Méduses, canicules... Alerte sur les centrales nucléaires
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
... ... - A.de Tarlé: Bonsoir, L.Dupin.
On vous a appelé car on a appris que la centrale de Gravelines a dû être arrêtée à cause d'un problème de méduses qui se sont infiltrées dans le système de refroidissement. Cela semble incroyable que des méduses puissent mettre à l'arrêt une centrale nucléaire. - L.Dupin: Une centrale, il lui faut de l'eau pour se refroidir.
Beaucoup de choses permettent de faire cela. De là, il y a eu une explosion de méduses. Il y avait une telle densité que les filtres ne sont pas parvenus à les filtrer.
La centrale a été mise à l'arrêt pour pouvoir assurer son refroidissement. On l'a déjà vu ailleurs dans le monde, au Japon, aux Etats-Unis. Ces centrales à hélices sont extrêmement sensibles à ce genre de perturbations. - A.de Tarlé: A la centrale du Bugey, l'eau est tellement chaude qu'elle ne peut plus être refroidie. - L.Dupin: Une centrale nucléaire va rejeter son eau plus chaude que ce qu'elle a prélevé.
Si l'eau arrive déjà trop chaude, cela pose des problèmes. - A.de Tarlé: Il faut préserver la faune du Rhône. - L.Dupin: Exactement.
La centrale n'a pas de problème. Il y a des centrales aux Emirats arabes unis à hélices avec de l'eau très chaude. C'est un problème environnemental, pas de sécurité. - A.de Tarlé: Entre les méduses et l'eau du Rhône qui est trop chaude, est-ce que cela veut dire que notre parc nucléaire est sensible au réchauffement climatique et que cela risque de poser un problème dans quelques années?
Est-ce que c'est une technologie vulnérable? - L.Dupin: Encore une fois, il n'y a pas de risque de danger nucléaire, pas de problème de sûreté.
Il n'y a aucun problème là-dessus. En revanche, le changement climatique fait qu'il faut que les centrales s'adaptent et il faut s'adapter au changement climatique. Il y a aussi les tempêtes, les précipitations très élevées, les sécheresses...
Il faut adapter à 10, 20 ou 30 ans pour que les centrales soient prêtes à résister au changement climatique. - A.de Tarlé: Il y a aussi le problème des lignes à haute tension, avec le changement climatique, qui se dilatent à cause de la chaleur... - L.Dupin: Les lignes électriques s'allongent et RTE a beaucoup de problèmes avec cela. - A.de Tarlé: On voit qu'il y a 2 centrales à l'arrêt.
Ce n'est pas une catastrophe, parce que l'été, la consommation d'électricité est nettement plus faible... - L.Dupin: Historiquement, la consommation française est très basse.
Les gens sont en vacances, par exemple. - A.de Tarlé: Mais il y a quand même la consommation pour les climatiseurs.
En Espagne, on dit que le pic de la consommation, c'est à midi, l'été. - L.Dupin: Ce n'est pas quelque chose qui concerne la France.
On n'a pas la culture de la climatisation. La France a la chance d'avoir une énergie massivement décarbonée. On est les meilleurs Européens.
On pourrait facilement climatiser la France, mais... - A.de Tarlé: On dit que qui dit climatisation dit consommation d'énergie, mais vous dites que ce n'est pas si grave que ça... - L.Dupin: Avec le charbon, pas de climatisation.
Mais la France utilise le nucléaire, donc climatisons. Il faut faire attention. La France peut vraiment aborder ce sujet sereinement.
Plus de 80 % de l'énergie en France est décarbonée grâce au nucléaire et à l'hydraulique. - A.de Tarlé: Est-ce qu'on n'utilise pas trop le nucléaire?
Est-ce que ce n'est pas ce qui crée notre retard dans l'éolien et dans le solaire? Pourquoi développer ces énergies quand on a autant de nucléaire? - L.Dupin: L'important, c'est que l'énergie soit décarbonée, et elle est décarbonée. - A.de Tarlé: A Bruxelles, on considère l'énergie nucléaire comme pas très propre. 280 000 m3 de déchets radioactifs sans solution... - L.Dupin: Nous, on est pour un mix équilibré.
Il faut un mix entre le pilotable, comme le vent, et celui qui va piloter comme le nucléaire. En France, tous les déchets nucléaires ont un exutoire, un lieu où les stocker et les préserver. - A.de Tarlé: Ils doivent être enterrés en Moselle, à Bure. - L.Dupin: C'est la meilleure solution technologique aujourd'hui. - A.de Tarlé: Qu'en pensent les habitants là-bas? - L.Dupin: Il y a un débat local, des débats publics.
Depuis 20 ans, il y a eu une quarantaine de débats sur le nucléaire en France, notamment sur les déchets. Aujourd'hui, il n'y a aucun déchet nucléaire au contact avec la biosphère. Aucun.
On sait maîtriser les déchets et on a ceci pour les déchets hautement radioactifs. - A.de Tarlé: Est-ce qu'on ne produit pas trop d'électricité?
On a exporté l'an dernier 17 % de la production d'électricité française. - L.Dupin: On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide.
On est bien contents d'exporter quelque chose avec la balance commerciale que la France a. Mais la France est en retard sur l'électrification. Pour les process industriels, Les voitures électriques, les trains, ça ne va pas assez vite.
Il faut que la France électrifie plus vite. Il faudra donc moins exporter. C'est un choix à faire, mais c'est très bien que l'on ait beaucoup d'électricité. - A.de Tarlé: La mise en route de cette électrification des véhicules, c'est pour cela qu'E.Macron a invité les géants de la tech américaine à venir faire leurs data centers ici, en France. - L.Dupin: Le besoin d'électricité, surtout à bas carbone, pour eux, c'est important.
En France, comme l'électricité est décarbonée, c'est un atout. Aux Etats-Unis, ils vont relancer un site qui faisait de l'électricité qui a été accidenté pour avoir une énergie décarbonée. - A.de Tarlé: 2/3 du parc des centrales étaient prévus pour avoir 40 ans et elles ont 40 ans maintenant.
Cela devient un souci. Il y a des fissures sur plus de la moitié du parc nucléaire français. - L.Dupin: Tous les 10 ans, les centrales ont le droit de fonctionner 10 ans de plus.
Le fait est qu'aujourd'hui, les centrales atteignent 40 ans et elles sont plutôt en meilleur état qu'à leur démarrage car elles sont mises à jour tous les 10 ans. Aujourd'hui, le meilleur standard de sûreté, c'est Flamanville. - A.de Tarlé: L'EPR de Flamanville, dont les écologistes disent que c'est le plus écologique des réacteurs nucléaires car il ne démarre pas.
Qu'est-ce qui se passe? On n'arrive plus à fabriquer des réacteurs nucléaires? - L.Dupin: On a mis beaucoup de temps...
Il est en phase de démarrage. Démarrer un réacteur, cela prend beaucoup de temps. On teste les centrales dans des conditions extrêmes et on a découvert une anomalie sur 2 soupapes.
Un problème d'étanchéité. Les phases de démarrage sont faites pour cela. L'équipe aurait voulu démarrer à la fin de l'été, mais cela sera plutôt en automne.
Le réacteur a passé plusieurs étapes de puissance. Ca a atteint 60 %, mais malheureusement, il va y avoir un nouveau calcul. - A.de Tarlé: Cela fait des décennies qu'on n'avait plus construit de centrales nucléaires.
Ce sont des métiers qui attirent les jeunes générations? Est-ce qu'à 20 ans, les jeunes ingénieurs d'aujourd'hui auraient plutôt envie d'aller vers les énergies renouvelables ou certains de nos ingénieurs veulent aller vers le nucléaire qui serait une technologie d'avenir? - L.Dupin: Nous, on est pour l'énergie décarbonée.
Il y a 2 ou 3 ans, vous auriez posé la question, je vous aurais dit que le nucléaire n'était pas la bonne option. Mais depuis quelques années, E.Macron a relancé la filière et il faut de plus en plus recruter.
On a besoin de beaucoup de métiers comme des soudeurs, des programmeurs. Et on a besoin de beaucoup de femmes.
Georges Naturel