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interviewbsmart· 6 juillet 2026 13 min

SMART IMPACT - Financement de l’ESS : un partenariat pour innover

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Le financement de l'économie sociale et solidaire au programme de notre débat, j'accueille Anne-Claire Roux, bonjour. Bonjour. Bienvenue, vous êtes la directrice générale de la fondation Mirova, Denis Demanton, bonjour. Bienvenue à vous aussi, le directeur général de France Active. Vous avez signé un partenariat qui court pour la période 2026-2028, vous allez nous le présenter dans un instant. Allez d'abord, on présente vos structures respectives, Mirova Foundation, en quelques mots.

0:31
Invité

Alors Mirova Foundation, c'est le fonds de dotation, donc on va dire l'outil philanthropique de Mirova, qui est un investisseur à impact, société à mission, et on a vraiment voulu utiliser la philanthropie comme levier pour aller financer ce qu'on ne peut pas financer à travers l'investissement classique, aussi bien à impact que solidaire.

0:48
Présentateur

On parle de quelle enveloppe budgétaire dispose la fondation ?

0:54
Invité

On a un beau budget pour une entreprise comme Mirova, puisqu'on a un budget d'à peu près 2,5 millions, 3 millions d'euros. Et on s'adresse vraiment aux angles morts sur le volet social, parce qu'on est très présents sur la partie environnementale, biodiversité, climat, transition énergétique, et le volet social, c'est plus difficile à adresser via l'investissement. Donc nous, on adresse trois segments via la fondation, l'éducation, l'emploi, l'accès aux ressources essentielles, et notamment la lutte contre la précarité énergétique en France.

1:21
Présentateur

On y reviendra évidemment. France Active, en quelques mots, Denis de Menton ?

1:24
Invité

France Active, c'est un réseau associatif qui est présent partout en France, et qui finance des projets d'entreprises ou d'associations à impact social. On le fait avec des équipes qui sont dans tous les territoires, qui accompagnent les projets, qui les reçoivent, qui expertisent les plans de financement. Et puis on a des outils de financement, d'investissement notamment, qui nous permettent, alors avec des actionnaires prestigieux comme Mirova et d'autres, et qui nous permettent d'investir et d'aider ces entreprises à se développer, à renforcer leur haut de bilan, comme on dit, et donc à trouver des moyens de financement.

1:58
Présentateur

C'est au moment, ça peut être à différentes étapes de la vie d'une entreprise, c'est la création, c'est...

2:03
Invité

Alors, on a à peu près 20-25% de ce qu'on finance avec France Active Investissement, qui sont des structures très jeunes, donc en création, ou dans les premiers mois, les trois premières années. Donc ça, c'est une phase qui est assez critique. Et puis bien sûr, on finance du développement, des changements d'échelle, comme on dit aussi dans le milieu, donc des structures qui ont un beau projet, qui à un moment donné bascule dans une dimension économique plus large. Et puis, malheureusement, mais on le fait aussi, on soutient des structures dans des phases un peu difficiles.

Et dans la période actuelle, on a pas mal de clients qui viennent nous voir pour reconstituer leurs fonds propres, par exemple.

2:40
Présentateur

Alors justement, je vais vous poser la même question à l'une et à l'autre. Le constat de la situation de l'économie sociale... Alors c'est très vaste, l'économie sociale et solidaire. Dans l'économie sociale et solidaire, il y a des banques ou des assureurs mutualistes, et puis il y a des associations. Mais si on parle plutôt du modèle associatif, à quel point il est en souffrance aujourd'hui, budgétairement ?

3:05
Invité

Nous, on le constate, effectivement, du côté de la fondation, on accompagne majoritairement des associations, avec une approche aussi particulière, j'y reviendrai peut-être, mais sur du long terme. Et donc, ça veut dire aussi que nous, on a un vrai lien de confiance avec les associations. On ne fait pas juste distribuer des chèques actuellement. Donc, cette relation de long terme, de confiance avec des moyens financiers structurants, de l'accompagnement, ça fait aussi qu'on voit vraiment quand il y a des difficultés, des problèmes qui arrivent.

Et c'est sûr que là, depuis 18 mois, 2 ans, et je pense que Denis fait le même constat sur l'économie sociale et solidaire de manière large, mais on voit un secteur qui est en souffrance, déjà parce qu'il y a une diminution des subventions publiques quand même extrêmement importante.

3:43
Présentateur

Etatiques et des collectivités locales.

3:46
Invité

Exactement. Et puis aussi, surtout, qui arrivent parfois aussi un peu en fin de course, même parfois des subventions qui devaient être renouvelées, qui ne le sont pas. Donc, c'est ça aussi qui peut causer des difficultés ou même des difficultés de trésorerie, parce qu'il peut y avoir aussi un délai extrêmement important. Pour les associations qui sont moins dépendantes des subventions publiques, on voit quand même du côté, y compris du mécénat d'entreprise, aussi une diminution des budgets.

Et puis, malheureusement, il y a un effet boule de neige, puisque quand vous avez des associations qui voient leur financement public diminuer, ils vont se reporter sur aussi peut-être du mécénat d'entreprise qu'ils ne demandaient pas auparavant. Donc, forcément, ça fait des financements qui n'augmentent pas, mais des bénéficiaires et des demandeurs qui, eux, augmentent. Donc, forcément, il y a des difficultés.

Et puis, nous, ce qu'on voit quand même, et ce n'était pas le cas auparavant, bien sûr qu'il y a toujours eu des difficultés dans le secteur de l'économie sociale et solidaire, mais là, on voit vraiment des associations, y compris des associations qui étaient quand même assez solides, qui existaient depuis plusieurs années, qui mettent la clé sous la porte. Donc, ça, c'est vrai que c'est quand même une situation extrêmement compliquée.

4:47
Présentateur

C'est justement la question que j'allais vous poser, Denis de Menton. Est-ce que vous voyez là, malheureusement, des associations fermées ?

4:55
Invité

Alors oui, il y a des associations qui ferment. Je rejoins complètement ce que dit Anne-Claire, mais avec un élément supplémentaire, c'est qu'en fait, on est face à un tissu associatif en France qui est composé très majoritairement de petites associations, avec parfois un salarié, quatre salariés, huit salariés. En fait, ce sont des TPE, comme on dit, ce sont des très petites entreprises.

Donc, avant même d'avoir un reflux des politiques publiques, ce sont des structures qui avaient besoin d'investir pour pouvoir se transformer, pour pouvoir faire face à des défis d'investissement dans des systèmes d'information un peu plus modernes, dans des parcs de véhicules, quand on est par exemple sur l'aide à domicile en milieu rural, dans de la formation des salariés. Donc, il y avait déjà ces besoins-là, et dans un contexte économique qui était déjà tendu avec des marges très faibles. Donc, c'est déjà un tissu fragilisé qui se prend de plein fouet des réductions de budget de l'État, des collectivités. Et donc, là, on a de la casse.

5:53
Présentateur

Oui, parce que si les marges sont très faibles, forcément, tu perds une subvention, ça peut mettre en péril...

5:58
Invité

Voilà, ça retourne complètement la situation, avec des dirigeants associatifs, qui sont souvent des bénévoles, et qui ont du mal à anticiper ces instabilités.

6:07
Présentateur

Mais est-ce que ce n'est pas aussi le signe d'un besoin de professionnalisation

6:12
Invité

de certaines de ces associations ? Alors, oui, on dit ça, c'est... Comment dire ? Je ne suis pas sûr que les dirigeants associatifs, y compris bénévoles, soient des mauvais gestionnaires. C'est devenu de plus en plus compliqué. Surtout dans des périodes instables, où il est très difficile d'anticiper des augmentations de coûts sur l'énergie, par exemple. Très difficile d'anticiper des diminutions de subventions pour l'année suivante. Donc, en fait, on se retrouve avec des dirigeants associatifs qui doivent vraiment devenir des très, très bons chefs d'entreprise.

Donc, on ne part pas d'une situation où tout le monde est non professionnalisé, ne s'est pas géré, mais on a vraiment besoin maintenant d'avoir une réactivité très forte, une capacité de prise de décision, et puis des décisions qui ne sont pas faciles du tout. Et quand on est dirigeant bénévole, licencié de personnes, c'est très compliqué, parce qu'on tient à son projet, et on n'est pas venu pour ça.

7:09
Présentateur

Est-ce que, alors vous avez donc signé ce partenariat pour les deux, trois prochaines années à venir, Anne-Claire-Roux, est-ce que l'idée, c'est de, face à cette situation, d'innover, d'inventer, d'une certaine façon, de nouveaux modèles de financement ?

7:24
Invité

Exactement. En fait, le partenariat avec France Active, il s'inscrit dans un partenariat historique entre Mirova, pour le coup, l'entreprise. Donc, le métier, c'est de faire de l'investissement et de l'investissement solidaire, et d'accompagner France Active là-dessus. Et nous, depuis quatre ans déjà, donc là, on a déjà eu un premier partenariat de trois ans, qu'on a renouvelé, là, pour trois ans à nouveau, on a décidé, nous, de soutenir, via la partie fondation, France Active, l'association, en se disant, effectivement, il y a peut-être de l'innovation aussi à avoir dans les financements, puisqu'il y a de l'investissement à apporter, via France Active, notamment, investissement et garantie.

Mais France Active, c'est aussi une association, une structure qui a aussi besoin de soutien. Et donc, pour nous, c'était important aussi de pouvoir apporter ce soutien complémentaire. Et j'allais dire, l'innovation, elle est peut-être dans deux volets, à la fois sur le fait que pouvoir apporter un soutien quand même structurant et sur la durée, sur six ans, de manière aussi, ce qu'on appelle non fléchée, c'est-à-dire que nous, on accepte ce qu'on fait avec toutes nos associations, mais ce qu'on fait aussi avec France Active, de pouvoir soutenir l'association pour ce qu'elle est.

Donc, concrètement, aussi, payer des salaires, payer des coûts de fonctionnement, et ça, pour toute association, je pense que c'est un vrai besoin aussi que les mécènes prennent conscience, en fait, qu'il y a ce besoin-là. Et puis, j'allais dire, la deuxième aussi, peut-être, innovation pour nous, c'est qu'on soutient vraiment le secteur associatif, mais soutenir une tête de réseau comme France Active, c'est aussi un moyen de faire ruisseler notre soutien sur l'ensemble, en fait, de l'économie sociale et solidaire, là où France Active est présente sur tout le territoire.

Et ça, je pense que ce n'est pas forcément encore quelque chose qui est forcément perçu de manière, on va dire, stratégique pour beaucoup de mécènes. Soutenir les têtes de réseau, c'est aussi un moyen de soutenir derrière l'ensemble du tissu associatif.

9:05
Présentateur

Alors, justement, ce partenariat, Denis Demanton, qu'est-ce que... Alors, effectivement, il y a la continuation, parce que Mirova, je crois que ça fait presque un quart de siècle que Mirova et France Active, voilà, vous travaillez ensemble. Donc, ce partenariat, qu'est-ce qui change ? Qu'est-ce qui va vous permettre de continuer de faire, si je comprends bien ?

9:22
Invité

Comme l'a très bien dit Anne-Claire, ce qui est extrêmement appréciable, c'est la visibilité. Un partenariat sur plusieurs années, voilà, c'est une manière pour des mécènes d'intervenir qui, pour une organisation comme la mienne, change tout. Parce qu'on n'est pas dans une temporalité courte où il va falloir remplir un objectif tout de suite et puis après, on ne sait pas. Donc, nous, ça nous permet de construire des programmes d'action sur lesquels on se met d'accord, des grandes orientations, et puis, chemin faisant d'ajuster aussi, parce que le monde autour de nous change. Et donc, cette forme d'intervention-là, dans la durée, elle est extrêmement précieuse.

On se connaît avec Mirova depuis la création de Mirova et presque la création de France Active, parce que Mirova est un des investisseurs chez nous. Donc, il y a ce lien déjà professionnel sur l'investissement, mais cette nouvelle forme complémentaire d'intervention nous a permis de déployer ce que l'investissement lui-même ne peut pas faire, c'est-à-dire des actions pédagogiques. Vous parliez tout à l'heure de former les dirigeants professionnalisés. On le fait, on l'a fait avec des podcasts, on l'a fait avec des formations, on a des webinaires pour les dirigeants associatifs, et ça, ça crée un environnement qui démultiplie notre action. Donc, voilà.

10:34
Présentateur

Ça, c'est l'un des programmes d'action, par exemple.

10:36
Invité

C'est une des actions qu'on a faites. Et puis, cette année, grâce à l'ingénierie que nous a permis de monter Mirova Foundation, on a créé ce qu'on appelle le programme Trajectoire, et qui précisément s'adresse à des associations qui sont en limite de rupture et qui ont besoin de souffler un petit peu, d'avoir des avances de trésorerie pour prendre le temps de reconstituer leur modèle. 200 structures qui seront touchées cette année, avec une enveloppe qui nous permet de faire des avances de trésorerie jusqu'à 60 000 euros et d'accompagner dans la durée ces dirigeants associatifs pour se retourner.

11:10
Présentateur

C'est la logique dont vous parliez tout à l'heure, cette approche de long terme avec France Active. C'est le cas avec toutes les structures que vous accompagnez, toutes les associations que vous aidez ?

11:21
Invité

Oui, c'est vraiment... Peut-être que j'aurais pu le rappeler, effectivement, dans l'introduction. Déjà, on est une jeune fondation puisqu'on vient de fêter nos 5 ans au mois de juin. Mais c'est vrai que dès le démarrage, on a voulu avoir cette approche de dire qu'on va accompagner les associations sur la durée pour leur donner de la visibilité, leur permettre de financer leurs projets. Donc, on apporte un soutien financier structurant. Mais comme l'a dit Denis aussi, il y a toute cette partie du non-fléché pour nous qui est importante. Et puis, aller au-delà juste du soutien financier.

Par exemple, ce qu'on fait avec France Active et qu'on fait avec l'ensemble de nos associations, c'est qu'on va aller aider les associations à monter en compétences ou en tout cas à les accompagner sur... Donc, c'est aussi du mécénat de compétences ? Et avec une innovation qui n'est pas que du mécénat de compétences parce qu'on admet aussi que nous-mêmes, on n'a pas toutes les compétences, y compris Sémirova. Et donc, pour vous donner deux exemples concrets sur la partie digitale, intelligence artificielle, monter en compétences en numérique, on a noué, par exemple, un partenariat avec la fondation Accenture.

Et là, ce n'est pas nous qui apportons du mécénat de compétences, mais c'est les équipes d'Accenture qui accompagnent nos associations sur du pro bono. Très concrètement, et je pense que c'est aussi une innovation de notre partenariat, le métier de France Active, comme l'a très bien dit Denis, c'est d'accompagner aussi les associations au quotidien. Il y a une vraie expertise chez France Active. Et nous, par exemple, pour nos propres associations lauréates, on leur fait bénéficier d'un accompagnement sur mesure de France Active sur des sujets très concrets qui vont être le pilotage de la trésorerie, les outils de gestion, la formation des dirigeants associatifs.

Et donc, c'est vraiment ça aussi, peut-être, qui rend un peu notre approche particulière. C'est ce long terme, c'est moyen financier, mais c'est aussi aller au-delà du financier et vraiment nouer une relation de partenaires et pas juste de financeurs financés. Merci beaucoup à tous les deux

13:04
Présentateur

d'avoir participé à ce débat. Je vous dis à bientôt sur Be Smart for Change. C'est l'heure du grand entretien de ce Smart Impact avec Myriam Maestroni, la fondatrice du Think Tank, du Cercle de Réflexion et d'Action E5T.