POUVOIR PRÉSIDENTIEL : MACRON ÉLARGIT ENCORE SON DOMAINE RÉSERVÉ
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il arrive un moment où un gouvernement ne sait plus très bien où il en est, ni ce qu'il fait, où les choses lui échappent, et où il est conduit au total pour éviter de faire des erreurs, au fond à ne plus rien faire. Hier à Cognac, la température est montée jusqu'à 37 degrés, du jamais vu au mois de septembre depuis plus de 70 ans. Je veux qu'on ait, dès la 6e de cette année, qu'on commence à avoir des élèves qui plantent des arbres.
C'est pas la peine de s'expliquer davantage, c'est non. Après avoir méprisé et violenté la jeunesse, Emmanuel Macron a fait sa rentrée politique dans Le Point en clamant que : Compte tenu des enjeux, l’éducation fait partir du domaine réservé du président. Ce serait pas le domaine réservé de sa femme plutôt ?
Il paraît qu'Attal et elle s'adorent. Coïncidence ? Je ne crois pas.
Cette histoire de domaine réservé du président a bien fait plaisir aux profs. Non. Surtout que sa première proposition était de commencer la rentrée des classes dès le 20 août pour aider les élèves en difficulté.
Parce que s'enfermer dans des salles bondées sous 37° avec des profs contraints et mal payés, c'est comme ça qu'on progresse. En pleine journée dans cette cour d'école, pas un seul endroit à l'ombre. Hier à Cognac, la température est montée jusqu'à 37 degrés.
Du jamais vu au mois de septembre depuis plus de 70 ans. On était coutumier des sorties tout terrain du président de la République, mais celle-là, qui aurait pu prédire ? Mais alors au fond, qu'est-ce que c'est le domaine réservé du président ?
Est-ce un statut officiel, une coutume ? Et quels exemples peut-on trouver dans notre histoire nationale ? C'est ce que nous allons voir dans cet épisode de rentrée du Peuple a ses raisons.
Oui, maintenant je dis le titre, parce que c'est hyper dur de trouver une phrase qui termine par...
Périodiquement, au gré des volontés présidentielles, on voit ressortir cette expression de "domaine réservé" pour justifier que le président décide de tout sur une question. Ah, l'économie, domaine réservé ! Ah, les retraites, domaine réservé !
Ah, l'écologie et la biodive ? Bon, ça on verra plus tard. Et je veux en particulier sur notre objectif forêt, je vous l'annonce là, c'est un point hyper important, je veux qu'on ait, dès la sixième de cette année, qu'on commence à avoir des élèves qui plantent des arbres.
Mais il y a encore un domaine qui ne lui est pas réservé ? Il faut d'abord comprendre que le domaine réservé, c'est une théorie. C'est la revendication du président et de son entourage qu'un domaine est placé particulièrement sous son contrôle.
Je connais cette théorie. Mais avec Emmanuel Macron, on devine l'ombre présidentielle un peu partout dans la politique gouvernementale. C'est souvent lui qui annonce les politiques, contredit publiquement les ministres et s'adresse à la nation sur les problèmes politiques du moment.
D'où le mot de Macronie, le pouvoir suinte le Macron de partout, de l'Assemblée jusqu'au couloir des ministères. Il essaie de compenser un truc ou quoi ? Oui, peut-être.
Mais alors comment peut-on décider encore plus alors qu'on décide déjà de tout ? C'est là où ça devient intéressant. Dans le domaine réservé, l'initiative politique est réservée au président et à ses conseillers.
Ce ne sont plus les ministres et leur entourage qui proposent des textes, des lignes politiques et un calendrier, mais les conseillers élyséens. et le président. Parfois, il décide de tout dans le détail, d'autres fois, seulement les grandes lignes.
Il charge ensuite les ministères concernés d'appliquer ces décisions prises tout en haut, quitte à finir totalement cramé. Personne n'a craqué ! Personne n'a craqué !
Les conseillers présidentiels suivent l'application conforme des décisions élyséennes et deviennent alors quasiment des ministres bis, voire plus que le ministre lui-même. Je suis le plus fort ! Oui chef !
Nous sommes les plus forts ! Oui chef ! Dans les faits, alors que la rentrée de Gabriel Attal était prévue quelques jours après, Macron lui a volé la vedette et a annoncé les grandes réformes qu'il voulait pour l'année.
Retarder les épreuves du bac, repenser les vacances scolaires, se pencher sur les programmes d'histoire et d'éducation civique, etc. Oh ben l'éducation civique sauce Macron c'est facile, 49.3 sur 49.3, avec courbette au peuple tous les deux mois.
Mais cette colère, je suis le premier à l'entendre. Quand elle s'exprime dans le respect de l'ordre républicain, elle est légitime. À partir de maintenant, ce sera 100 jours d'apaisement.
Dans le domaine réservé, le président prend alors une place encore plus importante et réduit le ministre au rôle de fusible et d'exécutant. La démocratie à la française quoi, j'imagine que c'est dans la Constitution. C'est là où le bât blesse.
La Constitution ne prévoit rien de ce genre. Le domaine réservé, c'est une théorie que les présidents inventent pour justifier leur violation de la Constitution. Mais qui a eu cette idée à la base ?
Comme à chaque fois qu'un truc pas normal se passe sous la Ve République, on trouve pas loin l'ombre du général de Gaulle. La théorie du domaine réservé a été créée de toute pièce par son proche de toujours, Jacques Chaban-Delmas. Ouh !
Chaban-Delmas ! Jacques Chaban-Delmas était le président de l'Assemblée nationale et un chef de file du parti gaulliste. Un peu le Yaël Braun-Pivet de l'époque.
Quelle classe ! Une inquiétude et une colère. Madame la députée, il est d'usage dans cet hémicycle de saluer la présidence et le ministre avant d'intervenir.
C'est un usage comme il en existe d'autres. C'est cela, oui, oui, oui. En 1959, Chaban-Helmas, face à un parterre de gaullistes en pavoison, invente l'idée que le président aurait un "domaine" qui lui serait réservé.
Et c'est comme ça que cette expression est devenue une partie de l'histoire de France. Mais alors à l'époque, c'était quoi le domaine réservé ? De Gaulle n'aimait pas la politique et encore moins les politiques.
Discuter d'économie, de budget, aux centimes près avec les crânes d'œufs de l'ENA, ça ne l'intéressait pas. Non, lui, sa passion, c'était le grand jeu, la diplomatie et l'armée. Le reste, tant que la France demeurait un peu sociale et très conservatrice, ça lui allait.
Il laissait ainsi l'essentiel de la politique à ses ministres. Il était bien trop occupé à protéger le monde de l'hiver nucléaire. C'est cela, oui, oui, oui.
Pour lui, un gouvernement devait gouverner sous le contrôle de l'Assemblée. Les décisions politiques du jour le jour, à moins d'être capitales, il les réservait au gouvernement. Mais quelle funeste connerie !
Pour l'essentiel, ce "domaine réservé" s'appuyait plus ou moins sur la Constitution qui laisse une place au président sur les sujets diplomatiques et les conflits armés. Mais cette conception du domaine réservé a été plusieurs fois modifiée à chaque fois par les présidents ou leur entourage. Giscard d'Estaing a voulu y mettre l'économie et les finances, Chirac, les affaires culturelles, et Mitterrand a un peu tout aussi.
La Constitution ne prévoit aucunement que les députés élus à l'Assemblée nationale puissent censurer le président de la République. Alors tous ceux qui, parce qu'ils ont un gros appétit, se précipitent vers ce qu'ils croient être un fromage, je leur dis, ce n'est pas la peine de s'expliquer davantage, c'est non. Les pratiques sarkozyennes puis macroniennes d'une politique toujours plus présidentielle vont dans ce sens.
Avec M. Sarkozy, le domaine réservé de la politique étrangère est devenu un domaine sinistré. Mais le domaine réservé du général est bien loin.
Là où celui-ci justifiait sa présence pour les affaires étrangères et militaires, le domaine réservé d'aujourd'hui a été tordu dans tous les sens pour rendre justifiable des extensions toujours plus échevelées du pouvoir présidentiel. Cette pratique générale du pouvoir est à l'exact opposé de la philosophie politique de De Gaulle. Comme il le disait très bien dans ses carnets, le chef est celui qui ne parle pas.
Pour De Gaulle, la parole présidentielle est solennelle, parce que rare, elle est puissante parce qu'elle est fondée sur les silences. Eh ben voilà que Macron s'inspire de De Gaulle et qu'il ferme sa g***** ! Les petits mots que le pouvoir nous glisse à l'oreille sont attirants.
Ils rendent la situation claire et facile. Le président a un domaine réservé parce que c'est important comme question. Comme si au fond, plus la question était importante, plus il est légitime que le président participe à la décision, voire la prenne lui-même sans consulter quiconque.
Tout ce que j'ai promis de changer, je le changerai. Tout ce que j'ai promis de réformer, je le réformerai. Les mots de Macron résonnent particulièrement.
Compte tenu des enjeux, l'éducation fait partie du domaine réservé du président. Autrement dit, quand on se demande qui est compétent pour décider dans un domaine, on ne regarde pas la Constitution, on ne regarde pas les principes démocratiques, on se demande seulement si le sujet est d'importance. S'il l'est, l'Élysée décide.
S'il ne l'est pas, les ministres s'en occuperont. Et si vraiment c'est pas important, les députés peuvent s'en charger. Il arrive un moment où un gouvernement ne sait plus très bien où il en est, ni ce qu'il fait, où les choses lui échappent, et où il est conduit au total pour éviter de faire des erreurs, au fond à ne plus rien faire.
Le pouvoir en France se distribue selon la pyramide monarchique. Plus le sujet est important, plus les enjeux sont sérieux, plus la décision doit remonter le long de la hiérarchie du pouvoir. Si le sujet est très important, c'est alors à notre chef suprême de décider.
C'est dans son domaine réservé. On ne comprend plus trop à quoi ressemble notre démocratie, et les citoyens sont pris dans cette tenaille impossible qui se répète à chaque élection. D'un côté, médias et politiques nous disent que l'abstention monte et soufflent à nos oreilles que nous devons impérativement aller voter.
D'un autre côté, une fois les élections passées, les gouvernants évitent soigneusement de respecter la philosophie et les procédures de la démocratie. Ils appliquent ce principe si simple, un chef, c'est fait pour cheffer. Mais enfin, sans chef solide, la politique n'avance pas.
Heureusement que Macron assure au niveau leadership. Le piège est déjà refermé et à tous les points de vue, la France s'en porte plus mal. Les procédures démocratiques et parlementaires ne sont pas là que pour faire joli ou pour honorer la mémoire de Rousseau et d'autres philosophes.
Elles sont aussi là pour empêcher l'exercice du pouvoir solitaire. Le pouvoir exercé seul et sans contrôle donne toujours des abus et des erreurs évitables. On aurait pu se passer de Macron le grand pacificateur qui discute avec Poutine derrière cette immense table blanche avant la guerre.
Bon, ça l'a mené à 27%, c'était peut-être juste ça l'objectif. En attendant, la France a été ridiculisée à l'international. Le ministère des Affaires étrangères s'était formellement opposé à cette initiative, mais Macron n'en a fait qu'à sa tête.
Empêcher la guerre est un domaine réservé du président. C'est le problème de la philosophie du domaine réservé. Elle mène à des présidents toujours plus cow-boys.
Encouragés par l'idée qu'ils ont un domaine qui leur est réservé parce qu'il est important, Ils en viennent à penser que plus c'est important, plus ils sont compétents pour décider. Alors qu'un ministre, c'est censé être responsable devant les assemblées et limité à son domaine. Les ministres ne décident pas de tout et doivent rendre des comptes devant les élus du peuple.
Mais en plus, ils sont soutenus et aidés par les vastes ressources de l'administration. C'est ce que nous verrons dans un prochain épisode. Un ministère, qu'est-ce que c'est et comment ça fonctionne ?
D'ici là, likez, partagez, abonnez-vous à la chaîne de Blast et votez en commentaire pour décider du ministère qu'on traitera au prochain épisode. Justice, Intérieur ou Éducation nationale. Allez, je vous laisse avec une citation inspirante du genre "C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.
Il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites." Montesquieu, De l'esprit des lois, Livre XI, Chapitre IV.
Emmanuel Macron