Olivier Kempf : "L'armée française est l'une des meilleures d'Europe mais elle n'a pas de profondeur"
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Questions et réponses
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- 0:35OuverteRéponse directe
Ce budget, c'est 100 milliards de plus que le précédent. C'est vrai ? Un tel investissement est inédit ?
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Parce que l'armée a besoin d'autant d'argent ?
- 1:55OuverteRéponse directe
Il y a aussi la Cour des comptes qui disait récemment que la France ne résisterait pas dans la durée à un conflit de haute intensité. Est-ce que vous diriez quand même que la France est toujours une grande puissance militaire ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Moi, je me souviens de témoignages de militaires au moment de l'opération Sangaris en Centrafrique en 2014. Ils se plaignaient du mauvais état de leurs équipements. On en est encore là aujourd'hui ?
- 4:26OuverteRéponse directe
Ça veut dire que le Charles de Gaulle est trop vieux, il n'est plus opérationnel aujourd'hui ?
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Mais avoir un porte-avions nucléaires, c'est vraiment indispensable ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il est 6h20, la France va augmenter ses dépenses militaires et pas qu'un peu, 413 milliards pour les 7 prochaines années, selon la loi de programmation militaire qui sera présentée demain par le ministre des armées Sébastien Lecornu. »
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« Ce budget, c'est 100 milliards de plus que le précédent. »
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« Oui, alors c'est inédit de deux façons. »
- 1:05Invité politiqueChiffre
« Mais oui aussi, ça rattrape 25 ans de décroissance continue des crédits. »
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« on avait finalement une armée échantillonnaire avec finalement très très peu de choses. »
- 1:47Invité politiqueChiffre
« Au début de la guerre en Ukraine, les Ukrainiens avaient 2000 chars. Nous en avons 220. »
- 2:07Invité politiqueFait
« Pourquoi ? Parce que c'est d'abord une armée qui est encore capable de tout faire, qui a une dissuasion nucléaire, c'est quand même très très important. »
- 2:38Invité politiqueFait
« Depuis la fin de la guerre froide, finalement, on est l'armée française et l'armée la plus expérimentée. »
- 3:36Invité politiqueFait
« ce qui va succéder au véhicule de l'avant blindé, le VAB, qui est un espèce de petit camion blindé. »
- 3:51Invité politiqueFait
« On commence tout juste à le remplacer depuis deux ans. »
- 3:59Invité politiqueFait
« L'AMX-10RC qu'on a donné à l'Ukraine, moi, j'ai commencé à servir là-dedans, là-dessus, au début des années 80. »
- 4:30Invité politiqueFait
« Alors, si, là encore, il est opérationnel, mais il est vieillissant. »
- 5:12Invité politiqueFait
« Alors, c'est indispensable pour deux raisons. »
- 5:36Invité politiqueFait
« Et puis, accessoirement, la France est encore une puissance mondiale, ce qu'on a tendance à oublier, grâce aux départements, territoires, pays d'outre-mer. »
- 6:50Invité politiqueFait
« Cela étant, ce que j'observe, c'est que, sauf exception, le César, le Mamba, grosso modo, on fournit plutôt, finalement, ce dont on a beaucoup moins besoin, qui arrive en fin de vie. »
Temps de parole
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Il est 6h20, la France va augmenter ses dépenses militaires et pas qu'un peu, 413 milliards pour les 7 prochaines années, selon la loi de programmation militaire qui sera présentée demain par le ministre des armées Sébastien Lecornu. Il faudra bien sûr que le Parlement valide cette enveloppe. Bonjour Olivier Kempf.
Bonjour madame.
Vous êtes ancien général de l'armée de terre, aujourd'hui directeur du cabinet de synthèse stratégique La Vigie, également chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Ce budget, c'est 100 milliards de plus que le précédent. Sébastien Lecornu parle même d'un renforcement historique de notre défense. C'est vrai ? Un tel investissement est inédit ?
Oui, alors c'est inédit de deux façons. D'une part parce que ça suit une précédente LPM qui avait déjà été une LPM de croissance et puis surtout qui avait été tenue au centime près. Et donc ça, il faut rendre crédit à la précédente LPM. Et donc effectivement, ça continue à accélérer, à monter. Donc oui, c'est historique. Mais oui aussi, ça rattrape 25 ans de décroissance continue des crédits. On était tombé, enfin le ministère des Armées était quand même tombé finalement très bas en termes budgétaires. Et donc il était peut-être temps de s'y remettre.
Parce que l'armée a besoin d'autant d'argent ?
Oui, parce que, comme je vous le dis, elle était réellement très éprouvée. Je veux dire, à force de dire, on va tirer les dividendes de la paix selon la formule qui avait été dite à l'époque, on avait finalement une armée échantillonnaire avec finalement très très peu de choses. Ce qu'on appelle une armée échantillonnaire. C'est-à-dire que, oui, on avait encore des petites choses, mais pas beaucoup. Un exemple, un simple exemple. Au début de la guerre en Ukraine, les Ukrainiens avaient 2000 chars. Nous en avons 220.
Ah oui, un petit exemple effectivement assez parlant. Il y a aussi la Cour des comptes qui disait récemment que la France ne résisterait pas dans la durée à un conflit de haute intensité. Est-ce que vous diriez quand même que la France est toujours une grande puissance militaire ?
Alors, oui, incontestablement. Pourquoi ? Parce que c'est d'abord une armée qui est encore capable de tout faire, qui a une dissuasion nucléaire, c'est quand même très très important, et puis qui a des moyens de projection, des moyens d'intervention. Donc, oui, c'est une armée qui a encore des moyens. Et puis, deuxième chose, c'est une armée qui a été employée assidûment d'ailleurs par tous les gouvernements depuis toujours. Et donc ça, ça nous distingue radicalement de, finalement, l'ensemble de nos voisins européens, y compris anglais, de ce point de vue-là. Depuis la fin de la guerre froide, finalement, on est l'armée française et l'armée la plus expérimentée.
Donc, incontestablement, c'est une des meilleures armées d'Europe, très aguerrie, très professionnalisée, avec de très beaux moyens technologiques. Et en même temps, c'est une armée qui n'a pas d'épaisseur, qui n'a pas de profondeur.
Moi, je me souviens de témoignages de militaires au moment de l'opération Sangaris en Centrafrique, donc c'était en 2014. Ils se plaignaient du mauvais état de leurs équipements. Ils racontaient même qu'ils devaient parfois taper avec des barres de fer les véhicules démarreurs pour que la voiture démarre. Ils racontaient aussi qu'ils n'avaient pas toujours des véhicules blindés et qu'ils mettaient leur gilet pare-balles sur les fenêtres pour se protéger. Donc ça, c'était il y a une dizaine d'années. On en est encore là aujourd'hui ?
Ah oui, oui, oui, oui. Alors, c'est un peu en train de s'améliorer, parce que je vous dis, là encore, on a eu une LPM, mais cette LPM, elle commence à peine à commencer à livrer. Je prends un exemple de ce qu'on appelle le programme Scorpion. Alors, excusez-moi pour vos éditeurs, mais ce qui va succéder au véhicule de l'avant blindé, le VAB, qui est un espèce de petit camion blindé. Voilà, on va faire simple, qui transporte un groupe de dix combattants. Eh bien, ce VAB a été conçu dans les années 70, il est encore en activité. On commence tout juste à le remplacer depuis deux ans. L'AMX-10RC qu'on a donné à l'Ukraine, moi, j'ai commencé à servir là-dedans, là-dessus, au début des années 80.
Il a été conçu dans les années 70. On l'a encore, et son successeur commande à peine à être livré cette année. Donc, oui, je veux dire, on vient de très, très loin. On a imaginé une voiture des années 80. Ben, voilà, je veux dire, l'armée française est l'équipé de voitures des années 80, pour faire simple.
Mais l'armée française va se doter d'un nouveau porte-avions nucléaires. Le ministre Sébastien Lecornu l'a confirmé hier dans la presse. Ça veut dire que le Charles de Gaulle est trop vieux, il n'est plus opérationnel aujourd'hui ?
Alors, si, là encore, il est opérationnel, mais il est vieillissant. Un bateau, vous imaginez, enfin, vos auditeurs des rivages maritimes le savent très bien, la mer s'ahuse, et s'ahuse notamment ses bâtiments de haute technologie et d'acier. Donc, lui aussi, il a 30 ans, et lui aussi, on doit prévoir son remplacement. Non, ce dont on parle aujourd'hui, c'est de préparer son remplacement pour une mise à l'eau en 2036, donc dans 10 ans. Donc, si, il est encore opérationnel, il va encore rendre des services, mais il est urgent de prévoir son remplacement.
Mais avoir un porte-avions nucléaires, c'est vraiment indispensable. Il y a plein de pays qui n'en ont pas.
Alors, c'est indispensable pour deux raisons. D'abord, parce que France Inter, il ne vous a pas imaginé échapper que le monde a changé, que le monde est beaucoup plus mondialisé, et maritimisé, excusez-moi l'expression, mais les rivages maritimes sont de plus en plus importants, les échanges maritimes sont de plus importants, et donc, cette capacité maritime de sécurisation des approches maritimes, des routes maritimes est importante. Et puis, accessoirement, la France est encore une puissance mondiale, ce qu'on a tendance à oublier, grâce aux départements, territoires, pays d'outre-mer.
C'est-à-dire, nous sommes présents sur tous les anciens, nous sommes présents dans l'Atlantique, nous sommes présents dans l'Océan Indien, dans le Pacifique, et puis aussi dans l'Antarctique. Donc, ça nous fait une couverture mondiale, et nous avons besoin, bien évidemment, d'outils militaires pour assurer la sécurité de tous ces territoires français.
Olivier Kemff, à propos de la guerre en Ukraine, guerre à laquelle vous avez d'ailleurs consacré un livre qui est sorti dernièrement, est-ce que vous trouvez que la France aide suffisamment l'Ukraine, et est-ce qu'elle peut l'aider davantage ? Est-ce qu'elle en a les moyens ?
Alors, il y a eu un long procès tout au long de l'année dernière. Honnêtement, on a fait quand même beaucoup d'efforts, parce que quand vous regardez la liste de ce qu'on a fourni aux Ukrainiens en un an, c'est quand même assez important. Il y a des canons, les fameux canons César, mais aussi des canons TRF1. Il y a des VAB, il y a des 10RC. On a fourni des moyens électroniques, on a fourni des moyens un peu plus discrets, on a fourni des crotales, qui sont des batteries solaires. On va bientôt fournir un radar solaire qui s'appelle le Mamba. Donc, si, si, on fournit des choses. Il y a forcément encore des choses à fournir.
Cela étant, ce que j'observe, c'est que, sauf exception, le César, le Mamba, grosso modo, on fournit plutôt, finalement, ce dont on a beaucoup moins besoin, qui arrive en fin de vie. Et on revient à notre débat sur la LPM. On fournit des VAB et des 10RC, c'est-à-dire des vieux transports de troupes, et puis des vieux engins roux canons.
Donc, on ne dépouille pas l'armée française ?
On est dans l'Ukraine ? On donne ce dont on a moins besoin, justement, et là aussi, pour cette question d'une armée qui n'a pas d'épaisseur. Mais regardez, les Césars, on en donne 18, alors qu'on en a 78. C'est-à-dire qu'on en a quand même beaucoup, on se dépouille quand même un peu.
Voilà, cette loi de programmation militaire qui sera donc présentée demain par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Merci pour vos explications, Olivier Kempf. Et je renvoie nos auditeurs à votre livre, « Guerre d'Ukraine », qui est paru en novembre dernier aux éditions Economica. Merci.
Merci. Merci. Merci.