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interviewPublic Sénat· 3 mai 2022 25 min

Clémentine Autain : "On n’appliquera pas les normes des traités" européens.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Clémentine Autain

– Bonjour, c'est Clémentine Autain, bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Députés de la France Insoumise et de la Seine-Saint-Denis, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée par Stéphane Vernet de Ouest de France. Bonjour Stéphane. – Bonjour, bonjour. – Bonjour. – Et la question évidemment de début, c'est autour de ces discussions, discussions qui se sont poursuivies hier jusque tard entre les Insoumis, les écologistes. – Et qui reprennent ce matin. – Et qui reprennent avec les socialistes et les communistes, mais aucun accord n'a été conclu. Qu'est-ce qui bloque Clémentine Autain ?

0:41
Présentateur

– D'abord c'est long, c'est long de se reparler, de faire le point sur les ambitions programmatiques et ce que l'on peut partager, ça ne va pas de soi. Donc il faut comprendre qu'on a besoin de ce temps, ce temps d'explication, ce temps de précision et d'essayer d'avoir un accord de nature politique. On l'a dit depuis le début, on ne veut pas une simple répartition ou une simple, vous voyez ce que je veux dire, union de type cartel. – Pas uniquement un accord électoral. – Voilà, c'est vraiment une union politique puisque l'enjeu c'est de gouverner le pays à partir du mois de juin. Donc il faut savoir sur quelle base on gouverne et donc quelles propositions politiques nous faisons ensemble.

1:19
Clémentine Autain

– Et on va parler du fonds, mais c'est le fonds qui bloque ? Ce sont des questions programmatiques ou c'est la répartition des circonscriptions qui pose problème ? Ou les deux ?

1:27
Présentateur

– Par définition les deux. Vous imaginez bien qu'on travaille en parallèle sur la répartition des circonscriptions et ce n'est pas simple, je ne vais pas vous cacher les choses, évidemment ça n'est pas simple, donc ça suppose beaucoup d'aller-retour, beaucoup de discussions, d'argumentations. Et voilà, j'espère qu'aujourd'hui, puisque nous sommes le 3 mai, anniversaire du Front populaire, nous réussirons à l'issue de cette journée d'avoir un grand accord qui permette, je crois, de nous hisser à la hauteur de l'histoire et de l'urgence sociale et écologique que rencontre la France aujourd'hui.

2:03
Invité

– Ce temps d'explication, une précision que vous évoquez, vous ne l'avez pas eu avant la présidentielle ? Vous avez négocié pendant des mois, qu'est-ce qui change ? Non, vous n'êtes pas parlé du tout finalement ?

2:12
Présentateur

– Non, on ne peut pas dire qu'on ne se soit beaucoup parlé, on ne peut pas dire qu'il y a eu beaucoup de passerelles.

2:18
Invité

– Qu'est-ce qui fait que c'était impossible de le faire avant la présidentielle ? Pourquoi c'est possible maintenant ?

2:21
Présentateur

– Permettez-moi juste de revenir sur ce que vous soulignez, pendant la présidentielle, ce sont même des noms d'oiseaux assez désagréables que nous avons entendus, notamment à l'encontre de Jean-Luc Mélenchon.

2:31
Invité

– Zéro discussion, zéro échange en réalité.

2:33
Présentateur

– On ne peut pas franchement dire que l'ambiance était sympathique et chaleureuse. Donc qu'est-ce qui s'est passé ? Il s'est passé d'abord que les Français ont tranché, et ce qu'ils ont tranché, c'est entre deux grandes orientations, une orientation d'accommodement avec les politiques néolibérales, avec le productivisme, ou alors une politique de rupture telle que nous la proposons. Les Français avaient déjà tranché en 2017, puisque Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 19% des suffrages, et le Parti Socialiste avec les Verts faisait 6%. Bon, c'était compliqué de discuter après, parce qu'on sortait du quinquennat Hollande. – Non mais on sortait du quinquennat Hollande.

3:07
Clémentine Autain

– Voilà, parce qu'à l'époque, il a été reproché à Jean-Luc Mélenchon de ne pas avoir rassemblé à ce moment-là. Vous reconnaissez que ça a été une erreur finalement ?

3:14
Présentateur

– Je pense que la discussion était plus compliquée à ce moment-là. Je ne dis pas qu'on n'aurait pas dû peut-être davantage… – Pousser au rassemblement ? – Voilà, des mains tendues et engager la discussion. Mais ce que je sais aussi, c'est qu'à ce moment-là, on sortait du quinquennat Hollande, donc on n'était pas tout à fait dans la même situation. Voilà, il y a eu 5 ans, et les Français ont à nouveau tranché et renforcé leur position. – C'est ça qui change tout.

– C'est bien une gauche de rupture qui peut remettre sur pied l'espérance, qui peut mobiliser un électorat qui est à la fois écoeuré de la politique et désespéré par la gauche, notamment en raison de ce quinquennat, de cette expérience récente de la pseudo-gauche qui a en fait amené une politique de droite au pouvoir. Donc on a cette histoire-là. Mais ce que je veux dire, c'est que ce qui nous arrive vient de loin. Vient de loin.

En réalité, ça prend sa source à mon sens, en 2005, avec le traité constitutionnel européen, où à ce moment-là, la dynamique du non de gauche, qui ne veut plus de ce grand marché libre et non faussé, qui n'en peut plus non plus de cette technocratie qui gouverne contre le peuple, c'est ça qui se passe, eh bien à partir de 2005, je pense qu'on commence à écrire une autre histoire avec les collectifs antilibéraux, puis le Front de Gauche qui fait un score à deux chiffres, déjà avec Jean-Luc Mélenchon en 2012, puis ensuite la France insoumise. Vous voyez ce que je veux dire ?

C'est qu'il y a un élan dans la société qui est porteur de radicalité au pluriel et que c'est bien ce camp-là de la gauche qui peut permettre de redonner des couleurs à notre famille.

4:49
Invité

Avec une perspective de véritable rapprochement aujourd'hui, donc 17 ans après ce fameux traité de 2005.

4:53
Présentateur

Oui, exactement. Mais vous savez, quand vous regardez la grande histoire, vous savez bien que les choses se font. Mais il faut comprendre les racines et ce qui se joue. Et je crois qu'Olivier Faure, comme Julien Bayou, dans cette séquence, prennent aussi la mesure de ce que je suis en train de vous dire, de ce que les Français ont tranché dans les urnes.

5:13
Clémentine Autain

Alors justement, ce qui semble bloquer avec les socialistes, notamment c'est la question de l'Union européenne. Olivier Faure l'a dit, lui, il ne veut pas du mot désobéissance dans le compromis, enfin dans l'accord. Est-ce que vous êtes prêts justement à faire ce compromis et à enlever ce mot désobéissance au traité ?

5:27
Présentateur

Laissons les négociateurs négocier. Donc je ne vais pas vous dire quel est le point d'entente, puisque le point d'entente est en discussion. Après, je veux dire ce que ça signifie derrière désobéir. Parce que ce que je sais, c'est que dans ces négociations, parfois il y a des incompréhensions, des préjugés. On pense que l'autre, il pense ça. Vous voyez ce que je veux dire ? Et en fait, c'est quand on commence à décortiquer, à démêler, qu'on finit par se dire, en fait, on n'est pas si pas d'accord que ce qu'on pensait. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc sur désobéir, il faut savoir qu'est-ce qu'on veut dire derrière ça.

Ce qu'on veut dire derrière ça, c'est que si par exemple en France, on veut créer un pôle public de l'énergie et que les traités européens nous disent non, il faut ouvrir à la concurrence, eh bien nous, on pense qu'il faut faire ce pôle parce que les Français nous ont donné un mandat pour cela. Alors on le fera. C'est ça. On n'appliquera pas les normes des traités, on appliquera la politique conformément à la souveraineté française, populaire française.

6:21
Clémentine Autain

Sauf que vous savez que les mots ont un sens, surtout dans des accords comme ça. Exactement. Est-ce que du coup, vous expliquez ce que vous voulez, mais avec le mot désobéissance, il faut le réunir ?

6:28
Présentateur

Je suis en train de vous répondre que ce sont aux négociateurs de dire comment les socialistes et les insoumis peuvent s'entendre sur le vocabulaire, mais ce sur quoi nous ne bougerons pas, c'est sur l'idée que je viens de vous dire. C'est-à-dire concrètement, nous estimons que si l'Union européenne nous empêche de mener des politiques de progrès social et écologique, alors nous n'appliquerons pas ces impositions européennes. On a bien compris sur cette question. Et sur ça, je peux vous assurer qu'on ne bougera pas.

Moi, je veux bien qu'on discute des mots, mais ce qui est sûr, c'est que sur ce point, mais ce que nous demandent, si j'ai bien compris, les socialistes, c'est aussi de savoir si ce que nous voulons, c'est demain un Frexit. D'ailleurs, avec Europe Écologie Les Verts, c'est aussi ça la discussion, ça a été ça. Et nous avons écrit noir sur blanc que l'enjeu n'était pas une sortie immédiate de l'Union européenne et de la monnaie. Immédiate ? Non, mais même immédiate. Notre enjeu n'est pas la sortie de l'Union européenne. La sortie tout court, même à plus long terme. Là, on n'est pas sur une gestion de temporalité. Non, mais notre objectif n'est pas celui-là.

Notre objectif est de pouvoir appliquer notre politique sans contrainte européenne, qui nous amènerait vers des régressions, et de mener, bien sûr, comme on l'a toujours dit, la bataille, vous savez, dans le nom de gauche, au début, je vous raconte ça, mais c'est à voir. Tout le débat public, c'était... En fait, le sujet, c'est pour ou contre l'Europe. C'était ça. Et les termes du débat qu'on voulait nous imposer, c'était ça. Et c'est à partir du moment où nous avons réussi à mettre sur la table que l'enjeu, c'était pas ça, c'était pour ou contre cette Europe-là. Et c'est à ce moment-là que le nom de gauche a créé cette dynamique. Parce qu'au fond, ce n'est pas qu'on ne veut pas de l'Europe.

Moi, je pense que les politiques menées actuellement, c'est elles qui tuent l'Europe. C'est ça qui tue l'Europe. Mais ça, tout le monde est à peu près d'accord pour dire qu'il faut changer.

8:10
Clémentine Autain

Même Emmanuel Macron dit que cette Europe-là n'est pas parfaite et qu'il y a des modifications...

8:13
Présentateur

Non, mais entre n'est pas parfaite et ça ne va pas parce que le cours néolibéral est une catastrophe, vous voyez, il y a un monde. Et Emmanuel Macron, on sait très bien de quel côté il est, puisqu'il incarne ce pôle qui développe toujours plus cet extrême centre et ce néolibéralisme qui produit de la régression des inégalités.

8:30
Invité

– Autre point compliqué par rapport aux négociations en cours, l'Ukraine, l'attitude vis-à-vis de l'Ukraine. Le PS et Europe Écologie Les Verts sont favorables à la poursuite de livraison d'armes à l'Ukraine. Quelle est votre position et comment est-ce que vous allez pouvoir vous mettre d'accord sur ces points-là ?

8:43
Présentateur

– Alors la question est notamment posée à Jean-Luc Mélenchon s'il était Premier ministre, parce que vous savez qu'il y a une répartition aussi des rôles entre le Président de la République et le Premier ministre. Donc ce serait une situation un peu particulière parce que le Président a quand même beaucoup de pouvoir en matière de politique étrangère.

8:57
Invité

– Ce serait une cohabitation.

8:59
Présentateur

– Donc Jean-Luc Mélenchon le dit très clairement et c'est pourquoi d'ailleurs ce n'est pas un point dur des négociations, ni avec les socialistes, puisque Jean-Luc Mélenchon dit très clairement que le Président de la République dispose aujourd'hui d'informations dont nous ne disposons pas pour décider s'il envoie ou non des armes, que d'ailleurs lui seul sait ce qu'il envoie, et que donc c'est une question qui est beaucoup plus complexe et épineuse que ce qu'on veut bien dire. Et nous le redisons, je vous le redis très tranquillement, nous avons immédiatement apporté notre soutien aux Ukrainiens face à l'agression de Vladimir Poutine.

Donc il y a un point qui ne fait pas débat, je dirais, au sein des gauches, contrairement à ce qu'on a entendu dans la campagne présidentielle. – Non mais sur la question des armes,

9:44
Clémentine Autain

vous avez un petit peu changé de position, parce que devant l'Assemblée nationale, c'était quand même co-belligérant,

9:49
Présentateur

c'est le terme qu'avait employé Jean-Luc Mélenchon. – Qui est une notion politique, et je pense que Jean-Luc Mélenchon vous le redirait, ce que nous disons, c'est que nous voulons emmener le camp de la paix, et que la question est de ne pas être co-belligérant, parce qu'entrer en guerre contre la Russie implique quand même un certain nombre de choses qu'il faut être capable de regarder. – Mais si Emmanuel Macron, avec les informations qu'il a dit,

10:10
Clémentine Autain

qu'il faut envoyer des armes en question, vous ne vous opposerez pas ?

10:13
Présentateur

– Je vous dis que c'est un débat complexe, que nous n'avons pas toutes les informations, et que Jean-Luc Mélenchon discutera avec le président de la République, que les choses ne sont pas figées, mais par contre, il sera du côté de la paix, en tout cas de chercher une solution diplomatique.

10:32
Invité

– Sur l'attitude vis-à-vis des sanctions, l'Union européenne prépare un sixième train de sanctions, avec un orborgo total éventuel sur le gaz et le pétrole russe, comment est-ce que vous vous positionnez par rapport à ça ?

10:41
Présentateur

– Alors on est pour élever le niveau des sanctions, on l'a toujours dit, mais aussi pour protéger les Français des effets, des effets potentiels.

10:47
Invité

– Et donc c'est oui ou c'est non en fait ?

10:49
Présentateur

– Écoutez, là c'est pas… Ce que je veux dire, c'est que là, tout de suite, on n'a pas forcément toutes les clés pour répondre à la question que vous posez, voilà, et que ce qui compte, c'est en juin, comment, où en sera la situation, quelles seront nos marges de manœuvre, et ce sera une discussion entre le Premier ministre et le Président de la République.

11:07
Clémentine Autain

– Sur la réforme des retraites, qui là est de la prérogative du Premier ministre.

11:11
Présentateur

– Oui, oui, oui, oui.

11:12
Invité

– Alors pour vous, après l'accord, ce sera 60 ans pour tous, ou uniquement pour les métiers difficiles, et avec un départ à taux plein, à quel âge ?

11:21
Présentateur

– Alors nous, ça dépend des annuités en fait, le départ à taux plein, c'est le nombre d'annuités, on est toujours dit 40 annuités, et le départ à 60 ans, voilà. C'est ça l'objectif que nous nous fixons. La discussion, qui pour le coup a lieu en particulier avec les socialistes, elle est celle du rythme, c'est-à-dire en combien de temps on est capable de revenir à la retraite à 60 ans avec ses 40 annuités ? Je crois que ça fait partie de la discussion qui a lieu en ce moment avec les socialistes, mais nous tiendrons bon, ça c'est clair, que pour nous, la retraite à 60 ans, c'est un marqueur essentiel.

11:53
Clémentine Autain

– Oui, mais avec 40 annuités, c'est-à-dire pour les gens qui rentrent sur le marché du travail à 25 ans, par exemple, ils ne peuvent pas partir à la retraite à 60 ans. – Oui, oui, mais c'est déjà le cas aujourd'hui. C'est déjà le cas aujourd'hui. – Oui, voilà, donc c'est-à-dire que ce n'est pas 60 ans

12:06
Présentateur

pour tout le monde, quelle que soit votre carrière. – Non, ce n'est pas le départ à 60 ans pour tout le monde, ah, le départ à 60 ans pour tout le monde, quelle que soit le carrière. Ce qu'il faut, c'est les 40 annuités, bien sûr.

12:16
Clémentine Autain

– Et le taux plein, ça ne vous le changez pas ? Il a 67 ans aujourd'hui, le taux plein.

12:19
Présentateur

– Non, non, non, non, non, non, non, non, ça on va avoir des tonnes de discussions là-dessus, parce que c'est très technique après, moi j'ai fait tout le débat sur la réforme des retraites, tu peux vous dire que c'est un niveau de technicité qui est quand même très élevé. Donc il faut, il y a plein de mécanismes, donc déjà il faut des mécanismes protecteurs pour la pénibilité, donc par exemple quand vous dites, vous partez à 20 ans, sur la pénibilité, le départ à 60 ans, enfin partir à 60 ans, il peut y avoir aussi plein de métiers de pénibilité qui font que même si on n'a pas les 40 annuités, on part à 60 ans.

C'est pour ça que vous disiez les 40 annuités, donc on reste globalement sur cette logique, mais ensuite il faut regarder dans le détail. Donc quand vous avez de la pénibilité, il faut pouvoir partir à 60 ans, à taux plein, à taux plein, j'entends bien à taux plein. Et après, vous avez des métiers, vous le savez bien, où il est possible de partir, des métiers qui sont moins pénibles physiquement, où il est possible de partir plus tard. Mais simplement dites-nous globalement... Mais le président de la République, lui, il propose 65 ans.

13:13
Invité

Mais globalement, avec vos partenaires socialistes et écologistes, vous êtes d'accord sur la méthode à adopter, la retraite, est-ce que c'est un point de discussion, un point problématique entre vous ?

13:24
Présentateur

Ce que je vous disais tout à l'heure, oui, ça a été un point de discussion.

13:26
Invité

Et ça l'est toujours. Où vous avez trouvé un accord ?

13:28
Présentateur

Je pense que ça l'est encore avec les socialistes. Je ne suis pas dans la négociation. Donc ça fait partie des choses qui restent à négocier aujourd'hui.

13:32
Clémentine Autain

Le programme d'Anne d'Algo, c'était 62 ans.

13:34
Présentateur

Peut-être qu'hier soir, ça a été réglé. Mais je ne le sais pas. Voilà, je vous dis les choses très franchement.

13:42
Invité

Ça fait partie des discussions de la journée. A priori.

13:45
Présentateur

A priori, voilà. Je crois qu'il y a eu un accord sur l'objectif du départ à la retraite à 60 ans. Il me semble qu'on avance vers cet horizon.

13:56
Clémentine Autain

Est-ce que dans les autres points bloquants, il y a la question de la bannière, du nom de la bannière ? Avec les écologistes, ça a été acté Nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale. Est-ce que ça, ça convient à tout le monde ? Ou est-ce que là, il y a des discussions autour de ça ?

14:08
Présentateur

Mais je ne suis pas dans les négociations d'hier soir. Donc je ne peux pas vous répondre à tout. On imagine que vous avez quelques informations quand même. Je crois savoir que nous avons trouvé, là pour le coup, dans l'accord avec Europe Écologie-Les Verts, une bannière qui peut faire consensus, je le crois.

14:22
Clémentine Autain

Le parti radical de gauche, lui, refuse tout rapprochement avec vous, avec la France Insoumise. Il parle, je le cite, d'arrangement d'Europe Écologie-Les Verts du Parti Socialiste et des communistes vecteurs d'une insincérité qui nourrit l'extrême droite. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

14:35
Présentateur

Il y a un espèce de concert, vous avez remarqué, depuis quelques jours. Enfin, c'est assez amusant, surtout les plateaux. Vous le trouvez aussi bien dans la bouche des représentants du président de la République que l'extrême droite, qu'un certain nombre d'éditorialistes, d'un seul coup, très affolés et très agressifs. Donc moi, j'appelle au calme, à la rationalité. Voilà, je vois que le parti radical de gauche rentre dans ce concert. Donc je comprends que ça suscite un peu de panique, parce qu'on est en train d'écrire un scénario qui n'était pas prévu. Donc ça a créé des mois. Il y a de la panique pour vous, il y a de la panique ?

Bien sûr, il y a de la panique, il y a de l'inquiétude, il y a de la peur jusqu'au sommet de l'État. Vous avez vu quand même que le président de la République n'a toujours pas nommé son Premier ministre. Ça fait quand même dix jours qu'il est élu. Donc il y a quelque chose qui, visiblement, ne tourne pas tout à fait. C'est un rapport avec le nom de gauche pour vous ? Je le crois. Sincèrement, je le crois, oui.

15:24
Clémentine Autain

Parce qu'il craint cet accord électorat contre vous ?

15:26
Présentateur

Je pense qu'il doit chercher l'équation qui permet de nous contrer. Et visiblement, il a du mal. Ce n'est pas facile.

15:33
Invité

Vous pensez que du coup, il attend que vous ayez conclu un accord, voir sur quelle base pour désigner son premier ou sa première ministre ?

15:39
Présentateur

Reconnaissez que c'est une hypothèse qu'on ne peut pas exclure.

15:41
Clémentine Autain

Est-ce que le NPA va rejoindre votre accord ? Est-ce que vous savez s'il y a des discussions ? Est-ce que vous le souhaitez ?

15:51
Présentateur

Écoutez, nous, on a voulu rencontrer du NPA au Parti Socialiste. Donc si on a voulu rencontrer tout le monde, c'est qu'on voulait un accord avec tout le monde.

15:59
Clémentine Autain

Alors on parle bien du NPA. Est-ce que c'est parce qu'on en parle moins ? Ou est-ce que c'est parce qu'il y a un accord qui est difficile à conclure ?

16:04
Présentateur

Je crois que l'accord, là aussi, il y a des négociations. Je ne sais pas où elles vont aboutir. Je ne peux pas vous dire à cette heure. Mais notre souhait est de faire l'arc de force le plus large possible.

16:15
Clémentine Autain

Le mode de scrutin aux législatives, il faut 12,5% des inscrits pour être au second tour. C'est-à-dire qu'avec une abstention, mettons, de 50%, il va falloir 25% des voix. Il faut être deuxième, au premier. Voilà, ça veut dire qu'il n'y aura quasiment que des duels. Est-ce que ça, ça vous inquiète ? C'est une mauvaise nouvelle pour vous ? Vous craignez une alliance entre la République en marche et les Républicains pour contrer vos candidats au second tour ?

16:33
Présentateur

Non, mais moi, je n'aime pas tellement réfléchir en termes de mécano de ce type. Quel va être le mécano qui nous permet de... Ce qu'on cherche, c'est l'adhésion des Français. Voilà, donc ce qu'on veut, c'est gagner par adhésion des Français. On a 105 circonscriptions dans lesquelles nous sommes arrivés en tête, en tête de tous les autres candidats. Et avec la configuration qu'on est en train de mettre en mouvement, je pense qu'on peut vraiment être en dynamique, premier ou second, dans un maximum de circonscriptions et gagner cette majorité. C'est ça l'enjeu. Donc je ne crois pas à des raisonnements. Par contre, l'enjeu de la participation, ça, c'est vrai que c'est un sujet.

Et pas simplement pour les 12 ennemis. C'est un sujet parce que pour gagner, notamment dans les circonscriptions populaires, nous avons besoin que ceux qui ont trouvé le chemin des urnes à la présidentielle ne rentrent pas chez eux désespérés. Et le fait que Jean-Luc Mélenchon ait donné comme objectif d'être Premier ministre, c'est aussi ce qui réveille l'espoir avec cette idée de troisième tour. C'est d'un seul coup, on croyait qu'on avait perdu, mais non, en fait, on a encore la possibilité d'empêcher 5 années de casse sociale avec Emmanuel Macron et de mépris.

17:37
Invité

Vous pensez vraiment que ça peut marcher ? Parce que l'enjeu est essentiel, le vrai enjeu de ces législatives, c'est la participation, c'est comment on fait pour ramener les gens aux urnes. On sait pertinemment qu'après la présidentielle, le taux d'abstention est énorme. La dernière fois, c'était plus de 50% d'abstention au premier, puis au second tour. Est-ce qu'on ne va pas vers le même scénario ? Sachant qu'il y a 7 semaines entre la présidentielle et la législative, comment vous faites pour ramener les gens aux urnes ?

17:59
Présentateur

C'est exactement ce que je viens de vous dire, c'est-à-dire que je pense que l'acte posé par Jean-Luc Mélenchon est celui qui peut permettre de mobiliser, parce qu'il donne un objectif de victoire.

18:09
Invité

Donc ce double récit, à la fois l'union à gauche, plus Jean-Luc Mélenchon Premier ministre, vous pensez que c'est quelque chose qui peut marquer les esprits et imprimer ?

18:19
Présentateur

Oui, je crois vraiment. Je pense que ce sont en effet les deux étapes. Alors, vous dites l'union à gauche, je veux insister ce matin.

18:26
Invité

L'union des gauches ?

18:27
Présentateur

Non, d'abord il y a les écologistes aussi, et je veux insister sur le caractère neuf. C'est-à-dire que si on donne à penser qu'on a fait une union des gauches classique, qu'on recommence avec la gauche plurielle, etc., je pense qu'on est à côté de l'histoire. Ce qu'on essaye de faire, c'est, à partir de la méthode qui a été celle de l'union populaire, d'élargir et de rassembler plus encore. Mais ce n'est pas simplement un accord avec des appareils politiques, c'est dans la société que nous cherchons l'énergie, la force de construire cette majorité.

Parce que ce qui s'est passé à la présidentielle, c'est que nous avons réveillé des catégories de population qui ne voulaient plus aller voter, qui ne croyaient plus dans la politique. Et je pense que nos capacités à être majoritaires, elles dépendent de ça, de cet éveil. Évidemment, pour qu'il y ait cet éveil, il vaut mieux avoir du rassemblement aussi dans les forces politiques, mais ça ne suffit pas. Et donc, on a une méthode pour ça, et qui est une méthode qui vise à mobiliser dans la société. – Il y a un point crucial sur les jeunes. – Bien sûr, bien sûr, c'est les jeunes.

19:29
Clémentine Autain

– Sur la question des investitures, on ne va évidemment pas faire les 577, mais vous savez qu'il y a notamment… – J'aurais du mal à vous répondre. – Oui, il y a notamment une investiture qui fait débat, c'est celle de Taha Bouhafs dans le Rhône. – C'est vous qui avez décidé qu'elle faisait débat. – Pas que, elle fait aussi débat au sein des autres parties de gauche qui vous soutiennent, a priori, avec lesquelles vous allez conclure un accord. Taha Bouhafs, je le rappelle, condamné pour injure publique, à raison de l'origine… – Non, non, il n'est pas condamné par un… non. – Si, il a été condamné pour avoir insulté une policière d'arabe de service.

– Non, non, mais non, il a fait appel, il n'est pas condamné. – Il a été condamné en première instance, effectivement. – Exactement. Est-ce que vous soutenez son investiture ?

20:02
Présentateur

– Oui, bien sûr que je soutiens son investiture. Bien sûr que je soutiens son investiture.

20:05
Clémentine Autain

– Jean-Luc Mélenchon, juste quand Éric Zemmour s'est présenté à la présidentielle, il a dit qu'il était opposé à ce que des personnes condamnées pour incitation à la haine raciale puissent se présenter à la réélection. – Non, mais écoutez, c'est pas… – Ça veut dire que ce qu'il vaut pour Éric Zemmour, ça ne vaut pas pour vos candidats

20:17
Présentateur

aux législatives ? – D'abord, ça ne vaut pas pour Éric Zemmour du tout, puisque vous voyez, il vient sur les plateaux, il explique que Pédin a sauvé des Juifs et ça ne dérange pas grand monde quand même, au regard de la violence de ce qu'il raconte. Donc Tahabouaf est un militant des quartiers populaires, un journaliste indépendant qui, je vous rappelle, a permis de faire sortir l'affaire Benalla. Donc ce n'est pas n'importe qui, Tahabouaf. – Mais pas que ? – Oui, mais pas que. Mais qu'est-ce qu'on décide ? Mais pas que, mais quoi ? – Et qu'il y a aussi des propos ? – Mais non, dites ce qu'il a dit, qu'est-ce qu'il a dit ?

– Quand il dit une policière, quand il traite une policière d'arabe de service, pour vous, ce n'est pas un problème ? – Mais bien sûr que ce ne sont pas des mots policiers comme il faudrait les dire, ce n'est pas bien, voilà, d'accord. Mais avec tout ce qu'on entend aujourd'hui sur les plateaux télé, je vous assure que ce n'est pas ce qui me choque le plus. Quand on a un président de la République qui est capable de parler aux Français en disant qu'il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, ça c'est d'une violence inouïe. Et vous voyez, il n'est pas condamné. Bon, donc moi je ne dis pas que tous les propos de Tahabouaf, je les partage, ce n'est pas ça le sujet.

Le sujet c'est que je dis que si on veut régénérer la politique, si on veut l'ouvrir, si on veut que ce ne soient pas toujours les mêmes profils qui soient en responsabilité et qui représentent le peuple, alors il faut qu'on ait la capacité à nous ouvrir à des personnalités comme Tahabouaf qui a encore une fois fait partie aussi de cette génération qui ne mâche pas ses mots en effet, et qui est capable de mener des batailles politiques fortes contre le racisme, parce que franchement, condamner Tahabouaf, qui est un militant antiraciste pour incitation à la haine raciste, ce n'est quand même pas la même chose que Zemmour, on ne pouvait pas mettre tout ça sur le même plan, ça n'a pas de sens, ou alors vraiment on a perdu la tête, comprenez bien.

Non, je vous redis ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon, qu'il ne voulait pas que personne condamnée. Comprenez, comprenez, comprenez la folie du truc. C'est-à-dire qu'Éric Zemmour condamné pour haine raciste, on voit bien le sujet. C'est toute sa colonne vertébrale qui propose un projet xénophobe. Tahabouaf est un militant antiraciste qui vient des quartiers populaires.

Alors on peut dire, ces mots-là, ce n'étaient pas les bons mots qu'il fallait dire sur un plateau de télé, mais vous ne pouvez pas, à cause de ces trois mots, expliquer que, alors qu'il est très jeune, encore une fois, que c'est aussi un militant très jeune, qui ne mâche pas ses mots parce qu'il a de la colère, voilà, faisons attention à ce qu'on dit. Non, mais c'est pour ça que, pardonnez-moi, je vous parle un peu vivement, mais parce que cette polémique, elle commence vraiment… On voit que ça vous agace. Oui, parce que je trouve qu'on mélange tout, vous voyez ce que je veux dire ? On mélange tout, les choses perdent de leur sens profond, en fait.

22:38
Clémentine Autain

Sur l'affiche de Jean-Luc Mélenchon, qui a beaucoup fait parler, Élisez-moi Premier ministre, Olivier Faure, dimanche, il dit « C'est pas très VIème République, cette affiche ». Qu'est-ce que vous répondez ?

22:46
Présentateur

On aimerait bien être dans la VIème et du coup ne pas avoir à faire ce genre d'affiche. Je suis d'accord, là, pour le coup, je suis d'accord. On aimerait, on aimerait qu'il n'y ait pas de présidentielle et que du coup, la question du leader prenne moins de place, tout ça.

22:57
Clémentine Autain

C'est un accord, vous allez la changer, cette affiche ? Ça sera 4 personnes si vous faites un accord à 4 ?

23:02
Présentateur

Non, mais c'est pas ça. Non. Ou ça sera toujours Jean-Luc Mélenchon ? Non, mais là, il s'agit d'abord, ça sera 577 affiches, surtout. Vous savez que c'est des législatives, donc il y aura 577 affiches.

23:10
Clémentine Autain

Non, mais là, vous avez lancé une affiche nationale.

23:12
Présentateur

Mais oui, mais parce qu'il y a un mot d'ordre. Mais je dis à Olivier Faure une chose, en revanche, c'est que s'il trouve que c'est pas très 6ème République, j'espère du coup qu'il sera avec nous pour défendre une 6ème République. Ce qui pour l'instant n'était pas le cas.

23:23
Clémentine Autain

C'est dans l'accord, a priori.

23:24
Présentateur

Oui, mais ce qui pour l'instant n'était pas le cas. Le Parti Socialiste n'était pas pour une 6ème République. Donc je suis ravie qu'il soit, à ce moment-là, d'accord pour dire avec nous que oui, il faut qu'on change d'air, qu'on change d'époque. Et pour le faire, il faut Jean-Luc Mélenchon. Alors, Premier ministre, ça va pas suffire. Parce que pour mettre en mouvement une 6ème République, ça va pas suffire. Il faut vraiment qu'il y ait un président ou une présidente de la République Un dernier mot sur le 1er mai, Stéphane.

23:48
Invité

Moi, je pensais surtout un dernier mot sur les législatives. Vous serez évidemment candidate à votre propre succession dans votre circonscription ou vous êtes prête à la laisser à un de vos partenaires ?

23:56
Présentateur

Pour l'instant, dans les accords, personne ne l'a demandé. Personne ne veut votre circonscription. Donc vous y retournez. Pourtant, c'est une magnifique circonscription, ce Vran Tremblay-Villepart où Jean-Luc Mélenchon est arrivé au total à 54%. Donc vous voyez, c'est une circonscription effectivement que nous revendiquons et je pense que nous avons quelques raisons de le faire. Avec grand plaisir.

24:18
Clémentine Autain

Merci beaucoup Clémentine Autain. Merci d'être venue nous répondre à nos questions ce matin. On regarde la une de West France, pardon Stéphane. Pétrole russe vers un embargo européen total. C'est à la une de votre journal. Merci beaucoup Clémentine Autain.