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Discours / meetingyoutube.com· 3 juillet 2017 10 minFond programmatiqueBudget & impôtsInstitutions & électionsSécurité

Discours de Bruno Retailleau devant le Congrès à Versailles

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %

Temps de parole

  • Présentateur100 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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Présentateur

Vous avez la parole, M. le Président Retailleau, pour un temps de parole de 10 minutes. M. le Président du Congrès, M. le Président du Sénat, cher Gérard Larcher, M. le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les membres du gouvernement, chers collègues parlementaires, députés ou sénateurs. Le Président de la République a souhaité provoquer cette réunion du Congrès, ici, à Versailles, et cette réunion de nos deux assemblées, c'est un moment important, parce que c'est un moment rare. Un moment qui nous oblige à une certaine hauteur, comme l'a dit il y a quelques instants ici même le Président de la République.

A la hauteur d'abord de ce lieu chargé d'histoire, d'une histoire longue, qui s'enracine dans une culture, notre culture, la culture française, que le monde nous en vitant. Une histoire aussi récente, dramatiquement récente. Nous étions, bien sûr, quelques-uns ici, lorsque le Congrès s'est réuni, il y a quelques jours, du massacre du Bataclan. Et à mon tour, je voudrais avoir une pensée émue pour toutes les victimes de la barbarie islamiste, pour celles et ceux qui encore portent dans leur chair et dans leur esprit des blessures profondes, bien sûr, qui doivent aujourd'hui nous inciter à une action encore plus déterminée. Ce moment aussi doit nous porter à la bonne hauteur.

Un moment paradoxal. Un moment paradoxal parce que l'espérance qu'a fait naître cette élection présidentielle auprès de certains de nos compatriotes, cette espérance contraste aussi avec un silence, mes chers collègues. Le silence de celles et de ceux qui n'ont pas voté, le silence de celles et de ceux qui ne veulent plus participer. Parce que bien souvent, les grandes douleurs sont muettes. C'est d'abord la douleur du déclassement économique, le chômage de masse, l'ascenseur social bloqué. C'est aussi la douleur de la dépossession culturelle enfouie sous tant de non-dits après tant de reculs.

Et nous en payons aujourd'hui le prix fort à travers des poussées communautaristes et leur pendance symétrique des replis identitaires. Alors oui, ce moment nous oblige. Et il nous oblige tous. Il nous oblige tous pour faire en sorte que notre discussion parlementaire dans les jours à venir ne soit pas seulement l'expression d'un entre-soi, mais soit le recommencement de la construction d'un entre-nous pour qu'enfin on puisse renouer le fil de cette conversation civique avec une France silencieuse qui attend qu'on lui parle, qui attend surtout qu'on agisse, pas seulement avec des mots, de façon concrète. Il faut désormais passer à l'exercice pratique.

Cette France silencieuse qui attend que on relève le défi, le défi de ces crises, de ces fractures qui déchirent le tissu national. Et il faudra beaucoup plus que des demi-réformes. Peut-être une réforme institutionnelle, mais il faudra d'abord le courage. Et le courage ne réside dans aucune institution. Le courage, ce sont les femmes et les hommes qui, au cours de l'histoire, l'ont toujours porté. Et il faudra, bien évidemment, plus que des réformes eux-mêmes. Plus peut-être que des transformations, des révolutions. Si je veux utiliser un titre désormais célèbre. Trois révolutions. Une révolution d'abord économique. Contre le chômage de masse, bien sûr. Il faut faire sauter les verrous.

Il faut baisser, vis-à-vis de nos partenaires européens, le coût du travail. Les deux vont de pair. Il faut rééquilibrer la sphère publique par rapport à la sphère privée. Cette addiction de l'Etat pour la dépense publique nous emmène dans le mur. L'an prochain, monsieur le Premier ministre, la dette atteindra sans doute 100% de la richesse annuelle produite par tous les Français. C'est une bombe, une bombe sociale qui menace de faire imploser notre modèle social. Vous devrez nous expliquer, dès demain, où sont les baisses de dépenses publiques. Une révolution aussi territoriale.

On ne peut pas dire que l'unique avenir de la France, mes chers collègues, d'où que vous veniez, ce soit uniquement ce chemin qui passe par les grandes métropoles mondialisées. Il y a, mon cher Gérald Archer, cette France d'à côté, cette France périphérique que nous portons aussi dans chacune de nos circonscriptions au département. Alors oui, peut-être faut-il une conférence territoriale. Mais alors il faudra nous dire quelle est votre vision de cette belle idée de l'aménagement du territoire. Il faudra choisir entre l'amputation de la liberté communale et l'élan d'une nouvelle décentralisation, d'un nouvel acte de décentralisation. Parce que la France est d'abord des territoires.

Mona Ouzouf parlait de la France comme d'une composition française. Et puis, une autre révolution, la révolution civique. Les terroristes islamistes nous ont désignés, ce n'est pas nous, comme leurs ennemis. Et nous leur devons la détermination la plus totale, ici comme là-bas. Cette détermination, bien sûr, elle passe par un arsemal militaire, policier, judiciaire, mais elle passe aussi par une réponse civique, par ce creuset que doit redevenir l'école, creuset de la transmission, bien sûr, mais aussi par la reconstruction de la force de l'autorité de l'État, la loi de la République sur tout le territoire. Aucun de ces territoires, aucune parcelle ne doit être abandonnée, pas même, M.

le Premier ministre, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Et, si vous me le permettez, cette réponse civique doit aussi doit aussi s'accompagner d'une lutte contre les communautarismes, parce que les communautarismes déchirent aussi notre tissu social, évidemment. Et, permettez-moi de vous dire que nous sommes fiers de ce qu'est l'ADN de la République française, que nous avons tous en partage, l'universalisme. Mais l'universalisme, l'universalisme, s'anéantit lui-même quand il ne croit plus en l'universel. Quand il pense que ses propres valeurs universelles ne pourraient convenir qu'à certains territoires. Eh bien, bien sûr, nous portons en commun toutes ces valeurs. M.

le Premier ministre, dans les semaines qui viennent, nous nous verrons. Soyez sûrs que si vous choisissez ce chemin escarpé, ce chemin difficile du redressement français, nous serons disponibles pour appuyer vos propositions, pour les améliorer. Mais, bien sûr, que nous serons aussi une opposition vigilante. Ne nous demandez pas d'abdiquer notre liberté, d'abdiquer nos convictions, refuser cette tentation hégémonique qui ne serait pas bonne ni pour votre gouvernement, ni d'ailleurs pour votre majorité. majorité.

Ensemble, nous pouvons travailler en vous rappelant que la seule loi qui compte, la grande loi de la cité, la grande loi de la République, c'est celle à laquelle on parvient grâce au débat, pas à la pensée unique, grâce au dissentiment. C'est ce qui fonde l'idée même de la démocratie. Et c'est ce que nous ferons, bien sûr. notre seule ligne de conduite sera inspirée par l'intérêt général et l'intérêt des Français, par la haute idée aussi que nous nous faisons de la France, que nous aimons tous, quelles que soient nos histoires personnelles, quelles que soient nos trajectoires partisanes.

Simone Veilk citait la philosophe le président de la République il y a quelques instants, disait un jour qu'il faut donner aux Français quelque chose à aimer et il faut d'abord leur donner à aimer la France. Eh bien, Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs, les membres du gouvernement, chers collègues, députés et sénateurs, c'est en reconnaissant ce principe démocratique, c'est en le reconnaissant profondément et en faisant, en prenant en compte nos voix parfois divergentes que vous permettrez à la voix de la France et à la voix de tous les Français d'exprimer et de s'exprimer bien sûr au cœur de nos assemblées. C'est ce que nous souhaitons tous aujourd'hui en ce jour solennel.

Vive la République française et vive la France. Merci, Monsieur Retailleau. Sous-titrage Société Radio-Canada