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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 10 octobre 2022 7 min

Adeline Hazan : "42.000 enfants sans domicile fixe, c'est inadmissible dans un pays développé"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h20, un enfant qui grandit sans un véritable logement risque fort de développer des problèmes psychologiques, voire psychiatriques. C'est ce que souligne un rapport publié ce matin par l'UNICEF et le SAMU Social de Paris en cette journée mondiale de la santé mentale. Bonjour Adeline Azan. Bonjour. Vous êtes la présidente de l'UNICEF en France. On va revenir sur vos conclusions dans un instant, mais puisqu'on parle de personnes sans abri, on a appris la semaine dernière que le gouvernement allait encore supprimer des places d'hébergement d'urgence, 14 000 au total cette année et l'an prochain. Vous le regrettez ?

0:37
Adeline Hazan

Je le dénonce même parce qu'effectivement c'est dans le plan de finance, de projet de loi de finance, pardon, où il est prévu que 14 000 places soient supprimées là où déjà il y a un manque totalement criant et c'est justement ce cri d'alarme que nous voulons avec le SAMU Social porter aujourd'hui, en cette journée de la santé mentale, cette journée mondiale de la santé mentale, il y a environ 42 000 enfants qui sont sans domicile fixe. Quand on dit sans domicile fixe, ça veut dire à la fois à la rue, il y en a beaucoup, en hôtel, il y en a à peu près 20 000 et le reste en hôtel social, foyer d'hébergement. C'est absolument inadmissible dans un pays développé.

1:19
Présentateur

C'est un chiffre constant ces dernières années ou qui augmente, qui diminue ?

1:22
Adeline Hazan

C'est un chiffre qui a plutôt tendance à augmenter. Ce qu'il faut savoir justement, c'est que ça n'est pas un chiffre officiel et que c'est un chiffre que nous avons dû constater avec les autres organismes humanitaires, dont justement le SAMU Social et avec la Fédération des acteurs de la solidarité, où cet été par exemple, nous avons dû élaborer un baromètre pour savoir exactement le nombre d'enfants qui dormaient, là c'est à la rue. Et cet été, au cours d'une nuit du mois d'août, il y avait à peu près 1 600 enfants qui dormaient dans la rue.

Et ça, c'est un angle mort des politiques publiques, parce qu'il n'y a pas de statistiques et il n'y a pas de véritable action pour justement contrer ce phénomène qui est complètement inadmissible. Alors venons-en au cœur de votre rapport, quel est le lien entre le logement et la santé mentale ?

Il est primordial ce lien, il est primordial parce qu'on sait que c'est au moment de l'enfance, et il n'y a pas besoin d'être professionnel pour le dire, que le cerveau de l'enfance se construit et que précisément vivre dans la rue ou dans un hôtel ou même en foyer d'hébergement, ça veut dire vivre en danger déjà, ça veut dire vivre dans la proximité familiale avec des risques de violence, de tension mais même de violence. Ça veut dire pour ceux qui sont à la rue, ne pas aller à l'école, parce que très souvent les mairies n'acceptent pas les enfants des familles sans adresse.

Ça veut dire que même si ces enfants finalement arrivent à se faire inscrire à l'école, eh bien ils ne pourront pas apprendre dans des conditions satisfaisantes. Donc ça veut dire de l'angoisse, de l'insécurité, des relations familiales qui sont complètement perturbées et tous ces troubles qui s'inscrivent dans l'enfance, eh bien évidemment ils vont perdurer à l'âge adulte. Et c'est vraiment un cri d'alarme que nous voulons lancer parce que les pouvoirs publics ne sont absolument pas conscients de cette situation. C'est pour ça que nous voulons les alerter aujourd'hui. Et ce qui aggrave le problème, c'est que ces enfants, bien souvent, ne sont pas suivis médicalement.

Alors il y a aussi un suivi, une absence malheureusement de suivi. Et ça, pour le coup, c'est vrai pour les enfants sans domicile, c'est vrai pour l'ensemble des enfants. Nous sommes actuellement dans une situation de crise de la pédopsychiatrie. Il y a, pour vous donner une idée, un tiers de moins de pédopsychiatres qu'il n'y en avait il y a 12 ans. Il n'y en avait déjà pas beaucoup. Aujourd'hui, il y en a à peu près 2000, d'après votre rapport. Voilà, il faut aujourd'hui entre 6 mois et 2 ans pour qu'un enfant puisse bénéficier d'une consultation en CMP, en centre médico-psychologique.

Or, il est évident, et là aussi, il n'y a pas besoin d'être professionnel pour le dire, il est évident que plus on prend un trouble qui peut être de l'anxiété tôt, plus il sera soigné et surtout, on évitera qu'il se transforme en un trouble psychiatrique. Et un trouble psychiatrique qui se développe dès l'enfance, ça va vouloir dire forcément un adulte qui sera en risque de troubles psychiatriques.

4:32
Présentateur

Pour en revenir, vous l'avez évoqué rapidement, sur la nature des troubles que peuvent développer ces enfants, l'éventail est vraiment très vaste. Ça va d'un problème d'estime de soi et ça peut aller jusqu'à la dépression.

4:42
Adeline Hazan

Voilà, c'est ça. D'ailleurs, quand on parle, et l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, parle de santé mentale, ça va du bien-être de l'enfant jusqu'à l'absence de troubles psychiatriques. Ça veut dire que là, dans cette situation, ça peut commencer par simplement, si je puis dire, parce que c'est déjà grave, un sentiment d'insécurité jusqu'à des problèmes psychiatriques graves comme la dépression ou des maladies encore plus graves.

Donc c'est vraiment à la source de ce problème qu'il faut intervenir et il est vraiment regrettable que les pouvoirs publics ne prennent pas d'arrache-pied, je dirais, ce problème justement en promouvant des politiques de logement proactifs, c'est-à-dire faire en sorte qu'il y ait des politiques dans le logement social d'accueil absolument prioritaire de ces familles avec enfants, qu'il y ait aussi un développement du métier de pédopsychiatre de façon à ce que cette profession soit à nouveau attractive.

5:46
Présentateur

C'est que ça n'intéresse pas les jeunes qui font des études de médecine

5:48
Adeline Hazan

aujourd'hui, les psychiatres ? Non, ils trouvent que c'est trop difficile. De toute façon, les psychiatres sont déjà en soi une fonction, une profession qui est en crise et à l'intérieur de la psychiatrie, les pédopsychiatres, c'est encore pire. Il n'y en a plus, il n'y en a pas. Donc que faire pour cela ? Déjà, rendre cette profession plus attractive. Et puis, il faut aussi que les professionnels y travaillent ensemble parce que ça, c'est un véritable problème.

Les professionnels de l'enfance, ils travaillent en silo, c'est-à-dire que d'un côté, on va avoir les professeurs des écoles, de l'autre, les assistantes sociales, de l'autre, les infirmières scolaires, quand il y en a, et ensuite, les pédopsychiatres et qu'il n'y a aucune transversalité entre ces différentes professions. Il faut qu'ils se parlent, il faut qu'il y ait justement des rencontres entre ces professionnels.

6:33
Présentateur

Vous dites les infirmières scolaires, quand il y en a, ça aussi, c'est un point intéressant de votre rapport. Il faut renforcer la médecine scolaire parce que ça permet de détecter, justement, quand il y a un problème.

6:40
Adeline Hazan

Bien sûr, c'est là, justement, au plus tôt et dans un cadre sécurisant qu'est l'école, que pourront se détecter les premiers troubles qui peuvent être simplement de la tristesse ou une absence de concentration pour un enfant de 5 ou 6 ans.

6:56
Présentateur

Grandir sans chez soi, c'est le titre de votre rapport, Adeline Hazan, publié par l'UNICEF France avec le SAMU Social de Paris et Santé Publique France. Absolument. Merci beaucoup. Je rappelle que vous êtes la présidente de l'UNICEF en France. Merci.