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interviewC dans l'air· 4 décembre 2025 11 min

Défense : l’Europe hausse le ton !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

son industrie de défense. Le Parlement européen a voté cette semaine 1,5 milliard d'euros de budget pour le programme Edip. C'est un programme pour renforcer la défense.

R.Glucksmann et F.-X.Bellamy ont mis leurs divergences de côté à cette occasion. - C'est une nouvelle nouveauté: le Parlement européen vient de voter un programme pour financer l'industrie de défense de l'UE.

Son nom: l'Edip. Le combat est porté par 2 députés français pourtant rarement d'accord: R.Glucksmann, de gauche, et F.-X.Bellamy, de droite.

Selon eux, l'Europe doit s'émanciper des Etats-Unis. - R.Glucksmann: Il faut être capables de produire nous-mêmes les moyens de notre défense, notre sécurité. - F.-X.Bellamy: Désormais, pour qu'un équipement soit financé par ce programme européen, il faudra au moins qu'il ait 65 % de contenu européen mais qu'il ait été aussi conçu en Europe et qu'il ne soit protégé par aucune licence juridique extra-européenne. - Avions F-35, lance-roquettes Himars ou missiles Patriot, 63 % des équipements militaires européens viennent des Etats-Unis.

Alors, en coulisses, le lobbying américain a tenté de torpiller le projet. - R.Glucksmann: Le complexe militaro- américain déteste Edip.

Ils ont tout fait pour bloquer l'avancée des négociations. Ils ont tout fait pour obtenir des dérogations. Les capitales européennes les plus proches de l'Alliance atlantique ont été à la manoeuvre pour fragiliser cet agenda. - R.Glucksmann: Nous avons tenu bon pour éviter de vider le texte de toute sa substance. - F.-X.Bellamy: Cela semble beaucoup pour les Européens, mais c'est très peu, dans le monde dangereux qui se dessine en face de nous.

Ces règles vont être répliquées dans les prochains instruments qui serviront pour les années qui viennent, avec des montants beaucoup plus importants. - R.Glucksmann: Il aurait fallu faire Edip il y a 5 ans ou 10 ans.

Nous sommes en retard, mais il n'est jamais trop tard pour devenir adultes et commencer à agir de manière rationnelle. - Parmi les députés européens qui ont voté contre Edip, les insoumis ou l'extrême droite, le RN. - R.Glucksmann: Vous avez des patriotes de pacotille qui proclament partout leur amour de la France et leur souci de sa souveraineté, qui s'opposent à un texte qui assure la souveraineté et la sécurité des Européens, leur autonomie vis-à-vis des Etats-Unis d'Amérique.

Ces gens-là ne sont pas des patriotes. Ils sont en réalité au service d'une idéologie anti-europ celle qui anime Poutine et Trump. - F.-X.Bellamy: Nous voyons devant nous le monde qui se dessine, un monde dangereux où les logiques de puissance font leur retour de manière massive.

Si nous restons désarmés, nous sommes perdus. Nos libertés, mais aussi notre sécurité et la paix elle-même ne seront pas protégées. - Edip arrive en renfort d'une autre mesure européenne: un emprunt commun de 250 milliards d'euros pour investir dans les clés de la défense comme les drones ou les munitions. - C.Roux: Question. - Gal D.Trinquand: C'était dit à la fin du reportage. 150 milliards, c'était pour acheter. 1,5 milliard, c'est pour lancer des programmes.

Ce n'est pas la même chose. Je reviens sur un chiffre souvent donné. Les 63 % de matériel européen qui viennent des Etats-Unis.

C'est en dollars. Le F-35 qui coûte très cher, ça fait tout de suite monter la facture. - C.Roux: Quel est le bon chiffre? - Gal D.Trinquand: C'est un bon chiffre. - C.Roux: Que faut-il comprendre de cette correction que vous faites? - Gal D.Trinquand: On parlait tout à l'heure du fait que l'Alliance atlantique est faible dans le domaine terrestre.

Il n'y a pas beaucoup de matériel américain dans le domaine terrestre. Là, les Européens doivent mettre le booster pour avoir du matériel. C'est essentiellement les F-35 et les Patriot qui font augmenter considérablement la facture et qui font dire qu'il y a 63 %.

Ces matériels sont très chers. Pour le reste, dans les matériels européens, par exemple, il y a beaucoup d'équipements divers. Le but est d'avoir moins d'équipements en nombre, mais plus en volume. - C.Roux: Sur le principe de dire que le matériel qu'on va acheter ne peut pas avoir plus de 60 % de composants qui ne seraient pas européens... - Gal D.Trinquand: C'est très bien.

Ca permet aux entreprises européennes de travailler ensemble sans être dépendantes d'entreprises américaines. Il ne doit pas y avoir de licences qui viennent de l'étranger et qui empêchent de se servir de ce matériel. - C.Roux: Vous vouliez rebondir sur cette initiative.

Ca fait 3 ans qu'on dit que l'Europe doit se mettre en mouvement, qu'on dit qu'il faut acheter du matériel ensemble, produire ensemble, qu'il faut une industrie commune... - P.Gélie: Ce que fait l'Europe est bien.

C'est un cadre juridique et une démarche avec une 1re enveloppe. Mais l'Europe n'a pas de compétences à proprement parler en matière de défense. Elle l'aborde sous l'angle de l'industrie, ce qui est très utile, mais elle a des compétences sur l'industrie et pas la défense.

Tous ses projets sont à la merci de la souveraineté des Etats, mais aucun d'eux ne veut renoncer à sa souveraineté. Le vrai mouvement viendra à la fois des entreprises et des collaborations d'entreprises à l'échelle européenne, peut-être sur certains produits nouveaux, et bien sûr des Etats eux-mêmes, quand ils décident d'augmenter l'interopérabilité, d'avoir des matériels compatibles, de produire ensemble. - C.Roux: Elles ont du mal à collaborer, les entreprises européennes.

On l'a vu sur le Scaf, l'avion du futur, qui rame. - P.Gélie: C'est difficile de s'entendre avec les Allemands qui ont une industrie puissante, mais qui sont en retard sur l'aéronautique. - S.de Bendern: Justement, l'exemple du Scaf, avec la branche allemande d'Airbus qui se dispute avec Thalès, c'est terrible de voir des sociétés européennes qui sont presque d'un même pays et qui n'arrivent pas à s'entendre sur un projet.

Le problème auquel nous faisons face en Europe, c'est que pendant très longtemps, il y avait une espèce de sentiment que nous ne voulions pas dépenser pour notre défense. C'est confortable de se reposer sur les Américains, parce qu'au sein de l'Otan, ce sont eux qui financent notre sécurité, ou, en tout cas, 65 % du matériel de défense. Quand je travaillais à l'Otan, je venais faire des conférences en France.

On me disait que les Américains étaient méchants. Je demandais: "Vous êtes d'accord pour augmenter votre budget de défense?" On me regardait avec des grands yeux.

Il faut continuer à dépendre des Américains? Où est le patriotisme là-dedans? - C.Roux: Sur le Scaf, c'est Dassault.

Question. La défense, on dit que c'est un début, que ce n'est pas suffisant et qu'au bout du bout, il y a l'Otan. La Norvège, la Pologne et l'Allemagne vont acheter pour 1 milliard d'euros d'armes américaines pour l'Ukraine.

La France ne fait pas partie de cette série d'achats. - P.Gélie: Ca dépend si Trump veut toujours les vendre. - M.Van Renterghem: On essaie de renforcer le pilier européen de l'Otan.

Les Américains nous reprochent, et ils ont bien raison, et on donne raison à Trump de l'avoir dit brutalement, de les laisser financer notre défense pour financer l'Etat social. Quand on s'autonomise un peu, ils ne sont pas contents, comme le disaient R.Glucksmann et F.-X.Bellamy.

Ils donnent un exemple. 2 personnalités politiques de 2 bords opposés, unies dans la défense, pour assurer la sécurité du territoire français et européen, je trouve qu'ils donnent l'exemple de ce que doit être une union nationale dans des temps aussi dangereux. Ca devrait être suivi. - C.Roux: Petit clin d'oeil au débat budgétaire! - M.Van Renterghem: En revanche, ce n'est pas incompatible avec le fait de rester un pilier européen de l'Otan, en espérant que les Etats-Unis ne s'en détachent pas complètement.

On a un levier, le seul qui reste, parce qu'il y a quelques négociations commerciales: on reste un partenaire commercial important pour les Etats-Unis. On peut négocier certains éléments...

C'est surtout politiquement. Il y a une majorité de députés et de sénateurs au Congrès américain, démocrates ou républicains, qui ont encore tout à fait conscience de l'importance pour les Etats-Unis de rester dans l'Otan. Là, on rejoint l'affaire Epstein.

Ca affaiblit le mouvement Maga, la Magamanie autour de Trump.