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interviewyoutube.com· 25 mai 2023 7 min

Entretien avec Xavier BERTRAND

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

La centralisation, c'est souvent un sujet qu'on évoque en parlant du millefeuille, des structures, départements, régions, inter-covid, etc. Mais en fin de compte, on oublie que ces structures, elles ont été montées pour certaines à la fin du 18e au 19e, dans un paradigme qui n'avait rien à voir avec celui d'aujourd'hui. Qu'est-ce que vous pensez justement de ces grands sujets économiques, sociaux, environnementaux, énergétiques, qui doivent retrouver finalement des échelles d'efficacité et de durabilité ?

0:30
Xavier Bertrand

Et au final, l'échelle s'appelle tout simplement les territoires. Ça s'appelle les territoires, parce que c'est vrai qu'on peut se focaliser sur la question des strates, on n'en sortira pas avant longtemps. La vraie question, c'est sur un territoire, comment on trouve la façon de vraiment travailler ensemble, en oubliant les querelles de clochers ? Et c'est pour ça aussi que je pense que le moment est venu de redéfinir la façon dont on cherche à être efficace, que les politiques se mettent véritablement dans la logique d'une obligation de résultat, et plus d'une obligation de moyens. Et là, ça change les choses.

C'est vrai pour un maire, c'est vrai pour un président de région, mais c'est vrai aussi pour tous les niveaux de collectivité. Et je pense que la question aussi qui est posée aujourd'hui, c'est de savoir comment on redéfinit le rôle de l'État. Je pense que le sujet aujourd'hui n'est pas de savoir si on doit avoir moins d'États. La question, c'est de savoir comment se fait la vraie répartition entre ce que fait l'État au niveau central et ce qui se fait dans les territoires, État comme collectivité locale. Et si on n'oubliait pas les forces économiques et sociales, ça aurait du sens.

1:31
Présentateur

Et alors, on a un sujet qu'on a évoqué juste avant, de souveraineté. C'est-à-dire qu'on parle souvent de la souveraineté comme étant un sujet central. Or, est-ce qu'il n'y a pas finalement trois niveaux de souveraineté ? Une souveraineté territoriale qui est garant des avantages compétitifs, de la culture, de l'histoire, de l'héritage d'un territoire. Et une souveraineté nationale qui joue son rôle pour être garante d'un certain nombre de grands principes régaliens. Et une souveraineté européenne qui, de fait, va jouer sur l'équilibre des grands blocs et le rapport de force mondiale.

2:04
Xavier Bertrand

Ce qui est bien, c'est de ne pas être d'accord forcément à 100% surtout. Moi, je crois beaucoup à l'idée de la souveraineté nationale. Et après, il y a des niveaux qui permettent justement de garantir ou de renforcer cette souveraineté. Je reste persuadé que la dimension européenne, je suis profondément européen, est aussi une dimension qui doit nous permettre également de prolonger les intérêts de notre pays. Et je pense que l'efficacité territoriale nous permet également d'y contribuer.

Je parlais des Hauts-de-France, je prends l'exemple des Hauts-de-France, notamment sur la question de la souveraineté industrielle et notamment ce que nous sommes en train de faire aujourd'hui sur la batterie. C'est parce que c'est l'Europe qui a permis d'avoir ce cadre-là que la France a décidé d'y aller complètement. Mais c'est aussi avec les efforts de la région, ce que l'on fait sur les délais d'implantation ultra raccourcis dans la région, que ce soit sur les politiques de formation, sur le montant que l'on met à disposition des entreprises, que l'on permet aussi de renforcer cette dimension. C'est-à-dire qu'il y a cette souveraineté qu'on doit retrouver, mais chacun s'y met.

Et encore une fois, plutôt que de rentrer dans des débats existentiels pour savoir qui doit faire quoi, quel est le bon niveau, encore une fois, l'idée de l'efficacité, je pense que c'est la clé. Mais c'est aussi ce que tu prônes depuis bien longtemps.

3:18
Présentateur

Et on sent dans l'opinion, l'efficacité revient quand même au clé par rapport à nos mandats d'élus. Dernière question, tout ça procède aussi d'un alignement entre des ressources, des compétences et une visibilité sur le long terme. Et sur les trois, on a un peu de mal parce que les compétences, elles sont quand même très distribuées, très partagées, voire confuses. La fiscalité n'est pas stabilisée et on souffre tous d'avoir une décorrélation un peu entre nos responsabilités, nos compétences et la fiscalité.

Et puis tout ça appelle de la visibilité, l'armature territoriale, les gares, les trains, les hôpitaux, appelle à ce qu'ils soient stabilisés pour rassurer les gens aussi sur la capacité à investir là où ils vivent en fonction de la visibilité qu'ils ont. Alors, est-ce que là, on n'est pas au cœur aussi d'une problématique de réalignement des ambitions et des politiques publiques ?

4:06
Xavier Bertrand

Si, je pense que de toute façon, on peut faire semblant, mais on n'échappera pas à cette clarification. Encore une fois, des compétences entre ce que fait l'État central, d'assumer vraiment ses missions, régalier une préparation de l'avenir et la façon dont dans les territoires, on s'organise, encore une fois, pour répondre à ces défis. La question de la visibilité, c'est la clé. Beaucoup d'entrepreneurs nous le disent, ce dont on souffre aujourd'hui, c'est de l'instabilité permanente, juridique, mais aussi financière et budgétaire. C'est aussi ce qu'on demande également en tant qu'élu. Surtout qu'on est à un moment où il va falloir aussi réinvestir dans notre pays.

On le voit bien sur les services publics, on le voit bien sur les politiques publiques, on va parler des transports, on parle du logement. On voit bien justement aujourd'hui que le système actuel ne fonctionne plus. Ce n'est pas seulement qu'il n'y a pas de politique publique, c'est que le système actuel ne fonctionne plus. On a besoin de reposer ça maintenant, pas dans dix ans, mais dès maintenant. Et d'une certaine façon, on a beau être en mai 2023, on est d'une certaine façon en 58, tant il y a besoin de reconstruire et de rebâtir. Il y a aussi un autre aspect qui me semble important. Tu parlais d'alignement.

Il y a aussi le fait que chacun, avec un positionnement politique différent, pourquoi est-ce qu'au niveau territorial, on est capable d'avoir une forme d'union sacrée et pourquoi au niveau national, la politique partisane semble tout empêcher ? Ça, je pense que c'est aussi l'une des clés. Sur un territoire, on est capable de mobiliser des énergies autour d'un projet commun. Et au niveau national, ce sont les postures qui l'emportent. Tu as la réponse, toi ?

5:40
Présentateur

Alors, dans un rapport avec Jean-Dominique Sénard, car il était pris en droneau, ce qu'on avait fait ensemble pour l'Institut de l'entreprise, on avait fait 14 propositions, ça s'appelait « Réformer le réformateur ». Et parmi les propositions, on avait l'idée d'interdire les investitures aux élections territoriales. En disant, mais qu'est-ce qu'une commission d'institut, c'est de ce qui est bon pour la région Nord-Pas-de-Calais, de ce qui est bon pour telle ou telle ville, etc. Et cette idée, me semble-t-il, ramènerait nos engagements politiques dans les campagnes à l'épure des besoins, du diagnostic et des ambitions qu'on a sur une région.

6:08
Xavier Bertrand

Je crois que c'est important aussi d'y assumer, il y a des différences, il ne faut surtout pas gommer les différences. Moi, je suis un homme droite, droite sociale, droite populaire, mais il n'empêche quand même que sur le plan local, on est capable, sans aucune compromission, de pouvoir travailler avec des élus de différentes sensibilités, avec les extrêmes. Et évidemment, les choses sont radicalement différentes, mais encore une fois, avec ce souci de l'efficacité, et ce chapeau qui est l'intérêt général, et qui dans un pays s'appelle aussi la Maison France. Mais je pense aussi, c'est un autre point que je voudrais juste aborder, la question de l'anticipation.

On doit gérer, c'est vrai, le quotidien, mais le rôle des élus, surtout aujourd'hui, c'est de pouvoir dégager l'horizon et de pouvoir anticiper.