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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 23 juin 2026 3 min

Panthéonisation de Marc Bloch : et si l’on célébrait Lucien Febvre ?

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

6h tout juste 57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour Guillaume et ce matin, et si on célébrait Lucien Fèvre ? Mais oui, tout le monde parle de Marc Bloch aujourd'hui, Marc Bloch au Panthéon, Marc Bloch résistant par-ci par-là, mais ils étaient deux fondateurs de la revue des annales, deux inventeurs d'une autre manière d'écrire l'histoire.

Alors pourquoi toujours Bloch, pourquoi pas Fèvre, son compagnon intellectuel, son alter ego, historien du sensible, des croyances et des mentalités qui a révolutionné lui aussi la discipline historique au XXe siècle parce que lui, lui, lui a effacé le nom de Marc Bloch de la revue des annales, de cette couverture des annales parce que le nom juif de Bloch colorait trop la revue. Lucien Fèvre n'était pas antisémite, pas du tout, il était juste accommodant, il voulait bien faire, continuer son travail, continuer son travail d'historien consciencieusement. Et puis, à l'époque, Marc Bloch était un peu embarrassant, il rappelait toujours qu'il était juif.

« Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas en face d'un antisémite », écrivait-il. Il y avait beaucoup d'antisémites à l'époque. Tout cela paraît aujourd'hui bien inutile, il n'y a plus vraiment d'antisémitisme puisqu'il n'y a plus d'antisémite aujourd'hui. Et puis, assez parlé des juifs, mieux vaut composer avec la demande sociale. L'antisémitisme est évidemment un fléau, mais n'est-il pas en quelque sorte une réaction ? Pour certains disent que c'est une réaction compréhensible à la politique israélienne.

N'y aurait-il pas une part de responsabilité chez tous ces jeunes et moins jeunes qui, même lorsqu'ils condamnent les bombardements de Gaza, sont soupçonnés de le faire du bout des lèvres ? L'antisémitisme est haïssable, bien sûr, mais il faut bien faire de la politique, tenir compte du contexte, comprendre les colères, accepter certains accommodements avec l'époque. Dès lors, pourquoi s'encombrer avec Marc Bloch ? Un nom comme Bloch ne donne-t-il pas aujourd'hui un visage, je ne sais pas, un peu trop lui, ou un peu trop sioniste à l'histoire française ? N'est-il pas plus confortable de l'effacer doucement derrière les hommages officiels ?

Reste un problème, l'histoire vaut bien son heure de peine, disait Bloch, Durkheim, qui, admirait Bloch, aurait pu le duire. L'histoire vaut bien son heure de peine, car, atteignant les raisons des choses et des mutations, elle identifie nettement certaines répétitions et la similitude des conditions majeures, de telle sorte qu'elle n'est pas incapable de pénétrer l'avenir.

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