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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 17 mars 2025 26 min

Lutte contre les violences dans l'enseignement privé, Parcoursup ....Le "8h30 franceinfo" d'Élisabeth Borne

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Elisabeth Borne, il l'a dit hier sur l'antenne de France Info Télé à la question faut-il revenir à un âge de départ à la retraite à 62 ans ? François Bayrou a répondu clairement non vu le contexte international. Du coup il sert à quoi maintenant le conclave ?

0:18
Élisabeth Borne

Je pense qu'il a également rappelé qu'il faisait confiance aux partenaires sociaux avec évidemment un impératif qui est d'assurer l'équilibre de notre système de retraite par répartition parce que c'est sa pérennité qui est en jeu.

0:32
Présentateur

Donc il ne faut pas toucher à l'âge, il faut l'équilibre en 2030. Ils ont quelle marge de manœuvre en fait les partenaires sociaux ? Si on les écoute là ce matin, ils parlent de trahison, de mépris, de scandale parce qu'au départ, au tout début, les concertations ont été ouvertes sur l'idée qu'il n'y avait pas de totem ni de tabou.

0:49
Élisabeth Borne

Je crois que le Premier ministre a confirmé ce cadre. Simplement il faut assurer l'équilibre de ce système de retraite. Et vous voyez, j'entendais sur votre antenne le négociateur de la CGT qui disait il faut abroger la réforme des retraites. Est-ce qu'il veut aussi supprimer les 7 milliards d'euros de mesures favorables aux Français ? Par exemple la revalorisation des plus petites pensions, est-ce qu'on l'abroge également ? Est-ce qu'on abroge toutes les avancées qui ont été faites sur le dispositif carrière longue pour ceux qui ont commencé à travailler tôt ? Tous les droits nouveaux qui ont été ouverts pour les femmes. Donc je pense que le cadre, il est clair.

Il est d'assurer l'équilibre du système de retraite. C'est nécessaire aujourd'hui plus qu'hier encore compte tenu du contexte que vous avez rappelé. Et je pense que le Premier ministre l'a redit. Ensuite, ils ont toute l'attitude pour réfléchir à des améliorations.

1:40
Présentateur

Mais on a du mal à comprendre quelle est la ligne du gouvernement. François Bayrou dit non à un retour à 62 ans. Son ministre de l'économie dit, il parle en son nom personnel, François Bayrou. Ce sont les partenaires sociaux qui ont le dernier mot. Comment est-ce qu'on...

1:52
Élisabeth Borne

Non, non, mais François Bayrou a redit qu'ils sont libres de faire les propositions qu'ils souhaitent à condition d'assurer l'équilibre du système de retraite.

2:01
Présentateur

Édouard Philippe, lui, il dit que le conclave est hors sol. Il n'a plus lieu d'être vu le contexte.

2:06
Élisabeth Borne

Je pense qu'on a toujours raison de faire confiance aux partenaires sociaux. Moi, j'ai entendu un certain nombre de syndicats. Je pense en particulier à la CFDT, qui est très attachée à des améliorations, par exemple, sur les métiers difficiles, la pénibilité. Mais il y a place pour une discussion sur ces sujets.

2:24
Présentateur

C'est intéressant, quand même, ce que vous dites. Il faut toujours faire confiance aux partenaires sociaux. François Bayrou a aussi dit hier, vous l'avez dit, je crois à la démocratie sociale. Mais il a aussi regretté hier que votre réforme ait été décidée, je cite, sans les organisations syndicales. Vous le prenez comment, ce petit tacle-là, en passant ?

2:40
Élisabeth Borne

Alors, je pourrais lui redétailler toutes les négociations qu'on avait eues à l'époque avec les partenaires sociaux, qui ont notamment permis de faire toutes les avancées que je mentionnais. Carrière longue, revalorisation des minimums de pension, prise en compte d'un certain nombre de trimestres qui ne comptaient pas jusque-là. Donc, on a eu effectivement de longues discussions avec les partenaires sociaux.

3:00
Présentateur

Il y a un autre bout de la phrase de François Bayrou hier qui n'a pas été commenté. Il a parlé des 62 ans, mais il a aussi dit qu'il faudrait que les partenaires sociaux parlent de la fonction publique, des retraites de la fonction publique. Ça n'est pas au programme des discussions des fonctionnaires. Il y en a beaucoup au ministère de l'Éducation nationale. Est-ce que, oui ou non, il faut remettre sur la table le dossier de la retraite des fonctionnaires ?

3:21
Élisabeth Borne

Alors, je ne pense pas qu'il ait dit qu'il fallait que les partenaires sociaux, précisément ceux-là, parce qu'il y a des organisations syndicales qui représentent les fonctionnaires, et donc c'est sans doute à elles de s'emparer de ces sujets. Il est évident que si on change un certain nombre de règles pour les salariés du privé, on voit mal comment on ne les changerait pas aussi pour les fonctionnaires.

3:42
Présentateur

Donc, ce sera le volet d'eux, en fait ?

3:43
Élisabeth Borne

Il y a à trouver le cadre pour discuter, et c'est ce que souhaitaient les organisations patronales et syndicales de ce qui concerne les salariés. C'est leur champ de responsabilité. Et il y a aussi la question de la retraite des fonctionnaires. Là, imaginons qu'il y ait des avancées pour les salariés, on comprendrait mal qu'elles ne valent pas pour les fonctionnaires.

4:03
Présentateur

Elisabeth Borne, vous avez annoncé hier un grand plan de contrôle dans l'enseignement privé, et c'est aujourd'hui que commence d'ailleurs l'inspection de l'établissement Betaram, dans le Béarn, là où les enfants de François Bayrou avaient été scolarisés. D'abord, un mot sur cette inspection. Comment va-t-elle se dérouler ?

4:22
Élisabeth Borne

Alors, il y a huit personnels de l'éducation nationale, des inspecteurs, mais aussi des personnels sociaux, qui vont participer pendant quatre jours à cette inspection. Donc, l'idée, c'est vraiment d'avoir une vision globale du fonctionnement de l'établissement, à la fois sur les sujets financiers, le respect des programmes, et puis aussi, je pense que c'est important qu'on puisse mesurer le climat au sein de l'établissement et qu'on puisse s'assurer que les faits dramatiques qui ont été rapportés par des anciens élèves ne peuvent plus se produire aujourd'hui.

4:55
Présentateur

C'est distinct de l'enquête judiciaire ?

4:57
Élisabeth Borne

C'est distinct de l'enquête judiciaire. L'enquête judiciaire, vous savez, elle porte sur des faits qui se sont déroulés des années 50 aux années 2010-2011. Et ce qui est regardé par l'inspection de mon ministère, c'est naturellement ce qui se passe aujourd'hui.

5:13
Présentateur

Sur Betaram, vous dites que l'État n'a pas été au rendez-vous. Vous parlez de contrôle insuffisant. N'est-ce pas une manière de minimiser l'aveuglement collectif, celui de l'éducation nationale ?

5:22
Élisabeth Borne

Je fais un constat simple, c'est que jusqu'à présent, il n'y avait quasiment aucun contrôle dans les établissements privés sous contrat. Donc évidemment, si on ne regarde pas, si on ne va pas sur place pour apprécier le climat, les risques de violences qui peuvent exister, on n'est pas informé. Et je note que pendant des années, ces établissements n'étaient pas inspectés. Donc il faut naturellement que ça change. Moi, j'ai été bouleversé, je pense qu'on l'a tous été, par les témoignages de ces anciens élèves, dont la vie a pu être brisée par les violences qu'ils ont subies quand ils étaient élèves. Donc il faut absolument tout faire.

C'est mon objectif pour que de telles violences ne puissent plus se produire.

6:04
Présentateur

Sur la manière dont se passent ces contrôles, c'est important de réentendre ce qui s'est dit sur France Info il y a trois semaines. On avait entendu le témoignage de l'inspecteur qui est aujourd'hui retraité, qui a été appelé à Betaram en 1996. À l'époque, c'était pour une histoire de coups violents portés sur un élève. Il n'était pas encore question de violences sexuelles. Il est resté une journée sur place.

6:26
Invité

Les gens que j'ai rencontrés, ils m'ont dit ce qui s'était passé là pour cette histoire de gifle, mais ils ne m'ont pas dit autre chose que ça. Je n'ai pas cherché à savoir ce qui se passait dans les dortoirs ou dans les lieux de rencontre des élèves. Donc pour moi, je suis reparti de l'établissement en ignorant totalement ce qui actuellement est reproché.

6:57
Présentateur

Moins de 24 heures sur place, est-ce qu'il y a eu à l'époque une volonté de ne pas savoir ?

7:02
Élisabeth Borne

Non, je pense qu'on n'avait sans doute pas conscience à l'époque de... Enfin, personne n'imaginait ce qui se passait au sein de cet établissement. Il y avait des remontées de terrain quand même, dans la presse notamment. Aujourd'hui, on a tous ces témoignages sur une période qui est certes ancienne, mais je vous dis, c'est le sens du plan que j'ai annoncé. On se donne les moyens que ça ne puisse plus se produire aujourd'hui.

7:25
Présentateur

Alors justement, allons-y, ce plan qui s'appelle brisons le silence, agissons ensemble, avec un renforcement des inspections dans les établissements privés sous contrat. Qu'est-ce qui va changer concrètement ?

7:34
Élisabeth Borne

Ce qui va changer concrètement, c'est d'abord qu'on demande à tous les établissements privés comme publics de remonter systématiquement l'effet de violence. Vous savez qu'il y a une application qui existe dans le public, qui s'appelle Faits établissements, qui permet de signaler les incidents graves au niveau des rectorats et remonte les faits les plus graves au niveau national. Moi, je demande aux établissements privés sous contrat de déployer ces remontées d'informations systématiques et un décret va rendre obligatoire ces remontées d'informations.

8:08
Présentateur

Pour les établissements privés, ensuite, vous dites qu'il faut qu'on puisse intensifier les contrôles parce qu'en fait, il n'y en avait pas énormément, moins une dizaine par an.

8:20
Élisabeth Borne

Il y en avait très peu, une vingtaine sur les années passées par an.

8:26
Présentateur

Sachant qu'il y a 7500 établissements privés.

8:27
Élisabeth Borne

Absolument. Du coup, Nicole Belloubet avait d'ores et déjà décidé d'affecter 60 inspecteurs supplémentaires sur ces contrôles. On va en remettre 60 de plus dans les deux prochaines années. Et puis, par ailleurs, j'ai décidé de mettre en place une mission d'appui au sein de l'inspection générale de mon ministère avec une dizaine d'inspecteurs généraux qui pourront superviser ces contrôles et intervenir sur les situations les plus sensibles avec aussi des équipes, je le dis, pluridisciplinaires pour avoir différents regards sur ce qui se passe.

8:59
Présentateur

Ça change fois d'avoir une équipe pluridisciplinaire parce que jusqu'à présent, les contrôles se faisaient sur le volet administratif, le volet financier.

9:05
Élisabeth Borne

Oui, les établissements privés sous contrat considéraient que la partie vie scolaire ne relevait pas du contrôle de l'État. Ce que moi, j'ai pu dire à leurs représentants, c'est qu'il y a évidemment un caractère propre dans ces établissements. Mais s'assurer qu'il n'y a pas de violence au sein de ces établissements, ça fait partie des contrôles. Ça fera désormais partie des contrôles. Et puis, l'inspecteur le mentionne, il y a des moments où les élèves sont particulièrement vulnérables. C'est le cas quand on a des internats et c'est aussi le cas quand on a des voyages scolaires avec des nuitées à l'extérieur. Donc, pour ces situations, on aura un questionnaire.

Les élèves auront accès à un questionnaire tous les trimestres quand ils sont en internat, anonyme. Et à la moindre alerte, il y aura une cellule d'écoute par des psychologues, des personnels de santé qui pourront recueillir la parole de ces élèves.

9:58
Présentateur

Et ce sera le cas aussi au retour des voyages scolaires quand il y a des nuitées. Absolument. Systématiquement. Absolument. Un enfant qui revient.

10:05
Élisabeth Borne

Parce qu'on a eu connaissance d'incidents qui ont pu se passer dans des voyages scolaires. Et donc, je pense que c'est des moments effectivement de plus grande vulnérabilité pour les élèves. Il faut qu'on se donne tous les moyens de recueillir la parole des élèves. C'est aussi pour ça qu'on veut mobiliser le 119, vous savez, le numéro d'appel pour l'enfance en danger, en mettant en place un basculement systématique sur les équipes académiques, donc les rectorats, quand quelqu'un signale des violences au sein d'un établissement, qu'il soit public ou privé. Cette information sera transmise à ces équipes académiques qui pourront déclencher des contrôles.

10:41
Présentateur

Elisabeth Borne, depuis la médiatisation de cette affaire Bétarame, au moins quatre collectifs ont été constitués par d'anciens élèves. Notre-Dame de Garrison dans les Hauts-de-Pyrénées, Notre-Dame du Sacré-Cœur dans les Landes, Saint-François-Xavier dans les Pyrénées-Atlantiques, Saint-Pierre dans le Finistère, toutes des institutions catholiques sous contrat avec l'État. Est-ce qu'il y a un problème avec l'enseignement catholique en général ?

11:01
Élisabeth Borne

Vous savez, je pense qu'on a eu la commission qui avait été présidée par Jean-Marc Sauvé, qui a écouté la parole d'enfant, qui avait fait l'objet de violences sexuelles à l'époque par les institutions catholiques. Je pense que c'est un peu la même chose qu'on est en train d'observer au sein des établissements scolaires. L'objectif, c'est évidemment que cette parole se libère, que la justice puisse passer, que les victimes puissent être accompagnées. Ça, c'est ce qui relève de la justice. Et pour ce qui me concerne, c'est de m'assurer que ça n'est plus possible.

11:35
Présentateur

Mais quelles conséquences envisagez-vous ? Pour Betaram, par exemple, et pour tous les établissements qu'on vient de citer, est-ce que ça peut aller jusqu'à la rupture de contrats d'association avec l'État ?

11:47
Élisabeth Borne

Écoutez, les inspecteurs commencent leur travail aujourd'hui. Évidemment, on en tirera toutes les conséquences. J'espère qu'aujourd'hui, toutes les précautions sont prises pour qu'il n'y ait plus ce type de violence.

11:59
Présentateur

Vous parlez avec les responsables de l'enseignement catholique. On rappelle que 17% des élèves sont scolarisés dans le privé. Il y a à peu près une famille sur deux qui, à un moment ou à un autre, a recours à l'enseignement privé en France. Est-ce que toutes ces affaires entament la confiance entre l'État et l'enseignement catholique ?

12:18
Élisabeth Borne

Ce que j'ai pu dire aux représentants de l'enseignement catholique, c'est que notre responsabilité et leur intérêt, c'est précisément qu'on ait plus de contrôle, qu'on ait ces remontées systématiques de tous les faits de violence. Parce qu'en effet, j'imagine que les parents qui entendent ce qui s'est passé, alors rappelons que c'est il y a quelques décennies, peuvent être inquiets. Donc, mettons en place tous ces dispositifs de remontée d'informations, de recueil de la parole, de contrôle, et ça permettra, je l'espère, de rassurer tout le monde.

12:49
Présentateur

Une dernière question sur le sujet. Qu'est-ce que vous dites à ceux qui pensent qu'il y a une inégalité de traitement entre établissements catholiques et musulmans ? Je pense à la France insoumise, à Jean-Luc Mélenchon particulièrement. Pour les premiers, ils dénoncent de la complaisance malgré de lourdes accusations. Et pour les autres, des contrôles très réguliers et des résiliations de contrats pour des considérations administratives ?

13:10
Élisabeth Borne

Ce ne sont pas des considérations administratives. Quand on a rompu des contrats, c'est parce qu'il y avait des faits, alors à la fois dans les enseignements qui étaient délivrés, dans les propos tenus par un certain nombre de responsables de ces établissements. Ils disent que quand on peut fermer des établissements musulmans,

13:27
Présentateur

on peut aussi fermer des établissements catholiques.

13:30
Élisabeth Borne

Je peux vous assurer qu'on a fait des contrôles. Alors là, on rentre dans un autre champ, les établissements hors contrat, d'établissements catholiques sur lesquels il y a des faits préoccupants. Et on va là aussi tirer toutes les conséquences.

13:44
Présentateur

Elisabeth Borne, vous êtes avec nous jusqu'à 9h sur France Info. On laisse passer le fil Info de 8h46. Maureen Suignard.

13:50
Invité

Il espère que la Russie va accepter un cessez-le-feu avec l'Ukraine. Donald Trump annonce qu'il va s'entretenir avec Vladimir Poutine demain. Le président américain affirme que beaucoup de choses ont déjà été négociées avec Kiev et Moscou. Il évoque le partage de terres et d'usines de production d'énergie. La CGT dénonce sur France Info une trahison des engagements du Premier ministre en pleine renégociation de la réforme des retraites. François Bayrou a fermé la porte à un retour de l'âge légal de départ à 62 ans. Ce matin, la ministre des Comptes publics estime que ce retour n'est pas réaliste.

Blum et Foodwatch attaquent Carrefour en justice pour manquement à son devoir de vigilance dans sa filière tonnière. Les deux ONG affirment que la multinationale n'interdit pas les méthodes de pêche destructrices et ne protège pas suffisamment la santé des consommateurs avec des taux de mercure trop importants dans les boîtes de thon. Luc Dardenne fait part de son émotion sur France Info après l'annonce de la mort de l'actrice belge Émilie Dequenne. Elle n'avait que 43 ans. La caméra l'émet, c'est l'archange foudroyé, dit sur France Info le réalisateur. C'est avec son film Rosetta que l'actrice s'est fait connaître en 1999. Et toujours l'ancienne première ministre Elisabeth Borne,

15:08
Présentateur

aujourd'hui ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. L'enseignement supérieur, on en parle. Parcoursup est une question. Vouloir sélectionner précocement sans qu'émurie l'esprit et les attentes, je pense que c'est une erreur. Ça, c'est ce que disait François Bayrou il y a deux mois de son discours de politique générale. Deux mois après, est-ce que vous savez ce qu'il a voulu dire ? Est-ce que la plateforme Parcoursup d'orientation vers le supérieur est menacée ?

15:33
Élisabeth Borne

On a de toute façon besoin d'une plateforme pour rapprocher des centaines de milliers, même des millions de demandes, de millions d'offres de parcours dans l'enseignement supérieur. Moi, je suis consciente que quand on fait ses choix sur Parcoursup, c'est un moment stressant pour beaucoup de jeunes et pour leurs familles. Et c'est pour ça qu'il faut réfléchir en amont à son orientation. C'est le sens de la découverte des métiers qui se met maintenant en place à partir de la cinquième. Et je suis persuadé qu'on peut faire mieux, qu'on doit faire mieux, parce que vous savez qu'on est dans un pays, l'un des pays qui reproduit le plus les inégalités sociales.

Le sujet, ce n'est pas Parcoursup, ce n'est pas la plateforme en elle-même, c'est ça que vous nous dites ? C'est toute l'orientation à laquelle il faut qu'on réfléchisse. Moi, mon objectif, c'est de permettre à des jeunes de découvrir un maximum de métiers, d'ouvrir leurs horizons, et puis quand il y a un métier qui leur plaît, de les accompagner pour qu'ils puissent aller vers ces métiers. C'est ça notre responsabilité. Vous savez qu'il y a une concertation qui est en cours sur l'orientation. Je suis persuadé qu'on doit faire mieux, précisément, pour sortir d'un système qui reproduit les inégalités, qui est le nôtre aujourd'hui. Elle débouche quand, cette concertation ?

Cette concertation, elle va déboucher dans les prochaines semaines. Il y a des tas de contributions qui ont été remontées. Celle du MEDEF qui sera présentée tout à l'heure.

16:58
Présentateur

Le MEDEF qui disait, d'ailleurs, on le lisait ce matin dans le Figaro, qu'il y a un gros problème en France, c'est qu'il y a beaucoup de talents de jeunes qui échouent dans leur orientation, et on se prive de beaucoup de talents. Ça coûte à peu près 4 milliards d'euros par an à l'économie française, disent-ils.

17:13
Élisabeth Borne

Alors, c'est un sujet pour l'économie française, c'est un sujet pour tous ces jeunes, auxquels on ne permet pas, précisément, de révéler leur talent. Donc, c'est quelque chose qui, moi, me tient à cœur. Donc, on doit vraiment avoir cette approche globale pour assurer une égalité des chances au travers de l'orientation. Et puis, évidemment, sans attendre, on réfléchit et on met en place, chaque année, des améliorations de Parcoursup. Vous savez qu'il y a un numéro vert qui a été mis en place cette année.

17:39
Présentateur

C'est surtout l'aspect technique de Parcoursup qui pose problème aux élèves et aux parents.

17:41
Élisabeth Borne

Mais vous savez, je pense que le sujet, il est beaucoup plus global. Ce n'est pas au moment où on remplit ses voeux dans Parcoursup qu'il faut réfléchir à ses choix d'orientation. Il faut qu'on accompagne les élèves.

17:50
Présentateur

Non, mais il y a ceux qui font des demandes et qui n'arrivent pas à obtenir ce qu'ils veulent. C'est aussi la difficulté.

17:55
Élisabeth Borne

Alors, forcément, vous savez, quand vous avez des formations où il y a 1 000 places et il y a 30 000 candidats, ça ne peut pas satisfaire tout le monde. Mais je vous dis, je pense que c'est vraiment important que chacun puisse ouvrir le champ des possibles et qu'on puisse accompagner chaque jeune pour qu'il choisisse vraiment un métier qui lui plaît.

18:12
Présentateur

Elisabeth Borne, vous avez demandé une inspection du groupe Galiléo qui est un groupe privé, leader de l'enseignement supérieur privé, qui est accusé dans un livre enquête, Le Cube, aux éditions Flammarion, accusé de dérive. Qu'est-ce qui vous paraît problématique dans ce cas précis ?

18:29
Élisabeth Borne

Au-delà du groupe Galiléo, avec Philippe Baptiste, depuis qu'on est arrivé, on a annoncé qu'on souhaitait mieux réguler l'enseignement supérieur privé à but lucratif. Vous savez que notamment avec la mise en place de toutes les aides à l'apprentissage, il y a beaucoup de formations supérieures qui se sont développées. Il y a des formations qui sont de très grande qualité. Il y en a d'autres qui ne le sont pas.

18:53
Présentateur

Et quoi, il y a de la fraude, en fait, pour être clair ?

18:55
Élisabeth Borne

Il peut y avoir des situations de fraude. Et donc, c'est pour ça que nous allons lancer une inspection interministérielle. La ministre du Travail, Astrid Panossian, est également associée pour vérifier la qualité des formations. C'est très important quand, là encore, un jeune choisit une formation supérieure, qu'il ait des garanties de qualité. Ça pose des questions de mieux réguler cet enseignement supérieur privé à but lucratif. et notamment d'avoir des certifications qui correspondent vraiment à une garantie de qualité. On travaille à la refonte de la certification Caliopi qui permet de bénéficier de financements publics.

Il y a des formations privées qui en bénéficient aujourd'hui et dont l'offre pédagogique n'est pas à la hauteur.

19:43
Présentateur

Vous dites « à but lucratif » avec des organismes qui touchent des subventions et qui, dans ce livre, s'est démontré, réalisent des résultats de 40% de résultats avant impôts. Est-ce que ça vous semble acceptable, ce niveau de résultats, dans un secteur comme l'enseignement ou est-ce que ça vous choque comme ministre de l'Éducation et de l'enseignement supérieur ?

20:06
Élisabeth Borne

C'est un livre-enquête. Je souhaite avoir mes propres analyses et c'est pour ça qu'on va lancer une mission interministérielle. Vous savez, moi, ce qui me choque, c'est par exemple quand on a des formations à des métiers manuels qui se font uniquement en enseignement à distance. Moi, ça me surprend. Je ne suis pas sûr qu'on garantisse la qualité et donc c'est ça aussi qu'on veut aller regarder.

20:27
Présentateur

Et juste pour avoir bien les ordres de grandeur, ça coûte combien ? Les subventions représentent combien à ce type d'organisme ?

20:34
Élisabeth Borne

Il y a 3,5 milliards de financements publics, notamment sur l'apprentissage. Donc je pense que ça mérite qu'on contrôle.

20:39
Présentateur

Que dites-vous, Elisabeth Borne, aux parents qui s'inquiètent du programme d'éducation à la vie affective et à la sexualité qui va être dispensé dès la rentrée prochaine aux élèves de maternelle à la terminale ?

20:51
Élisabeth Borne

Je pense que c'est un programme tout à fait essentiel. Et vous voyez, ça rejoint peut-être ce qu'on évoquait sur les violences et les violences sexuelles qui ont pu intervenir dans certains établissements. Il s'agit d'une éducation à la vie affective et relationnelle dans le premier degré. Et puis on introduit la dimension éducation à la sexualité dans le second degré. Mais il s'agit en premier lieu de dire à tout élève, à tout jeune, que son corps lui appartient, que son intimité doit être respectée, qu'il peut y avoir des comportements inappropriés de la part des adultes et que dans ce cas, il faut qu'il se confie à une personne de confiance.

21:29
Présentateur

Sauf que ce n'est pas ce que retiennent les associations conservatrices. Elles disent que le programme constitue, je cite, « l'appropriation par l'État de la transmission de l'éducation sexuelle » tout en banalisant la sexualité précoce et une sexualité déconnectée de toute affectivité. Elles sont inquiètes.

21:45
Élisabeth Borne

Oui, je ne sais pas si elles ont vraiment lu le programme. Vous savez, ce programme, moi j'ai tenu et j'étais première ministre à l'époque à ce qu'on puisse saisir le conseil supérieur des programmes, c'est-à-dire des spécialistes de l'éducation, de la santé, de la protection de l'enfance pour élaborer un programme qui est très progressif, adapté à l'âge de chaque jeune. Et quand on me dit « c'est l'affaire des familles », moi je note qu'il y a 160 000 agressions sexuelles sur mineurs chaque année, essentiellement dans la sphère familiale.

Donc je pense que c'est notre responsabilité, précisément, d'apprendre à chaque enfant que son intimité, son corps doit être respectée et qui doit se confier à un adulte quand ça n'est pas le cas.

22:27
Présentateur

Elisabeth Borne, il faut qu'on se projette, on est au printemps et c'est le moment où le budget 2026 se prépare. Il va falloir dépenser davantage pour notre défense, sans hausse d'impôts, prévient Emmanuel Macron. Ça veut dire que certains ministères devront se serrer la ceinture. L'éducation nationale aussi ?

22:44
Élisabeth Borne

Écoutez, j'aurai l'occasion de présenter mes arguments au Premier ministre. Je pense que c'est finalement ce ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. C'est l'avenir de notre pays qui se joue. Bien former les jeunes, donner des parcours de réussite pour nos étudiants, mobiliser la recherche à un moment où on voit qu'à l'échelle de la planète, la liberté académique, l'indépendance de la recherche est remise en cause aux États-Unis. C'est l'avenir de notre pays qui se joue, donc je pense que c'est important.

23:13
Présentateur

Mais vous entendez ce qu'ils disent d'abord, quand vous êtes arrivés, vous avez sauvé entre guillemets les 4000 postes d'enseignants qui étaient menacés pour 2025, mais il y a un fait, c'est qu'il y a moins d'élèves. Aujourd'hui, qu'il y a quelques années, est-ce qu'il faut que les effectifs d'enseignants suivent ?

23:30
Élisabeth Borne

Alors, il y a en effet moins d'élèves. On a aussi des besoins très importants pour mieux former nos professeurs. Donc, c'est des discussions que j'aurai avec le Premier ministre. Je pense qu'investir dans l'avenir, c'est essentiel.

23:41
Présentateur

Donc, vous voyez à minima que le budget ne baisse pas. C'est ce que vous dites. Votre collègue ministre des Sports, Marie Barsac, estime que le voile dans le sport n'est pas, je cite, n'est pas de lentrisme de la part des mouvements islamistes. Elle a mis en garde contre les confusions et les amalgames entre le port du voile et la radicalisation dans le sport. Est-ce que vous êtes d'accord avec elle ?

24:01
Élisabeth Borne

Alors, je pense qu'on est tous conscients qu'il peut y avoir de lentrisme dans les clubs sportifs et qu'il faut être très vigilant et je pense qu'elle mobilise aussi l'inspection de son ministère pour vérifier ses situations. Ensuite, sur le port du voile, il y a une proposition de loi qui prévoit d'interdire le port du voile ou de signes religieux. Est-ce que c'est un principe d'égalité aussi de parler de signes religieux en général dans les compétitions sportives ? Moi, ce que je note, c'est que c'est aussi la responsabilité des fédérations de définir leur règlement intérieur comme l'a fait la Fédération française de foot féminin et ça a été validé.

Quand on fait une compétition, il y a une tenue, tout le monde doit porter la tenue.

24:46
Présentateur

Donc, vous n'êtes pas pour légiférer ? Vous êtes contre cette proposition ?

24:48
Élisabeth Borne

Moi, je pense que le Conseil d'État nous a confirmé que quand les fédérations mettent en place des règlements intérieurs qui disent la tenue, c'est la tenue, ça suffit et ça protège effectivement, ça permet d'avoir, de proscrire de fait des signes ostentatoires religieux dans les compétitions.

25:09
Présentateur

Une dernière question, vous avez été Premier ministre. Votre collègue Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, menace à demi-mot de quitter le gouvernement si la France devait céder sur les expulsions des ressortissants algériens. Il en fait une priorité sans même parler du fond, simplement sur la forme. Comme Premier ministre, si un de vos ministres vous avait fait ce coup de la menace de démissionner, comment est-ce que vous auriez réagi ?

25:33
Élisabeth Borne

Je pense que Bruno Retailleau veut marquer l'importance qu'il accorde au fait que les accords soient respectés. On est en train de parler d'une demande qui est faite à l'Algérie de récupérer des ressortissants en situation irrégulière en France qui par ailleurs pour la plupart de ceux qu'on a pu mettre dans la liste sont dangereux. Donc je pense qu'on est tous d'accord sur le fait qu'il faut que l'Algérie reprenne ses ressortissants dangereux.

26:00
Présentateur

Merci. Elisabeth Borne, ministre de l'Éducation nationale de l'Enseignement supérieur et de la recherche invité de France Info ce matin. Merci.

26:07
Locuteur

Merci. Merci.