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interviewPublic Sénat· 17 juin 2026 22 min

François Ruffin : « Mon adversaire s’appelle Jordan Bardella de Monaco »

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Bonjour François Ruffin, merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes député de la Somme, président du mouvement Debout, candidat à la présidentielle. Et nous vous interrogerons justement sur votre positionnement, votre programme, vous président. Que feriez-vous avec Donald Trump dans la guerre en Ukraine, mais aussi dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants ? Une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Fabrice Véferdon du groupe Les Bras. Bonjour Fabrice.

0:23
Invité

Bonjour Ariane, bonjour François Ruffin. Bonjour.

0:25
Présentateur

Et d'abord François Ruffin, vous président, est-ce que vous auriez invité Donald Trump à dîner en grande pompe ce soir au château de Versailles ?

0:33
François Ruffin

Je l'ai déjà dit à l'occasion de la venue de Vladimir Poutine, je considère qu'un chef d'État reçoit un chef d'État dans son palais, qui est l'Élysée. Et pas au fort de Brégançon, pas au premier étage de la tour Eiffel, comme ça s'était déjà fait avec le couple Trump. Maintenant, je ne vais pas centrer mes reproches sur « alors ça se fait à Versailles en grande pompe pour attirer Donald Trump, pour qu'il reste jusqu'à la fin du G7 cette fois-ci ». Moi ce que je viens de demander, c'est là les États-Unis vont fêter le 250e anniversaire de leur déclaration d'indépendance, à laquelle la France a particulièrement œuvré.

C'est comme ça qu'on a creusé notre déficit sous Louis XVI, c'est pour ça qu'il a convoqué les États généraux, c'est pour ça qu'il y a eu la révolution française derrière. Donc quand même, c'est un événement important pour nous aussi. Moi ce que je souhaiterais, c'est que la France, que l'Europe proclame désormais leur propre déclaration d'indépendance. Et qu'ils prennent leur indépendance à l'égard des États-Unis, leur indépendance sur le plan militaire, leur indépendance sur le plan diplomatique, leur indépendance sur le plan numérique.

1:38
Présentateur

– Ce n'est pas ce qu'ils sont en train de faire, selon vous, aussi bien l'Union européenne que la France ? On a encore vu les annonces hier de Sébastien Lecornu sur l'intelligence artificielle, ça ne fait pas partie de la prise en main de notre propre souveraineté ?

1:50
François Ruffin

– Pour l'instant, on en est très loin. Hier, le Parlement européen a validé l'accord avec les États-Unis, qui a un accord complètement asymétrique, puisque d'un côté les États-Unis disent « on va taxer vos importations à hauteur de 15%, mais pardon, vos exportations, vous les laissez rentrer gratuitement ». Et il y a tout ce qui est tacite, tout ce qui est implicite, c'est-à-dire vous devrez acheter chez nous votre matériel militaire, vous devrez vous fournir chez nous en gaz et en pétrole, vous devrez laisser faire nos services numériques librement sur votre territoire.

Donc voilà tout ce qui est dans le contrat entre l'Union européenne et les États-Unis, c'est-à-dire c'est un contrat de soumission. Et finalement, la réception à Versailles, on aimerait, je ne sais pas si on aimerait, mais ce n'est pas un président souverain qui reçoit ces presque en vassal des États-Unis. Et moi je dis, il faut… Alors évidemment, il y a la brutalité de Donald Trump, il y a la vulgarité de Donald Trump, il y a ses volte-face, tout ça. Mais c'est dans la durée qu'il faut regarder ce qui se passe. Et dans la durée, de toute façon, les États-Unis ne se tournent plus vers l'Europe.

C'était déjà le cas avec Obama qui disait, l'avenir, notre avenir, il est vers l'Asie et pas vers l'Europe. Il ne s'était même pas rendu aux cérémonies pour la chute de murs de Berlin, anniversaire. On avait derrière Biden, démocrate aussi, mais qui avait fait l'IRA, l'Iffression Redaction Act, qui était une des mesures protectionnistes, notamment contre les exportations européennes. Donc c'est dans la durée que l'Europe, la France, doit s'affranchir de l'attente tutelle américaine.

3:14
Présentateur

Vous parlez de l'accord commercial. On imagine que ce soir à Versailles, il y aura du vin et du champagne français, que Donald Trump veut taxer à 100% si jamais Emmanuel Macron ne retire pas sa taxe sur les GAFAM. Qu'est-ce qu'il faut qu'il réponde là-dessus, Emmanuel Macron ?

3:26
François Ruffin

D'abord, moi, je suis pour qu'on ait des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation. Mais je vais vous dire, davantage à l'égard de l'Est et à l'égard de la Chine qu'à l'égard des États-Unis. Là où on doit se protéger à l'égard des États-Unis, c'est sur le capital. On ne doit pas laisser venir le capital américain librement sur le sol français pour racheter Alstom, pour racheter 1500 entreprises en 10 ans. Et je vois que ce que fait Emmanuel Macron est précisément l'inverse. À la place de dire qu'on se protège du capital américain, il vient lui ouvrir les portes.

Et précisément à Versailles, puisque c'est là-bas qu'il fait ces grands shows d'accueil des multinationales, de Amazon, avec Choose France. Donc je dis précisément l'inverse qu'il faut faire, et ce qu'on devrait faire nous, c'est mobiliser le capital national. On a 2000 milliards d'épargne d'assurance-vie dans notre pays, c'est gigantesque. Voilà avec quoi on doit financer nos PME et non pas avec les fonds d'investissement anglo-saxon.

4:18
Présentateur

Mais comment ? Les fléchants ?

4:19
François Ruffin

Oui, tout à fait. Alors là, ces 2000 milliards d'assurance-vie, on n'a jamais eu un taux d'épargne aussi important dans notre pays, 19%. Et c'est un produit qui est en partie défiscalisé. Et pourtant, on ne le flèche pas. Il n'y a que 3 à 4% qui va vers les PME. Il y en a 3 à 4 fois plus qui va vers le Nasdaq.

4:35
Présentateur

Mais ça veut dire que vous, Président, vous allez aller puiser dans les assurances-vie des Français ?

4:39
François Ruffin

Il y aura un avantage de défiscalisation qui existe, notamment sur les transmissions. Seulement s'il y a davantage qui va vers les PME, je vous dis aujourd'hui, c'est 3 à 4% qui va vers ça, pendant qu'on finance nettement plus les marchés américains. Non, l'épargne nationale, elle doit être faite pour au moins financer les PME, les ETI, l'industrie française. Et d'ailleurs, autre projet, mais Michel Barnier, quand il était Premier ministre, avait proposé qu'il y ait un livret industrie. Ça me semble une priorité.

Moi, quand je vais à la caisse d'épargne et que je demande, voilà, je veux placer mon argent pour que ça serve au PME local, on n'a pas de produit à me proposer qui soit clair pour financer l'industrie. Donc là, je pense qu'il y a des tas de Français qui, aujourd'hui, ont envie de financer l'industrie de leur pays.

5:23
Présentateur

Mais ce sera volontaire ou ce sera forcé ?

5:25
François Ruffin

Sur l'assurance-vie, je vous le dis, il doit y avoir une orientation qui dit, voilà, il doit y avoir un taux minimal de financement des PME dans notre pays.

5:34
Invité

Sur François Ruffin, si on vous écoute bien, par rapport à Donald Trump, à son comportement, sa politique, il est une chance pour l'Europe ?

5:42
François Ruffin

Normalement, il devrait l'être, compte tenu du fait qu'on a là un protecteur qui se transforme en prédateur. On le voit avec le Groenland. Mais on a des Européens qui ne changent pas, qui, finalement, souhaitent demeurer sous l'aile protectrice des États-Unis et non pas s'en émanciper. Et évidemment, la France a une carte à jouer là-dedans. La France a une carte à jouer parce qu'elle doit être le fer de lance. Elle doit être la locomotive qui vient dire, non, nous devons retrouver notre indépendance, même si c'est plus coûteux pour nous.

6:15
Invité

Le G7, comme nous, vous le suivez, j'imagine. En tant que président de la République, si vous l'étiez, vous y participeriez ?

6:22
François Ruffin

Là, je l'organiserais. Et sans hésiter, recevoir les chefs d'État du monde entier pour fixer des orientations, discuter de l'avenir du monde et n'ont pas laissé faire les États chacun dans leurs coins, ça me semble une bonne chose à faire. Maintenant, il m'a choqué le fait qu'on exclue l'Afrique du Sud. Vous savez que le G7 était tendu au Brésil et tendu un certain nombre de pays. Normalement, les Sud-Africains devaient venir. Et comme ça fâchait Donald Trump parce que les Sud-Africains ont porté plainte contre Israël pour crime de guerre, on leur a fermé la porte.

Il me semble que ce n'est pas correct et je serais plutôt pour l'exclusion des alliés d'Israël que pour l'exclusion de ceux qui viennent protester contre les crimes de guerre qui se déroulent là-bas.

7:05
Invité

Et la place de l'Ukraine dans tout ça ?

7:07
François Ruffin

C'est une discussion. Alors là, il y a une discussion à la fois avec les États-Unis pour qu'ils ne lâchent pas l'Ukraine aujourd'hui. Maintenant, il faut que les négociations soient ouvertes. L'Europe, j'entends parler notamment de E3, donc les Royaumes-Unis, l'Allemagne et la France, doivent peser en permanence à la fois du côté de Poutine et du côté de Zelensky pour dire que les négociations doivent être ouvertes, il doit y avoir des discussions qui se tiennent pour sortir au plus vite de cette terrible guerre qui maintenant est devenue plus longue que la guerre de 14-18.

7:39
Présentateur

Il vous paraît fructueux, ce G7, sur la question de l'Ukraine. Est-ce que vous avez l'impression que Trump est en train de lâcher Poutine et plutôt de se ranger du côté des Européens ?

7:46
François Ruffin

C'est le mouvement qui est fait, mais vous savez, les mouvements de Donald Trump, ils durent le temps d'une nuit et après on a un nouveau tweet qui nous dit précisément l'inverse. Donc croire que ça inscrit une politique américaine dans la durée et je le dis, il faut avoir à la fois un soutien à l'Ukraine et une exigence d'aller vers des négociations, d'aller comme ça se fait aujourd'hui en Iran avec des incertitudes, vers un cessez-le-feu et qu'on puisse retrouver la paix sur notre continent.

8:13
Présentateur

– Mais est-ce qu'il faut que Donald Trump aide aujourd'hui l'Europe dans son soutien à l'Ukraine ? Parce qu'avant, les États-Unis étaient le premier soutien à l'Ukraine, désormais c'est l'Europe. Est-ce qu'il faut rééquilibrer les choses ? Est-ce que l'Europe est trop seule dans son soutien avec l'Ukraine ?

8:25
François Ruffin

– Les États-Unis continuent de fournir des missiles patriotes, il faut sans doute qu'ils en fournissent davantage. En tout cas, je dis que ni l'Europe ni les États-Unis ne doivent lâcher l'Ukraine en ce moment précis, mais avec une exigence à la fois sur Vladimir Poutine et sur Volodymyr Zelensky, qui est l'exigence d'aller vers des négociations, d'aller vers un cessez-le-feu et d'aller vers un terme, vers un accord de paix.

8:47
Présentateur

– L'actualité nationale, c'est l'angle de choc de l'affaire Liana, qui est toujours présente dans le pays. Il en a été question hier lors des questions d'actualité au gouvernement, à l'Assemblée, où le gouvernement est resté vague sur le calendrier de la loi intégrale sur les violences sexuelles portées par plusieurs députés. Est-ce que vous, Président, ce sera une mesure que vous demanderez d'inscrire en priorité dans l'agenda de l'Assemblée ?

9:10
François Ruffin

– Je suis co-signataire de la proposition, et depuis des mois et des mois maintenant. Vous dire que quand il y a eu le rapport de la civise, qui venait dire trois enfants par classe, victimes d'inceste ou de violences sexuelles, qui venait dire 160 000 enfants par an, qui venait dire plus de 5 millions de victimes dans notre pays, j'ai cru que ça serait un électrochoc, j'ai cru que la société en serait transformée, parce que moi je l'étais, je n'imaginais pas qu'il y avait ce continent noir de crimes sur des enfants sous nos pieds, et ça n'a pas bougé.

J'espérais qu'il y ait un grand plan dans l'éducation nationale, de détection, de prévention, le recrutement de psychologues, qui sonde un peu les enfants ou qui pourraient être victimes de ça. Ça n'a pas eu lieu.

9:57
Invité

– Et pourquoi ? Parce que tout le monde s'en fiche ?

10:00
François Ruffin

– Il y a une phrase qui m'a beaucoup marqué ces derniers jours, dans les débats qui ont lieu, il y a Romain Lemire, l'humime victime de viol par son père, d'inceste, qui a dit, détournant un proverbe africain, « Pour violer un enfant, il faut un village en entier ». C'est-à-dire que si ça peut continuer comme ça, c'est parce qu'il y a des pédocriminels, mais c'est parce qu'il y a une société qui laisse faire, qui par son silence, finalement, par sa passivité, a une forme de complicité. Et donc c'est évidemment ce qui se passe dans la police et dans la justice. on ne l'a pas établi comme une priorité. Donc il y a une question de moyens.

Mais moi je le vois, y compris sur des viols, sur des femmes, pas seulement sur des enfants. On a des plaintes, mais beaucoup de plaintes. Et derrière, il n'y a pas la moindre investigation. Le suspect n'est pas convoqué, n'est pas interrogé. Il n'y a pas de fouille de son téléphone portable ou de son ordinateur. L'entourage n'est pas questionné. Donc le minimum du minimum, c'est de dire qu'en cas de viol, qu'il s'agisse d'un enfant ou d'une femme, c'est un crime. Ce n'est pas un délimineur, ce n'est pas un rétroviseur qui est cassé. Eh bien il doit y avoir une enquête, il doit y avoir de l'investigation.

11:24
Présentateur

Est-ce que le choc qui n'a pas eu lieu avec le rapport de la civis, ce choc que vous espérez qui n'a pas eu lieu avec le rapport de la civis, vous pensez que là, il va avoir lieu avec l'affaire Liana ? Est-ce qu'on est à un tournant sociétal ?

11:35
François Ruffin

Je l'espère, je le souhaite. Il y a déjà eu un MeToo de l'inceste, où j'espérais qu'à nouveau ça éclate, mais vous voyez comment fonctionne l'actualité. Avec un sujet qui chasse l'autre, une priorité qui chasse l'autre. Et on doit avoir des gens qui sont volontaires en politique pour porter ça dans la durée, même quand ça ne fait plus la une des journaux.

11:55
Présentateur

Mais ce n'est pas le cas aujourd'hui ?

11:56
François Ruffin

Mon inquiétude est que ça retombe. Mon inquiétude est que cette honte de choc passe et qu'on ne se dise pas protéger, protéger en particulier nos enfants est une priorité. Je viens sur un autre dossier, mais qui pour moi est lié. L'aide sociale à l'enfance. Édouard Philippe lui-même, qui n'est pas mon partenaire politique, dit que c'est un scandale national, que c'est une honte pour la République. Comment ça se fait qu'on accepte que de manière... Le fonctionnement, là ce ne sont pas des dysfonctionnements dont on parle, c'est le fonctionnement de la société. Que le fonctionnement de la société fasse qu'on ait des vies brisées par centaines de milliers et en vérité par millions.

Et peut-être que c'est ça le problème. C'est qu'il s'agit de fonctionnement. Ça veut dire que finalement, on va troubler... En voulant mettre fin à ça, il faut troubler l'ordre public. Il faut troubler un ordre qui est là, installé depuis des millénaires dans nos sociétés. Un ordre où finalement le viol et l'inceste est à la fois dénoncé comme étant un crime, mais en vérité est traité comme étant un délit mineur et on laisse faire.

12:59
Présentateur

Est-ce que cet ordre c'est aussi le patriarcat ?

13:01
François Ruffin

Bien sûr. C'est cet ordre-là qu'il s'agit de bousculer, qu'il s'agit de changer. Et on voit toutes les résistances qu'il peut y avoir à ça.

13:08
Présentateur

L'un de vos engagements, c'est également la question du logement. Et particulièrement la question du logement étudiant. Vous avez signé dès 2023 un texte sur le sujet. En moyenne, il faut débourser 583 euros aujourd'hui pour louer un studio d'environ 25 mètres carrés en France. 923 euros à Paris, 780 à Saint-Denis. Pour citer quatre exemples, je ne parle même pas de la difficulté de trouver un logement tout court. Quelles mesures vous allez prendre ?

13:29
François Ruffin

Alors, d'abord dire qu'aujourd'hui, c'est les résultats de mon master, c'est les résultats de Parcoursup et c'est la course pour des parents à réussir à obtenir un logement pour leurs enfants étudiants. Donc, à Paris, c'est 12 demandes pour une offre. À Lyon, c'est 9 demandes pour une offre. À Rennes, c'est 7 demandes pour une offre. Et on n'a que 8% des étudiants qui sont hébergés dans des résidences universitaires Crous. Je tiens à mettre ça sur la table. Parce que pour moi, le logement est le point de blocage de la société française. Le pouvoir d'achat, en vérité, c'est la question du logement.

C'est la part du budget des ménages qui est consacrée au logement qui vient entamer le pouvoir d'achat. Mais même quand on regarde les questions de natalité, quand on demande aux jeunes couples pourquoi vous retardez l'arrivée d'un enfant, pourquoi vous y renoncez, la première cause qu'ils donnent, c'est le logement. Les inégalités, la mobilité professionnelle, tout ça dans notre société est entravé par le logement. Donc, plusieurs mesures. Un, on plafonne les loyers. Oui, on les contrôle. On ne laisse pas monter les prix. Là, ça a grimpé pour le logement étudiant de 20% en 5-6 ans.

14:30
Invité

Donc, c'est la généralisation de l'encadrement des loyers. Exactement.

14:34
François Ruffin

Première mesure. Deuxièmement, un logement sert à se loger et à se loger à l'année. Et on privilégie les locataires qui sont là pour y habiter, à de la résidence secondaire, à du Airbnb. Voilà.

14:48
Invité

Vous interdisez le Airbnb ?

14:49
François Ruffin

Je demande à ce qu'il y ait une commission, une commission d'usage des logements, qui décide à chaque transmission, à chaque fois qu'il y a un logement qui est vendu, est-ce qu'on accepte que le propriétaire qui rachète, en face du Airbnb, est-ce qu'on accepte qu'il en fasse une résidence secondaire, est-ce qu'on accepte qu'il en fasse un logement vacant, c'est un logement sur cinq à Paris qui est vacant. C'est quand même gigantesque. Ou bien, est-ce qu'on dit, écoutez, vous le rachetez, d'accord, mais en revanche, vous devez y mettre un locataire à l'année.

Enfin, troisième point, il faut un programme de construction du logement, c'était les constructions de logements, on n'a jamais été aussi bas dans notre pays, et en particulier à destination de ceux qui entrent sur le marché immobilier qui est bloqué, c'est-à-dire la jeunesse, il faut un grand plan de construction, de résidence universitaire d'un côté, de foyer de jeunes travailleurs de l'autre.

15:33
Invité

Et vous vous appuyez sur le public ou sur les bailleurs privés ?

15:37
François Ruffin

Là, ce dont je parle sur le troisième point, c'est d'abord, il doit y avoir un programme volontaire, un programme public de multiplication par quatre, sachant que là, le choc de l'offre a été en vérité une grande chute par Macron de construction de logements publics. Mais évidemment, il y a de la construction de logements privés aussi, et je veux dire que nous portons un doublement du prêt à taux zéro. Pourquoi ? Parce que les gens, finalement, quand ils restent locataires tout le temps, quand ils n'ont pas la possibilité d'accéder à la propriété, c'est quelque part un sentiment de déclassement, de ne plus faire ce qu'ont fait nos parents, nos grands-parents.

Et donc là, le doublement du prêt à taux zéro nous paraît utile pour ça.

16:16
Présentateur

– François-Réphane, vous êtes candidat à la présidentielle, jusqu'à quand ? Est-ce que vous irez jusqu'au bout, quitte à empêcher la gauche d'être au second tour ?

16:22
François Ruffin

– Aujourd'hui, la gauche, ce n'est pas moi qui l'empêche, et ce n'est pas moi qui crée la division. Parce que ce que je viens proposer, et ce que je maintiens, c'est qu'il nous faut une primaire. Une primaire qui fait qu'il y a des tas de talents, aujourd'hui, à gauche, comme dans l'équipe de France. On a des belles individualités, mais qui ne jouent pas ensemble.

16:40
Présentateur

– Mais vous y croyez encore, à la primaire ? Elle n'est pas finie, comme l'a dit Jean-Luc Mélenchon à samedi ?

16:43
François Ruffin

– Il va y avoir un vote du Parti socialiste, vraisemblablement, sur primaire ou pas primaire. Et moi, je viens dire aux camarades socialistes, ce n'est pas seulement un choix de méthode que vous avez à faire. Est-ce que vous choisissez de refermer la parenthèse qui s'est ouverte en 2022, ou vous faisiez corps avec votre gauche, avec les écologistes, avec nous, ou bien est-ce que vous tournez à nouveau vers la suite du macronisme ? Donc il n'y a pas seulement un choix de méthode, mais il y a un choix d'orientation qui sera à faire du côté des militants socialistes.

17:19
Invité

– Et dans tout cela, qu'est-ce qui vous distingue de Raphaël Glucksmann ?

17:23
François Ruffin

– Écoutez, moi, ma volonté, c'est d'avoir une gauche populaire. Ce que je porte dans la durée, c'est la question de l'industrie, c'est la question des salaires. Je vous le dis sans méchanceté, mais quand on veut réconcilier gauche et populaire, le faire avec la figure de Raphaël Glucksmann, ça va quand même être très, très, très, très, très compliqué. – Pourquoi il ne peut pas incarner la gauche populaire ? – Lui-même a dit, il n'y a pas si longtemps, a écrit qu'il était plus à l'aise à New York qu'en Picardie. À un moment, la campagne, elle va se dérouler en Picardie, elle ne va pas se dérouler à New York, elle va se dérouler sur des parkings d'usines.

Et je vous assure que ça va être bien compliqué pour lui d'aller attirer, soit le Parti Socialiste et ses alliés y ont renoncé, d'aller attirer les ouvriers. François Hollande disait, perdre les ouvriers, ce n'est pas grave. Je crains que ça soit une machine à faire fuir encore davantage, à faire fuir de la gauche un vote populaire.

18:25
Présentateur

– Mais quand vous avez eu, je vais revenir sur cette phrase qui a un peu interpellé, phrase que vous avez prononcée il y a quelques jours, où vous dites que vous refusez l'immigration pour le travail et un plan d'importation massif de la main-d'œuvre étrangère. Est-ce que ce n'est pas un peu étonnant pour un candidat de gauche ? Est-ce que là, justement, vous vous adressez à ces ouvriers, à votre électorat en Picardie, dans la Somme, qui est tentée par le Rassemblement national ? C'était ça le message ?

18:48
François Ruffin

– Absolument pas. Moi, je veux le dire avec clarté, je l'ai déjà dit et je l'ai répété, je suis pour la régularisation de tous les travailleurs étrangers qui se trouvent aujourd'hui sur le sol français. Tous ceux qui n'ont pas de papier mais qui bossent, qui bossent dans les usines parfois, mais bien davantage dans le bâtiment, qui bossent dans la restauration, je souhaite qu'ils aient des papiers qui soient protégés par le même code du travail que les salariés français. En revanche, quand je vois une équivalence qui est en train de s'établir, à laquelle participe le MEDEF et qui dit, voilà, crise démographique égale importation de salariés déjà formés, je dis non, je ne souhaite pas ça.

Je ne souhaite pas ça parce que c'est mauvais pour les pays du Sud. Vous savez, le coût d'une infirmière, puisque par exemple dans la santé, quand je vais dans les EHPAD privés à leurs assises, on me dit, voilà, ce qu'on va faire, c'est faire venir des soignantes subsahariennes. Le coût de formation d'une infirmière subsaharienne pour un pays, pour le Kenya, c'est 40 000 euros. Quand elle part vers les pays du Nord, c'est une perte pour eux de 400 000 euros. Et c'est dénoncé par un certain nombre de chercheurs comme une nouvelle forme de colonialisme.

Donc ce que je viens de dire, c'est formons nos talents ici, et je le dis, qu'ils soient français et ou étrangers, qu'ils soient avec ou sans papier.

20:04
Présentateur

Dernière question, Jean-Luc Mélenchon a pris beaucoup d'avance à gauche dans la campagne. C'est un adversaire aujourd'hui ? Pour vous, c'est un allié futur ?

20:09
François Ruffin

Mon adversaire, il s'appelle Jordan Bardella de Monaco. D'accord ? Voilà. Et c'est très clair.

20:15
Présentateur

Donc vous pourriez rallier Jean-Luc Mélenchon ? Si vous voyez qu'il est en tête dans les sondages à la fin de l'année ?

20:19
François Ruffin

Je pense que la prochaine fois que vous recevrez Jean-Luc Mélenchon, je pense que ça vous arrive tous les matins, vous lui demanderez, est-ce que vous pourriez rallier François Ruffin ? Et vous verrez bien qu'elle se rend sa rêve.

20:27
Présentateur

On l'invite à venir. Je lui poserai la question s'il accepte de venir. Merci beaucoup. Merci François Ruffin d'avoir été notre invité. La une des journaux du groupe EBRAS, c'est le foot.

20:36
Invité

Oui, on parlait. Vous avez regardé ?

20:37
François Ruffin

Bien sûr. Une première mi-temps soporifique, où j'ai pu continuer la sieste. Non, ce que j'ai vu. Alors moi, on a eu la chance dans les années 80, j'ai eu la chance de grandir avec Tigana, Gires, Platini, Fernandez, un quator magique. Et là, je me demande si on n'a pas un nouveau quator magique. Olysees, Dembélé, Mbappé, Doué. Et quand on a franchement Ryan, Cherky et… Voilà, vous avez regardé. Quand on a un banc avec Marcolas qui est sur le banc, c'est magnifique. Je pense que non seulement… Enfin, gagner, j'en sais rien, mais je pense qu'on peut mettre du panache dans cette Coupe du Monde. Et on peut, voilà, avoir une belle équipe qui produit un beau football.

Et hier, la deuxième mi-temps a été vraiment très belle à regarder.

21:20
Présentateur

Allez, François Riff, un prochain sélectionneur de l'équipe de France.

21:23
François Ruffin

Merci beaucoup. On peut faire commentateur sportif pendant très longtemps.

21:26
Présentateur

Merci d'avoir été notre invité. On va parler foot, c'est à la une de nos journaux régionaux ce matin.