Soutien européen à l'Ukraine, tensions entre Kiev et Washington, relations franco-algériennes... Le "8h30 franceinfo" d'Olivier Faure
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Bonjour Olivier Faure. Bonjour à tous les deux et bonjour à ceux qui nous écoutent.
Une trêve d'un mois, c'est ce que proposent la France et le Royaume-Uni dans la guerre en Ukraine pour prendre le temps de négocier. Une trêve dans les airs, sur les mers et les infrastructures énergétiques. Est-ce que c'est la bonne méthode proposée par la France ?
C'est une proposition utile. Je crois que là, en l'occurrence, à la fois le Premier ministre britannique et le président français cherchent à reprendre la main, a montré que les Européens ne sont pas sans solution et il faut soutenir cette démarche qui est une démarche positive.
Mais outre-Atlantique, les Américains, eux, commencent à réclamer le départ de Volodymyr Zelensky pour mener à bien les négociations. Le président ukrainien qui a répondu que ce n'était pas si facile de le remplacer vu le contexte. Le départ de Zelensky, c'est une question, c'est un sujet aujourd'hui ?
Non, évidemment non. C'est une question sans doute pour le président américain. Mais ce n'est pas une question pour les Européens qui ont tous cherché hier et recommenceront jeudi prochain à montrer qu'ils font bloc autour du peuple ukrainien et que le peuple ukrainien n'est pas seul. Et Volodymyr Zelensky n'est pas seul non plus.
Et il faut le dire ça, les Européens doivent dire que pour eux, Volodymyr Zelensky, son maintien, ce n'est pas un débat, ce n'est pas une question ?
Mais ce n'est pas un débat. Vous voyez bien que ce que le président Trump cherche à faire, c'est à délégitimer le président ukrainien. Il a commencé par dire qu'il était un dictateur, inversant complètement la réalité, puisque l'agresseur, en l'occurrence, c'est la Russie. L'agressé, c'est l'Ukraine. Et celui qui, avec courage et détermination, tient le front depuis trois ans, c'est Zelensky. Et donc, il n'y a aucune raison d'accéder à cette demande, qui est en réalité un alignement des États-Unis sur les positions du Kremlin.
Ça pose la question qu'on pose depuis quelques jours aux différents responsables qui se succèdent dans les studios de France Info. Est-ce que les États-Unis sont toujours les alliés de l'Europe ?
Les États-Unis, sans doute. Donald Trump, c'est évidemment moins évident aujourd'hui. Et c'est vrai que, dans la diplomatie trumpienne, on se demande si c'est sur l'échiquier de la diplomatie trumpienne, on se demande si ce n'est pas le fou qui a pris le pouvoir. Et donc, il y a là, effectivement, une vraie inquiétude, avec un président qui renie l'ensemble des accords et la solidité de l'alliance entre les États-Unis et l'Europe. Et donc, c'est aujourd'hui un sujet qu'il faut traiter. Et c'est la raison pour laquelle je me félicite de voir les Européens commencer à réagir. Prudemment, mais qui commencent à réagir.
Et qui commencent à se poser la question de savoir comment, à moyen terme, ils assureront leur sécurité sans avoir besoin du parapluie américain.
La sécurité en Europe, la crise ukrainienne, ce sera le sujet du débat à l'Assemblée cet après-midi auquel vous allez participer dans l'hémicycle. Quelle est l'utilité de ce débat, vous, en tant que député ?
Ce débat va permettre, d'abord, de constater les positions prises par chacune des formations politiques. Vous aurez noté que l'extrême droite s'est faite extrêmement discrète après ce qu'a été cette séance de télé-réalité avec Donald Trump et Volodymyr Zelensky. Et qu'il n'y a pas si longtemps encore, Marine Le Pen posait volontiers entre Poutine et Trump. Et qu'il y a là une imposture qu'il faut lever. Et donc, cet après-midi, il y aura une occasion de faire la démonstration de ce que sont les positions de chacune et de chacun. Et je l'espère, là, en l'occurrence, qu'une grande majorité de ceux qui sont dans cet hémicycle feront le choix de faire bloc avec le peuple ukrainien.
Vous dites que Marine Le Pen ne défend pas, aujourd'hui, les intérêts de la France et de l'Europe ?
Mais je le constate. Je constate que Marine Le Pen, aujourd'hui, est extrêmement discrète, pour ne pas dire plus, sur sa relation avec Trump, qu'elle n'a pas...
Elle dit, pardon, juste ce qui s'est passé dans le bureau Oval. Elle dit que c'est une situation tout à fait normale de politique. Sauf que, bon, voilà, il y avait la presse, mais pour elle, ça n'était pas choquant.
Vous trouvez ça normal ? C'est elle qui le dit, c'est pas moi. Oui, oui, je sais bien, mais je vous repose la question. Est-ce que quelqu'un a trouvé ça normal ? Personne n'a trouvé ça normal, à part Marine Le Pen. Je suis désolé de constater qu'elle est la seule à avoir cette vision-là des choses. Il n'y a pas un journal, il n'y a pas un homme politique, il n'y a pas, ne serait-ce qu'un citoyen, un dictatorialiste, qui a vu cette partie de l'entretien entre les deux hommes, a évidemment constaté qu'il y avait là quelque chose d'inédit. Et les caméras, elles étaient là, elles n'étaient pas là pour rien non plus. Et Donald Trump savait très bien qu'il parlait devant des caméras.
Donc ce qu'il a fait, c'est un geste qui avait pour volonté d'humilier Zelensky, de chercher à le faire plier, mais aussi derrière de faire plier l'ensemble des Européens. Et donc il y a là évidemment matière à condamnation, ce que n'a pas fait l'extrême droite.
Donc l'utilité du débat de cet après-midi, c'est de forcer le Rassemblement National notamment à abattre son jeu ?
Pas seulement, j'ai dit deux choses, c'est-à-dire que chacun se détermine et que chacun se positionne par rapport à ce qui se passe aujourd'hui.
Qu'est-ce qui nous différencie, vous notamment, au Parti Socialiste, de la politique menée actuellement par Emmanuel Macron et le gouvernement Bayrou ?
Là, en l'espèce, je me retrouve parfaitement dans ce qui a été énoncé par le chef de l'État. Et ce n'est pas parce que je suis dans l'opposition que je suis pavlovien et que c'est parce que c'est le président qui le dit que je suis en désaccord. Donc parfois, quand je suis en accord, je le dis aussi. Et ce matin, je vous le dis, je suis en accord avec ce que fait le président de la République. Je souhaite que les Européens puissent se réveiller, puissent prendre conscience de leurs propres forces, ne pas s'abandonner toujours dans les bras des Américains. Et j'irai jeudi à Bruxelles rencontrer mes homologues européens qui préparent avec les socialistes européens le sommet qui suivra.
Et je défendrai une position claire, une position nette, une position qui est celle que je viens d'énoncer, c'est-à-dire faire bloc avec les Ukrainiens et à moyen terme s'engager dans une défense européenne dans laquelle les Français doivent prendre toute leur part, y compris en reposant la question du parapluie nucléaire.
C'est-à-dire qu'il faut entamer cette discussion-là, ce qu'a annoncé Emmanuel Macron, réfléchir à protéger, je vais le dire de manière plus simple, protéger un État européen qui serait menacé avec, nous, notre dissuasion nucléaire.
Considérer que les intérêts vitaux de la France ne se limitent pas exclusivement à nos propres frontières. Ce n'est pas complètement nouveau. C'était déjà le général de Gaulle, c'était déjà François-Mitterrand, c'était déjà Jacques Chirac. Mais effectivement, il faut aller sur ce terrain-là. Il faut répondre à l'appel de Mertz, le nouveau chancelier allemand. Il y a quelque chose qui peut permettre d'avancer là où les Européens jusqu'ici ont bloqué.
Ce qu'ont compris les alliés les plus inconditionnels des États-Unis, je pense là à l'Allemagne et la Grande-Bretagne, ont compris qu'aujourd'hui, c'est du côté des Américains qu'avec Musk, ils se sont retrouvés avec quelqu'un qui défendait leurs adversaires. Je pense en Allemagne, évidemment, à la campagne que Musk a menée avec l'extrême droite allemande, avec l'AFD. Et ce sont aussi les attaques assez, j'allais dire, sous la ceinture, mais enfin dégueulasses de la part de Musk face à Stammer sur son passé de magistrat.
Et si on considère que l'Union européenne, ce sont aussi nos intérêts vitaux et que donc notre dissuasion nucléaire doit servir aux autres pays européens, est-ce qu'il faut demander à ces autres pays européens de partager le coût de notre dissuasion ? Ça nous coûte 7,5 milliards d'euros par an à peu près.
Absolument. Il faut que tout soit posé sur la table. Il ne s'agit pas d'ailleurs, quand je vous dis qu'il faut que le parapluie s'étende à d'autres frontières que les nôtres, ça ne veut pas dire que la décision ne resterait pas dans les mains du seul président français parce que dans ces moments-là, il faut pouvoir réagir et réagir seul et vite. Mais ça doit effectivement intégrer les intérêts des Européens. Ensuite, sur la question que vous posez et que j'ai oubliée...
Est-ce qu'il faut contribuer ? Est-ce qu'il faut contribuer ?
Sur la question financière, bien sûr que les Européens doivent contribuer. Et la première chose que nous devons obtenir, et j'ai posé la question au chef de l'État il y a quelques jours quand il nous a réunis à l'Élysée, il faut aussi obtenir des Européens le fait que les dépenses de défense que nous faisons pour nous-mêmes, mais aussi pour l'ensemble du continent européen puissent être sorties des fameux 3% de Maastricht et donc que nous n'ayons pas à supporter en plus le poids budgétaire de cette dépense.
Mais qu'on les sorte ou pas des 3%, des critères de Maastricht, ça ne change rien à la réalité du déficit qui est là. Il faut bien trouver de l'argent pour ces dépenses qui sont énormes. On rappelle que la France va dépenser sur la période 2024-2030 413 milliards d'euros pour sa défense et que c'est insuffisant. C'est ce que disait Sébastien Lecornu la semaine dernière à votre place. Comment est-ce qu'on fait ?
D'abord la première chose, c'est qu'il y a aujourd'hui des avoirs russes qui sont gelés dans les banques européennes et ce sont 200 milliards qui doivent être utilisés et qui doivent permettre de financer pour partie. Pour l'instant, on utilise les intérêts de ces avoirs.
Vous dites qu'il faut piocher dans la caisse. Il faut aller jusqu'au bout.
Nous n'avons pas la base juridique pour saisir les actifs russes. C'est ce que disait Bruno Le Maire, ministre de l'économie, en février 2024.
Ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui...
On fait un truc illégal du coup ?
Ce n'est pas un truc illégal. C'est-à-dire qu'à un moment, quand vous avez quelqu'un qui agresse un continent, qui n'a aucune limite dans la façon dont il envisage la suite, parce qu'il faut bien comprendre que l'Ukraine, dans son esprit, et c'est les discours qu'il prononce, rubis et torbis, et que nous devons écouter, son intention n'est pas de s'arrêter à l'Ukraine. Et donc, nous devons à un moment prendre les moyens et ne pas faire payer aux Européens la folie du dirigeant russe.
Est-ce que vous l'entendez peut-être dans votre circonscription, quand vous allez voir les gens, quand vous allez à leur rencontre, certains Français qui peuvent se dire, mais attendez, pourquoi on doit payer, nous, Français, pour la sécurité en Ukraine ? Alors qu'on n'a pas d'argent. Alors que dans les écoles, dans les hôpitaux, on manque beaucoup d'argent. Pourquoi on doit payer pour les Ukrainiens ? Qu'est-ce que vous leur dites à ceux qui vous demandent ça ?
Je leur dis que je les comprends. Et ça suppose... D'abord, je les comprends en leur rappelant quand même que la sécurité des Ukrainiens, c'est la nôtre. et que si nous donnons le sentiment de notre propre faiblesse, alors nous allons vers des lendemains assez sombres. Ensuite, évidemment, que l'effort ne peut pas être porté par celles et ceux qui ont déjà tant de mal avec leur fin de mois. C'est la raison pour laquelle je parle des avoirs russes qui sont gelés.
C'est la raison pour laquelle aussi, dans les débats qui se réparent sur le plan budgétaire, puisque le Président dit qu'il va falloir passer de deux points de PIB, deux points de richesse produite par la France chaque année, à trois points et demi. C'est 45 milliards de plus. Oui, donc il faut l'argent. Donc il faut l'argent. Et donc le débat budgétaire ne peut pas être un débat dans lequel on est toujours en train de dire qu'il va falloir restreindre l'aide sociale, les services publics, enfin bref, ceux qu'on connaît déjà, et accepter l'idée qu'il va falloir parler aussi des recettes. Et les recettes, ça ne peut pas être, encore une fois, de piocher-là en la poche des plus modestes.
Et donc la question de la justice fiscale, elle va se reposer aussi pour la question de défense. Et quand on parle de patriotisme, il y a aussi du patriotisme fiscal qu'il faut aussi mettre sur la table. Et celles et ceux qui en ont les moyens doivent être les premiers patriotes et être aussi au rendez-vous de l'histoire. Et ce rendez-vous suppose maintenant des moyens. Le 8.30 avec Olivier Faure,
le patron du Parti Socialiste, dans l'actualité internationale aussi, Israël qui a décidé de bloquer l'entrée de toute aide humanitaire à Gaza. Benyamin Netanyahou veut ainsi mettre la pression sur le Hamas qui refuse de prolonger la première phase de l'accord de cessez-le-feu pour libérer tous les otages. Le Hamas lui préfère un arrêt total de la guerre. Ce coup de pression de Benyamin Netanyahou, vous en pensez quoi ?
Je pense depuis le début que le droit international, on en a parlé pour l'Ukraine, doit être respecté partout. Et ça doit être la parole des Européens. Si le droit international s'applique uniquement dans les zones où nous avons des intérêts directs, eh bien je crains que ce que l'on appelle le sud global finisse par considérer que le droit international n'existe pas. Et le droit international doit être respecté partout. Ça ne peut pas être la loi du plus fort. Ça doit être, au contraire, la force de la loi qui s'impose.
Mais une fois qu'on l'a dit, on fait quoi ?
Et ce que je vois avec Benyamin Netanyahou, qui considère que Donald Trump est son meilleur allié, eh bien je vois que cette internationale de la puissance sans le droit est en train de s'installer et qu'elle provoque des dégâts considérables. et que la population palestinienne a déjà suffisamment souffert et qu'elle ne peut pas être, à son tour, prise en otage des décisions qui sont celles du Premier ministre israélien. Et donc, ce cessez-le-feu doit évidemment être prolongé. On doit arriver à une paix durable. Une paix durable qui ne peut passer que par une solution à deux États.
et je vois bien qu'il y a des efforts considérables qui sont réalisés aujourd'hui par le gouvernement israélien, par ce gouvernement qui est tenu par l'extrême droite, pour ne jamais arriver à cette solution. Et donc, de tout mettre en œuvre pour, au contraire, à chaque fois, permettre de reprendre les hostilités jusqu'à l'anéantissement de l'Asie.
Du coup, qu'est-ce qu'on fait, nous, la France, l'Union Européenne ?
Eh bien, la France, l'Europe, doivent, à l'instar de ce que fait le secrétaire général de l'ONU, prendre des positions qui sont des positions fortes et ne pas considérer qu'il y a une espèce de point aveugle de la politique internationale de l'Europe et que nous n'avons plus rien à dire sur le Proche-Orient. C'est un peu ce qui m'exaspère, ce silence qui est souvent pesant, lourd et qui ne permet pas de montrer au gouvernement israélien qu'il y a là aussi une Europe qui entend dire son mot et qui n'est pas simplement l'aspectatrice docile de ce qui se discute entre les Etats-Unis et Israël.
Olivier Faure, la relation entre la France et l'Algérie traverse une crise sans précédent depuis l'indépendance et dans ce contexte, Emmanuel Macron a pris la parole à la veille du week-end et il désavoue, le ministre de l'Intérieur notamment, à propos des accords de 1968, ce qui donne aux ressortissants algériens quelques privilèges concernant l'accès au territoire français et à la nationalité, on ne va pas les dénoncer de manière unilatérale, dit le président de la République. Ça n'a aucun sens, il a raison de calmer le jeu.
On vient de parler de l'Ukraine, on a ensuite parlé de Gaza. Est-ce qu'on avait besoin, en plus, d'ouvrir une crise avec Alger ? C'est de la faute de la France. Mais je vois qu'on a un ministre de l'Intérieur, très ailé, qui fait beaucoup de communication, qui aime beaucoup se mettre en spectacle et donner le sentiment qu'à lui seul, il serait en mesure de changer les rapports de force. Ce qu'il est en train de faire,
le déclenchement de la crise, pour bien le rappeler, c'est l'été dernier, lorsque Emmanuel Macron a pris le parti du Maroc sur le dossier du Sahara occidental et c'est de là qu'est partie cette crise. Bien sûr qu'il y a de là,
c'est de là que part la crise, c'est une évidence. C'est aussi une évidence que le gouvernement algérien sera toujours de la France comme d'un épouvantail commode, mais c'est le ministre de l'Intérieur qui, ensuite, a cherché à alimenter cette crise, a organisé une espèce de bras de fer avec le gouvernement algérien pour pouvoir montrer sa propre détermination et, au fond, expliquer qu'il est celui qui n'en rabat pas devant les Algériens.
Il dit qu'on se fait humilier.
Le résultat, c'est quoi ? C'est que nous n'avons rien obtenu. Boilem Sansal est toujours dans les geôles algériennes et nous n'avons rien obtenu de mieux en termes de laisser passer consulaire. Et donc, il y a un moment où il ne suffit pas de montrer ses petits bras musclés. Il faut faire aussi de la diplomatie. Il faut aussi considérer qu'on ne peut pas remettre sur le tapis les accords de 68. Je rappelle quand même que nous avons une histoire avec l'Algérie. 130 années de colonisation qui ont laissé des traces et qui ne peuvent pas se solder simplement par des coups de menton.
Mais la question des laissés-passés consulaires, c'est un sujet, oui ou non ? C'est un sujet, bien sûr.
Mais c'est évidemment un sujet et il n'est pas dans mon esprit, je n'ai pas l'intention de dire qu'il faut maintenir sur le sol national des gens qui sont dangereux pour nos concitoyens et qui sont donc une menace pour l'État français. Simplement, je ne pense pas qu'on résolve ces conflits à coups... Enfin, n'est pas Trump qui veut d'une certaine façon. C'est le problème de tous ces gens qui d'un seul coup voudraient faire de la diplomatie un spectacle. La diplomatie, ça se fait dans les couloirs, dans des salles de réunion, ça se fait partout sauf à la télévision.
Et qu'à force de transformer la politique en spectacle, de transformer la diplomatie en spectacle, eh bien, il n'y a plus que le spectacle, mais il n'y a plus de diplomatie. C'est ça le problème.
Alors que les partenaires sociaux, Olivier Faure, commencent tout juste à renégocier la réforme des retraites, François Bayrou a évoqué l'hypothèse d'un référendum en cas de blocage. C'est une bonne chose ou alors il a parlé trop vite ?
Ça dépend de ce qu'il y a dans le référendum. Moi, je suis favorable à l'idée qu'à un moment, si les partenaires sociaux n'arrivaient pas à se mettre d'accord, soit le Parlement, soit les Français soient directement saisis pour déterminer quelle est l'issue que nous donnons à cette consultation et qui, pour moi, doit être le remplacement de la réforme borne par d'autres moyens de financement pour remplacer la réforme de 64 ans. Alors que les renégociations
commencent seulement maintenant, c'est de ne pas laisser la chance aux discussions entre partenaires sociaux. On parlait de référendum tout de suite.
Je ne suis pas sûr que ce soit un problème. C'est une façon de leur mettre l'épée dans le dos en leur disant qu'il faut aboutir. Mais tout dépend du référendum. Si le référendum est une façon de dire aux Français vous avez deux solutions, vous avez la réforme borne et puis celle que porte le monde syndical, je dis d'accord. Au contraire, allons-y. Et ce sera peut-être une façon de faire plier le patronat qui, aujourd'hui, est le même sabot et qui ne veut pas bouger. Et donc, oui, il faut évidemment tout faire pour qu'il n'y ait pas une forme de veto patronal qui permette au patronat se dire il suffit de ne pas bouger pour qu'on en reste à la réforme borne.
Non, à la fin, il y aura forcément un bouger et ce bouger doit être soit l'œuvre de la négociation, soit l'œuvre du Parlement, soit l'œuvre des Français si la question est bien posée.
Et l'objectif des 30 milliards de résorber, pardon, le déficit en 2030, on rappelle que pour le moment la Cour des comptes prévoit 30 milliards de déficit, ça vous le partagez ? Ce que dit
la Cour des comptes n'est pas contestable. Ce que maintenant il faut voir c'est comment graduellement on atteint ces différents paliers et ne pas chercher à effrayer en expliquant que rien ne serait possible. Nous avons un sujet en France qui est en fait qu'est-ce qu'on met ? Je vois qu'on parle toujours d'un pognon de dingue. Oui, ça coûte cher les retraites mais ça fait partie du contrat social qui est peut-être spécifique à la France. On nous dit mais ailleurs on part plus tard. C'est vrai mais quel est en fait le modèle que nous avons nous-mêmes cherché à mettre sur pied en France ?
C'est l'idée qu'à l'issue d'une vie de travail il y a un moment qui est le temps du repos bien mérité et donc que ce départ doit se faire avec des gens qui sont encore en bonne santé. Est-ce qu'il faut rappeler les ordres de grandeur
30 milliards ? Ça nous ramène d'ailleurs au sujet précédent. Mais combien de points de PIB ? Si on parlait du budget de la défense 30 milliards c'est à peu près la moitié du budget de la défense aujourd'hui en France ? Ce serait le montant du déficit en 2030 le déficit des retraites ? D'abord
si on se dit les choses ça suppose que des cotisations rentrent. Si la question du travail par exemple si les femmes étaient payées comme les hommes aujourd'hui la question se poserait différemment.
Si on avait davantage de gens dans l'emploi la question se poserait différemment et donc on ne peut pas regarder les choses de manière totalement statique il faut les regarder aussi en dynamique et donc il faut qu'à chaque étape on puisse se reposer les bonnes questions et pour l'instant ne pas s'effrayer avec des chiffres qui peuvent être des chiffres alarmants si on les regarde de manière statique mais en termes dynamiques je pense qu'on peut aussi avancer différemment et donc ce qu'il faut aussi se poser comme question c'est qu'est-ce que nous sommes prêts à faire pour ceux qui ont travaillé toute une vie ?
Est-ce qu'on en reste gelé bloqué à 14 points de PIB ou est-ce qu'on est prêt à aller par exemple à 15 points de PIB ? Est-ce que c'est complètement fou que sur 100 euros de richesses produites on mette 15 euros pour nos retraités ? Moi je pense que non je pense qu'à un moment c'est un modèle de société dans lequel on veut vivre et l'identité de la France c'est aussi ça et c'est peut-être même d'abord ça.
En parlant d'identité justement des conventions citoyennes décentralisées pour débattre de la question qu'est-ce qu'être français ? C'est l'idée de François Bayrou des débats sur l'identité nationale débats qu'il ne faut pas fuir dites-vous même si vous le dites piégés ça veut dire quoi ? On plonge consciemement dans un piège là ?
Je sais très bien que l'intention de la droite sur ce débat depuis Nicolas Sarkozy n'a jamais été de chercher à fédérer le pays mais au contraire de le diviser notamment sur la question migratoire. Moi ce que je cherche à dire et notamment à la gauche c'est que nous ne pouvons pas fuir ce débat. Si nous le fuyons nous laissons la place vide et elle sera vite occupée par la droite et surtout par l'extrême droite. Parce que c'est une chose
de débattre de l'immigration et une autre de débattre de l'identité nationale en 2007 avec Nicolas Sarkozy vous étiez farouchement contre qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui vous êtes pour ?
Mais justement je pense que c'était une erreur d'avoir évité un débat qui depuis n'a cessé de croître parce que ce n'est pas parce qu'on dit qu'on ne veut pas avoir le débat qu'il n'a pas lieu et donc moi je veux que nous occupions la place et que nous puissions parler de notre identité celle de la France qui ne se confond pas avec la question migratoire. C'est quoi notre identité ? C'est la révolution française c'est le conseil national de la résistance c'est aussi la décolonisation c'est la construction européenne c'est les services publics c'est un modèle social qui est incomparable et qu'on ne trouve nulle part ailleurs au monde.
C'est ça l'identité de la France c'est ça qui fait que nous sommes un pays avec un art de vivre qui permet de mettre des françaises et des français quelles que soient leurs origines quelles que soient leurs religions quelles que soient leurs philosophies et bien de vivre ensemble grâce au principe de laïcité.
Voilà ce qu'est l'identité de la France voilà ce que je crois profondément et ce que je veux défendre parce que ça ne peut pas être en permanence l'occasion de dire de montrer du doigt telle ou telle partie de la communauté nationale avec des gens qui seraient plus ou moins français non nous sommes toutes et tous français vous vous appelez Salia Braclia je m'appelle Olivier Faure vous avez des origines qui sont des origines qui plongent dans le Maghreb pour moi ma mère est vietnamienne enfin était vietnamienne puisqu'elle est depuis son mariage français et bien je crois que nous sommes vous et moi français et parfaitement français et donc nous devons parler de cela accepter l'idée que la France est un pays qui est un pays métissé pluriculturel Jérôme Chapuis je ne connais pas ses origines et elle ne se devine pas forcément quand on le regarde et son nom ne le trahit pas non plus mais ce que je sais c'est que nous sommes ça nous sommes un pays métissé et qu'il faut l'admettre voilà
Olivier Faure premier secrétaire du parti socialiste député de Seine-et-Marne vous étiez l'invité de France Info ce matin je vous laisse en compagnie de Salir Bracliard Renaud Deli les informer dans quelques minutes et je vous laisse en compagnie
de Salir Bracliard
Olivier Faure