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interviewBFMTV· 1 mai 2025 12 min

Manifestation du 1er-mai: Jérôme Guedj (PS) réagit à son exfiltration du cortège parisien

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Jérôme Gage est avec nous. Bonsoir, M. Gage.

0:03
Jérôme Guedj

Bonsoir.

0:04
Présentateur

Est-ce que vous m'entendez ? Question simple. Comment allez-vous ce soir ? Dans quel état d'esprit êtes-vous ?

0:10
Jérôme Guedj

Je vais être honnête avec vous. J'ai pris un peu de temps avec les miens, parce que ce que j'ai vécu aujourd'hui, qui, dans le prolongement de ce que j'ai vécu cette semaine, est de nature à me questionner beaucoup sur le rapport que certains ont au débat public, à la politique, à ce que doit être la dispute apaisée. Donc voilà, je suis solide, je suis robuste, mais ce n'est pas agréable.

Ça n'a pas été agréable pour moi, ça n'a pas été agréable pour ceux des copains qui, notamment, ont été blessés cet après-midi, parce que quand on se fait attaquer, alors qu'on manifeste comme tous les ans, le 1er mai, les socialistes ont toujours été présents dans ce cortège ou sur un point fixe le 1er mai, et d'être violentés, bousculés, agressés, injuriés, impulsés. – Nous, monsieur Luce, racontez-nous précisément ce qui s'est passé. – La conception qu'on a de ce que doit être, d'un côté, la démocratie sociale, le respect des syndicats de cette journée du 1er mai, deuxièmement, de l'ordre républicain, et troisièmement, de la dispute apaisée que doit être la politique.

Et on a vu cet après-midi, comme je l'ai vu, moi, dimanche dernier, à l'hommage à Boubacar Sissé, certains qui préfèrent diviser, violenter, brutaliser, stigmatiser, parfois essentialiser, et donc être dans le contraire de ce qui doit être la concorde nationale. Et moi, je suis un universaliste républicain, attaché au dialogue, au débat, à la discussion, et je méprise évidemment les violents, ces décérébrés, ces crétins décérébrés qui viennent attaquer, violenter, et je le dis tout de suite, celles et ceux qui, d'une certaine manière, les arment, par leurs mots, par leur silence.

Et moi, j'ai décidé de, non pas ne plus me taire, ça fait un moment que je refuse de me taire sur ces questions-là. Ça fait un moment que je refuse de dire qu'il y a des pompiers pyromanes, qu'il y a des gens qui jouent avec le feu. Mais là, on remet en question, et encore une fois, ce n'est pas un problème strictement personnel, j'ai été le paratonnerre de cette agressivité, de cette violence.

2:15
Présentateur

Monsieur Gage, racontez-nous ce qui s'est passé exactement. Qu'est-ce que vous avez entendu ? Qu'est-ce qu'on vous a dit ? Et est-ce que pour vous, il y a un lien entre ce que vous avez vécu aujourd'hui et ce que vous avez vécu dimanche dernier, où vous avez déjà été exfiltré d'une autre manifestation qui n'avait rien à voir avec aujourd'hui ?

2:33
Jérôme Guedj

C'est des manifestations qui ne sont pas de même nature, mais dans les deux cas, le droit de manifester est essentiel. Et dans les deux cas, il est sacré. Dimanche dernier, je rendais hommage à un de nos compatriotes musulmans qui a été assassiné sauvagement dans une manifestation de ce racisme anti-musulman, de cette musulmanophobie qui est insupportable pour tous ceux qui sont attachés à la République, à la communauté nationale. Donc ma place de parlementaire, elle était là-bas.

Et donc quand on me dit « dégage, sioniste », que je croise une dame qui me dit « on n'a pas besoin des juifs avec nous », c'est une violence, pas uniquement à mon endroit, c'est une violence pour ce que je représente comme député de la nation, attaché justement à cette concorde. Aujourd'hui, c'est de nature différente, mais avec la même petite musique. C'est le premier, mais les socialistes sont toujours présents, moi je suis toujours présent, j'étais avec mes collègues députés, Chloé Rydel et Marafovitch, j'étais avec Arnaud Simian, avec Emmanuel Grégoire, j'étais avec la première fédérale du Parti socialiste de Paris, Lamia El-Arage, qui elle-même a été aussi des envois de mortiers.

Et nous étions là, comme d'habitude. Et des gens agressifs, virulents, sont venus d'abord nous insulter. Je serais tenté de vous dire, bon, on peut avoir des désaccords, l'insulte est déjà une erreur, c'est déjà une faiblesse, c'est déjà une médiocrité. Et puis après, des gens sont venus nous agresser. Après, nous avoir traités de tous les noms, d'être des complices du génocide, à part avec le 1er mai, d'être des collabos, de quoi parle-t-il, d'être des soutiens du gouvernement d'Emmanuel Macron ou des gouvernements d'Emmanuel Macron. Et puis après, ils sont passés à la violence. Et ça, pour moi, c'est la ligne rouge dans la politique.

La complaisance avec la violence, elle est insupportable. Donc il y a des blagues bleues.

4:25
Présentateur

Mais qui sont-ils, Jérôme Gage ? Ils, selon vous. Qui vous en veut ?

4:30
Jérôme Guedj

Alors, il y a deux natures. Ceux qui se sont passés à l'acte aujourd'hui, moi je suis incapable de les qualifier, des plaintes ont été posées. Je sais que Lamia et la Rage a porté plainte pour la Fédération du Parti Socialiste de Paris. Elle a raison, parce qu'un militant socialiste a été blessé, que d'autres ont été choqués, et que le stand du Parti Socialiste a été détruit. Je sais que le président du groupe socialiste, Boris Vallaud, a aussi, au nom des députés socialistes, décidé de saisir le procureur de la République. Donc je suis incapable de vous dire qui l'a fait. Mais ce que j'ai vu en face de moi, c'est des gens violents, agressifs, et qu'ils voulaient en découdre.

Moi, je les appelle des crétins, des cérébrés, parce que ce sont les ennemis des travailleurs. Ce sont les ennemis du 1er mai. Regardez de quoi vous parlez depuis tout à l'heure sur vos plateaux. Au lieu de parler des mots d'ordre de cette journée, qui sont importants, la désindustrialisation, il y avait un grand rassemblement à Dunkerque, aujourd'hui, autour d'ArcelorMittal. Au lieu de parler du pouvoir d'achat, des services publics, des retraites, on parle de ceux qui veulent semer la discorde et la division.

5:31
Présentateur

Mais pour vous, c'est une agression antisémite ? Ça ne fait aucun doute ?

5:36
Jérôme Guedj

Je vais vous dire, ce sont des gens violents. Après, là où j'en veux à d'autres, c'est de banaliser ce climat de violence dans la vie politique. Et là, vous accusez... Vous accusez la France insoumise, donc ? C'est d'aujourd'hui que je refuse la France insoumise, de brutaliser les politiques. Ça a motivé la rue avec la France insoumise et qui a fait que moi, j'ai reçu d'être candidat soutenu par la France insoumise en juillet 2024. Et je me félicite aujourd'hui que tout le monde au Parti Socialiste ait la lucidité de considérer que ce n'est plus possible. J'ai l'honnêteté de vous dire à cet instant, parce que je ne veux pas crier au loup pour rien.

Je n'ai pas vu de militants de la France insoumise aujourd'hui m'insulter. J'en ai vu dimanche dernier. J'en ai vu dimanche dernier et j'en ai reconnu qui participaient à cette tentative de m'éviction de la manifestation. Je les ai vus et je les ai reconnus. Et tout ça est cohérent avec la détestation qu'ils ont à l'endroit des socialistes et à mon endroit singulier. Et pardon de le dire, dimanche dernier. Et aussi aujourd'hui, je n'ai pas pu m'empêcher de sentir. Et vous savez, on a des alertes. On a des alertes, hélas, dans sa vie personnelle, dans sa construction personnelle. Quand ça pue l'antisémitisme, on le sent. Et ça me brise le cœur de vous dire ça.

Ça me fend le cœur de vous dire ça. Que des gens à gauche aujourd'hui puissent banaliser, être complaisants, être regardés, regardés ailleurs, quand on a ce sujet qui n'est pas un sujet périphérique. Quand j'entends que d'autres disent qu'il y a d'autres questions qui sont centrales et qui doivent être abordées. On ne peut pas avoir de cadre normal de débat et de discussion dans ce pays si on est complaisant avec le racisme, si on est complaisant avec l'antisémitisme, si on est complaisant avec la xénophobie.

7:26
Présentateur

En tout cas, pour vous, c'est très clair, Mjérone Gage. La France insoumise est responsable de ce qui vous est arrivé. Du côté des écologistes, il y a eu des condamnations quand même. Il y a eu une condamnation notamment de Marine Tondelier. Est-ce que les autres vous ont soutenu au-delà de la France insoumise ?

7:42
Jérôme Guedj

Alors, je ne suis pas là pour donner des bons points et des mauvais points. Et encore une fois, ce n'est pas une affaire personnelle. Depuis le début, je ne suis pas un cas à part. Je suis un socialiste républicain, universaliste, laïc, écologiste, social, qui considère qu'on doit pouvoir poser ces débats dans le champ politique sans être dans la conflictualisation, la brutalisation et le rapport du périmètre de ceux qui vous soutiennent. Donc, j'ai apprécié aujourd'hui le soutien de tous les républicains qui se sont exprimés à mon endroit. J'ai reçu un coup de fil du Premier ministre. J'ai reçu un coup de fil du ministre de l'Intérieur.

J'ai reçu un coup de fil de mon président de groupe, Boris Vallaud. Un coup de fil de Nicolas Meyer-Rossignol et de tant d'autres des députés socialistes, de mes collègues députés socialistes. Voilà où j'en suis à cet instant. Et puisque vous parlez de Marine Pondelier, je vais vous dire une chose. Je l'ai entendue sur le plateau de RTL. Répondre, ou plutôt ne pas répondre à une question qui lui a été posée, est-ce qu'il y a un antisémitisme à l'extrême gauche, et disant, je refuse de répondre à cette question. J'ai un peu honte pour Marine qu'elle ne soit pas capable de répondre à cette question. Parce que je vais lui dire une chose, c'est qu'il y a de l'antisémitisme, et là, c'est partout.

Il y en a aussi à l'extrême gauche. Et malheureusement, aujourd'hui, il y en a surtout à l'extrême gauche. Et que donc, ne pas être capable de nommer l'adversaire, parce que c'est un adversaire, celui qui est capable de céder à ses passions tristes et à cette bassesse, au nom de je ne sais quelle justification, c'est une faiblesse, c'est pire, c'est une faute morale. Et pire encore, quand elle... Bien envoyé, ça. De certaine manière, laisser entendre que je l'aurais bien cherché en disant que j'ai convoqué les journalistes et que je cherche cette forme de victimisation, je vous le dis, ça me... J'ai honte, voilà. J'ai honte de me dire que certains peuvent penser des choses pareilles.

On ne peut pas avoir cette faiblesse, cette fragilité de ne pas faire bloc et d'essayer de trouver sinon des justifications, des étulcorations ou des atténuations. Dans un moment, on paraît...

9:42
Présentateur

On vous sent ce soir plus ému qu'en colère, je me trompe, Jérôme Gage ?

9:47
Jérôme Guedj

Non, mais je suis en colère.

9:48
Présentateur

Non, mais plus ému qu'en colère.

9:51
Jérôme Guedj

Je suis évidemment en colère contre l'état du pays. Et comme je suis un militant gauche, je ne peux pas souffrir qu'une partie de la gauche puisse donner l'impression, puisse donner l'impression, sinon une complaisance, au pire, d'une forme d'indifférenciation et d'atténuation de ce qui se passe. Voilà. Quand on stigmatise... Aujourd'hui, c'était les socialistes. Aujourd'hui, c'était moi et tant d'autres encore. Et je le redis, on ne peut pas fermer les yeux sur ça. L'année dernière, c'est les communistes qui se sont fait attaquer par les blagues.

Et parce qu'ils avaient été au préalable tellement injuriés, tellement vilipendés sur les réseaux sociaux, dans des allusions, dans des expressions très dures. C'est la CGT l'année précédente qui avait été mise en cause. Il y a des gens aujourd'hui qui sont des diviseurs et qui ne veulent pas voir qu'il y a un... La gauche cannibale.

10:52
Présentateur

Merci.

10:53
Jérôme Guedj

Pas fait.

10:54
Présentateur

Merci, M. Jérôme Guéme. En un mot, s'il vous plaît, oui ou non, vous ne l'avez pas précisé. Est-ce que vous aussi, vous avez porté plainte ?

11:01
Jérôme Guedj

J'ai été contacté par les services de la préfecture. Je m'en remets à... Personnellement, je suis blessé politiquement et personnellement. Je n'ai pas subi d'agression individuelle, si ce n'est celle d'être menacé, d'être injurié, de recevoir des tirs de mortier. D'abord et surtout aux milliers qui ont été blessés, qui sont allés à l'hôpital, qui sont allés porter plainte. Je pense au service d'ordre du Parti Socialiste qui nous a aidés. Et puis je veux remercier aussi, parce que je suis un républicain, les forces de l'ordre, qui ont essayé de garantir ce droit de manifester et qui ont protégé le point fixe du Parti Socialiste. C'est notre conception. L'ordre...

11:43
Présentateur

Mais donc la réponse, c'est non.

11:46
Locuteur non identifié

Merci, Jérôme Guérard. Jérôme, total soutien, Jérôme. Total soutien, Jérôme. Ne lâche rien. Et on a besoin d'hommes comme toi, de députés de la nation comme toi dans notre beau pays. On partage pas toutes les idées, toi et moi, mais on partage beaucoup de plaisir à pouvoir échanger. Et je voulais vraiment, à titre personnel, « Hello, mon groupe t'a apporté le plus grand soutien que tu mérites ».

12:08
Présentateur

Voilà donc, le message est passé. Merci, en tout cas, merci Jérôme Guèche d'avoir été avec nous en direct, d'avoir pris le temps de répondre à nos questions.