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interviewC dans l'air· 20 février 2026 63 min

Trump piétine l'Europe à Davos - C dans l’air - 21.01.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

de Montesquieu. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". D.Trump a débarqué en force à Davos ce matin.

Dans son discours, il a martelé son ambition de mettre la main sur ce qu'il appelle un "bloc de glace", confondant à plusieurs reprises le Groenland et l'Islande. "Nous voulons le titre de propriété du Groenland", a dit le président. Il manie l'intimidation en évoquant l'intervention militaire mais qu'il ne souhaite pas. "Il faisait le dur à cuire", du Trump, sans filtre, sans concession.

En solidarité avec le Danemark, U.von der Leyen a évoqué la puissance brute des Etats-Unis et appelle l'Europe à sortir de sa prudence. L'Europe a été littéralement étrillée par le président des Etats-Unis.

Elle est accusée de ne pas aller dans la bonne direction. "Sans nous, vous ne parleriez qu'allemand", a lancé Trump. Pour en parler, J.André, grand reporter à France 24.

N.Bacharan, vous êtes historienne et éditorialiste à"Ouest-France". M.Van Renterghem, vous êtes grand reporter, chroniqueuse à"L'Express". "Le Piège Nord Stream" est publié aux éditions des Arènes.

Gal F.Chauvancy, vous êtes ancien militaire, spécialiste de questions géopolitiques. On va reparler de l'Otan.

Il en a été question dans le discours de D.Trump. On va commencer par l'écouter. - D.Trump: On veut juste un bout de banquise en échange de la paix mondiale.

Ils ne veulent pas nous le donner. On a jamais rien demandé d'autre. On aurait pu le garder, mais on l'a pas fait.

Vous avez le choix entre dire "oui" et nous en serions reconnaissants, et dire "non", et on s'en souviendra. - C.Roux: On va essayer de tout remettre dans l'ordre grâce à vous.

Ce qu'on peut dire, c'est qu'il a clairement réaffirmé sa volonté de faire main basse sur le Groenland. - J.André: Maintenant, il le répète depuis le début de son mandat.

Il l'avait déjà évoqué lors de son 1er mandat. Il ne le dit pas devant n'importe qui. Il le dit devant un millier de chefs d'Etat, de ce que le monde compte comme responsables les plus puissants. - C.Roux: Malgré les rodomontades européennes?

Il y a des déclarations assez fortes de la France. On a l'impression qu'il n'a rien entendu? - J.André: Il fait un discours beaucoup plus long que prévu.

Il y avait des cases au niveau de la diffusion. Il y a eu son histoire d'avion, mais il a parlé 2 fois plus longtemps que ce qui était prévu. Il arrive avec une délégation énorme.

Pendant son discours, il dira qu'il ne peut pas saluer tout le monde. "Certains ne seront pas nommément cités, mais ma délégation est tellement importante que je suis bien obligé de faire des raccourcis." Sa délégation était importante.

Ca a agacé les Chinois et les Indiens. Il arrive avec ses gros sabots pour dire qu'il veut le Groenland: il est absolument intraitable et inflexible. - C.Roux: Ce qu'il appelle le "bloc de glace". - N.Bacharan: Pour diminuer Un peu l'importance de l'acquisition qu'il veut faire. "C'est juste un bloc de glace, faites pas tant d'histoires.

Vous n'avez jamais rien fait pour moi". Il ne va pas changer d'avis. Il a dit qu'il allait ouvrir des négociations. "J'ai pas envie d'utiliser la force militaire." A ce moment-là, la Bourse de New York ouvrait et elle a monté.

Pas d'intervention militaire immédiate en vue. Ses revendications sur le Groenland ne sont pas absurdes au sens de la nécessité de sécurité. Cette île a pris une importance qu'elle n'avait pas autrefois.

Elle est plus proche du continent américain que du continent européen. Elle est pile au milieu de l'espace transatlantique qui est normalement l'espace de protection de l'Otan. Jusqu'à présent, le Groenland était protégé par l'Otan.

Trump ne veut pas que ce soit une affaire de l'Otan. Il veut être propriétaire. - C.Roux: Avant de parler du titre de propriété, il dit: "On aurait pu le garder.

On l'avait." - N.Bacharan: Les Américains sont arrivés au Groenland en 1941, en pleine guerre contre les nazis.

Il a aimablement rappelé aujourd'hui que le Danemark, leur armée, face aux nazis, ça a été plié en quelques heures. Ce qui est vrai. En 1941, les Américains débarquent en force sur le Groenland.

Ensuite, ils le protègent. C'était pas du tout absurde que les nazis s'en servent pour partir plus loin vers l'ouest. Ensuite, les Américains de l'époque, relativement civilisés, auraient bien voulu le garder.

Ils proposent de l'acheter. Les Danois disent "non". Les Américains ne l'achètent pas.

Par la suite, ils abandonnent plus ou moins les nombreuses bases qu'ils avaient. - C.Roux: Il dit cette phrase, assez révélatrice de l'état d'esprit dans lequel il est vis-à-vis du Groenland: "Je veux le titre de propriété du Groenland." - M.Van Renterghem: Il se comporte toujours comme un promoteur immobilier.

Il n'a jamais cessé de l'être. D'ailleurs, il avait été interviewé par une journaliste du "New Yorker" à la fin de son 1er mandat. Il lui avait déjà parlé du Groenland.

Il avait dit: "Je suis un agent immobilier. J'ai regardé cette carte. J'adore les cartes.

Pourquoi est-ce qu'on n'a pas ça? Quand j'achète des magasins, pourquoi on n'a pas ça?" Il y avait aussi une phrase passée inaperçue au moment de son discours d'investiture en janvier 2025, il y a un an.

Il avait dit: "Les Etats-Unis, on va augmenter le territoire." C'était passé assez inaperçu. Ca faisait partie de l'impensable que l'Amérique se comporte comme la Russie de V.Poutine, comme un empire sans limite où il consiste d'être toujours plus grand géographiquement.

Ca me frappe de voir qu'il est inspiré par V.Poutine, dans une sorte de mimétisme, dans l'idée de s'agrandir, d'une zone d'influence...

On a l'impression que cette rhétorique, comme il est assez enfantin dans sa mégalomanie, qu'il y a une espèce de concours de grandeur. - C.Roux: On fait l'exégèse des propos de D.Trump. "Parce que c'est ce que je ressens comme étant psychologiquement nécessaire au succès." - M.Van Renterghem: Le titre de propriété...

Son argument est caduc. Il a présenté le fait qu'il devait protéger le Groenland, notamment de la menace russe. Si la Russie était une menace, il se comporterait autrement en Ukraine.

Il ne dirait pas que V.Zelensky a provoqué la guerre. Ce conseil de la paix totalement fantoche pour Gaza...

Il invite V.Poutine à en être membre. - C.Roux: Parmi les phrases importantes de ce discours, il y a celle sur "je pourrais utiliser la force, mais je ne le souhaite pas".

A l'heure où nous parlons, l'hypothèse parfois évoquée d'une intervention militaire américaine pour faire main basse sur le Groenland, est écartée? - Gal F.Chauvancy: Je ne l'écarterais pas par principe.

Je ne pense pas qu'il y aura un affrontement armé. Déjà qu'il y a une base militaire, la projection de forces, de cette brigade spécialisée dans l'Arctique, orientée vers le Minnesota, qu'on pourrait faire débarquer sans violence et de fait occuper le terrain avec une brigade de 1500 soldats, il n'y aurait pas de combats...

Qu'est-ce que nous ferions? Que feraient les Danois? Les Français peuvent arriver d'ici quelque temps en fonction d'un exercice en cours.

Au bilan, ce sera le fait accompli. Après, c'est une occupation de fait du terrain. On rentre dans le jeu des négociations.

Je dirais que c'est un peu dans cette procédure. En dernier, il n'y aura aucun affrontement armé. Ce serait catastrophique, y compris vis-à-vis de l'opinion publique américaine.

Ce serait la fin de l'Otan. Ce serait 2 Etats de l'Otan qui s'affronteraient, plusieurs Etats. La Turquie et la Grèce, dans le passé, on fait un peu la même chose, et sont toujours dans l'Otan. - C.Roux: Il ne compte pas s'arrêter là sur la question du Groenland, malgré la réaction des Européens.

Le président Trump en a remis une couche à Davos. Le chef de la Maison-Blanche exige l'ouverture de négociations immédiates sur le Groenland et propose aux Européens une sorte de deal: un bout de banquise en échange de la paix mondiale. - Il est arrivé dans une ambiance glaciale cet après-midi à Zurich.

D.Trump, attendu par le monde entier au sommet de Davos, a pris la parole pendant plus d'une heure. Il s'est payé tour à tour l'Otan, l'Europe, ses dirigeants, sans oublier le président français. - D.Trump: J'ai regardé le discours d'E.Macron avec ses belles lunettes de soleil.

Qu'est-ce qu'il s'est passé? Je l'ai vu. Il a essayé de faire le dur. - Au milieu de nombreuses tirades et de superlatifs vantant sa géniale présidence, la phrase que personne n'osait espérer. - D.Trump: Nous n'obtiendrons probablement rien à moins que je ne décide d'utiliser la force, qui me rendrait franchement inarrêtable.

Je ne le ferai pas. Maintenant, tout le monde se dit "oh, tant mieux", c'est probablement la décision la plus importante que j'ai jamais prise quand les gens pensaient que j'utiliserais la force. Je n'en ai pas besoin.

Tout ce que les Etats-Unis demandent, c'est un endroit appelé le Groenland. Nous l'avions déjà, mais nous l'avons respectueusement rendu au Danemark après avoir vaincu les Allemands, les Japonais, les Italiens et d'autres lors de la Seconde Guerre mondiale. - Un discours très attendu mais marqué par l'absence de plusieurs dirigeants de marque comme le Britannique K.Starmer, la Danoise M.Frederiksen ou encore E.Macron.

Une esquive qui en dit long sur la guerre diplomatique que se livrent les Etats-Unis et l'Europe. ... - Je veux dire à tout le monde de respirer profondément. - Une foire d'empoigne sur fond de crise au Groenland et de menaces sur les droits de douane.

D.Trump demande des négociations immédiates, lui qui, la nuit dernière, en remettait une couche lors d'une conférence de presse de 2 heures en l'honneur de lui-même. - D.Trump: Voici tout ce que nous avons accompli.

Regardez. Chaque ligne correspond à une chose que nous avons faite. Personne n'a fait tout ça avant.

Nous sommes le pays le plus chaud du monde. - Vous allez vous rendre à Paris pour la réunion d'urgence du G7 comme l'a proposé le président Marcon? - D.Trump: J'ai des rendez-vous avec les gens qui sont directement impliqués et pas ceux dont vous parlez. - Trump tout-puissant alors que son obsession pour le Groenland interroge jusqu'aux Etats-Unis.

Le "Wall Street Journal" titre "L'Amérique a perdu la raison", en citant des responsables européens. L'impopularité du président atteint des records de 39 à 56 % en 1 an. Ses provocations sont détournées comme cette image postée hier et qui a été transformée en vidéo grâce à l'IA.

En tout cas, il y en a un qui s'est montré plus mesuré que son patron, le secrétaire américain au Commerce, hier, à Davos. - Tout cela se terminera par une conversation positive entre D.Trump et U.von der Leyen, comme la dernière fois.

On peut commencer par un petit remue-ménage, mais au final les Etats-Unis et l'Europe sont de grands alliés. - Réponse ferme de la présidente de la Commission européenne. - U.von der Leyen: Nous plonger dans une spirale négative ne ferait qu'aider nos adversaires.

Nous sommes déterminés à les maintenir hors du paysage stratégique. Notre réponse sera donc ferme, unie et proportionnée. - Tensions maximales aussi en coulisses. d'un dîner à Davos après des critiques du secrétaire américain du Commerce contre l'Europe. - C.Roux: Nous allons revenir sur ces critiques.

Question. - M.Van Renterghem: Oui.

Macron symbolise celui qui fait la résistance. C'est une puissance en Europe. C'est lui qui a mené la résistance en Ukraine.

Il a refusé de faire partie du conseil de la paix. Ce fameux conseil de la paix, soi-disant pour Gaza, qui devient une sorte d'ONU parallèle dont D.Trump serait le maître...

Il y a plusieurs pays dont la France, qui ont refusé de signer. On doit Jtre signataire en payant 1 milliard cash de dollars. Il est en train de faire flop.

E.Macron est une sorte...

Il y avait cette poignée de main mémorable au moment de leur rencontre. Ca s'est transformé en une espèce de tête-à-tête, de duel amical, flagorneur et un combat de puissance. Il y a celui qui se pose un peu comme le doyen, le chef de l'UE, qui lui serre la main de manière virulente et dont il aime se moquer parce qu'il est parfaitement impopulaire dans son pays.

Il en a fait un peu un symbole, sa tête de Turc. Je trouve qu'E.Macron a très bien réagi.

C'est au-delà...

Il ne faut pas répondre à ces provocations, qui ne font rire que Trump et les flagorneurs qui l'entourent. Il n'y a pas à surenchérir. Ca dépasse la personne d'E.Macron.

C'est à l'Europe qu'il s'attaque. C'est une personnalité...

Cette personnalité représente l'enjeu de l'Ukraine. E.Macron est aussi conscient du fait qu'il n'y a aucun intérêt à surenchérir dans cette provocation. - N.Bacharan: C'est un peu comme un comédien, comme quelqu'un qui fait un one-man-show.

Il y a des passages qui, d'après lui, sont porteurs, font rire. - C.Roux: Il s'est moqué des lunettes. - N.Bacharan: Il veut faire le dur, donc il a refait le sketch sur E.Macron qui l'aurait supplié de ne pas augmenter le prix des médicaments. "La présidente suisse a été désagréable avec moi..." "J'aurais pu mettre 65 % des droits de douane sur les Rolex..." Il le faisait en campagne.

Il y a certaines attaques contre les médias, contre certaines personnalités démocrates ou médiatiques qui, d'après lui, font rire. Je ne suis pas sûre qu'à Davos, on soit tordu de rire. - C.Roux: Ca a été une grande partie de son discours de montrer les faiblesses de l'Europe. "Nous voulons que l'Europe soit forte." Il a parlé des pays qui se perdent et des très fortes vagues migratoires.

On l'entend très régulièrement dans sa bouche. Ca arrive dans ce contexte. - J.André: Il le dit à Davos devant tous ces leaders.

L'objectif avec E.Macron, c'est de l'humilier. Toute cette diatribe sur l'Europe, c'est d'humilier l'Europe, d'expliquer qu'on va dans la mauvaise direction.

Il n'est pas aligné avec ses valeurs. Il fait de la politique à destination des Européens. Ils ont très clairement dit, les Américains, qu'ils allaient chercher à influencer les élections en Europe.

Quand il dit "vous avez des problèmes d'immigration, on ne reconnaît plus les villes européennes..." Il s'adresse aux Européens.

Il envoie des messages sur la direction dans laquelle il veut voir l'Europe évoluer. Ce qui est incroyable avec cette histoire de Groenland, quand il parle de "glaçon", ce qu'il dit aux Danois: "Vous ne pouvez plus être responsables de ce territoire. C'est à nous de l'être.

Vous n'êtes pas compétents pour l'administrer." S'il dit aux Danois qu'il veut installer plusieurs bases, il y a fort à parier que les Danois acceptent. Il y a déjà une très grande base américaine dans le nord du Groenland.

Quand il dit qu'il n'est pas défendu, ça veut dire qu'il n'honorerait pas ses obligations de défense. Il a dit dans son discours "qui voudrait aller se battre pour ce glaçon si jamais il était attaqué?" Il laisse entendre que les Etats-Unis n'honoreraient pas l'article 5 du traité de l'Otan si le Groenland était attaqué et que la seule façon de garantir la sécurité de Groenland, c'est d'en faire une partie des Etats-Unis, de sorte que les adversaires potentiels n'attaquent pas.

Il remet toute la stratégie à plat. - C.Roux: Nous reviendrons sur l'influence que ça pourrait avoir sur l'Otan.

On parle de l'attitude vis-à-vis du Danemark. Réaction intéressante du Premier ministre du Canada. ...

Il a réveillé quelque chose en Europe, mais pas seulement. - N.Bacharan: Les Canadiens ont très peur.

J'ai parlé avec des amis au Canada. Les menaces de Trump ne sont pas des paroles en l'air. Le Premier ministre est allé en Chine pour obtenir des garanties de sécurité.

C'est un retournement incroyable et nuisible pour l'Europe. Les Islandais sont extrêmement inquiets. L'Islande serait le prochain pas.

Sur cette attitude de promoteur immobilier qui veut de la terre, vous avez montré une publicité détournée avec l'IA où les ours polaires viennent arracher le drapeau. D.Trump a publié une photo sur son compte, une photo montée, où il y a devant lui les leaders européens qui écoutent sagement et lui qui leur fait la leçon.

Derrière, il y a une carte de l'Amérique du Nord, De l'Amérique du Sud, du Panama, du Groenland, du Venezuela et même plus loin avec le drapeau américain. L'idée d'accrocher sur la bannière étoilée une 51e étoile... - C.Roux: Il avait formulé cette volonté. - N.Bacharan: Je pense que c'est quelque chose de très profond chez lui.

Il veut être le président qui aura créé et obtenu un 51e Etat. Peut-être que ça s'appellera l'Etat "Trump". - Gal F.Chauvancy: Les Canadiens considèrent que la rupture avec les Etats-Unis est irréparable.

Maintenant, il n'y a plus de relation particulière et positive avec les Etats-Unis de Trump. Pour l'instant, voilà où on en est. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'appréciation sur le mot "humiliation".

Si Trump nous humilie, c'est parce qu'il attend de savoir qui est en face. S'il n'y a pas ce rapport de force qui se crée, nous serons humiliés. Le président Macron a fait preuve de fermeté.

A la demande du Premier ministre canadien, il faudrait que les Etats moyens, les puissances moyennes, se rassemblent. Où est ce rassemblement? Qui est le président Macron pour dire qu'on va s'opposer à la politique de D.Trump?

Quand on est 27, on n'est pas toujours unis. - C.Roux: On va reprendre une citation d'U.von der Leyen, en général plutôt accusée d'être conciliante vis-à-vis des Etats-Unis.

Ce matin, peut-être contrainte par ses camarades, elle a dit ceci. Dans la bouche d'U.von der Leyen, ça ressemble quand même à un bougé.

Comment vous appréciez ce qui est en train de se passer au niveau européen? C.Lagarde quitte le dîner.

L'absence de certains présidents européens...

Est-ce que quelque chose de nouveaux est en train de naître en Europe pour dire "non" à D.Trump? - M.Van Renterghem: U.von der Leyen a bougé en quelques jours.

Tout d'un coup, elle s'est fait taper sur les doigts, à mon avis, par les leaders des Etats membres. Je pense que c'est une victoire des Européens. Pourquoi Trump a lâché cette phrase sur le fait qu'il renonçait à la force?

C'est certes l'impopularité que l'intervention armée avait auprès des Américains, mais ce qui a fait ricaner tout le monde, de quelques soldats français et norvégiens au Groenland...

Il n'y aurait eu que 2 soldats. Les Américains ne peuvent pas tirer sur des soldats alliés. C'est déjà une victoire symbolique.

Trump ne s'attendait absolument pas à cette réaction des Européens. Il y avait une habileté rhétorique à dire "nous venons pour protéger l'Otan, nous vous protégeons, vous". Il y avait une habileté rhétorique et militaire.

Les Américains sont coincés. Ils ne peuvent pas aller tirer sur leurs alliés. Je pense que le Groenland pourrait être la goutte de trop, la faute d'hubris qui pourrait faire chuter...

Soit c'est l'explosion, le grand empire américain, soit...

Il s'attaque à tout ce qui fait la raison d'être de l'UE: le droit, la souveraineté territoriale, l'inviolabilité des frontières. Si l'UE cède là-dessus, Sur le Groenland, elle se perd elle-même. Je pense qu'il a réussi à mobiliser jusqu'à des G.Meloni...

On voit l'Union européenne en panique. Dans l'opinion américaine, il y a aussi des réactions, au niveau des sénateurs républicains, qui ont menacé d'impeachment. - C.Roux: On n'entend pas beaucoup les Polonais, tous ceux qui comptent sur les Etats-Unis pour les défendre vis-à-vis de l'ennemi russe. - M.Van Renterghem: Pour le coup, les Polonais sont très préoccupés par leurs propres frontières.

Il y a un conflit qu'on est en train d'oublier complètement. D'abord, l'Iran, et aussi, l'Ukraine. Les Polonais n'oublient pas l'Ukraine. - C.Roux: Il a évoqué l'Ukraine avec une formule que je n'ai pas en tête, mais il a dit "l'Ukraine, c'est l'affaire des Européens". - Gal F.Chauvancy: De l'autre côté de la mer. - C.Roux: Dans la liste des éléments que vous avez donnés qui auraient pu faire un peu reculer D.Trump, il y a peut-être cette unité européenne, mais il y a aussi les marchés financiers? - J.André: C'est certain.

Tous les aspects économiques sont très importants. Les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre d'avoir une perte de confiance globale dans le dollar et dans leurs marchés financiers. Il y a un mouvement vers les métaux précieux.

L'Europe détient beaucoup de dette américaine. Ils pourraient tout à fait décider de vendre toute la dette américaine, ce qui pourrait avoir des impacts très importants sur les marchés financiers. On est quand même dans une situation...

Je pense que tous les dirigeants européens se posent cette grande question: est-ce qu'on attend, est-ce qu'on joue la montre? Peut-être même qu'on ira à la table des négociations. On espère tenir jusqu'au bout du mandat.

Je pense qu'il y a une vraie envie de ça. Après, il faut taper du poing sur la table. Evidemment, vous allez avoir des Français qui vont penser à leur vins et spiritueux.

Les Allemands vont penser à leur industrie automobile, avec des moyens de rétorsion. Il y a des soldats qui ont été placés au Groenland, mais il y a déjà une réponse américaine. Il parle déjà d'un droit de douane à 10 %.

On rentre dans quelque chose de dur. L'Europe peut répondre. - C.Roux: Elle a répondu avec le vote du Parlement. "On ne sait pas où on en est avec les droits de douane, mais on gèle." - J.André: Comment ça va se passer quand on arrive dans le dur?

Il y a un vrai risque de désunion à ce niveau-là. Le package de sanctions préparé par l'UE, 25 % de droits de douane sur les avions, les produits culturels, les motos, les jeans, le bourbon...

C'est une attaque politique. On s'attaque à des industries...

On parle de 93 milliards de biens qui pourraient être taxés. Malgré tout, sur le plan macroéconomique, ça va pas faire très mal au PIB américain. S'il y a escalade, les mesures américaines peuvent être dangereuses.

Il y a l'article 232 qui permet de coller directement 25 % de droits de douane sur tous les véhicules importés d'Europe et les pièces détachées. Les Allemands, ça peut leur faire peur. Si on rentre dans la guerre commerciale...

D.Trump a dit qu'il n'enverrait pas de troupes. Qui s'attendait réellement à ce qu'on envoie des troupes en masse pour faire quoi, pour se battre contre qui?

Par contre, la guerre commerciale, c'est quelque chose qui est potentiel. La vraie menace est là. - C.Roux: Il a à y perdre aussi? - J.André: Qui perd le plus? - C.Roux: Question. - N.Bacharan: Dans la mesure De mes faibles moyens, nous ne sommes pas si nuls qu'il le dit.

Je rejoins ce que disait Marion. L'Europe, c'est une identité, une construction de 80 ans sur l'idée d'une paix durable, même si elle est aux crochets des Américains. Je ne peux pas le contester.

L'idée d'un modèle social, de l'Etat de droit, de la libre-circulation, de la liberté des idées, des droits des femmes...

Ca semble aujourd'hui désuet, mais l'idée qu'un grand continent prospère et pacifique, réglé par le droit, même si la prise de décision est très compliquée, ça a une valeur et ça mérite d'être défendu. Dans les réactions européennes, aujourd'hui, même si l'unité n'est pas parfaite, il y a cette idée de la dignité européenne. S'il s'y prenait autrement, dans un style qui ne peut pas être le sien, en expliquant qu'on a un vrai problème de sécurité sur le Groenland, je pense que l'affaire du Groenland progresserait très bien, arriverait probablement au même résultat.

Humilier comme il le fait les Européens alors qu'il est si "gentil" avec les Russes, les Chinois, c'est insupportable. Les Européens disent que c'est insupportable. - M.Van Renterghem: Les Européens ne sont pas seuls.

S'ils étaient seuls, ce serait foutu. En s'attaquant au droit international de manière aussi brutale, violente, par une manière de voyou, il n'y a pas que l'UE qu'il blesse. Il y a beaucoup de pays qui sont attachés au droit international.

Ils sont furieux que les règles de l'OMC soient mises en miettes par D.Trump. Ca va du Mexique au Canada en passant par l'Indonésie...

Il y a une possibilité. C'est en train de se former. On le voit avec le Canada.

Autour de l'UE et de ce droit international...

Le droit est censé protéger, faire en sorte...

Il y a beaucoup de pays qui se sentent concernés, mais aussi les puissants. Les grandes puissances n'ont pas intérêt à un monde sans droits. Il y a des Américains à l'intérieur et même des républicains traditionnels américains qui ont très bien compris vers quoi Trump allait les emmener. - C.Roux: Il y a une grande tirade sur l'armement. "Les Etats-Unis produisent de meilleurs armements, il va falloir créer des usines nouvelles pour les missiles..." Quel message veut-il envoyer aux Européens? - Gal F.Chauvancy: Il y a une quinzaine de jours, des consignes ont été données aux industriels américains en disant qu'il fallait arrêter de payer les actionnaires en dividendes, de réinvestir l'argent dans les usines, d'arrêter de payer trop cher les dirigeants s'ils n'ont pas des résultats concrets et de répondre aux besoins de la défense. - C.Roux: Il l'a évoqué.

Il a même dit aux Européens qu'on ne savait pas produire des amendements... - Gal F.Chauvancy: J'ai une autre lecture.

Quand un chef d'Etat dit ça à son industrie d'armement, dans le contexte international que nous vivons, ça veut dire: "Préparez-vous à la guerre et soyez capables de produire les armes nécessaires quand j'en aurai besoin, non seulement pour nos alliés européens..." Ca veut dire "préparez-vous".

Quand on voit la réorganisation de l'armée américaine actuellement, Peter Hegseth...

On est dans son discours de militarisation. - C.Roux: On a essayé de refaire la liste de tous les chapeaux à plumes, de tous les gradés de l'armée américaine qui ont été débarqués.

Effectivement, en mai 2025, il avait annoncé une réduction importante du nombre de hauts gradés de 25 %. Pourquoi il fait ça? Il veut avoir la mainmise sur les militaires? - Gal F.Chauvancy: Certains étaient plutôt démocrates que républicain.

Ensuite, les généraux, les amiraux, c'est suite à un processus politique qu'ils sont nommés. Trump, c'est le loyalisme qui est important. Quand vous voyez l'utilisation de l'armée américaine, même si ce sont des réservistes, c'est des personnes qui peuvent rester 1 ans sous l'uniforme hors de leur entreprise.

Ils sont utilisés pour maintenir l'ordre dans les villes américaines. Ca prouve bien que ce sont des troupes loyales. On incite à avoir une loyauté totale envers Trump et ses décisions politiques...

Voilà où on en est aujourd'hui. On est dans cette approche de nettoyage de l'intérieur. C'est un spoil system avec cette volonté idéologique derrière d'avoir une armée loyale. - C.Roux: Il pourrait être utilisé dans des projets de D.Trump.

Il y aurait plus d'interventions militaires en un an... - Gal F.Chauvancy: On frappe d'une manière magistrale...

On a le message politique qui accompagne le message militaire. On est dans une forme de communication violente et physique, mais suffisamment dissuasive pour inciter les autres... - C.Roux: Ce matin, la France a demandé un exercice de l'Otan au Groenland et s'est dit prête à y participer.

Le sujet pourrait faire exploser l'Alliance. Cet après-midi, D.Trump a dénoncé l'ingratitude, l'injustice des membres de l'Otan face à une Amérique qui a donné tellement et qui reçoit si peu. - Des soldats danois atterrissent au Groenland.

Une centaine de militaires est arrivée ces derniers jours pour se déployer. Dans le port de Nuuk, une frégate amarrée. Cette présence militaire renforcée n'aurait pas de lien avec les menaces de D.Trump, mais serait officiellement pour un exercice appelé "Endurance Arctique". - Nous le faisons avec les troupes danoises, mais aussi avec les troupes alliées. - Plusieurs pays européens ont aussi envoyé des militaires, quelques dizaines, pour préparer le terrain à de futurs déploiements plus importants dans ce territoire de l'Otan.

Ce matin, l'Elysée lance cette idée. Les armées françaises connaissent très bien le froid polaire. Ses spécialistes, les chasseurs alpins, partent régulièrement en exercice au Groenland, comme sur ces images, en septembre dernier.

Les Danois rendent hommage à leurs alliés français. - Ce sont des experts de la montagne. Ils apportent donc une très bonne contribution à nos gars.

Comment ils devraient s'adapter à différentes choses? Comment vont-ils gérer le froid, le vent, comment s'abriter? - La France soutient le Danemark et le Groenland et le monde.

Il y a quelques jours, des avions de chasse danois sont ravitaillés en vol par un appareil français. Mais dans l'Otan, peut-on encore se fier à l'allié américain quand Trump a plusieurs fois menacé d'annexion le Groenland? Les Etats-Unis ont une base militaire au nord, à Pituffik. 2 bataillons de soldats américains auraient été mis en alerte par Trump.

Pour le chef de l'armée danoise, le sang-froid est une qualité de circonstance. - Que feriez-vous si vous vous trouviez face à un soldat américain hostile? - Je pense qu'il s'agit d'une spéculation sur laquelle je préfère ne pas m'étendre.

Je note que nous avons reçu un ordre royal. Nous avons le devoir et le droit de nous défendre. - L'Otan en pleine tempête.

Son capitaine, le secrétaire général M.Rutte, mis sous pression par D.Trump.

Le président américain a diffusé hier ce SMS privé. ... - D.Trump: Mark, tu es là?

Oui, il est là. - C'est D.Trump qui souffle le chaud et le froid dans l'Otan. qu'ils seront là pour nous à 100 %?

Je ne suis pas sûr qu'ils seront là si nous les appelons en disant: "Messieurs, nous sommes attaqués par telle ou telle nation." Je les connais tous très bien. Je ne suis pas sûr qu'ils soient là. - Pourtant, les Etats-Unis se frottent les mains.

Ils vendent leurs armes à l'Otan comme leur avion de chasse F-35, livré en grande pompe aux Danois en 2023. Maintenant que Trump veut prendre le Groenland, certains parlementaires danois redoutent que les Américains empêchent leurs avions de décoller. ...

Toutes ces tensions font les affaires de la Russie. - Le fait est que le Groenland fait partie de l'Otan et que cette alliance traverse une période de défi qui révèle sa véritable nature. C'est pourquoi nous n'avons aucun intérêt à nous immiscer dans les affaires de qui que ce soit. - L'Otan n'est plus en état de mort cérébrale, comme le disait E.Macron en 2019.

L'alliance est maintenant en pleine dissonance cognitive. - C.Roux: Nous allons revenir sur cette dissonance cognitive.

Un mot sur S.Lavrov, le chef de la diplomatie russe qui dit: "On ne va pas en faire davantage. Pas besoin." Le rêve de la Russie est en train de se passer. - N.Bacharan: Avant la guerre en Ukraine, l'ambition de la Russie est mise noir sur blanc dans un traité proposé à l'Otan et aux pays européens.

C'était que l'Otan et son matériel reculent jusqu'en deçà de ce qui était autrefois le Pacte de Varsovie. Là, l'explosion de l'Otan... - M.Van Renterghem: Par le maître de l'Otan en personne. - N.Bacharan: S.Lavrov a rappelé que Trump et le Groenland, c'était comme la Russie et la Crimée. - C.Roux: Revenons à une référence à cette scène où Trump se penche pour demander si M.Rutte est là.

Question. - J.André: A mon avis, c'est une stratégie de M.Rutte.

Il a fait le choix de flatter D.Trump. Il faut se rappeler que M.Rutte est secrétaire général de l'Otan.

Il est là pour appliquer les décisions politiques prises au-dessus de lui. Son rôle en tant que secrétaire général de l'Otan, c'est aussi d'être poli avec D.Trump.

C'est un membre de l'Otan. - C.Roux: Il fait un peu de zèle, quand même? - J.André: Si ça fonctionne...

Quelque part, c'est une stratégie vis-à-vis de D.Trump. Est-ce que c'est un agent trumpien?

Je ne pense pas. Il ne veut pas voir exploser l'Otan. Il est là pour défendre une alliance.

Le membre le plus puissant de cette alliance, c'est les Etats-Unis d'Amérique. Il n'a aucun intérêt à croiser le fer avec D.Trump. - C.Roux: Pourquoi il fait cette sortie, D.Trump, cet après-midi, en disant: "Si on avait besoin de l'Otan, je ne suis pas sûr qu'il serait là pour nous." En expliquant qu'il y aurait un défaut de solidarité de l'alliance? - Gal F.Chauvancy: C'est incompréhensible, parce que c'est faux.

Lors du 11-Septembre, les Etats européens et les autres ont proposé leur aide aux Etats-Unis. Un cas concret s'est réalisé où l'article 5 a été mis en avant par les alliés des Etats-Unis. C'est la seule fois.

On est en situation où D.Trump joue sur les faits. Il veut instiller le doute dans les esprits.

Indirectement, il veut aussi demander si l'Otan est utile. "Si vous voulez que je reste dans l'Otan, payez plus. Laissez-moi faire ce que je veux au Groenland" - C.Roux: Question. - Gal F.Chauvancy: Je ne crois pas. - C.Roux: Il peut avoir l'envie de sortir de l'Otan?

Il l'a plusieurs fois menacé. - Gal F.Chauvancy: Il s'en fiche un peu.

Au Congrès américain, il y a un projet de loi et de décrets depuis quelques semaines qui vise à empêcher que les Etats-Unis quittent l'Otan et à empêcher D.Trump de retirer le général américain qui commande les forces de l'Otan, qu'il a nommé lui-même le 7 juin dernier. Il y a un projet pour éviter que Trump puisse faire ce qu'il veut dans l'Otan.

Beaucoup d'Américains, y compris les membres du Congrès, savent que les Américains vont perdre une partie de leur influence et qu'ils ont besoin d'une influence en Europe. Il n'y a pas énormément de soldats américains en Europe. Ils contribuent aux alentours de 20 % du budget L'Otan reste nécessaire pour sanctuariser L'Otan reste nécessaire pour sanctuariser cette partie du monde.

Les Américains auraient envie d'affronter, peut-être, d'autres adversaires ailleurs. - C.Roux: Les Etats-Unis vont retirer 200 militaires de l'Otan, alors que le Pentagone s'efforce Ils commencent à se désengager militairement.

Ils commencent à se désengager militairement. - Gal F.Chauvancy: On est dans le signal faible.

On fait des petits gestes par-ci, par-là pour montrer aux Européens "attention, on est en train de vous dire qu'on va peut-être repartir. Faites les bons gestes pour qu'on ait envie de rester". - N.Bacharan: En examinant tout ce comportement depuis des mois, je pense que Trump ne veut pas sortir de l'Otan.

Il a considérablement affaibli l'Otan parce qu'il a mis le doute sur la solidarité du "tous pour un, un pour tous" de l'article 5. Pendant la campagne électorale, il avait dit aux Russes que si les Européens ne payaient pas, les Russes pouvaient faire ce qu'ils voulaient. Il doute de la solidarité des autres alors que c'est de la solidarité américaine qu'on est en droit de douter.

En même temps, il ne veut pas sortir de l'Otan. Qui a parlé de fin de l'Otan? La Première ministre danoise en disant que si l'Amérique attaquait les Européens au Groenland, c'était la fin de l'Otan.

Trump n'en a jamais parlé. Il a dit que l'Otan était formidable. "On paye...

C'est aux autres de payer." Il a une conception de l'Otan qui est qu'il est le patron et que les autres suivent et payent. C'est quand même un instrument d'influence énorme pour les Etats-Unis et un marché énorme.

A qui vend-il ses armes? D'abord aux Européens. - M.Van Renterghem: Il ne veut pas sortir de l'Otan.

C'est très important financièrement et économiquement. Il voudrait transformer l'Otan. Il veut en faire le Pacte de Varsovie, non pas une alliance de pays souverains, mais des pays soumis à l'autorité du Kremlin trumpien.

Il est en train de...

La question se pose à l'envers. Ce sont les Européens qui...

Trump est devenu, non pas un allié au sein de l'Otan, mais un prédateur. Il s'attaque directement à l'UE, qui construit la principale partie du pilier de l'Otan, et passe son temps à attaquer l'UE, dans sa stratégie de sécurité nationale. La question que nous nous posons...

On est dans une espèce de zone grise, à se détacher...

Nous sommes plus près que nous ne voulons le croire. Il y a un moment où il faut penser cet impensable. Tout le monde dit qu'on n'y est pas encore, qu'il faut garder les Américains avec nous, mais il faut penser cet impensable: une Otan sans l'Amérique.

Soit une Otan avec l'Amérique sans Trump, soit une Otan sans l'Amérique si Trump reste. - C.Roux: Il ne peut pas se représenter.

A moyen terme, il y a une échéance électorale. - M.Van Renterghem: Il y a d'abord les midterms qui seront un test démocratique pour savoir ce que Trump en fera. - C.Roux: Je voudrais reprendre les propos de l'ancien patron de l'Otan.

Il dit ceci. Il dit que ce n'est pas un petit ajustement avec l'Alliance atlantique. Il dit qu'il y a urgence à rétablir une relation apaisée. - J.André: Il dit aussi que ceux qui ont résisté ont eu du succès.

D.Trump a finalement fait marche arrière. Sur l'Otan, on a l'impression qu'il cherche à monnayer la protection américaine.

C'est clairement ce qu'il a dit aujourd'hui à Davos. Quand il dit: "Vous allez me donner le Groenland. Nous, on a tant donné à l'Otan, tant fait pour l'Otan sans jamais rien avoir en contrepartie.

C'est l'occasion pour vous de nous rembourser de tout ce soutien." C'est comme ça que c'est présenté. Est-ce que Trump veut sortir de l'Otan?

Ce ne sont pas les signaux qu'il a envoyés. Par contre, il essaye de dire: "On va continuer, mais il faut que ça me rapporte à moi et à mon pays. Vous allez acheter mon matériel et vous allez me donner le Groenland parce que j'en ai envie." A ce jeu-là, il peut aller très loin.

Pour les responsables politiques qui sont de ce côté de l'Atlantique, c'est certain qu'il y a une tentation forte de se dire qu'il faut que les Américains restent à nos côtés, étant donné la menace russe, donc on ne peut pas se permettre de les perdre. Dans une certaine mesure, il faudrait faire ce qui nous est demandé. On augmente les budgets à 5 %.

L'étape suivante pour D.Trump, c'est le Groenland. C'est là qu'il faut mettre un coup d'arrêt. - C.Roux: Il y a aussi l'intimidation, les pressions exercées sur ceux considérés par Washington comme des obstacles au projet politique de D.Trump, en particulier les juges. - Il incarne à lui seul la réalité des sanctions américaines, Nicolas Guillou, juge français de la Cour pénale internationale, ciblé par les Etats-Unis, notamment pour avoir autorisé un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israelien.

Les sanctions ont été prises en août dernier. Le juge décrit un enfer qui va bien au-delà des simples interdictions du territoire américain et qui touche notamment ses moyens de paiement, même en France. ...

Indignation de la magistrature française. Magali Lafourcade est secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l'homme. - J'ai jamais vu un pays censé être une démocratie sanctionner des magistrats, quelle que soit leur nationalité.

Ca, pour moi, on est dans l'inédit et dans quelque chose qui relève presque de la science-fiction. C'est inimaginable. On est dans la force, l'intimidation, une administration de plus en plus prédatrice. - Et Washington ne semble pas vouloir s'arrêter là.

Le magazine allemand "Der Spiegel" révèle que l'administration américaine envisagerait des mesures similaires contre des juges français qui ont condamné M.Le Pen. Magali Lafourcade a elle-même eu un drôle de sentiment quand elle a reçu la visite de 2 émissaires américains en mai dernier. - Le sujet était vraiment la situation pénale de M.Le Pen.

On a été focalisés là-dessus de manière assez circulaire. Eux étaient convaincus qu'il s'agissait d'un procès purement pénal parce que c'était une opposante politique. J'ai vraiment eu le sentiment qu'ils cherchaient des éléments auprès de moi et d'autres personnalités qu'ils avaient rencontrées, pour accréditer cette idée que c'était une décision pour l'empêcher de concourir à l'élection présidentielle. - Indignation des juges, tentatives d'ingérence, menaces, sanctions...

Le procureur général de la Cour de cassation sonne l'alarme. - Cela crée vraiment une très forte inquiétude. On se demande si demain, des magistrats français, qui pourraient être amenés à intervenir dans des affaires mettant en cause des intérêts américains, ne pourraient pas faire l'objet de telles sanctions. - Les magistrats dénoncent un projet politique à grande échelle de la part du président américain et la France semble être une cible prioritaire. - La France est un pays qui a une voix particulière dans le monde.

Elle est membre permanent du Conseil de sécurité. C'est un pays nucléaire. Elle a l'arme atomique.

C'est aussi un pays impliqué dans quantité d'alliances et qui a un arsenal de défense qui n'est pas du tout celui de l'Allemagne. Faire basculer la France a un intérêt important sur les issues de négociations économiques, les stratégies de défense et sur toute la relation avec le Sud global. La France fait partie de ces puissances qui peuvent parler à peu près à tout le monde. - Pour résister à la pression américaine, certains magistrats appellent l'UE à faire preuve de courage pour ne plus considérer les Etats-Unis comme un allié. - C.Roux: Rappelons que Washington avait démenti les informations de "Der Spiegel" et que le RN avait parlé de "ragots colportés par un média hostile".

C'est une façon de faire pression sur l'Europe? - J.André: C'est extrêmement inquiétant.

Les Etats-Unis auront beau dire que c'est pas vrai, le fait est que...

Les sanctions sont bien réelles. C'est un cauchemar. Les Américains contrôlent énormément de choses.

On n'a pas de souveraineté sur nos moyens de paiement. La France ne peut rien faire. Si les Américains décident de sanctionner un magistrat français, que peut faire la France?

Le Quai d'Orsay va sans doute contacter le département américain pour demander à lever les sanctions. Si le département d'Etat américain dit que pour eux, le magistrat doit rester sanctionné...

Les sanctions vont frapper la personne dans sa vie de tous les jours, qu'il aille ou n'aille pas aux Etats-Unis. De la même manière, ils sont adeptes des sanctions secondaires. Ils vont forcer des banques, on l'a vu avec l'Iran et la BNP, lourdement condamnée...

Ils peuvent sanctionner par ricochets des entreprises qui ne seraient pas concernées par des sanctions prises par les Américains, mais qui les violeraient et seraient condamnés par les Américains. On se retrouve dans cette même situation. Que va-t-il se passer avec tous les procès qu'il pourrait y avoir avec des dirigeants alignés sur les opinions politiques de Trump à travers l'Europe et le monde?

Si vous êtes juge, que vous avez une femme, des enfants, une vie...

Vous allez vous poser la question à deux fois avant d'attaquer les Etats-Unis. C'est une ingérence extrêmement grave à la veille d'une élection en 2027. Si la France bascule dans le camp illibéral, ça aura des impacts très importants partout en Europe. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.

Question. - M.Van Renterghem: Le Groenland n'est pas à vendre.

Les Groenlandais ont passé leur temps à le répéter, les Danois et les Européens aussi. - C.Roux: Question.

Vous avez donné une piste, tout à l'heure. Vous avez parlé de la politique du fait accompli. - Gal F.Chauvancy: Sans affrontement.

On déploie des soldats. Ca peut se faire légalement d'une manière organisée. Là, on est pas dans un contexte normalisé.

C'est un contexte d'affrontement. On contraint à la négociation sans qu'il y ait affrontement entre des forces armées. - C.Roux: Question. - N.Bacharan: C'est possible.

La défense de l'Europe par E.Macron, telle qu'on l'entendue hier, me semble fondée et raisonnable. Le seul problème, c'est qu'il est très mal placé pour porter ses points de vue.

C'est un président très affaibli. - C.Roux: D.Trump le dit.

Il dit: "Il va bientôt partir." - N.Bacharan: Hier, pendant le discours ou juste après, il y a eu le 49-3.

Ca fait des mois que la France n'arrive pas à avoir un budget. Pour arriver en se plaçant en patron de l'Europe, il faudrait avoir du soutien chez soi. - C.Roux: Question. - M.Van Renterghem: C'est très imbriqué.

Nous sommes le 1er fournisseur des Etats-Unis et les Etats-Unis sont le 2e fournisseur de l'UE. En revanche, ils exportent peu...

Ils importent moins de biens que nous, mais plus de services que nous. Les Gafam représentent 70 % du cloud européen. Là, avec les juges, on a vu la vulnérabilité à laquelle nous somme exposés.

Il paraît qu'il y a des possibilités de migration d'urgence vers des plateformes de cloud français. Je sors totalement de mes compétences...

Il paraît que c'est faisable. - C.Roux: Question.

Je crois qu'il y avait eu un sondage. - N.Bacharan: On en a parlé. - C.Roux: En tout cas, il y a un combat commun entre les Canadiens et les Européens contre D.Trump? - J.André: La fameuse Coalition des volontaires l'a montré.

On est alignés avec les Britanniques et les Canadiens. On a vu K.Starmer être assez agressif vis-à-vis de l'administration Trump.

Il y a un alignement des intérêts. Après, ça reste assez complexe. - Gal F.Chauvancy: Il peut y avoir des traités alternatifs.

Ils ne sont pas intégrés totalement, mais on peut faire un partenariat. Après tout, pourquoi pas. Entrer dans l'UE, il y aura peut-être un problème de connotation.

L'UE avec le Canada...

Il faut arriver à le vendre, ce concept. - M.Van Renterghem: C'est l'idée d'une Otan sans... - C.Roux: Question.

Elle est intéressante. - Gal F.Chauvancy: Les deux sont liés.

Si on ne fait pas une guerre militaire, on fait une guerre économique. Si la guerre économique ne fonctionne pas, on va passer à la guerre militaire. Quand on parle des terres rares, il faut se poser la question.

Le monde étant fini, les ressources, limitées, si on ne peut pas obtenir par le commerce ce dont on a besoin pour nos économies, il y aura dans le futur, la guerre pour avoir accès à ces ressources. C'est les combats futurs. - J.André: Sur l'aspect militaire, je voudrais vous raconter une anecdote.

Je m'étais rendu au Groenland, à l'extrême nord de la côte est du Groenland. C'est complètement inaccessible. Je me souviens avoir vu une carte dans le bureau de l'administrateur.

C'est une carte de la zone. C'était un village de 300 habitants, créé par les Danois pour asseoir leur souveraineté sur cette zone. A l'époque, ils étaient en délicatesse avec la Norvège, qui leur contestait le droit d'avoir le Danemark.

C'est pas si vieux que ça. Quand on prenait cette carte, on montait. Il y avait un endroit écrit "non cartographié".

Je leur ai demandé...

Ce monsieur qui gérait le village me disait: "Si tu marches dans cette direction suffisamment loin et que tu penses planter un drapeau, ça n'a pas de nom. On pourrait l'appeler "Jame's Land". Mais personne ne sait par exemple, combien il y a d'ours polaires.

Personne ne peut aller là-bas. Quand on parle d'invasion militaire, c'est difficile à imaginer. - C.Roux: Question. - M.Van Renterghem: Je pense que c'est possible.

C'est ce que nous avons à jouer. - C.Roux: Question. - N.Bacharan: C'est un pays repoussoir, pour l'instant. - C.Roux: Merci.

Retrouvons A.-E.Lemoine et toute l'équipe de "C à vous".