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interviewLe Figaro (sur YouTube)· 6 juillet 2022

Elisabeth Borne prend confiance - son discours devant l'Assemblée décrypté

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Je m'attendais très clairement à voir une Elisabeth Borne qui goûte un petit peu comme un verre d'eau tiède. Je trouve que c'est déjà fondamentalement différent de l'Elisabeth Borne que nous pouvions voir peut-être mi-juin. Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les députés, en m'adressant à vous, c'est à la France que je parle.

Trop longtemps, notre vie politique n'a été faite que de blocs qui s'affrontent. Il est temps d'entrer dans l'ère des forces qui bâtissent ensemble. Une majorité relative n'est pas et ne sera pas le synonyme d'une action relative.

Elisabeth Borne arrive, la majorité relative se lève, les autres restent assis et ça, ça pose les bases. Qu'est-ce que la confiance en rhétorique dans le discours et comment construire cette confiance ? Aristote appelle la confiance la pistis comme l'une des grandes finalités du discours.

La confiance passe par trois canaux. Le premier canal, c'est l'expérience. Les gens d'expérience tissent plus facilement un lien de confiance.

La preuve scientifique est un moyen de tisser un lien de confiance. Et le dernier canal, c'est un canal plus abstrait, c'est la motivation. Et là, je m'attendais très clairement à voir une Elisabeth Borne qui goûte un petit peu comme un verre d'eau tiède.

C'est vrai que ce n'est pas une grande oratrice, elle le dit elle-même, elle est plutôt pudique. Je m'attendais donc à voir quelqu'un qui partait perdant face à ce lien de confiance qui restait à construire. Parce que s'il n'y a pas de vote de confiance, c'est qu'il y a beaucoup de choses à construire.

Et là, je tombe sur une Elisabeth Borne qui n'a pas le goût d'un verre d'eau tiède, qui a plutôt justement cette apparence autoritaire, motivée, avec un rythme ternaire. Le rythme ternaire, c'est quoi ? C'est décliner en trois temps son propos.

Les Français ont élu une Assemblée sans majorité absolue. Ils nous invitent à des pratiques nouvelles, à un dialogue soutenu, à la recherche active de compromis. Rappelons-nous que c'est le gouvernement Rocard qui n'avait pourtant qu'une majorité relative sur ses bancs, qui a créé le RMI, la CSG et lancé le processus de paix en Nouvelle-Calédonie.

Nous avons encore des droits à conquérir, des progrès à réaliser, des protections à bâtir. Et le rythme ternaire, il est fondamental en rhétorique. Pourquoi ?

Parce qu'il est, je dirais, partout. Liberté, égalité, fraternité. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit.

Matin, midi, soir. Yes, weekend de Barack Obama. Le rythme ternaire est partout.

Et elle l'utilise abondamment. Donc c'est aussi une preuve de rythme, une preuve de structure et une preuve aussi d'engagement dans son discours. Et rien que pour ça, je trouve que c'est déjà fondamentalement différent de l'Elizabeth Borne que nous pouvions voir peut-être mi-juin.

Oui, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps. La grande chance, à mon sens, pour Elizabeth Borne, c'est qu'elle a très vite pu compter sur le soutien de cette majorité relative. C'est-à-dire qu'il y a eu beaucoup d'applaudissements.

Très rapidement, elle a été soutenue. Ses applaudissements, alors ça peut paraître anodin, mais offrent aussi des petites bulles d'air frais. Elle a tout de suite pu compter sur cette audience qu'on va considérer être une audience acquise.

Elle devient amie avec cette audience. Elle tisse ses liens d'amitié. Maintenant, pour ce qui est de l'audience hostile, sceptique, c'est cette autorité qui répond à cette audience hostile, à cette audience sceptique.

Nous devons aider les jeunes à déceler et faire éclore ses talents. Et les adultes à déceler, même s'ils ne sont pas dans le moule. Avec eux, nous devrons bâtir un nouveau pacte, répondre à la question des remplacements, avancer pour l'aide individualisée, adapter leur formation, soutenir les projets collectifs.

Mais il serait illusoire de croire que les solutions seraient identiques partout, sur tous les territoires. Eh bien, c'est un doute qui s'installe dans la légitimité de celle ou de celui qui parle. Et pour répondre à ce doute quant à la légitimité, il faut aussi être capable de replacer sa légitimité.

Le mot « ensemble » et le verbe « bâtir », ce sont des termes qui ont été abondamment transmis lors de ce discours. Nous ne sommes peut-être pas d'accord sur toutes les solutions, mais nous avons toutes et tous conscience de l'urgence et de la nécessité d'agir. Les Français nous demandent de nous parler plus, de nous parler mieux et de construire ensemble. « Je veux qu'ensemble, nous redonnions un sens et une vertu au mot « compromis » depuis trop longtemps oublié dans notre vie politique. » On le voit bien, un ton autoritaire, mais qui intègre l'entièreté de l'Assemblée nationale.

C'est la bonne posture pour communiquer avec ceux qui vont plutôt avoir tendance à vous huer. Ça va être, à mon sens, la bonne manière de faire. Sous-titrage ST' 501