour, un ami m'a laissé un mot sur ma table basse: "Cultive la différence." Ca me fait penser à ça.
Ce qui rend les gens beaux, c'est les formes de différence, quelles qu'elles soient. Plus elles sont entretenues, plus elles rayonnent. - M.Bouhafsi: On va aller encore plus loin dans l'intime.
Place à la séquence du Répondeur. - A.Bégot: Le principe est simple.
Vous devez laisser un message à une personne qui compte pour vous et que vous n'avez jamais remerciée publiquement. A qui avez-vous choisi d'adresser ce message? - F.Flament: C.Aznavour. - A.Bégot: Ca fait déjà 7 ans qu'il a disparu.
Je ne pensais pas que ça faisait autant de temps. La caméra est là. - F.Flament: Cette idée du répondeur...
Je l'ai fait à la radio il y a 16 ans. C'est extraordinaire. Je ne pensais pas le faire à la télévision.
Donc...
Je m'adresse à Charles. Cher Charles, c'est très étrange de vous laisser un message avec autant de monde qui nous écoute comme ça. En même temps, je pense que je vais vous rappeler un souvenir très fort qui est le mien et le vôtre, certainement.
Ce jour-là, il n'y avait personne pour nous interrompre ou nous écouter. J'étais rentrée dans votre loge et je vous avais expliqué que lorsque j'étais petite, je ne parlais pas avec papa. Lorsque j'étais adolescente, je ne parlais pas avec papa.
Mais quand on se retrouvait tous les deux dans une pièce et qu'on ne savait pas comment communiquer, il mettait un disque de vous. On se mettait sur le canapé. On écoutait "Sa jeunesse".
Il posait la main sur mes genoux et disait "lui, c'est le maître". Quelques années plus tard, on s'est croisés à plusieurs reprises. Le 22 mai 2004, j'ai appris que j'aurais l'honneur de présenter vos 80 ans.
C'était au palais des Congrès. Je me souviens que quelques années auparavant, j'avais offert une place à papa avec ma première pige. On était au fond de la salle.
Quand j'étais sur scène pour vos 80 ans, papa était au 2e rang, derrière Jacques Chirac. On est allés faire la bamboche à l'Elysée pour fêter votre anniversaire. C'était dingue.
On était dans la salle des fêtes. Je n'étais pas à votre table, mais je vous guettais dans un coin. Je vous ai vu vous lever car c'était la fin de la soirée.
Vous vous êtes retourné et vous sembliez chercher quelqu'un. Vous avez croisé mon regard. Vous avez fendu la foule.
Vous êtes venu jusqu'à moi. Vous m'avez dit: "Je vous observe, ma petite. Je vous observe depuis 2 jours, en répétition, au maquillage, quand vous me regardez.
Parfois, je vous observe et vous ne le savez pas, et vous êtes triste. Ce n'est pas possible d'avoir votre âge et d'être triste. Alors, bon Dieu, faites quelque chose, mais ne restez pas triste."
Franck Proust