GUERRE EN IRAN : POURQUOI L’ESPAGNE TIENT TÊTE À TRUMP (ET PAS MACRON)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Une erreur extraordinaire, ce sont les mots employés par Pedro Sanchez pour qualifier la campagne de bombardement israélo-américain initié il y a une dizaine de jours qui a plongé le Moyen-Orient dans une guerre régionale dramatique. En Europe, sa position tranche avec les autres puissances occidentales toutes plus ou moins alignées sur les États-Unis. Pedro Sanchez ne cesse lui de le marteler non à la guerre et ce quitte à s'attirer les foudres du président américain Donald Trump.
Ce dernier a menacé de couper toute relation commerciale avec l'Espagne la semaine dernière. Alors, pourquoi cette position unique de l'Espagne en Europe ? Comment expliquer ce contraste avec le positionnement diplomatique d'Emmanuel Macron et de la France ?
Pour en parler, nous sommes en visoconférence avec Sébastien Far, historien et spécialiste de la politique espagnole. C'est parti pour le premier entretien de Toujours de vous. Bonsoir Sébastien.
Bonsoir. Merci d'être avec nous sur le plateau du média. Première question en tant que spécialiste de l'Espagne, comment est-ce que vous vous analysez la position actuelle de Pedro Sanchez ?
B. D'abord, je pense qu'il faut euh considérer que c'est un des rares gouvernements de gauche en Europe. Donc c'est d'abord une position qui est singulière dans dans un contexte politique européen où les gouvernements de de gauche sont sont très peu nombreux et et c'est vrai que à l'intérieur du du pays, la position de sess dépend d'une majorité parlementaire qui est extrêmement fragile et elle dépend notamment de l'appui on va dire des des parties de de gauche un peu plus radicales comme Podemos Soumar ou des partis indépendantistes catalans de gauche qui qui presse pour pour une position, on va dire, en plus faveur de la paix.
Donc ça c'est vraiment un élément qui qui est très important. J'aimerais qu'on écoute cet extrait d'un discours d'un discours de Pedro Sanchez qui répondait justement à Donald Trump. Premièrement, non à la violation du droit international qui nous protège tous, en particulier les plus démunis, la population civile.
Deuxièmement, non à l'idée que le monde ne peut résoudre ses problèmes que par les conflits et les bombes. Et enfin, non à la répétition des erreurs du passé. En résumé, la position du gouvernement espagnol tient en quatre mots non à la guerre.
Non à la guerre, c'est pas seulement Pedro Sanchez qui tient ce genre de propos, on l'entend quand même assez régulièrement, mais c'est le seul qui a sorti ses déclarations d'action concrète. Je pense par exemple au fait qu'il a refusé que les avions américains se ravitaillent sur les sur les bases Andalouses. Oui, absolument.
Et euh il faut dire qu'il y a quand même une certaine cohérence dans sa position face au face à la situation actuelle. Euh faut rappeler qu'en 2024, l'Espagne étant des seuls pays avec l'Irlande et la Norvège qui a reconnu la Palestine. Euh Sanchez s'est montré aussi extrêmement prudent face aux pression de Trump lorsqu'il a demandé aux pays européens de monter à 5 % de leur de de le de leur budget, leur contribution à le temps.
Et c'est aussi l'Espagne qui a mené aussi une campagne pour pour bucketter la prochaine édition de de l'Eurovision. Donc en soit cette position et ce nom à la guerre, c'est c'est c'est dans la suite de de de ces différentes décision depuis quelques années, mais ça fait écho surtout à la position qu'avait pris l'Espagne au tout début des années 2000 lors de la 2e guerre d'Irak où face à la position du premier ministre de de l'époque de José Marie Hasnal qui était en gouvernement conservateur et à ce moment-là Assal et l'Espagne s'étaient aligné sur sur la politique d'intervention en Irak de Bush et de Blair. Et à ce moment-là, il y a eu une enf une fameuse alliance qui le pacte des assorts durant laquelle Bushbert et Azar s'étaient unis pour pour demander une intervention en Irak.
Et c'est vrai que cette alliance, cette position euh d'Asnard et de la droite espagnole, elle a provoqué une énorme mobilisation euh en Espagne. Euh je crois que c'est les plus grandes euh parmi les plus grandes manifestations euh du du 21e siècle en Espagne, il y a eu en million de personnes à Barcelone, plus de 2 millions de personnes à Madrid euh qui se sont soulevés pour s'opposer à la position à la position de de Haznard et de sa position, on va dire, de de suivisme, de solidarité avec avec Bush. Et euh et cette position, elle est essentielle pour comprendre la victoire électorale de la gauche en 2004 avec avec Sapatero qui a vraiment construit euh sa sa campagne notamment sur le rejetare.
Donc ce qu'on peut dire c'est que depuis 25 ans, l'opposition on va dire à la guerre, cette opposition à oppression américaine, elles sont centrales dans l'opposition du Parti social espagnole et elles sont aussi centrales dans les différentes victoires électorales qu'elles ont eu notamment en 2004. Quels sont les risques pour Pedro Sanchez à tenir compte à tenir tête comme ça à Donald Trump ? Alors euh en des risques principals et c'est quelque chose peut-être qu'avait un petit peu oublié euh les espagnols ces ces derniers mois euh c'est que les plus grandes bases militaires américaines se trouvent en Espagne.
Donc au-delà de ce bras de fer politique que mène Trump contre la gauche dans le monde entier et en particulier euh en Espagne, il y a la question fondamentale de de la gestion de la présence américaine en Espagne où la péninsule ibérique sert de de plateforme pour pour les avions américains pour la base navale de la Rota. Il y a entre 7 et 8000 soldats américains qui qui sont installés en Espagne. Donc en en des dangers, c'est c'est quand même de créer de très fortes tensions autour de la question de la présence américaine sur la péninsule et euh et et d'une menace euh de de nouvelles pressions américaines qui ont menacé notamment de couper les relations commerciales avec l'Espagne.
J'imagine qu'il y a aussi un enjeu qui est aussi lié euh à la participation de l'Espagne à l'OTAN. Oui. Euh absolument.
Et là, c'est aussi une question qui est extrêmement, on va dire polémique si on prend un petit peu de recul euh puisque l'Espagne est entrée dans longtemps très tardivement donc après la fin du régime franquiste au début de à la de la transition en 1982. Et c'est vrai qu'à ce moment-là déjà cette question était extrêmement polémique. Une grande partie de la gauche espagnole s'est mobilisé pour s'opposer à l'entrée à à l'OTAN et euh et ça a été une décision extrêmement douloureuse au sein du Parti socialiste euh de soutenir finalement l'entrée de de l'OTAN.
Donc euh donc il y a une grande partie de de des parties de gauche en particulier à des mots ça mar de de de position pacifiste, antient qui sont qui sont des positions assez profondes et et qui vont qui vont être alimentés par ces tensions et ce bras de fer avec avec Trumps. Est-ce que Pedro Sanchez est sur cette même ligne justement que que Podemos ou il est obligé de prendre ça en compte ? Alors, je je pense pas je pense que lui, il est dans une position de nom à la guerre sur ce qui est en train de se passer en Iran et aussi une position très claire par rapport à ce qui se passe à Gaza.
Euh par contre, je pense qu'il a une position, on va dire, de solidarité européenne. Il a peut-être l'espoir de s'ériger comme en référent international sur cette question là. Euh mais sa position euh c'est plutôt effectivement euh de renforcer euh la position euh de l'Europe euh face aux États-Unis et face à l'OTAN.
Euh je pense qu'il y a pas de de remise en cause de l'engagement espagnol actuellement euh pour euh pour Pedro Sanchez. Euh autre extrait que j'aimerais vous faire écouter cette fois-ci, c'est Jean-Noël Barreau, le ministère le ministre des affaires étrangères français qui s'exprime. Dominique de Villepin a dit que euh l'Espagne sauvait l'honneur de l'Europe.
Je crois qu'aujourd'hui c'est la France qui sauve l'honneur de l'Europe en étant présente en Méditerranée orientale au côté de nos partenaires, y compris des pays européens comme Chypre où le président de la République se rendra aujourd'hui, mais aussi au côté des pays du Golfe, aux Émirats, au Qatar où on est très reconnaissant pour l'action de la France en en soutien à la défense de ces pays injustement attaqués par l'Iran alors qu'il n'y était pour rien. Je voudrais avoir votre avis justement sur la position de la France. Euh est-ce que le fait que le dirigeant pays donc de espagnol Pedro Sanchez prenne des positions aussi fortes qui tranchent avec les positions françaises pour le coup ?
Ça renverrait pas aussi une image de d'Emmanuel Macron et de sa diplomatie comme un peu plus faible, un peu plus lâche où on est toujours dans une espèce de recherche de consensus sans jamais vraiment prendre de décisions concrètes ? Alors oui, on pourrait penser ça. Après, c'est vrai que ils sont pas dans dans la même position.
L'armée espagnole ne possède pas la dissuasion nucléaire. Le rôle militaire de de l'Espagne dans la défense européenne n'est pas le même que celui de la France. Donc je peux comprendre qu' des positions, on va dire, différentes de de ce point de vue-là.
Par contre, c'est vrai ce qu'il faut dire également, c'est que c'est que l'Espagne a des rapports peut-être un peu plus complexe ou on dire moins moins ambigu avec les États-Unis que peut l'avoir la France ou Macron en particulier puisque pour les les Français, les États-Unis pendant très longtemps étaient associés à la libération du territoire français pendant la deuxème guerre mondiale, à la participation à à la construction de de l'Occident libéral euh jusqu'à jusqu'à jusqu'à à la fin du régime soviétique au bloc de l'Est. Alors que pour les Espagnols, cette relation, elle est elle n'existe pas puisque le les États-Unis ont plutôt soutenu la permanence du régime franquiste en s'all avec Franco au début des années 50. Et en fait la présence de ces bases militaires en Espagne, c'est un petit peu le produit de l'alliance privilégiée qu'on tissé euh le régime franquiste avec les États-Unis dans les années 50 60 et qui explique pourquoi il a duré jusque à la jusqu'à la moitié des années 70.
Donc euh quelque part derrière la position de l'Espagne, il y a aussi euh euh et en particulier parmi la gauche espagnole le refait d'une d'une position beaucoup plus euh on va dire critique euh face à la contribution américaine euh dans son histoire et son rapport, on va dire, au rôle des États-Unis dans la défense du territoire ou ou de l'Europe. Pour en revenir à la population espagnole, est-ce que vous pensez que politiquement pour Pedro Sanchez, c'est plutôt un bon un bon calcul de se positionner comme ça dans cette espèce de positionnement un peu radical par rapport euh par rapport aux autres ? Euh, une manière de de se définir comme la vraie gauche qui n'a pas peur de prendre des décisions qui allé à l'encontre de l'opinion dominante entre guillemets en Europe, on va dire.
Alors, oui, absolument. Ça c'est aussi en élément clé. Euh il faut penser que les prochaines élections législatives et donc du chef du gouvernement, c'est c'est en 2027 et que Sanchez actuellement est dans une position euh de de perdant euh et que le fait en finalement euh de renforcer son image de marche internationale, de mobiliser, on va dire un certain esprit patriotique en défense en défense des intérêts de de l'Espagne, c'est clairement un argument assez C'est positif pour essayer de rétablir son image dans un pays où ces derniers mois il était associé à des affaires de de corruption notamment et face à une des attaques constantes de la droite conservatrice et de l'extrême droite espagnole pour pour sa gestion.
Et en fait en prenant cette position, ça place aussi euh on va dire le Parti populaire qui qui a la droite, le conservatrice aussi dans une situation assez délicate euh notamment avec l'extrême droite qui qui avec laquelle ils sont alliés dans plusieurs gouvernements régionaux et et c'est vrai que la question des rapports avec Trump, elle elle place le Parti populaire dans une dans une situation inconfortable et qui favorise très clairement les intérêts de Sanchez mais aussi de sa capacité à finalement à serrer les coudes et à rassembler toutes les voies de gauche pour pour affirmer une position internationale et intérieure critique face à ce qui se passe actuellement en Iran. Vous l'avez rapidement évoqué au début de de l'interview, c'est pas la première fois que Pedro Sanchez décide de s'exprimer et de tenir une position particulière sur la scène internationale. Je pense notamment à ces positions prises par rapport au génocide à Gaza.
Est-ce que pour vous ça s'inscrit dans la même dans la même lignée ? Oui, euh absolument. Euh c'est les éléments qui qui expliquent la position de de Sanchez en Iran.
C'est c'est des sembl c'est des éléments qui sont assez semblables à ceux euh qui sont liés à la pestine, mais là je pense qu'il a aussi une position personnelle assez forte, assez constante sur ce qui s'est passé face au génocides à Gaza. et et je pense qu'il faut pas réduire ça à des calculs électoralistes ou par sa volonté de positionner l'Espagne d'une manière singulière. Il y a véritablement en Espagne une sensibilité extrêmement plus forte, on va dire sur les massacres perpétrés à Gaza et sur les bombardements constants auquels face la population Gazaoui.
Pour quelle raison selon vous ? Alors euh bah c'est je pense qu'il y a quand même une position de la gauche espagnole justement pacifiste euh en tibéliqueuse qui est beaucoup plus forte que dans autres pays d'Europe par le fait que ben que que l'Espagne mis à part quelques opérations euh militaires euh de le temps ou d'autres n'a pas participé euh de depuis les années 7080 à des à des opérations militaires extrêmement forcives et que la gauche s'est construit sur le rejet du de l'expérience de la guerre civile des violences auxquelles ont été onelles soumis à une partie des espagnols euh notamment les bombardements qui ont lieu pendant dans la guerre civile. Donc dans cette continuité, la la gauche espagnole est très soucieuse dans le discours pacifiste de revendication de la primaé du droit international et de énonciation de toute forme de de dictature ou de ou de régime fasciste.
Et là, je crois que c'est quand même quelque chose qui est qui est qui est relativement fort, même dans une gauche assez assez prudente et social-démocrate qui qui est représenté par Pedro Sanchez. Dernière question. Est-ce que vous pensez que dans le futur Pedro Sanchez a intérêt à continuer à tenir cette position où à un moment il va devoir un peu rebrousser le chemin et donner lâcher un peu de l'est entre guillemets pour ne pas s'attirer les foudres de trop de représentants d'intérêt autre que les siens à l'international notamment.
Alors moi je pense que sa capacité à maintenir sa position, elle va être déterminée par les pressions américaines et et l'attitude de Trump et de ses de ses alliés européens. lui à titre personnel et à titre de de la politique intérieure extérieure de l'Espagne, je pense que il a objectivement tout intérêt à maintenir cette position qui le place dans une dans dans une attitude, on va dire, exemplaire pour une partie de de l'opinion publique qui le singoliarise face aux autres pays européens et et qui offre beaucoup de clarté par rapport justement à la position française ou de l'Allemagne et et en poursuivant cette position, il s'érige comme politicien de référence en Europe et je crois pour lui, c'est une opportunité aussi historique de terminer peut-être son mandat ou de se représenter l'année prochaine avec une stature internationale qui est quelque part aussi en en cadeau que lui fait que lui fait Trump. Maintenant reste à voir jusqu'où peut aller les pressions américaines, jusqu'à quand Trump va entre guillemets tolérer ou intervenir d'autres manières qu'actuellement qui pour l'instant c'est quand même uniquement des dépressions dialectiques euh qui ont pas eu de conséquences euh ni sur les relations commerciales ni sur la la situation des troupes américaines sur le territoire espagnol.
Mais euh mais les derniers mois qu'on a vécu euh laisse difficile de présager la capacité de Trump euh de dépasser les frontières habituelles de ce qu'on a l'habitude de voir dans la politique internationale européenne. Merci beaucoup Sébastien Faré pour toutes ces explications et merci d'avoir accepté notre invitation sur le plateau du média. Merci.
Un grand plaisir d'être avec vous. Bonne soirée. Bonne soirée.
Ah. Ah.
Emmanuel Macron