Jérôme Guedj, député PS de l'Essonne
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Il promettait une nouvelle méthode et du dialogue. Force est de constater que l'invitation d'Emmanuel Macron tombe un petit peu à l'eau. Le président inaugure aujourd'hui son conseil national de la refondation depuis Marcouty en Essonne. Une instance censée rassembler élus de tous partis, syndicats, associations avec sur la table des sujets aussi variés et importants que la santé, l'emploi, l'environnement. Mais voilà, les partis d'opposition à droite comme à gauche ont déjà dit ce sera sans nous. Bonjour Jérôme Gage. Bonjour. Député socialiste de l'Essonne, affilié à NUPES, merci d'avoir accepté notre invitation ce matin sur rcf.
Vous ne participerez donc pas à ce conseil national de la refondation. Le PS dit non, merci. Oui, comme tous les autres partis d'opposition. Pourquoi enterrer d'entrée de jeu cette instance et ne lui donner aucune chance ?
Chat échauder craint l'eau froide, je pourrais dire. Il faut toujours se fier aux adages populaires. Discuter, négocier, construire des compromis, depuis le début, on est prêt à le faire. Je veux même vous dire, la politique c'est l'art du compromis. Simplement, il faut qu'en face on ait des acteurs qui aient sincèrement envie d'essayer de converger.
Or, tout au long du mois de juillet, pendant le premier mois de débat parlementaire, le mot de compromis avait beaucoup été prononcé par Elisabeth Borne dans son discours de politique générale, sauf que sur les textes importants qui venaient derrière, la loi sur le pouvoir d'achat, les textes budgétaires pour justement financer, soutenir et accompagner les Français, il n'y a pas eu cette volonté sincèrement d'entendre les propositions très souvent constructives, je devrais dire tout le temps constructives que nous avons formulées.
On s'est opposé sur certaines mesures, par exemple on considérait que l'augmentation des salaires sous forme de prime, une prime on ne cotise pas sur la retraite, sur une prime, donc on préférait une augmentation de salaire. Donc vous voyez, on s'oppose et on proposait l'augmentation du SMIC, une conférence salariale. Mais on n'a pas vu, voilà, cette logique de compromis.
Et donc ce n'est pas une position pavlofienne qui nous fait ne pas aller à Marcoussi, moi j'aime beaucoup Marcoussi, c'est dans l'Essonne, j'aime beaucoup le rugby, c'est au centre national du rugby, mais il y manque justement d'abord un discours de la méthode, c'est vu jusqu'à hier on ne savait même pas qui était invité, on ne savait pas quel était l'objectif.
Il n'y a pas d'ailleurs que les oppositions qui n'y vont pas, beaucoup de centrales syndicales, pour celles qui sont présentes, même la CFDT disent, écoutez, on n'y croit pas trop, à ce genre de grand messe, le président du Sénat, qui n'est pas un afro-gauchiste, a lui-même indiqué qu'il considérait que d'abord, on partage cette analyse de Gérard Larcher et d'autres élus, il y a des parlements, il faut se fier au parlement, il y a une structure qui s'appelle le Conseil économique, social et environnemental, bon bref tout ça, ça ressemble un peu à une grand messe, et je termine, dans le précédent quinquennat d'Emmanuel Macron, on a déjà eu des périodes comme ça, un peu de politique spectacle, on avait dit, après la crise des gilets jaunes, le grand débat national, vous allez voir ce que vous allez voir, sur les questions climatiques, la Convention citoyenne sur le climat, 150 propositions, tout ça a fait pchit, donc d'accord sur du compromis, nous on propose une grande conférence nationale sur la question salariale, et aussi sur la question de la transition énergétique, mais dans laquelle le Parlement a toute sa place.
Mais qu'aurait-il fallu pour que vous acceptiez l'invitation, une autre structure, une autre forme ?
C'est-à-dire, d'abord, pas ce côté un petit peu plan marketing, il faut dire les choses comme elles sont, on va voir ce soir les images, on a un discours du Président de la République, un discours du Premier ministre, de doctes interventions, mais une feuille de route, en disant, voilà, les sujets précis sur lesquels, alors on a des grands thèmes, il y en a un qui m'intéresse beaucoup, c'est les questions du vieillissement et du grand âge, tant mieux, enfin, que ce soit identifié comme un des sujets sur lesquels il faut travailler.
Mais vous voyez un bon exemple, on nous dit au CNR qu'on va réfléchir aux questions du vieillissement et dans le même temps, on apprend à l'Assemblée, à nouveau, qu'on abandonne la fameuse loi grand âge et autonomie pour soutenir les personnes âgées qui était promise durant tout le précédent quinquennat. Donc vous voyez bien, il y a un hiatus, il y a des parlementaires de toute sensibilité, moi, vous voyez, la preuve que je suis prêt à travailler avec tout le monde, moi, à l'Assemblée nationale, j'ai monté un groupe de travail transpartisan pour les questions de longévité et de transition démographique.
Donc j'aurais préféré une feuille de route, un calendrier et puis c'est quoi la nature des conclusions de ce Conseil national de la refondation ? Est-ce que ça oblige les uns et les autres ? Ou alors un cadre de négociation, concertation avec les partenaires sociaux ?
Et justement, Jérôme Gatz, l'urgence des sujets qui seront abordés, la santé, l'emploi, l'environnement également, ne mérite-t-il pas qu'on dépasse un petit peu ces clivages et ces rancœurs ?
Je vous le dis, moi, je suis absolument... J'ai aucun clivage et aucune rancœur. Je dis juste que si on veut construire des compromis, alors on donne des signes et puis surtout on dit... Vous voyez, on a été invité il y a trois jours sur un ordre du jour qu'on ne connaissait pas jusqu'à hier avec des participants dont on ignorait la liste précise et surtout avec une méthode. Qu'est-ce qui se passe ? C'est une assemblée délibérative ? Les conclusions, est-ce qu'elles s'imposent aux parlementaires ? Est-ce qu'elles s'imposent aux partenaires sociaux ? Vous voyez, il y a quand même des choses très bizarres.
Dans le même temps, le même qui nous dit qu'il faut avoir de nouvelles méthodes pour prendre la décision, la semaine dernière, pour parler énergie, il a réuni quoi ? Un conseil de défense, c'est-à-dire l'instance la plus secrète sur laquelle il n'y a pas de délibération publique autour du président de la République et pas autour du Premier ministre. Donc il y a un décalage entre cette générosité affichée en disant qu'on va travailler de manière très plane, très transversale, et puis la méthode qui reste, disons-le, très jupitérienne.
Parmi les arguments évoqués par les élus d'opposition, vous le mentionnez d'ailleurs, pour ne pas aller à ce Conseil national de la refondation, il y a la question d'un éventuel contournement du Parlement. Beaucoup dénoncent un contournement du Parlement. En quoi est-ce un contournement du Parlement ? Vous contournez ?
D'abord, il y a cette idée qu'on a bien vue. Il n'y a pas de majorité absolue au Parlement. Il y a une minorité présidentielle, qui est la plus importante, et il y a d'autres minorités. Donc on voit bien que c'est une situation, d'abord on sait qu'elle est inédite, et qui dérange. À tel point, vous voyez, on est aujourd'hui le 8 septembre, d'habitude, le 8 septembre, les parlementaires, ils siègent à l'Assemblée nationale. Là, pour la première fois depuis 20 ans, nous n'avons pas de session extraordinaire en septembre, parce qu'ils n'osent pas, si j'ose dire, mettre sur la table des textes dont ils ne sont pas certains de l'issue au moment du vote.
Et donc, on va peu légiférer, j'ai l'impression, sur des textes très limités, y compris en nombre d'articles. Et comme la politique a horreur du vide, il faut déplacer le centre de gravité. Tout le monde a dit au lendemain des élections législatives que le centre de gravité de la vie politique, c'était déplacé vers le Parlement. C'est une bonne nouvelle, parce que les Français, dans leur intelligence collective, d'une certaine manière, alors qu'on a un scrutin uninominal, ils ont produit quasiment le résultat d'une élection proportionnelle. Donc, toutes les sensibilités de la vie politique sont représentées à l'Assemblée nationale.
Et donc, c'est vrai qu'il y a cette idée d'essayer d'occuper l'espace politique ailleurs qu'à l'Assemblée nationale, d'où ce genre de grand-messe. Et l'inquiétude que ce soit une manière de justifier et d'accompagner les décisions qui, manifestement, sont déjà prises sur beaucoup de sujets. Parce qu'on nous dit l'urgence sociale, la question sociale, arrive un texte de réforme de l'assurance chômage dont les syndicats eux-mêmes disent « Attendez, la feuille de route que vous nous imposez, c'est même pas la peine puisque vous nous faites négocier avec un pistolet sur la tempe. » Puisqu'on dit aux syndicats « Vous avez quatre points pour négocier.
Si vous n'arrivez pas à atteindre ces objectifs-là, il y a une feuille de route. L'idée, c'est de moduler les cotisations chômage en fonction de la situation économique. » Eh bien, à ce moment-là, le Parlement va légiférer. Bon, déjà, ce n'est pas une bonne manière de dire aux gens de négocier. Ils ont l'habitude, le patronat et les syndicats, de négocier l'assurance chômage. Et ça s'est toujours globalement bien passé. Justement, ce texte arrive. Et là, on leur dit « Si vous n'y arrivez pas... » Et d'ailleurs, c'est pour ça que déjà des syndicats, et même le patronat, a dit « Allez directement à la loi plutôt que de faire un simulacre de démocratie sociale. »
Justement, effectivement, le texte, le projet de loi sur l'assurance chômage, la réforme de l'assurance chômage, vous le disiez, qui, dans un premier lieu, garantit le versement des indemnités et prolonge les règles en vigueur jusqu'à fin 2023, avant de prévoir cette modulation dont vous parliez, avec une assurance chômage plus ou moins généreuse en fonction de la situation du marché de l'emploi, arrivera donc à l'Assemblée nationale début octobre, quand vous offrez votre entrée. Vous dites d'entrée de jeu, on ne votera pas ?
Non, moi, par principe, je ne dis jamais, je ne voterai pas. Je suis heureux d'être parlementaire, de représenter les députés, les habitants de l'Essonne, de Massy, Palaiso et des villes alentours. Donc, je fais le job sincèrement. Simplement, je le redis, la méthode proposée, bon, le premier article qui consiste à prolonger les règles existantes, évidemment, sinon, il y a une rupture de... Même si ces règles, on les trouve nocives, c'est celle qui avait été mise en place dans la précédente réforme de l'assurance chômage et qui avait durci les conditions de bénéfice de l'assurance chômage et pas qu'un peu, à un moment où on se préoccupe du pouvoir d'achat.
L'Unédic, elle-même, avait estimé que c'est 1,150,000 chômeurs qui avaient vu leur droit diminuer parce que, vous savez, on a allongé la durée de cotisation pour avoir son droit de tirage à l'assurance chômage. Donc, il y a eu, notamment chez les jeunes, chez les précaires, une baisse des allocations chômage qui était versée. Mais bon, il faut quand même prolonger ce système-là. Et là, on nous propose, d'une certaine manière, de le durcir davantage avec cette idée dont même les économistes discutent et débattent, et les partenaires sociaux, y compris certains acteurs du patronat. Vous savez, moi, la semaine dernière, je suis allé discuter de ça au MEDEF.
Oui, c'est bien la preuve que je suis ouvert à discuter avec tout le monde. Et je pense que notre démocratie, elle a besoin de cette dispute apaisée. Et même au sein du patronat, j'ai certains acteurs qui me disent, mais cette espèce de modulation, enfin, croire que la réforme de l'assurance chômage, c'est ce qui permettra d'atteindre le plein emploi, puisque c'est comme ça que c'est présenté, en disant qu'on a des secteurs en tension et on a des chômeurs qui, en gros, refusent de prendre des emplois. C'est une version un peu, on va dire, manichéenne, pour ne pas dire réductrice.
Les secteurs en tension en question, ce n'est pas la réforme de l'assurance chômage qui va faire qu'ils vont trouver des candidats. C'est aussi des questions de qualité de vie au travail, de pénibilité, de niveau de rémunération, autant de sujets qu'il faut mettre sur la table concomitamment à l'évolution de l'assurance chômage. Moi, je ne suis pas hostile, mais on a toujours laissé les partenaires sociaux le faire jusqu'à présent et on ne les a pas dépouillés de leurs prérogatives du dialogue social.
Jérôme Gage, lundi, Emmanuel Macron a entreouvert la porte à une contribution sur les super profits des entreprises de l'énergie à l'échelle européenne. On ne parle pas de taxes. Ce que vous dénoncez notamment à gauche, est-ce qu'il faut enfin oser franchir le pas et aller plus loin sur cette question ?
Oui, vous voyez, c'est bien la preuve. Je vous disais, le compromis, on le recherche, mais il ne faut jamais oublier que le compromis, c'est toujours le fruit d'un rapport de force. Et ce n'est pas un gros rapport de force, ce n'est pas la conflictualité systématique. Et donc, pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron qui, il y a un mois ou deux mois, ne parlait pas et balayait d'un revers de la main ces questions-là ? C'est parce qu'on a mis le sujet sur la table.
Par exemple, nous, au Parti Socialiste, Olivier Faure a fait la proposition d'un référendum d'initiative partagée pour dire aux citoyens si vous soutenez cette proposition, si 10% du cœur électoral soutient cette proposition, alors elle doit être inscrite à l'ordre du jour des assemblées. Dans le même temps, d'autres pays vont dans cette voie et donc, le président de la République, il ne peut pas rester le dernier des Mohicans qui refuse ce principe, on va dire, un peu de bon sens à situation exceptionnelle en termes de pouvoir d'achat et de conséquences énergétiques. À un moment, on va demander à tous les Français de faire des efforts.
Ce serait quand même pour le moins paradoxal que celle des très grandes entreprises qui ont bénéficié de fait de l'inflation, typiquement les acteurs pétroliers, le prix de l'essence augmente, donc leurs bénéfices augmentent considérablement, de leur demander de le rendre sous forme d'une taxe sur les super profits pour justement soulager le portefeuille, le porte-monnaie des ménages, leurs factures énergétiques, faire comme en Allemagne ou en Espagne, assurer sinon la gratuité des transports du quotidien, des TER, ER, DR, ER, l'équivalent là-bas, mais ou des tarifs très préférentiels. Bon, voilà. Donc, le rapport de force, on l'a construit, il entre-ouvre la porte.
Là aussi, je suis un peu dubitatif parce qu'il nous dit immédiatement qu'on propose de le faire à l'échelle européenne. Patatra, à l'échelle européenne, ce n'est pas vraiment la logique de l'urgence. On est en matière fiscale, c'est des règles qui doivent se décider à l'unanimité, donc c'est un peu un pas de côté. On parlait rugby tout à l'heure, c'est un peu beauté en touche. Je préférerais qu'ils prennent une... Voilà, typiquement, si le Conseil national de la refondation, si demain, les débats à l'Assemblée nationale permettent d'aller dans cette voie, moi, je serai le premier à applaudir.
Merci beaucoup, Jérôme Guedj, député socialiste de l'Essonne. Merci d'être passé dans le studio de la matinale RCF. Et donc, vous ne serez donc pas au Conseil national de la refondation, mais dans l'Essonne, qui s'ouvre tout à l'heure à Marcoussi. Merci beaucoup. Au revoir.
Jérôme Guedj