Islamophobie : une lutte antiraciste de premier plan | #Amfis2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à toutes et tous. Merci d'être présente et présent à ces tables rondes sur l'islamophobie. Je m'appelle Manuel Hamzaoui.
Je suis coanimatrice du groupe thématique antisme de la France insoumise et membre de la coordination nationale au titre de l'espace jeunesse et bataille antifasciste. Je suis ravie de partager ces tables rondes avec Louis Boyard, député lesfi NFP et mon camarade dans l'espace jeunesse et bataille antifasciste et Raphaël Yogier, sociologue spécialiste des questions religieuses et auteur de l'ouvrage Le mythe de l'islamisation paru en 2012 que je vous recommande très très fortement. J'aimerais débuter en évoquant ce qui me semble être deux spécificités de l'islamophobie et qui justifie de mon point de vue qu'on accorde à cette thématique une table ronde spécifique.
Tout d'abord, le problème islamophobe constitue aujourd'hui en France un paradoxe. C'est une forme de racisme omniprésente que ce soit dans la sphère politique, la sphère médiatique ou la sphère de la vie privée pour les personnes musulmanes ou supposées musulmanes. Et pourtant, l'islamophobie en tant que fait sociale est contestée voire niée.
Le lendemain de l'assassinat islamophobe d'Abouak Sissé, le ministre de l'intérieur, Bruno Retaillot, a ouvert un débat sémantique sur l'usage du terme islamophobie fondé sur des arguments fallacieux main de fois contredits. Et ce débat servait bien évidemment de diversion et évitait de poser le diagnostic de la montée de l'islamophobie, diagnostic qui mettrait en cause le gouvernement et ses alliés. Quelques mois plus tard, c'était autour de socialistes d' publier une tribune pour s'insurger eux aussi contre le mot islamophobie.
La réalité que la question de l'emploi ou non de ce terme n'est pas le fond du sujet. C'est un écran de fumée qui déplace l'attention quand l'islamophobie tue, c'est-à-dire lorsque lorsqu'elle apparaît dans sa manifestation la plus brutale et qu'elle prend alors un caractère indéniable. La deuxième singularité de l'islamophobie est que le problème musulman tel qu'il a été construit n'est pas seulement un problème d'ordre social ou culturel comme c'est le cas pour les autres populations minorisées.
Il est également défini comme un problème d'ordre civilisationnel, d'ordre républicain et d'ordre sécuritaire. Le musulman serait un problème d'ordre civilisationnel car l'islam serait une religion de conquête et les croyances sont bras armé. Ainsi, les musulmans de ce pays seraient une sorte de 5e colonne infiltrée qui a pour objectif de détruire la France, la chrétienté ou l'Occident dans son ensemble.
Pour se faire, les musulmans jouraient de leur nombre. C'est là la théorie du grand remplacement où infiltrerait tous les pans de la société. C'est là la théorie de l'entrisme.
Partant de cet imaginaire. Le musulman est toujours suspect si ce n'est coupable. S'il ne s'intègre pas suffisamment à la société dont il est pourtant partie intégrante, c'est qu'il est séparatiste, donc islamiste et frériste.
Et s'il s'y intègre, c'est qu'il est takiste, donc islamiste et frériste. En somme, le musulman est toujours perdant. Les musulmans seraient également un problème d'ordre républicain car l'expression de leur foi contreviendrait à la laïcité, une laïcité dévoyée au contour, sans cesse renouveler, redéfinir, redessiner.
Pour justifier les politiques islamophobes en cours, les musulmans seraient également un danger pour les femmes. Le féminisme devenant un pilier de la République pour les plus grands masculinistes qui se découvrent alors féministe dès lors qu'il s'agit de critiquer les musulmans. Enfin, les musulmans seraient un problème d'ordre sécuritaire puisqu'on a considéré depuis les attentats de 2001 et a plus forte raison en France depuis les attentats de 2015 que tous les musulmans étaient de façon indiscriminée des terroristes potentiels.
Et dès lors qu'on parle de terrorisme, qu'on parle de menaces existentielles au sens propre du terme, qu'on parle de danger imminent pour sa vie et celle de ses proches, alors il n'y a plus de limite aux politiques d'oppression qui peuvent être mises en place et il n'y a plus de loi d'exception qui ne puisse entrer dans le droit commun. Et nous sommes aujourd'hui camarades dans cette période de l'histoire. Ainsi, par sa nature multiple, l'islamophobie a permis la jonction entre toutes les forces réactionnaires de ce pays de l'extrême droite identitaire jusqu'au printemps républicain.
Cet arc islamophobe exceptionnellement étendu donne à l'expression islamophobe un habillage respectable voire même souhaitable, alimentant ainsi un climat de suspicion permanent à l'encontre des musulmans et à plus forte raison des musulmanes qui sont retrouvent stigmatisés, discriminés, marginalisés et exclus de la société. Je vais tout de suite donner la parole à Raphaël Yogier pour une petite intervention de 5 à 10 minutes. Merci à toutes.
Dans les Vous m'entendez ? Dans les années 2000, je m'exprimais très souvent à la télévision, à la radio, je veux dire quasiment toutes les semaines. Et j'ai arrêté très exactement en 2015.
Parce qu'en 2015, je dirigeais un laboratoire qui était le seul laboratoire français qui s'appelait l'observatoire du religieux. Le seul laboratoire qui depuis n'a plus reçu de subside de l'État français qui a réellement travaillé sur le profil qui a réellement travaillé sur le profil. Est-ce que la régie peut monter ?
Non. Oui, je sais pas comme ça, il faut quasiment que je mange le micro. Ah oui, d'accord.
Très bien. Euh, je diriger le seul laboratoire français qui avait travaillé sur les profils des djihadistes et c'est la raison pour laquelle j'étais d'ailleurs le premier dit expert à être comment dire interviewé, si je puis dire, par l'Assemblée nationale juste après les attentats de 2015, en janvier 2015. Ce que j'ai expliqué à ce moment-là de façon assez précise en prenant les profils qu'on avait suivi depuis des années, c'est qu'il n'y avait non seulement aucun rapport avec l'islam mais que l'intensification de la pratique n'était non seulement pas un indicateur du de du passage à l'AC, mais c'était même exactement le contraire.
C'est-à-dire ce qu'on observait qu'on observait depuis le milieu des années 2000 un certain nombre de groupes qui étaient dans une logique avec une forme de violence particulière qui pouvait se sentir stigmatisé et autres et qui utilisait l'islam comme une façon de se révolter, comme une façon d'exister, de faire un certain nombre de choses avec différents niveaux de violence et que finalement ce qu'on a appelé Daesh, ce qu'on appelle plus scientifiquement ISIS euh a su mobiliser cette angoisse euh cette anxiété, ce sentiment négatif d'un certain nombre de jeunes, d'individus qui à la base était très peu raccordé à l'islam. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle on arrivait pas à les trouver dans la on arrivait pas à les trouver. On a inventé le my du loup solitaire de ceci de cela.
Globalement, on ne pouvait pas les trouver dans le parce qu'ils étaient dans la société éparpillé dans la société en général. En dehors du fait, je vais pas rentrer dans le détail que j'avais proposé un certain nombre de techniques pour pouvoir les trouver justement mais qui n'étaient pas du tout en rapport avec l'islam. Ça avait convaincu à l'époque à la fois Laurent Fabus et François Hollande à qui j'en avais parlé mais ça n'avait pas convaincu Manuel Vals.
Donc je suis devenu à partir de là l'ennemi absolu. Il a même refusé une fois une réunion qui qui était à Matignon où on m'avait convoqué pour expliquer un certain nombre de choses. Il a vu mon nom dans la liste et il n'est pas venu.
Il faut dire que de jours avant à la télévision en primetime, j'avais dit Manuel Vals, il y a au moins une chose qui peut économiser, c'est ses gardes du corps puisque globalement il fait le marketing gratuit de Daesh. Donc personne va essayer de le viser, ça c'est clair. Euh ce qui globalement est vrai, je veux dire vraiment, il a placé la la France en cible privilégiée.
Maintenant, comme c'est très court ce que vous m'avez donné comme temps, j'en finis avec ça et je voudrais faire une analyse un petit peu plus approfondie parce qu'il y a une deuxième raison pour laquelle je suis exprimé de moins en moins et je même je refusais petit à petit, y compris les invitations des organisations musulmanes. Pas parce que je n'apprécie pas ces organisations musulmanes, c'est parce que je me suis rendu compte que ça ne servait à rien. Pourquoi ? parce que moi je ne suis que philosophe et sociologue et que le problème de l'islam est devenu un problème psychiatrique.
Je suis pas psychiatre. Donc je suis de moins en moins apte vue de la légitimité scientifique à en parler. Mais néanmoins, je peux quand même vous dire une chose, c'est que il y a un point sur lequel on pourrait être d'accord dans un premier temps avec la remise en cause de l'expression islamophobie, c'est que moi je ne pense pas que nous en soyons au stade de l'islamophobie.
Je pense que c'est bien pire du point de vue clinique que l'islamophobie. Je vais vous expliquer la différence et vous allez tout de suite reconnaître les conséquences de cette différence et pourquoi est-ce qu'on se permet de faire un certain nombre de choses, de faire un certain nombre de lois, d'avoir un certain nombre de discours qu'on ne se permettrait pas si c'était seulement de l'islamophobie. C'est de l'islamo paranoïa.
Quelle différence il y a entre la phobie et la paranoï ? Hein ? La différence entre la phobie et la paranoïa, c'est que je vais prendre une analogie qui est bien connue puisque moi-même je suis aragnophobe.
J'ai peur des araignées. Voilà. Si vous si vous arrivez dans une pièce et que il vous êtes aracnophobe, d'accord, vous situez, vous rentrez dans la pièce et il y a pas d'araignée, vous en voyez pas.
Bon, vous êtes juste aracnophobe, ça vous pose aucun problème. Il y a pas d'araignée, vous rentrez, vous faites votre vie quoi. Vous êtes pas euh voilà.
Si vous voyez une araignée, deuxème hypothèse, vous rentrez dans la pièce, vous voyez une araignée, ça vous fait peur, vous avez tellement peur, vous êtes phobique, vous vous éloignez, vous appelez un ami pour l'enlever ou alors vous l'écrasez vous-même en étant avec un air un peu dégoûté, vous avez peur et cetera. Ça c'est la ragnophobie. D'accord ?
Ça va pas chercher plus loin que ça. C'est déjà assez horrible. Mais ça va pas chercher plus loin que ça.
Dans les années 80, il y avait beaucoup d'islamophobie dans ce sens-là. Début des années 2000 aussi, tout change vers 2003, c'est-à-dire au moment où la laïcité devient un instrument d'hygiène identitaire. C'est-à-dire que la laïcité, par même le Front National qui va devenir le Rassemblement national à partir de 2003, moi j'ai repéré l'évolution de ce processus, au lieu d'être au lieu d'être de dire euh au lieu d'être comment dire antisémite a priori antifrancmaçon, antisémite antilaïcité comme disait Jean-Marie Le Pen, laïcité c'est le le complot judéo maçonnique.
À partir de 2003 à 2004, tout change. La laïcité c'est génial. dès que ça devient un instrument d'hygiénisme et de ciblage de l'islam.
Ah là là, ça devient super cool. Et euh au contraire, il faut pas être antisémite, mais par contre c'est le prétexte de de d'un certain nombre de choses que vous connaissez tous et en particulier ça regarde aussi la question israélo-palestinienne et cetera et cetera. Mais donc ce qui va se passer à ce moment-là, c'est qu'on va basculer sur un mode paranoïque.
Et maintenant, je reprends mon exemple et vous allez voir tout toutes les politiques publiques depuis 2003 vont complètement changer à ce niveau-là. Vous rentrez dans la pièce maintenant. On revient à notre aracno.
Nous sommes Aracno paranoïque. Maintenant, deuxième hypothèse, hein. Je rentre dans la pièce.
Alors là euh vous avez une araignée et vous la regardez et vous dites "Oh elle m'attend, elle est là pour moi. C'est évident qu'elle est là pour moi. Cette araignée est là pour moi." Et donc là c'est c'est l'horreur parce que elle est là, il y a l'intentionnalité.
C'està dire, elle est vraiment là pour moi. Elle a fait exprès d'être là l'araignée. Pas par hasard, elle a fait exprès.
Mais alors maintenant deuxième hypothèse et c'est ça le la plus grande le plus grand problème. Vous arrivez dans la pièce et là il y a pas d'araignée mais vous êtes un ragno paranoïque. Vous êtes pas un ragnophobique, d'accord ?
Vous rentrez dans la pièce, vous envoyez pas et vous dites "Oh elles sont pas là. C'est encore pire, elles se cachent". Voilà.
Ben, c'est exactement ce qui s'est passé avec l'islam. C'est-à-dire que moi ce que je conseillais au mouvement musulman, ne cherchez pas à vous cacher. Début des années 2000 avec mes étudiant, je leur avais proposé de monter une McLin Pride.
On a encore les t-shirts, j'ai encore les t-shirts, je crois que je les ai montré les t-shirts qu'on avait fait. On avait organisé à Paris des expos et cetera. Je leur dit, il faut pas se cacher, il faut au contraire se manifester puisque la laïcité c'est le droit de manifester, y compris ses convictions religieuses, dans la mesure où on l'impose pas aux autres.
Et jusqu'à preuve du contraire, les musulmans de façon concrè concrète et objective sont quand même ceux qui cherchent le moins imposer leur religion contrairement à ce qu'on dit. Est-ce que vous avez vu, je demande en général dans la salle quand je suis chez des gros réactionnaires, alors j'espère qu'ici c'est pas le cas hein, je leur dis quand ils me disent "Mais non mais vous dites n'importe quoi, mais cetera et cetera." Ils vont dire "J'ai un chapitre dans un livre qui s'appelle du oui bien sûr au mais quand même." L'islam c'est le mais quand même.
On dit oui bien sûr. Oui bien sûr mais quand même. Voilà.
Et donc euh comment dire ? Il y a il y a un moment ce point de bascule où la paranoïa collective a autorisé des mesures de plus en plus agressives. Pourquoi ?
Parce que quelle conséquence a le fait d'être dans une islamo paranoïa ? Ça veut dire que le seul fait d'être musulman, c'est-à-dire quelle que soit votre attitude, si vous êtes un musulman qui n' pas le voile par une jeune femme qui ne met pas le voile et qui va vous expliquer qu'elle est ultra démocrate, on va vous dire "Putain, la fille elle se cache derrière son elle cache son islamité et donc c'est le double discours et elle prétend qu'elle est pas elle prétend qu'elle est démocrate. En fait, elle s'insinue dans notre truc et cetera." Si elle met le voile, on dit "Ah la provocation Mais regardez, on l'a eu.
Donc de toute façon, c'est quoi ? Donc autant se manifester à mort en disant en utilisant ce qui existe dans la République française, le droit de se manifester et de se et finalement c'est plus rassurant même pour les islamo paranoïques. Vous voyez ?
Parce qu'en attendant ce qui s'est passé c'est que quand vous êtes dans une logique paranoïne, le seul fait d'être musulman constitue une agression puisque vous êtes paranoïque. Donc les lois qui vont être elles-mêmes des lois archi agressives, privatives de liberté vont se justifier dans la tête de gens comme Rota et tous ces gens vont se justifier comme étant de la légitime défense de notre civilisation qui est préalablement attaquée. Vous voyez, quand vous êtes dans une logique phobique, ça marche pas.
Vous pouvez pas avoir ce type de loi. Mais quand vous êtes dans une logique paranoïde, vous allez faire de la laïcité, un instrument archi agressif. mais qui est déjà là pour vous pour défendre contre une agression qui existe déjà.
Si vous rentrez dans le détail, vous dites "Mais attendez la laïcité, article 1er de la loi de 1905, liberté de culte dans la limite et cetera." Vous démontrez la tr la chose, vous l'expliquez, vous dites "Mais pourquoi est-ce que la fille elle aurait pas le droit de se baigner en en Burkini ?" Je veux dire, pourquoi est-ce qu'on aurait pas le droit de se puisque par ailleurs en plus c'est une mauvaise analyse de la situation puisque le burkini s'est inventé par une styliste australienne qui par ailleurs veut justement détourner la charia au sens le plus strict du terme et que si on est pas très raciste, pas raciste et qu'on va par exemple sur Iman Magazine qui est le magazine en ligne le genre elle des musulmans, on se rend compte que dans le courrier ceux qui sont ceux qui sont les plus violemment contre entre le Burkini sont les fondamentalistes les plus durs.
Pourquoi ? Parce qu'on voit les formes que c'est une manière finalement de faire du sport et de contourner le truc et cetera et cetera. Donc en plus on fait le contraire.
Mais par ailleurs, au regarde la laïcité, pourquoi est-ce qu'on pourrait pas se baigner en étant quel rapport avec la chourout ? Je veux dire vraiment ça n'a aucun rapport mais en fait il faut pas réfléchir de cette manière-là. Pourquoi ? parce que nous sommes dans ce rapport psychiatrique à la paranoï. 3e point, j'ai fini.
Puisque quand on fait une analyse clinique, il faut essayer de faire une analyse des causes de cet état psychiatrique. Ben, il y a des causes. La paranoïa, contrairement à la phobie, est liée à une crise, ce que Freud appelle une blessure narcissique.
La crise narcissique, une blessure narcissique. Qu'est-ce qui se passe avec l'Europe et la France en particulier ? qui se passe avec l'Europe et la France en particulier, c'est le déploiement depuis 2003, c'est-à-dire depuis la guerre en Irak.
La première enfin vraiment le le la première fois pour la première fois les Européens et les Français en particulier sont considérés comme étant périphérique, y compris par les Américains. Et donc, il va y avoir une vraie crise narcissique collective, une blessure narcissique collective. L'idée, on n'existe plus, qu'est-ce qui nous a enlevé notre identité ?
Rien ne va plus. Et c'est là où va se déployer la logique civilisationnelle, défense de la civilisation et cetera. On va sombrer dans cette espèce de narcissisme collectif général, de blessures narcissiques qui fait que la laïcité va changer.
Le rapport aux partis politiques, la plupart des partis politiques, pas tous, fort heureusement euh vont changer. Ce qui fait que même la droite qui se dit classique va s'appuyer sur cette logique de défense civilisationnelle comme si tout était foutu, tout était déjà terminé, on s'effondre. Et cette logique de l'effondrement, l'idée qu'on est attaqué par des musulmans, par d'autres civilisations, civilisation adverses où on va tout mélanger, hein, on va mélanger l'attaque, enfin l'idée que euh euh le la McDonald's culture, euh le le la fille qui porte son voile, tout ce que vous voulez. vous l'avez dans le discours de qui est un discours complètement analysable psychiatriquement de quelqu'un comme Fen Crot que vous voyez varier et qui est totalement là-dedans.
Et donc l'analyse qu'on doit faire de ça psychiatriquement, c'est que tant qu'on aura pas géré cette crise narcissique collective, bah globalement, ça sera pas possible d'avancer parce que le la ce narcissisme collectif, cette blessure narcissique collective qui est liée aux logiques post-coloniales, à l'idée du de l'idée de parce que l'idée d'envahissement que j'évoque dans le mythe de l'islamisation et dans d'autres livres, elle est liée à l'angoisse. que ce qui a constitué entre guillemets notre empire colonial, même si je m'assimile pas, d'accord, vont à leur tour nous coloniser. C'est-à-dire maintenant qu'on a perdu la prééminence, l'islam et le prétexte, l'idée tiens, c'est une colonisation inversée.
Ceux que nous avons colonisé ne peuvent que se venger en nous colonisant. Donc, ils sont en train de nous coloniser et le vocabulaire qui est utilisé, c'est un vocabulaire de la colonisation inversée. Je sais pas si c'est clair ce que je vous dire.
Ouais. Et ça fonctionne comme ça depuis 2003, 2004, 2005, 2006, c'est de plus en plus intense et de plus en plus de partis politiques, y compris de parti politique théoriquement de gauche, mobilise cela parce que c'est le la manière de de susciter chez les lecteurs un certain nombre de des voix chez les lecteurs et c'est vraiment dramatique. C'est qu'on va voir même un néonationalisme de gauche, théoriquement de gauche jadis porté par un type comme Manuel Vals par exemple. pas théoriquement, je vous dis voilà, théoriquement de gauche, mais il y en a d'autres qui sont théoriquement de gauche et qui sont dans cette logique néonationaliste, c'est-à-dire de protectionnisme, de l'identité, de ceci, on peut pas s'ouvrir, il faut arrêter avec l'universalisme et cetera et cetera.
Moi, je pense que s'il y a une lutte de fond à faire, c'est d'essayer de mettre au jour, de rendre visible cette crise narcissique collective. Voilà. Merci beaucoup.
Euh dans un certain nombre de choses que tu as dit, je vais aussi y revenir et j'aimerais commencer cette intervention par rendre hommage à Abouakar Sissé, à rendre hommage à Hem Miraoui qui ont été assassinés dans des assassinats qui sont purement le fruit de l'islamophobie et d'une islamophobie d'État que on va chercher à expliquer aujourd'hui. Les musulmanes et les musulmans, ce sont des femmes, ce sont des hommes, ce sont des victimes, par exemple lycéens, particulièrement lycéen, étudiant particulièrement étudiantes. Ce sont des ouvriers, des ouvrières, ce sont des cadres, ce sont des jeunes, ce sont des personnes âgées et ce sont des personnes qui sont stigmatisées tous les jours quotidiennement dans le débat public, dans le débat politique et aussi dans la réalité de leur vie.
Et j'aimerais commencer cette intervention par vous faire une liste non exhaustive de toutes les polémiques publiques et politiques qui sont recyclées d'année en année et je tiens à dire que c'est non exhaustif. La polémique sur le Burkini auquel on a le droit tous les débuts d'été. La polémique sur la viande alal.
La polémique sur les prières de rue. Je vous donne une petite anecdote. Il y a quelques jours, j'étais à Marseille.
J'ai vu une procession religieuse chrétienne et je n'ai pas vu que ça ait fait la une de ces news. Vous avez ensuite les polémiques sur les constructions de mosquées qui sont un sujet politique parce que dans un certain nombre de villes, vous n'avez pas des lieux de prière qui sont suffisamment nombreux pour pouvoir accueillir tous les fidèles ou même en suffisamment bon état pour pouvoir les accueillir en bonne euh dans des bonnes conditions de sécurité. Les polémiques sur les prénoms non français.
Je ne crois pas que Donald soit un prénom qui soit particulièrement français mais on ne le voit pas souvent dans les listes qui sont dressées par BFM TV. Les polémiques sur l'abaya qui ont été particulièrement lancées par Gabriel Atal. Les polémiques sur les accompagnatrices voilées.
Les polémiques sur l'abattage rituel. Les polémiques sur l'islam gauchisme, les polémiques sur les repas sans port à la cantine, la polémique sur les pénuries 2 qui étaient d apparemment aux musulmanes et aux musulmans pendant Ramadan, les polémiques sur le hijab. Pour les femmes qui souhaitent pratiquer le sport, je viens de vous faire une liste non exhaustive de tous ces débats qui sont recyclés jour par jour, semaine par semaine, mois par mois, année par année et je sais que j'en manque encore d'autres et j'aurai plaisir à en discuter avec vous à la fin de la conférence pour essayer de compléter ma liste.
L'idée, c'est de comprendre d'où est-ce que vient cette islamophobie. Et tu as déjà un petit peu mis le doigt dessus. Cette islamophobie au fond, c'est un continuum colonial.
Et pour expliquer en quoi c'est un continuum colonial, je vais beaucoup me baser sur des exemples de l'Algérie. Jusqu'en 1947, pour acquérir la nationalité française, il fallit il fallait renoncer à la religion musulmane depuis jusqu'en 1947, ça fait moins d'un siècle. J'ai et ça a continué bien après 1947.
J'aimerais vous donner les exemples des années 50 avec les cérémonies de dévoilement qui ont été organisées par l'armée coloniale française. Et il y a notamment cette photo que vous pouvez retrouver dans les archives de LINA, une photo du 18 mai 1958 dans laquelle devant le gouvernement colonial d'Alger, vous avez deux femmes européennes qui participent au dévoilement d'une femme devant le gouvernement d'Alger. Et ce sont des cérémonies qui se répéteront par centaines.
Alors là, on comprend le continuum colonial, mais c'est quelque chose qui continue aussi pour les générations qui sont issues de la colonisation et qui sont arrivés dans l'hexagone. Et j'aimerais vous donner l'exemple d'une grève euh qui a particulièrement marqué euh l'une des premières polémiques islamophobes dans l'hexagone. J'aimerais vous donner l'exemple de la grève de Citroën à Holné sous-bois en 1982.
En 1982 à Citroën au Nesoubois, vous avez les ouvriers qui se mettent en grève. Vous regardez les tractes, ils sont vraiment intéressants. Dans dans la grève, ils font les une grève sur la question des salaires, sur la question des conditions de travail, sur la question de la régularisation des travailleurs sans papiers, sur la question du racisme et des discriminations.
Et donc quand il y a la grève, vous avez le tracte qu'on distribue, vous avez la prise de parole qui est faite. Mais dans les discussions avec le patronat qui quand ils ont fait les listes, vous pouvez regarder, c'est tout ça, c'est ça se retrouve dans des archives. Vous avez donc à un moment il raconte une scène où il y a eu une bagarre avec le patron parce que le patron a fait une remarque raciste.
Vous voyez à chaque fois il y a les listes qui rajoutent le concret et dans ces liste il y a la revendication d'avoir un local pour avoir une salle de prière parce que dans l'organisation de leur temps de travail et de leur temps de vie, il y avait ces travailleurs qui avaient besoin d'une salle de prière pour pouvoir mieux organiser leur temps de travail et leur temps de vie. Et le patronat a choisi d'utiliser cette revendication et d'en faire le contrefeu qui a été utilisé dans les médias. Et sur la grève de HNÉ sur Citroën en 1982, vous avez eu une grande polémique sur faut-il des lieux de prière sur les lieux de travail.
Depuis depuis 1970, dans beaucoup d'usines Renault, vous aviez des locals qui servaient de salles de prière et vous avez le patronat qui a utilisé cette revendication parmi tant d'autres revendications comme contrefeu. Par ailleurs, à la fin cette grève, elle a été victorieuse sur un certain nombre de points, mais pas sur le point du local de prière. J'ai aussi un autre exemple qui est l'affaire de cril de 1989.
L'affaire de Cray de 1989, c'est vraiment le le vous avez des élèves qui voulaient qui gardaient leur voile dans la salle de classe et vous avez le chef d'établissement qui décide de les exclure et alors se lance une grande polémique qui aura par ailleurs pour réaction de se propager dans d'autres établissements avec des exclusions et la polémique continue enfle. Vous avez des réactions de politique. Et au fond, la question qui s'est posée à l'affaire de Crayille, c'était est-ce qu'il faut intégrer les enfants de la deuxème génération ?
Et vous remarquez que la question elle se pose toujours mais la question elle est déjà anglais. La question c'est est-ce qu'il faut les intégrer ? Et pas comment est-ce qu'il faut les intégrer ?
Et vous avez des petits moments comme ça qui pierre par pierre ont permis de continuer de répandre par un continuum colonial une islamophobie que l'on voit toujours actuellement dans notre pays. Dans une autre étape que j'aimerais vous donner, tout ça est non exhaustif et le vent me dérange beaucoup, dans une autre étape que j'aimerais vous donner, vous avez bien sûr les attentats et notamment les attentats de septembre 2001, du 11 septembre 2001. Parce que à partir de ce moment-là, la doctrine du choc des civilisations de Samuel Hunttington qui était une doctrine qui globalement était la doctrine de la CIA qui se demandait contre qui ils allaient faire la guerre après avoir après la chute de l'URSS.
Globalement la doctrine, et je la fais en très très gros explique que maintenant la civilisation occidentale va devoir affronter la civilisation musulmane et que c'est ça la grande bataille du 21e siècle. Et cette doctrine n'est plus seulement une doctrine géopolitique qui justifiait des guerres que menaient déjà les États-Unis, mais c'est aussi une doctrine interne. Et moi personnellement, c'est un souvenir qui m'a beaucoup marqué en 2015.
Après les attentats de 2015, je vous parle de ce dont je me souviens, c'est que après ces attentats, les musulmanes et les musulmans étaient sommés de se positionner. C'est-à-dire qu'on avait des concitoyennes et des concitoyens qui parce qu'ils étaient perçus comme musulmanes ou comme musulmans, on leur disait "Attends, j'ai besoin de vérifier quelque chose. Qu'est-ce que tu penses de ça ?" Et c'est à partir de ce moment-là que en France, dans la République se construit la figure de l'autre.
C'est-à-dire que les musulmanes et les musulmans ont été perçus comme des ennemis de l'intérieur et c'est ça au fond qu'ils continuent d'essayer de faire avec leurs différentes politiques. Et à partir de ce moment-là, c'est parti dans toutes les législations. interdiction du port du foulard, le dévoilement de la laïcité, le débat sur l'identité nationale de Sarkozi, la déchéance de nationalité de François Hollande, la loi sur le séparatisme d'Emmanuel Macron, les grands débats et les grands décrets sur la lutte contre l'islam gauchisme à l'université, le conseil de défense de Macron sur les frères musulmans, les décrets sur la baya.
À partir de ce moment-là commence des législations qui ne s'arrêtent pas. il y a pas une année sans qu'on ait une loi qui soit une loi qui soit faite pour stigmatiser les musulmanes et les musulmans. Et à partir de ce moment-là, c'est là que l'islamophobie d'État renverse les équilibres des priorités du pays parce que les politiques libérales échouent et donc on voit il y a plus de classe sociale ascendante, les services publics s'effondrent, la précarité explose et à partir de ce moment-là, les politiques centristes qui au fond fusionnent avec l'extrême droite proposent un nouveau pacte politique.
Ils disent "Oui, tu seras pauvre mais il y aura toujours plus discriminé que toi. Il y aura toujours une personne qui sur l'échelle sociale, on la désignera toujours comme plus bas que toi." Et ça c'est le pacte politique que actuellement le centre est en train de terminer de conclure avec l'extrême droite parce que il y a une mécanique qui est en train de s'enrayer et cette mécanique, je trouve qu'elle se résume malheureusement très bien par cette phrase de Jean-Marie Le Pen qui disait "Les électeurs préféreront toujours l'original à la à la copie." Vous avez le bloc libéral qui est persuadé que l'islamophobie est le seul outil qui leur permettra de se maintenir au pouvoir et il ne s'en prive pas.
On l'a vu avec toutes les polémiques et toutes les législations. Vous avez l'oligarchie qui alimente cette classe libérale qu'ils veulent maintenir au pouvoir avec des polémiques islamophobes à longueur de journée, à longueur de semaine, à longueur de mois. Et vous observerez par ailleurs que jamais on se retrouve avec une personne musulmane ou musulman sur un plateau pour être capable de raconter une contrevérité et que les rares fois où on a notamment une femme musulmane voilée qui arrive sur un plateau de télévision, tout le monde se retrouve à la fermée parce que on ramène un petit peu de vérité dans tout ça.
L'oligarchie alimente les polémiques et ensuite vous avez le bloc libéral qui continue avec les lois islamophobes. des L islamophobes qui désignent un ennemi de l'intérieur qui justifie le procès en islamisme de toutes nos concitoyennes et concitoyens perçu comme musulmane ou comme musulman. Et tout ça, ça fait monter le Rassemblement national parce que c'est ce que disait Jean-Marie Le Pen, les électeurs préféreront toujours l'original à la copie.
Et vous avez après ces polémiques télévisuelles, ces débats publics, ces lois qui légitiment, le Rassemblement national aux portes du pouvoir, tout ça légitime, la paranoïa dont tu parlais qui se traduit derrière en violence extrêmement concrète, que ce soit par les insultes, que ce soit par les violences, que ce soit par les stigmatisations dans le travail, dans le service public, dans l'école et qui vont même jusqu'au meurtre. Et voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Alors c'est pourquoi nous à la France insoumise, je pense il y a eu un moment qui a marqué un avant et un après dans l'histoire de la France insoumise et de sa lutte contre l'islamophobie.
Ça a été la marche de 2019 contre l'islamophobie. Combien nous ont reproché d'aller à cette marche ? Mais je pense que s'il y a une grande décision qui a pris la France insoumise, elle doit compter parmi celle-là.
Parce qu'à partir de ce moment-là, la France insoumise, elle a dit "Nous nous avons choisi notre camp. Nous nous ne mettrons pas un doigt dans la mécanique islamophobe." Et et mes chers camarades, c'est pas alors il y en a certains qui disent "Oui, ils le font pour draguer une clientèle électorale et compagnie, ils font du communautarisme et compagnie." C'est intéressant parce que à chaque fois eux, on se demande jamais quelle clientèle ils veulent ils veulent essayer de séduire.
Oh je C'est eux qui cherchent à séduire une clientèle raciste. Enfin, il faut c'est eux qui sont clientélistes. Mais nous on ne le fait pas pour essayer de chercher quelques clientèle que ce soit.
C'est pas notre conception de la République, c'est pas notre conception de la politique, c'est pas notre conception de ce que nous on veut. On veut faire l'Union populaire. On l'a déjà expliqué. c'est que à partir du moment où vous n'avez plus de force politique, vous n'avez plus de force syndicale, vous n'avez plus de force associatives qui tiennent la digue sur ces sujets-là, alors à partir de ce moment-là, le rouleau compresseur peut rouler sans aucune limite.
Et c'est pourquoi parce que je sais que j'ai des militantes et des militants politiques dans la salle. Il ne faut absolument rien lâcher sur cette question parce que en ne lâchant rien sur cette question, vous avez beaucoup de nos concitoyennes et de concitoyens qui se sentent dégoûtés, qui disent "Mais quand je regarde l'Assemblée nationale, à chaque fois c'est pour m'insulter. La politique c'est pas fait pour moi.
À chaque fois c'est rabaissant." Vous en avez d'autres qui ont dit "Bah là, je sens que j'ai ma place quelque part. Là, je me sens pas exclu parce que j'ai une formation politique qui oui a choisi son camp entre la République et la laïcité.
Parce que nous notre conception de la laïcité, c'est pas de religion en politique, pas de politique en religion. À partir de ce moment-là, vous êtes capable de faire union populaire. Et c'est pourquoi, et je terminerai sur ça, mes chers camarades, s'il y a une question sur laquelle on ne lâchera jamais et sur laquelle il ne faut rien lâcher, c'est bien celle-là.
Parce qu'à partir de ce moment-là, tout est perdu. Et Jean-Luc Mélengehant disait déjà "À la fin, ça finira en E contre nous." Et aujourd'hui, on y est déjà dans le e contre nous.
Mais si jamais on peut définir un nous, c'est notamment parce que nous on a choisi de faire une rupture avec le continuum colonial, de faire une rupture avec l'islamophobie et de regarder droit dans les yeux la mécanique dont se sert l'oligarchie pour maintenir son pouvoir et permettre de cont de continuer les rapports de domination qui servent ses intérêts. Voilà, on va passer à un temps d'échange et ça a été un plaisir de pouvoir écouter les différentes interventions. Merci à tous les deux.
Alors, j'avais quelques questions de prêt mais simplement euh l'idée d'un d'une islamo paranoïa m'a fait penser à un autre concept et j'aimerais juste qu'on passe un petit peu de temps dessus si vous le voulez bien, c'est le concept de racisme conspiratoire. l'idée que le le complotisme serait devenu le ressort principal du processus de racialisation des musulmanes et des musulmans en ce que le complot serait le grand remplacement donc le remplacement de population ou bien euh Marwan Mohamed parlait aussi éventuellement de petits remplacements, c'est-à-dire le remplacement des valeurs et de la culture de façon générale. Et donc dans toute théorie du complot tel que l'a défini Emmanuel Crest, on a aussi ses collaborateurs et dans ce cas précis sur sur l'islamophobie, ce seraient les fameux islamogauchistes qui aideraient les musulmans de façon consciente ou inconsciente et qui donc seraient contre leur propre qu'il seraient donc contre leurs propres intérêts étant donné qu'ils sont blancs.
Et puis le but, comme vous le disiez, c'est de faire du colonialisme inversé. Et j'ai moi le sentiment que ça s'est beaucoup accru durant les 20 dernières années, éventuellement surtout depuis 2001, mais on peut en réalité trouver les germes de ce dispositif représentationnel dès la colonisation parce que dès l'arrivée du col français en Algérie en 1830, il trouvait surtout comme résistance celle des chefs religieux des Aouya. Les aouya, c'est les confréies religieuses.
Et bon euh les Français ne comprenaient pas trop la structure de la société algérienne et plus généralement nord-africaine. Et donc pour eux, il parlaient d'Algérie des secrets. Et plus tard euh on va revoir cette cette ce concept et ces théories revenir quand on verra arriver l'islam également en Afrique de l'Ouest qui était également colonisé.
Et là aussi on ils parleront de secte musulmane qui fait de l'entrisme. Et du coup, j'aimerais bien savoir quel lien connexion vous faites entre cet islamo paranoïa et ce racisme conspiratoire. Alors alors déjà la notion même de conspiration effectivement, elle montre qu'on est dans une structure paranoïde et plus dans une structure phobique.
Puisque quand on parle de conspiration, ça suppose cette intentionnalité que j'ai évoqué. Donc quand il y a l'intentionnalité, ça suppose que ah ils m'attendent, c'est moi. Mais ce moi c'est qui ?
Bah c'est le peuple trompé. En fait ce qui se passe et je vais revenir sur la question algérienne parce que j'ai une anecdote intéressante à donner sur ce sujet mais que je vais donner juste après. Euh en fait ce qui se passe c'est que à partir 2003 2004 il y a une mise en scène politique et sociale qui se met en place mais vraiment une mise en scène un grand théâtre dans lequel justement c'est eux contre nous avec petit à petit. cette mise en scène, elle est un on va avoir et c'est ça le véritable populisme, c'est ça le populisme c'est pas être c'est pas être proche du peuple.
Je veux dire Jean-Luc Mélenchon disait un moment, je crois qu'il avait dit "Si le populme c'est être proche du peuple, moi je suis populiste." Bon, il est pas populiste s'il est proche du peuple. Le populiste, c'est même pas être démagogue.
Je veux dire, la démagogie, c'est juste une pente, pour ainsi dire, naturel des démocraties représentatives. Il faut bien dire un certain nombre de choses qui vont dans le sens de ce que les électeurs veulent. Bon, voilà, on va pas tergiverser.
Mais le populisme, c'est quand on parle à la place du peuple, mais à la place d'un peuple et c'est ce qui se passe petit à petit, qui est supposé être trompé, qui est supposé être agressé. Et donc petit à petit, il va y avoir cette idée dans le rassemblement national, il va y avoir cette idée que Marine Le Pen par exemple ou même d'autres leaders de droite et certains de gauche vont parler au nom d'un peuple qui est total et qui serait totalement agressé. Mais le truc c'est que puisque ce peuple est agressé, il faut trouver des agresseurs.
Donc dans la mise en scène, on va avoir le peuple agressé qui est le vrai peuple français qui sont les vrais français. le vrai peuple français et cetera. Et Marine Le Pen, elle va amorcer son virage, moi que je trouve pire, qui est le passage de l'extrême droite classique de Jean-Marie Le Pen au national socialisme, c'est-à-dire en se revendiquant comme socialiste.
Et c'est le moment où les journalistes vont commencer à dire "Ah, c'est cool maintenant, mais c'est pas cool maintenant. C'est exactement ce qu'avait fait les nazis dans les années dans les dans les années 30. qui s'est appelé national socialiste des travailleurs allemands mais avec une idée du vrai peuple allemand qui est totalement et pour pouvoir comme tu le disais exclure ceux qui sont dans une situation pire parce qu'il faut avoir ceux qui sont dans une situation pire et cette exclusion ça va faire ça ça va faire on va avoir le vrai peuple français mais en face il faut le faux peuple donc les musulman c'est le faux peuple c'est ceux qui font semblant d'être français vous remarquez l'idée ils font semblant d'être français en fait ils sont pas vraiment français quand on leur donne la citoyenneté mais ils la méritent pas même s'ils sont pas immigrés ils sont nés en France En fait, ils sont quand même faussement français et cetera et cetera.
On va les même les appeler immigrés quand ils sont nés en France. Voyez parce que ça va vouloir dire quelque chose de symbolique lié à ça. Donc vrai peuple.
Donc il faut le faux peuple en face. Mais en même temps les vrais peuples, le vrai peuple il faut ses alliés. Donc on va voir apparaître de nouvelles personnalités politiques qui sont les héros.
Zemour, Fiken Crot, plutôt du côté des journalistes, des pseudoint intellectuels et puis euh des hommes politiques qui vont dire qu'ils vont vous défendre contre tout. Et en face, comme vous avez les héros qui défendent le vrai peuple, vous avez les salopards qui défendent le faux peuple. Et les salopards qui défendent le faux peuple, c'est qui ?
Les islamo gauchistes. J'étais le premier intellectuel à être qualifié d'islamo gauchiste au début des années 2000. Mais c'est vrai.
Ouais. Bon, ça a été répertorié, hein. Ça a été répertorié, hein.
Et islamuchisme avec deux petites variations, hein. Vous savez l'islam gauchiste vicieux. L'islamo gauchisme vicieux, c'est que il sait qu'ils ont gagné et donc il se met du bon côté de l'histoire parce qu'évidemment ils ont gagné, ils vont ils sont plus forts que nous et cetera.
Il y a cette idée de on peut les agresser parce qu'ils sont plus forts que nous. Ce qui est ridicule, voyez dans le puisque et ou alors il y a l'islamogauchiste complètement débile et là on l'appelle l'idiot utile. Il a rien compris, il croit qu'il est cool, il est w, il est je sais pas quoi et cetera.
Voilà, c'est c'est les deux c'est les deux variations de de l'islamogachiste. Et là, vous avez cette mise en scène. Quoi que vous disiez, vous allez être placé d'un côté ou de l'autre.
Mais ça et tu as raison de dire, il s'il faut absolument absolument refuser ça parce que ça nous entraîne. Et là, le lien avec la période coloniale, il est fort parce que en fait en Algérie c'était en un sens même pire que ce que tu as dit. C'est quand même la France qui a inventé la différence entre la nationalité et la citoyenneté.
C'est un truc complètement dingue. C'est-à-dire qu'on dit "L'Algérie est un département français mais c'est quand même emmerdant parce qu'ils ont l'air d'être de plus en plus nombreux. Alors à l'Assemblée nationale, ils vont nous submerger." C déjà l'idée de d'être submergés parce qu'ils font beaucoup d'enfants et cetera.
Ce qui est faux ensuite puisque l'Algérie s'est effondrée au niveau du taux de natalité. En plus, tu étais même concrètement faux, hein. Euh et donc c'était cette idée que oui, ils sont nés en Algérie, c'est un département français, mais ils ont que la nationalité.
On leur donne la nationalité, c'est-à-dire les devoirs, mais pas les droits. Mais pourquoi alors ? Alors, tribunal administratif parce que parce qu'en fait la citoyenneté française, c'est pas on n'est pas raciste, mais la citoyenneté française est incompatible avec l'islam, avec le fait d'être musulman.
Vachement intéressant. Alors, incompatible avec le fait d'être musulman. Intéressant parce que il y a un certain nombre d'Algériens d'origine entre guillemets arabe ou berbère, c'est-à-dire objet de ce racisme quoi.
En gros, hein, racisé, on va dire. la réalité c'était qui était racisé euh qui était converti au catholicisme. Donc ils ont dit bah ça s'applique pas à nous le ça s'applique pas à nous le cette cette question.
Donc ils vont devant le tribunal administratif la cour euh administrative d'appel d'Alger avant le Conseil d'État qu'ils avaient fait dans les une cour administrative d'appel. Ils vont devant la cour administrative d'appel, ils disent "Ah ben, puisque c'est incompatible avec l'islam, ça tombe bien, nous on est converti." Alors le juge, il est embêté parce qu'il voit des Arabes et qui prétendait que c'était pour l'Islam et il est surpris de voir "Mais non, non, nous on est des très bons catholiques, on va à la messe et tout." Bah c'est sûr, on est arabe mais on va à la messe.
Alors gêné, il dit oui mais décision de la Cour administrative d'appel répertorié par Patrick Veale archivé hein. Décision c'est Ouais mais quand on est né musulman, on le reste tout le temps. C'est fascinant parce que c'est une décision du la cour administrative d'appel d'Alger.
Et ben moi cette décision elle est emblématique de l'inconscient collectif qui se manifeste encore aujourd'hui quand on dit oui, il a l'air d'être démocrate mais il peut pas être vraiment citoyen parce que c'est un musulman. En fait, ce qu'on veut dire c'est c'est l'ophémisation de c'est un arabe, c'est un ancien colonisé et que de toute façon il est en train de m'agresser. Donc j'ai le droit d'être encore plus agressif que lui dans pas sa seule présence quoi.
Dans le vous voyez ça c'est vraiment le truc problématique. Il y a une organisation pour donner une une un témoignage clinique de cette de cette paranoïa. Il y a une organisation qui était célèbre, qui était connue il y a quelques années avant qu'elle soit dissoute, qui défendait juste son objet c'était juste ça.
Je vous jure que c'était juste ça, de défendre le CCI, c'était collectif contre l'islamophobie en France. Leur objectif c'était même pas des minitants forts au sens ils allaient pas dans la rue et cetera. Il défendaient juste les droits des musulmans lorsque même dans certaines lois qui sont un peu célérates n'étaient pas respecté lorsque ça allait encore plus loin ben pour les défendre pour faire en sorte que la loi soit appliquée.
C'est-à-dire exemple parce que c'est des cas multiples. Quand un proviseur lorsque la loi qui interdit le foulard à l'école un proviseur convoque une fille qui a quand même enlevé son foulard à l'entrée parce que sous prétexte qu'elle maintient la une robe noire et longue elle a le droit. Et le proviseur, il dit, il regarde la marque, il dit "Si écrit en arabe, ça veut dire qu'elle contrevient à la loi.
Par contre, s'il y a écrit, si c'est HM, alors là c'est bon. N'importe quoi. C'est-à-dire que c'est supposé.
Alors là, alors là, bon, elle peut elle peut le mettre parce que c'est un truc mode. Donc pour contrevenir à ce genre de chos et aider les musulmans, le CCI mettait en place une structure d'aide juridique. Et il y a eu à un moment donné une campagne de publicité du CCIF. une campagne de publicité hein avec des affiches qui ont été interdites dans le métro au soi-disant pour la laïcité interdite partout et il y a eu un certain nombre de ça fait scandale un scandale complètement dingue.
On pouvait c'était plus rien été auîme, on pouvait plus rien dire, on pouvait plus parler à la radio, à la télé, c'était horrible, c'est vraiment de l'entrisme, c'est c'est l'horreur. On est envahi partout. Et moi à cette époque, j'ai fait une émission dans une mission qui s'appelait la Grande Table qui existe plus aujourd'hui sur France Culture.
Il y avait Alain Finken Crow qui était invité pour son livre l'identité malheureuse. Et j'étais supposé être le type qui critique quoi en face qui qui en parle du truc hein. Quand il a su que c'était moi, il a refusé de participer à l'émission.
Mais finalement je l'ai rassuré parce qu'il a dit Raphaël Yog il va pas penser à la beauté littéraire de mon livre. Il y a une dimension littéraire. Il a dit ça à la productrice.
Alors moi je l'ai appelé hein, je l'ai appelé en disant "Non mais j'ai apprécié la beauté littéraire du livre. Je vous jure que je je vraiment je je trouvais que ça beau. Enfin les phrases sont merveilleuses et très très bien fait tout ça.
On arrive à l'émission finalement il est rassuré, il vient à l'émission et vous allez voir mais c'est juste juste ça parce que c'est quoi ? On arrive à l'émission et euh il me demande on me demande alors de faire une critique. Je dis bah alors je vais vous dire moi j'ai juste un tout petit truc à dire sur le livre et très bien écrit d'abord c'est c'est c'est du grand style quoi.
C'est limite 18e peut-être un peu en poulet mais ça va hein. Et mais par contre il y a une erreur dans le livre et si je cite cette erreur c'est pas pour dire oh là là j'ai trouvé une erreur dans le livre. Parce que finalement moi dès dès qu'on est j'écris des livres, dès qu'on écrit plus de 50 pages, on fait tout le temps des erreurs.
Non mais parce que cette erreur, elle nous dit plus le sens du livre que tout le reste. C'està-dire que cette erreur c'est ce queon appelle, comment dire en en un lapsus en psychanalyse. C'est que cette erreur, elle dit la réalité du livre.
À la limite, il faut juste lire cette erreur. C'est pas la peine de lire le reste, on a tout compris. Et à un moment donné, donc c'est quoi cette erreur ?
C'est qu'il parle de la campagne du CCI et il dit l'entrisme, l'horreur et cetera. Et il dit la preuve, il y avait écrit en gros et vous dites, je lui dis vous dites monsieur Fin Kencot qu'il y avait écrit en gros sur cette affiche et cette affiche elle représente, je sais pas si certains d'entre vous l'ont vu, c'est le serment du jeu de paume qui est emblématique symbolique de la République française où toutes les catégories de la population de l'époque se reconnaissent dans ce serment. Et donc le CCI avait eu l'idée géniale en situation normale, non psychiatriquement problématique, de mettre les différentes de reprendre la l'esthétique et de prendre différentes parties de la population.
On avait des gens bon comme toi et moi comme elle comme et puis on avait au milieu même un un quelqu'un qui était à l'évidence un juif très orthodoxe avec le le truc ça et puis on avait quelqu'un qui était avec un en en un un kéfier quelqu'un qui était et puis une fille qui était voilée puis mais une multitude de choses un type en survette vraiment une multitude de choses hein pour dire euh on est tous ensemble hein et vous monsieur Philken Kencrot Vous avez dit dans votre livre qu'il y avait écrit au-dessus de la fiche la République est à nous. La République nous appartient. Mais je vous dis mais monsieur Fit Kencot, il y avait pas du tout écrit ça.
Elle me dit "Ah bon ? Mais si il y avait écrit ça, mais il y avait écrit nous et puis avec une sorte d'encoche un peu stylisée aussi sommes la nation. Il y avait pas écrit, c'était avec la nation hein.
La nation est à nous l'air de dire on s'approprie la nation, on la prise, elle est pour nous. Nous les musulmans, ça y est, on a pris la nation. Comme s'il y avait écrit ça.
Je Il y avait pas écrit ça. Il y avait écrit "Nous aussi, ne nous oubliez pas, nous sommes la nation. Nous voulons participer, nous voulons participer au contrat social.
Nous voulons faire partie de la République de la nation où nous voulons faire serment justement d'une forme d'allégance républicaine et cetera." Et vous avez vu exactement le contraire. Il me dit "C'est pas vrai, c'est faux et cetera." Je savais que vous alliez dire ça, c'est pour ça que j'ai amené l'affiche, je vous la dire hein.
Et et le truc c'est incroyable parce qu'en fait aujourd'hui dans ce pays, c'est tout le temps comme ça. C'est-à-dire il suffit qu'un musulman qui prend la parole qui dit "Moi, je veux participer au contrat social, moi je veux faire ceci et cetera." Et ben chaque fois il y a des lapsus à répétition à répétition juste pour nourrir cette espèce de structure paranoïde collective qui nous sert bien et qui sert bien effectivement le néolibéralisme.
Pour répondre du coup à à la question sur l'islam gauchisme, moi j'aimerais juste commencer par ce que eux appellent le concept de civilisation judéo-chrétienne. Je pense que c'est extrêmement important de déconstruire le concept de civilisation judéo-chrétienne parce que ça n'a aucune réalité matérielle. Déjà, premièrement, j'ai un problème avec le concept de judéo-civilisation chrétienne parce que ça laisse sous-entendre que pendant 2000 ans, il y avait une harmonie entre les chrétiens et les juifs, laissant oublier que pendant 2000 ans, les juifs ont été persécutés par les chrétiens jusqu'à l'horreur de la choa.
Donc, parler de civilisation judéochrétienne déjà, premièrement, c'est une certaine manière une manière d'effacer cette histoire antisémite de la France. Et ensuite, c'est aussi essayer de nier une histoire euh qui est aussi une histoire arabe, une histoire musulmane. L'influence d'un avos euh sur la philosophie par exemple ou l'apport que nous ont apporté les Arabes en mathématiques, en astronomie, en médecine.
Donc le le concept de civilisation judéo-chrétienne, je non seulement il faut le déconstruire, mais je vous raconte tout ça parce que selon moi, pour bien comprendre l'islamophobie présente, il faut bien analyser l'antisémitisme des 2000 dernières années et des et toujours aujourd'hui par ailleurs. Déjà premièrement, quand on parle d'islam gauchisme, ça me fait penser à un mot, ça me fait penser à judéochévisme. Parce que à l'époque, c'était comme ça qu'on pointait du doigt la gauche qui défendait les personnes juives qui étaient qui étaient mais insulté quotidiennement, qui étaiit qui était victime qui était victime d'antisémitisme d'état.
Et aussi quand je vois le rapport sur les frères musulmans, je suis choqué de voir à quel point le rapport sur les frères musulmans reprend les mêmes rhthoriques antisémites qu'il y a un siècle. Je vous invite à euh à à aller à aller relire ce que disent les historiens sur la théorie antisémite du protocole des sages de Sion, à la fois sur ce qu'elle raconte et à la fois comment historiquement elle est apparue, c'est-à-dire avec des personnes qui dans le gouvernement voulaient convaincre le tsar que euh les personnes juives constituaient une 5è colonne qui voulait renverser les lois et compagnie, enfin toutes les conneries antisémites des derniers siècles. Et pour le coup, quand je vois le rapport sur les frères musulmans, qu'est-ce que je lis ?
Je vois des personnes, je vois, il y avait un ancien préfet, il y avait une autre dame qui est financée par Boloréin qui essaie de convaincre les plus hautes sphères de l'État, c'est-à-dire le gouvernement, le président de la République, l'Assemblée. Et je vais vous citer les passages du rapport sur les frères musulmans. Dedans, il parle d'un fonctionnement pyramidal dans lequel il y a des gens qui chercheraient à investir les différentes structures de la société pour essayer d'influencer les lois en France.
Le rapport sur les frères musulmans reprend précisément les mêmes rhtoriques antisémites qu'il y a un siècle. Et pour le coup, quand à chaque fois, il y a aussi une autre suspicion de leur part, ils disent "Oui, euh regardez les musulmanes et les musulmans, ce sont elles et eux qui sont les responsables de l'antisémitisme. Encore une fois, ils cherchent à construire un nous contre eux et je terminerai en disant quelque chose.
S'il y a bien des gens qui ont fait monter l'antisémitisme ces derniers mois et ces dernières années, c'est bien les gens qui à chaque fois pour essayer de se couvrir de leur complicité dans le génocide racontez que si vous critiquez Israël, vous critiquez les juifs. Parce qu'en faisant ça, il racon à des antisémites que à partir du moment où vous êtes juif, vous cautionnez ce qui se passe au ce qui a été commis par le et ce qui est toujours commis par le gouvernement israélien. Et ça c'est une rhthorique antisémite.
Et ça c'est une rhtorique qui est utilisée par les antisémites. Et pourquoi là aussi comme sur l'islamophobie, sur l'antisémitisme, il ne faut rien lâcher. Et pour le coup, quand on veut comprendre l'islamophobie présente, il faut étudier soigneusement l'antisémitisme passé.
En tout cas, c'est ce que je comprends à chaque fois qu'on me traite d'islamo gauchiste. Je dis, j'ai comme fierté il y a un siècle, vous m'auriez traité de judéo bolchévique et moi ça fait mon honneur. [Applaudissements] J'aimerais un petit peu revenir sur la représentation de la femme musulmane en France parce qu'il me semble qu'il y a eu une certaine un certain revirement important à partir des années 2000.
à partir des années 2000 parce que merci parce que dans les années 80 on avait l'imaginaire de la femme musulmane qui était un petit peu la fille de du travailleur immigré et qui était censé isser sa famille de l'obscurantisme d'où il venait jusqu'à la modernité et elle ne pouvait faire cette élévation sociale de sa famille qu'en entrant finalement dans le marché sexuel. C'était tous ces testings pour sur les discothèques comme si la priorité pour des personnes discriminées était de rentrer en discothèque en boîte de nuit pour rencontrer des hommes blancs et qu'ils puissent et qu'ils puissent avoir leur corps. Et bien sûr cette représentation de la femme musulmane qu'on appellera la berette et ça existe encore parce que moi je me fais beaucoup traiter de berett sur les réseaux sociaux, ça existe encore mais cette représentation comment et cette représentation de la berette en fait émane véritablement et émane véritablement de la représentation coloniale des femmes musulmanes mais plus encore en fait dès l'orientalisme avec les images de l'odalisque avec les premiers voyages dans les haremes où il y avait tout cet imaginaire sur finalement les amames qui seraient peut-être un endroit où les femmes avaient des rapports avaient des rapports entre elles et puis que les femmes voilaient finalement elles se voilaient uniquement pour ne pas être reconnu dans la rue quand elles allaient voir un amant ou autre.
Et on a eu ça évidemment dans la colonisation avec les cérémonies de dévoilement mais aussi finalement avec la prostitution forcée comme la fameuse cité de Busbir à Casablanca. Et euh on a eu donc tout cela et ça ça a donné également le fameux ni ni soumise où finalement ces femmes voulaient absolument devenir indépendantes. Leur indépendance ne pouvait qu'être sexuelle et leur famille les empêchait d'avoir cette indépendance.
Mais j'ai l'impression que depuis les années 2000, ce qui s'est passé, il y a eu un petit changement avec le voile, peut-être dès l'affaire de Cré finalement, mais avec le voile parce qu'on a vu tout de suite, notamment avec les Alma et Lilia, que ces femmes-là disaient elles-mêmes, je ne on ne me lave pas le cerveau, je ne suis pas forcé de mettre le voile, je le fais par choix. Et donc cette image de femme qui est cervelée, à qui on lave le cerveau et qu'il faudrait finalement sauver de sa famille ne fonctionnait plus. Et à partir de là, et peut-être qu'on l'a revu d'autant plus avec l'histoire de la baya, les femmes voilées, les femmes qui visibilisent le fait religieux ne sont pas des femmes à sauver mais sont les principales ennemis parce qu'elles font du prosélitisme et donc elles sont les vectrices de l'islamisation et apparemment quand on voit une femme voilée dans la rue et qu'on les pas et ben on a forcément envie de le devenir.
C'est c'est une idée tout à fait stupide mais apparemment ça donne envie à tout le monde de se voiler. Et j'ai l'impression qu'il y a vraiment eu cette ce ce revirement dans la représentation des femmes musulmanes et j'aimerais avoir votre avis dessus. Non mais moi j'ai j'ai mes premiers bouquins portés là-dessus.
Donc j'ai un peu travaillé sur ce revirement effectivement. Mais c'est-à-dire euh ben c'est-à-dire que le le c'est-à-dire la représentation qui existait au départ, c'est la pauvre musulmane manipulée par les grands frères. par son père, par éventuellement même sa mère, par le quartier.
Enfin, il y avait toutes les formes de manipulation possibles. Nous, on disait déjà à l'époque avec Bruno Étienne qui est qui est qui a inventé l'expression d'islamisme radical puisqu'il a écrit le premier livre qui s'intéressait à cette question dans les années 80. Euh, on disait, c'est pas exactement comme ça que ça se passe puisqu'on avait fait une enquête, des enquêtes vraiment massives avec de gros échantillon et on avait remarqué que les jeunes femmes en question, c'étaient celles qui au fond étaient les plus récalcitrantes à la loi de la famille.
Et dans les familles qui étaient les moins religieuses, la revendication de du voile, c'était une revendication de dire on refuse le on veut pas nous assimiler. Donc comme on veut pas nous assimiler, non, on sera pas comme nos parents à chercher à imiter ce qui avait ce qui existait dans le ce qui existait dans le passé. Nos parents, ils ont essayé de faire comme les blancs, mais comme il mais comme de toute façon, on voyait qu'ils étaient exclus, bah nous on va on va on va le revendiquer positivement.
C'est ce que j'appelle le passage de minorité passive. C'est-à-dire on me voit comme minorité et on me stigmatise à bah puisque c'est ça de toute façon tant que je sois actif ben je dis je le revendique. Et c'est venu en même temps que le langage des cités, en même temps que le fait d'enlever sa ceinture et cetera pour dire on est prisonnier comme aux États-Unis avec le le où on enlève la ceinture des gens et puis le le rap et cetera.
Et donc effectivement c'était le même certains choisissaient des signes différents. Le fait de mettre le voile d'autres pouvaient devenir rappeur et cetera. Ça a l'air d'être complètement différent mais c'était pour construire une identité qui était pas une identité imitative.
Vous voyez ce que je dire ? Qui imitait le centre qui dis on a notre propre on a notre propre identité. Et à partir de là, ce qui est terrible c'est que on est passé justement de la condescendance la pauvre fille hein.
Euh bah c'est encore pire parce que si elle le revendique, c'est elle qui est agressive. Donc c'est elle dimite, elle a probablement, si elle met le voile, c'est pour ou si elle met la baya, c'est pour cacher sous ses jupes euh une bombe. Alors qu'il y a jamais une seule fille portant le voile qui a commis un attentat terroriste.
Mais c'est pas grave hein, c'est comme le rapport au barbu et cetera. Mais il y a un rapport aussi euh profondément misogyne dans la société française. Profondément misogène parce que on fait sans cesse regardant les filles voilées ce que Pierre Bourdu appelé de la violence symbolique.
Vous savez ce que c'est que la violence symbolique ? C'est le fait que vous je vous regarde, vous habillez d'une certaine manière. Par exemple, vous avez mis votre un blouson rouge.
Je vous demande, moi je fais comme ça quand je fais les enquêtes. Pourquoi vous avez mis le bouge rouge ? D'abord, il faut savoir ce que la personne dit.
Et vous dites "Ben moi, j'ai mis un blouson rouge parce que j'aime bien le rouge parce que dans mon enfance et cetera et cetera." Et je note, "Ah, ce type est manipulé, il fut un blous en rouge parce que en réalité, on voit bien qu'on lui a imposé blous en rouge et cetera." C'est-à-dire que j'impose mon interprétation face à votre interprétation.
C'est ça la violence symbolique. Et ben avec les filles voilées, c'est tout le temps ça. C'estd que elle dit "Ah ben je le fais parce que par exemple dans notre société les corps sont devenus les corps des femmes sont devenus des objets de de consommation dans les yeux de prédateurs particulièrement dans certains milieux." Ce qui est vrai, on l'a vu avec l'affaire mitou que la société de consommation c'est aussi la société de consommation au sens sexuel du terme à un certain niveau et cetera que la prédation.
Donc ça c'est logique, je veux dire à certains niveaux, mais on dit "Ah qu'est-ce qu'elle est manipulée la fille, mais n'importe quoi. On voit bien que c'est ses parents qui lui ont imposé. On fait l'enquête, on se rend compte que c'est pas ça, mais non, elle continue à être dans cette oplique là." Moi, je me souviens d'un débat avec Ellisabeth Badanter, voilà, à l'époque où je faisais le débile à la télévision, je fais euh Ellisabeth Bader émission qui s'appelait mot croisé.
Euh, elle vient dans l'émission, d'abord elle se met de côté parce que madame elle n'est pas elle elle savait tout, c'était sur le voie, le voile l'intégral et cetera et elle commence à dire "Non mais c'est sérieux, elle c'estes deux ces deux justifications face à ce que j'ai expliqué qui est à peu près ce que je vous dis, ces deux justifications pour l'interdiction du voile dans l'espace public et autres." C'était la première, c'est à la fin, elle savait plus quoi dire, elle dit "Mais quand même on peut elles sont forcément manipulé parce qu'il fait vraiment trop chaud pour désirer porter un truc pareil." Alors, je lui dis madame, vous êtes supposé être philosophe mais est-ce que vous savez que les humains depuis que le monde est monde font des choses difficiles parce que c'est difficile.
C'est ce qu'on appelle une épreuve. Donc vous devriez interdire la le l'ascension de l'Himalaya parce que dans les derniers mètres de l'ascension de l'Himalaya, voire derniers 100 m, c'est absolument ridicule, ça bousie les poumons, il faut prendre un truc de l'oxygène et cetera et à la fin on met son petit drapeau à la con. J'ai fait l'ascenstion. vous devriez interdire le l'Atlantique à la Rame parce que c'est aussi dangereux, ça n'a aucun sens, juste pour dire j'y étais.
Donc le rapport au religieux, c'est aussi un rapport à l'épreuve de dire quelque chose. Donc ça ça n'a aucun sens du point de vue humain. Les humains font ça aussi par épreuve pour se sentir exister.
C'est une manière d'être. Et puis sa deuxième justification, c'est un truc encore pire la deuxième justification, elle dit à la fin de la fin c'est pas tolérable. Parce que moi, par exemple, je vous donne un exemple, hein.
Elle fait "La dernière fois, j'étais euh j'étais chez le dentiste avec ma petite fille et euh ma petite fille, elle voit une femme voilée en face. Et ben elle a pris peur ma petite fille. Elle avait peur ma petite fille.
Elle était terrorisée ma petite fille." Et ben je lui dis c'est simple si votre petite fille a pris peur comme dans les années 30 un un une petite fille d'une Élisabeth Badinter qui par ailleurs est juive justement aurait pu être impressionné par quelqu'un qui semblait être juif en face en disant ah il elle a pris peur la petite fille. Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Ça voulait juste dire que sa grand-mère est raciste. C'est tout. C'était complet.
Je vais je veux juste ajouter de un exemple. Je au moment où il y avait eu la rentrée du coup que Gabriel Atal avait organisé quand il était malheureusement ministre de l'éducation nationale, sincèrement de de toutes les rentrées, ça a été l'une des plus catastrophiques et je je les connais malheureusement, je je me les fréquente à longueur de journée. Je pense que très sincèrement que c'est ce qui s'est passé, c'est qu'il y a une réunion avec le cabinet de Gabriel Natal et qu'ils sont dit "La la rentrée est catastrophique, il faut qu'on trouve un truc à la fois pour exister politiquement, à la fois pour essayer de cacher." Et donc ils se sont dit à Baya ça ça fonctionne bien.
Et donc ils ont pris des un décret pour la Bayait de faire en sorte que les chefs d'établissement surveillent encore plus la Baya. Et donc j'étais parti devant un certain nombre de lycées notamment un établissement dans lequel ça avait bloqué parce que il y avait plein de problèmes mais il y avait aussi ce problème de lycéenne qui se retrouvait à se voir refuser des cours parce qu'elle portait un abaya. à Baya qui n'est pas un vêtement religieux, je tiens à le préciser.
Et il y en a notamment une qui m'a raconté une anecdote dont je me souviendrai très très longtemps. Il me dit "Avec une amie à moi, on a été on a été faire du shopping ensemble et on a acheté la même robe ample seulement." Moi, je suis arabe.
Tu es même pas musulmane d'ailleurs. Moi je suis arabe et mon ami elle est blanche et on a pris à 10 minutes de différence. Euh mon amie blanche allait rentrer comme ça et moi j'ai essayé d'y rentrer et puis j'ai eu tout le droit à tout le contrôle et tout.
Est-ce que c'est un abaya ? Presque en mesure quoi. Et c'est et c'est pour faire comprendre que quand souvent euh il y en a qui disent oui euh ils le font pour faire diversion mais pour le coup c'est pas que des diversions.
Derrière ça a des conséquences concrètes réelles dans leur vie. Et pour le coup, on s'est vraiment retrouvé dans une application concrète à avoir un traitement différencié entre les élèves qui étaient perçus comme musulmane et les élèves qui n'étaient pas perçus comme musulmanes. Et je tiens à signifier que les trois/4 du temps, c'est toujours les femmes qui sont visées.
Et à chaque fois, on nous dit "Mais non, mais vous vous soutenez le voile, vous soutenez la Baya, vous soutenez tout ça, tout ça, tout ça." Vous vous êtes du régime des MOLA, vous soutenez les Mola. Moi, j'ai envie de répondre à ces gens qui me disent ça, mais quand je vois un homme comme Gabriel Atal qui vient expliquer à une femme comment est-ce qu'elle devrait s'habiller, je vois plus de commun entre Gabriel Atal et les Mola et nous qui cherchons simplement à défendre la liberté des femmes.
Et ça, c'est notamment un argument que vous pouvez répondre et je voulais vous le partager. Yeah.
Louis Boyard