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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 5 octobre 2022 26 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileSécuritéJustice

Protestations en Iran : "Cette génération née dans les années 2000 nous a tous obligés à parler"

Source d'origine 4 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:22OuverteRéponse directe

    Est-ce le début d'une révolution ou comme en 2009-2019, un espoir de liberté qui sera réprimé par le régime ?

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Comment vivez-vous, comment traversez-vous ces trois semaines de manifestation et de contestation dans votre pays depuis la mort de Massa Amini ?

  • 4:10RelanceRéponse directe

    Vous dites, je n'ai jamais osé, ça fait 15 ans que je me tais, que je ne dis rien sur le régime, que nous, les artistes, on n'ose pas parler. Et aujourd'hui, je prends la parole, ils nous forcent à prendre la parole. Mais est-ce que vous n'avez pas peur de parler pour votre famille là-bas ?

  • 6:02OuverteRéponse directe

    Comment qualifiez-vous les scènes de mobilisation dans les universités, dans les métros, au cri de femme, vie, liberté ? C'est une fronde, une révolte, une révolution ?

  • 7:05OuverteRéponse directe

    Armin Arefi, sur le poids et l'efficacité de sanctions éventuelles.

  • 9:41OuverteRéponse directe

    Armin Aréfi, sur le poids et l'efficacité de sanctions éventuelles.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:53InvitéFait
    « Cette génération, qui sont nées dans les années 2000 générations, il nous a tous obligés de parler, de ne pas être au milieu. »
  • 2:21InvitéFait
    « Ce n'est pas un mouvement contre le voile, contre l'islam, c'est un mouvement complètement pour l'humanité, pour les femmes. »
  • 3:07InvitéFait
    « La mort de Marsa Amini, pour moi, c'est un crime. »
  • 3:27InvitéFait
    « Malheureusement, en Iran, le gouvernement iranien, ils ont coupé Internet. »
  • 6:16InvitéFait
    « C'est inédit ce qui est en train de se passer. »
  • 6:33InvitéFait
    « Elles retirent leur voile. Elles insultent les principes de la révolution islamique, de la République islamique. Elles insultent le guide suprême, qui est intouchable en Iran. »
  • 7:27InvitéFait
    « Je parlerai davantage de soulèvement national plutôt que d'une révolution féministe. »
  • 7:41InvitéFait
    « Ceci n'est pas une révolte, c'est le début d'une révolution. »
  • 8:22InvitéFait
    « On sent aujourd'hui cette jeunesse qui n'a plus peur. »
  • 8:34InvitéFait
    « Ce qui est sans précédent, c'est par exemple les écoles qui se soulèvent. »
  • 8:41InvitéFait
    « Ça, on n'avait jamais vu en 43 ans de régime islamique en Iran, un jeune qui ose insulter le guide suprême. »
  • 9:31InvitéChiffre
    « D'après les derniers chiffres que l'on a, 150 morts, dont 63 visiblement rien que dans la ville de Zaïdan, dans le sud-est de l'Iran, dans la province du Sistan et Baluchistan, lors de ce qu'on a appelé vendredi dernier le Vendredi Noir. »
  • 10:00InvitéChiffre
    « 170 ans, ils ont brûlé une femme, 170 ans en Iran parce qu'elle a enlevé son voile Taheré Roratolain. »
  • 10:21InvitéFait
    « Quand moi, j'ai enlevé le voile, moi, j'étais la première actrice qui a enlevé le voile sur un tapis rouge. »
  • 11:52InvitéFait
    « Oui, il faut parler de ce mouvement. »
  • 12:27InvitéFait
    « Les images, je vous parlais des vidéos qu'on retweetent, la répression à l'université de Sharif qui est l'équivalent de Polytechnique en France ont fait froid dans le dos à beaucoup de personnes. »
  • 12:37InvitéFait
    « Les autorités iraniennes ont reproché à la France son ingérence dans des affaires qu'ils jugent internes. »
  • 13:01InvitéFait
    « L'Union européenne va visiblement voter des sanctions cette semaine, de nouveau, contre les gardiens de la Révolution. »
  • 13:20InvitéChiffre
    « Ça fait 43 ans que ce régime est sous sanctions. »
  • 15:39InvitéFait
    « Moi, je ne suis pas d'accord avec les manifestations symboliques. »
  • 16:46InvitéFait
    « La rue iranienne, en grande majorité, ne veut pas aujourd'hui d'une révolution. »
  • 17:32InvitéFait
    « Ça fait des années qu'on dit à juste titre qu'il n'y a pas d'alternative mais il n'y en a pas parce que les Mollahs n'ont pas laissé d'alternative politique émerger. »
  • 22:23InvitéFait
    « Des néo-féministes que je trouve en tant que citoyenne française en tant que citoyenne iranienne assez décevant. »
  • 22:42InvitéFait
    « Une femme elle ne peut pas chanter elle ne peut pas faire du vélo elle ne peut pas quitter le pays sans l'approbation de son mari il peut l'empêcher comme c'est arrivé par le passé. »
  • 23:03InvitéFait
    « Moi quand je raconte à mes amis français que je me suis arrêtée trois fois par les gendarmes la police des mœurs exactement pour eux c'est choquant ça n'existe pas c'est pas possible. »
  • 24:53InvitéFait
    « Les déclarations de Shirin Ebadi et de Nasrina Sotoudé que j'ai interviewé pour le point mon hebdomadaire elles étaient contre le voile obligatoire en Iran mais elles étaient aussi contre les discriminations contre le port du voile qui peuvent exister en Occident. »

Temps de parole

  • Invité25 %
  • Invité 224 %
  • Invité 314 %
  • Invité 412 %
  • Invité 511 %
  • Présentateur9 %
  • Auditeur3 %
  • Locuteur non identifié2 %

1,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, 8h22.

0:06
Invité

Une journée pour comprendre sur France Inter.

0:09
Présentateur

Voilà, journée spéciale Iran que vous propose France Inter aujourd'hui, bientôt trois semaines après la mort de Massa Amini, trois semaines de contestation, de manifestation qui ne faiblissent pas un peu partout dans le pays. Est-ce le début d'une révolution ou comme en 2009-2019, un espoir de liberté qui sera réprimé par le régime ? Avec Léa Salamé, on va poser ses questions.

0:34
Invité

Bonjour Sadaf Kadem, vous êtes boxeuse, iranienne, réfugiée en France depuis 2019, après être montée sur un ring, la tête nue, vous vivez désormais en Charente-Maritime où vous continuez à pratiquer votre sport.

0:47
Présentateur

Et bonjour Armin Arefi, grand reporter au point, ancien correspondant en Iran, auteur d'un printemps à Téhéran, publié chez Plon.

0:56
Invité

Mariam Pirzade, bonjour, vous êtes également franco-iranienne, vous êtes rédactrice en chef à France 24, ancienne correspondante en Iran, auteur de « Quand l'Iran s'éveille » aux éditions de La Martinière.

1:06
Présentateur

Et enfin, je salue Golshifte Farhani, vous êtes une très grande actrice franco-iranienne, vous vivez en exil depuis 15 ans. Comment vivez-vous, comment traversez-vous ces trois semaines de manifestation et de contestation dans votre pays depuis la mort de Massa Amini ? Vous dites, les journées sont difficiles, les nuits sont difficiles, on ne mange pas, on ne dort pas, on, c'est moi et tous mes amis. Vous éprouvez quoi ? De la peur, de la colère, de la suffocation ?

1:38
Invité

Bonjour, je suis ravie d'être avec vous. Je dois dire que ça fait 15 ans que je n'ai jamais parlé de politique, je n'ai jamais osé critiquer le gouvernement islamique dans le compte Instagram nulle part. Mais je dois dire que cette génération, qui sont nées dans les années 2000 générations, il nous a tous obligés de parler, de ne pas être au milieu. C'était tellement mal que c'est devenu personnel pour nous tous. Même les réalisateurs, les acteurs qui n'ont jamais parlé de rien, ils étaient obligés de venir en dehors de leur coquillage et parler de ces faits-mains parce que c'était mal, c'est juste mal tout ce qui se passe en Iran en ce moment.

Et ce n'est pas un mouvement contre le voile, contre l'islam, c'est un mouvement complètement pour l'humanité, pour les femmes. Et c'est pour ça que je me demande pourquoi on n'a pas à soutenir qu'on devait avoir de la part mondiale, des féministes du monde et partout dans le monde. Sadaf Kadem, vous ressentez la même chose que Delchivte Farahani. C'est aussi la première fois que vous parlez, que vous osez parler contre le régime ? Oui, exactement. Depuis avril 2019, quand je suis venue en France, dans ma tête, j'étais toujours sportive. J'ai évité de parler sur les politiques. Mais maintenant, j'ai décidé de parler, de dire ce qui s'est passé en Iran.

La mort de Marsa Amini, pour moi, c'est un crime. Et si je reste en silence, c'est ma faute. Maintenant, moi, je suis responsable, je suis responsable de voix des autres. Malheureusement, en Iran, le gouvernement iranien, ils ont coupé Internet. Moi, je n'ai pas accès à ma famille. C'est très, très difficile. Donc, moi, qui habite dans le confort, dans un pays libre, je suis mandatée d'être voix des autres. Et maintenant, c'est drôle d'humanité. Ce n'est pas le combat pour les femmes, ce n'est pas la voile. Quand je suis venue ici, j'avais problème parce que j'ai disputé un combat de boxe. C'était très, très personnel. C'était mon choix.

Mais maintenant, morte une fille en 2022, c'est un crime. Et ce n'est pas acceptable. Avant de vous donner la parole, Mariam Perzade et Armin Arefi, j'ai encore une question à vous, Golshif Tefara. Vous dites, je n'ai jamais osé, ça fait 15 ans que je me tais, que je ne dis rien sur le régime, que nous, les artistes, on n'ose pas parler. Et aujourd'hui, je prends la parole, ils nous forcent à prendre la parole. Mais est-ce que vous n'avez pas peur de parler pour votre famille là-bas ? Vous n'avez pas peur que ça les mette en danger ? Bien sûr, on a peur. Et ils sont déjà un peu, ils ont des soucis en fait. Mais la chose, c'est que nous, on est une génération un peu traumatisée.

Même, vous voyez, par exemple, Asra Farhoudi, le réalisateur, il n'a jamais osé parler. Il était à Cannes. Il n'a même pas parlé de Jafar Panohi, qui va être en prison pendant six ans. Il n'a pas parlé. Personne n'en parle. Mais finalement, cette génération-là, qui est venue dans la rue, crier « Femme, vie, liberté », les garçons qui meurent dans la rue, pour les femmes. On n'a jamais vu ce mouvement, ce genre de mouvement dans le monde entier, que les hommes meurent pour les femmes, qu'ils crient « liberté pour les femmes ». On n'a jamais eu ça. Et ça, ça nous a obligés. Même Asra Farhoudi, il était obligé de parler. Même Asra Farhoudi, il était obligé de parler. Et ça, c'est grâce à eux.

On a tous peur. Mais à la fin, là, on parle de Maasen Amini. On va avoir centaines de filles comme Maasen Amini. Là, c'est une fille de 17 ans qui est morte. Après neuf jours, ils ont trouvé son corps. Sa tête complètement cassée. Une fille de 17 ans. Quand vous regardez son image, c'est la fille plus belle. Vous ne pouvez pas imaginer. Comment on ne peut pas parler ? Même si notre famille, on a peur. Moi, j'ai l'horreur. C'est pour ça aussi que je ne peux pas dormir. Mais on a la responsabilité d'être le pont entre l'Iran et le monde. Traduire la subtilité de culture. Tout ça, on ne peut pas être silencieux.

6:02
Présentateur

Comment qualifiez-vous les scènes de mobilisation dans les universités, dans les métros, au cri de femme, vie, liberté ? Qu'est-ce qui se passe ? C'est une fronde, une révolte, une révolution ? C'est quoi, selon vous, Mariam Pierzadez ?

6:16
Invité

C'est inédit ce qui est en train de se passer.

6:19
Présentateur

Inédit, déjà.

6:19
Invité

Inédit, bien sûr. Mais en fait, les jeunes qui sont dans la rue, ils ont 17, 19, une vingtaine d'années. Donc, ils n'ont connu que la République islamique. On voit des jeunes filles avec tout le courage. Parce qu'effectivement, comme le Dessadaf, on ne se rend pas compte, on est dans un pays libre. Mais ce qu'elles font, c'est une déclaration de guerre à la République islamique. Elles retirent leur voile. Elles insultent les principes de la révolution islamique, de la République islamique. Elles insultent le guide suprême, qui est intouchable en Iran. C'est le début. Je pense qu'on est aux prémices de quelque chose. C'est évident. Ce n'est pas pareil que tous les autres mouvements.

On assiste à ce mouvement, à aussi une sorte de désobéissance civile, avec des personnalités publiques qui prennent la parole. Des grèves. Il y a des grèves dans les universités. Il y a des grèves des agriculteurs, des chauffeurs de bus. Donc, on est au début de quelque chose, mais ça peut durer des mois. Armina Raffi, vous êtes d'accord ? C'est inédit, dit Mariam Pirzadeh. Il y a eu déjà des soulèvements. Il y a eu des frondes qui ont été réprimées par le régime en 2009, contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. En 2019, ça a été réprimé. Là, vous avez le sentiment que c'est quelque chose d'inédit. Et puis, c'est quoi ? C'est une révolution féministe ou c'est un soulèvement national ?

C'est quoi qui se joue ? Je parlerai davantage de soulèvement national plutôt que d'une révolution féministe. Je me souviens des vidéos que j'ai vues cette nuit de jeunes filles écolières, dans leur classe, dans leur collège, annoncées, déclarées, scandées. Ceci n'est pas une révolte, c'est le début d'une révolution. Il est vrai que, comme on l'a souligné ici, on a vu beaucoup de femmes aux avant-postes, au lendemain, de la mort de Vincent Amini, vraisemblablement tuée par la police d'Emmerthes pour un voile mal porté. Mais très rapidement, les hommes se sont mobilisés, se sont mobilisés pour les femmes, Massa Amini pour être leur sœur, leur cousine.

D'ailleurs, son frère n'a rien pu faire face à son arrestation le 13 septembre dernier à Téhéran, alors qu'elle visitait Téhéran. Mais très rapidement, ils sont venus se greffer à cette révolte féministe, comme vous avez dit. Beaucoup d'autres revendications qui touchent le régime dans son ensemble. Et c'est plus de 80 localités en Iran, notamment des grandes villes, mais également des provinces plus reculées, qui ont été touchées par la contestation. Alors c'est vrai qu'on voit toujours des manifestations aujourd'hui qui secouent le pays, hier soir à Téhéran, à Chiraz, mais on sent aujourd'hui cette jeunesse qui n'a plus peur.

Et ce qui est sans précédent, c'est par exemple les écoles qui se soulèvent. Ces filles, comme le disait Mariam Pierre Zadé, qui insultent le guide suprême, qui brûlent leur voile. Ça, on n'avait jamais vu en 43 ans de régime islamique en Iran, un jeune qui ose insulter le guide suprême, ça c'est pas possible. Alors le guide suprême, il y a déjà eu des insultes prononcées, des slogans dans les manifestations, depuis 99, surtout 2009, 2017, 2019, à chaque fois réprimées dans le sang avec des centaines de morts. Mais cette fois, on sent que d'un côté il y a des arrestations tous azimuts des autorités qui arrêtent tel chanteur, tel manifestant, telle femme mal voilée.

Et derrière, une dizaine de vidéos qui arrivent dans la foulée de femmes qui enlèvent leur voile, qui disent non à ce symbole de l'islam politique, de la république islamique, qui en a fait, comme je viens de le dire, son symbole, le symbole de son islamité. Donc il y a quelque chose de son précédent.

Maintenant, il ne faut pas oublier que l'équilibre des forces est quand même extrêmement défavorable à la rue, qu'on a un appareil d'État qui est partisan depuis des années du tout répressif et qui a déjà eu, d'après les derniers chiffres que l'on a, 150 morts, dont 63 visiblement, rien que dans la ville de Zaïdan, dans le sud-est de l'Iran, dans la province du Sistan et Baluchistan, lors de ce qu'on a appelé vendredi dernier le Vendredi Noir.

9:41
Présentateur

Armin Arefi souligne la place des hommes, Golshifte Faradis. Cet aspect-là de ce qui est en train de se passer, comment le recevez-vous ?

9:55
Invité

C'est extraordinaire. Moi, je trouve, on a 170 ans, ils ont brûlé une femme, 170 ans en Iran parce qu'elle a enlevé son voile Taheré Roratolain. Le moment de la révolution, quand ils ont dit alors l'Ijab va être obligatoire, mon père, il n'est pas allé dans la rue, mon oncle, personne n'est allé dans la rue en disant non, on ne veut pas ça pour notre femme. Et là, il y a 15 ans, comme je vous ai dit, quand moi, j'ai enlevé le voile, moi, j'étais la première actrice qui a enlevé le voile sur un tapis rouge. Personne ne m'a soutenu il y a 15 ans, juste 15 ans.

Et là, dans ce 15 ans-là, cette génération-là, il vient dans la rue, les hommes qui disent en fait, l'Iran, là, on a beaucoup de problèmes économiques, politiques, les gens, ils n'ont pas de travail. C'est vraiment terrible. Mais là, c'est l'histoire de femmes et la liberté pour la femme à déclencher quelque chose dans notre pays à cause de cette génération-là qui sont finalement venues dans la rue et ils ont dit non, non, vous ne pouvez pas faire ça avec nos soeurs, avec nos mères, vous ne pouvez pas faire ça. Et ça, pour moi, c'est la chose plus extraordinaire que je n'ai jamais vue dans ma vie.

C'est pour ça que je dis que c'est un mouvement mondial, historique, qu'on n'a jamais eu dans l'histoire de l'humanité. Et ça m'étonne que... Oui, oui, allez-y, pardon. Allez-y, allez-y. Non, non, non, allez-y, termine les gars. Non, non, ça m'étonne qu'on n'a pas assez de couvrage dans le monde et je suis ravie que vous êtes là. On est là tous ensemble ce matin. Pas assez de courage, vous dites pourquoi ? Alors, c'est vrai que c'est la question qui se pose. Nicolas a parlé tout à l'heure du mouvement lancé à l'initiative de Julie Gaillet des actrices qui se coupent une mèche de cheveux. Là, le clip va être lancé sur les réseaux sociaux.

On voit beaucoup de gens qui retweetent, repostent les vidéos des Iraniens. Mais c'est vrai que l'Occident se pose face à cette révolution qui vient de l'intérieur en se demandant est-ce qu'on doit les soutenir davantage ou est-ce que c'est contre-productif ? Comment réagir ? Faut-il donner de la voix davantage ? Mariam Perzadé, qu'est-ce qu'il faut faire ? Oui, il faut parler de ce mouvement. Vous savez, l'un des slogans de cette contestation c'est « Se doyema bechine » « Soyez notre voix ». Moi, c'est vraiment les messages que je reçois de mes proches là-bas, de mes amis, qui me disent « Voilà, on ne peut pas s'exprimer, parle de nous, parle de nous ».

Et je pense qu'en tant que franco-iranienne, j'ai un devoir de parler effectivement de ce qui est en train de se passer, de cette répression à huis clos. Les images, je vous parlais des vidéos qu'on retweetent, la répression à l'université de Sharif qui est l'équivalent de Polytechnique en France ont fait froid dans le dos à beaucoup de personnes. Donc, effectivement, il faut en parler. Maintenant, quoi faire ? Parce que déjà, les autorités iraniennes ont reproché à la France son ingérence dans des affaires qu'ils jugent internes. Mais c'est très compliqué. C'est déjà le pays le plus sanctionné au monde, l'Iran, à cause du nucléaire iranien. Que faire de plus ?

À part de parler d'elle, je pense que chacun, chaque personne, chaque binationale qui vit à l'étranger essaye avec chaque Français ou chaque Français, effectivement, essaye... Oui, c'est vrai, vous avez raison. Mais essaye de parler, d'être le relais de ce qui se passe là-bas. Mais c'est très compliqué. L'Union européenne va visiblement voter des sanctions cette semaine, de nouveau, contre les gardiens de la Révolution. Le Canada a été précurseur en votant des sanctions, notamment contre les gardiens de la Révolution. Mais que faire de plus ? On voit bien que l'Iran résiste aux sanctions.

13:14
Présentateur

Armin Aréfi, sur le poids et l'efficacité de sanctions éventuelles.

13:19
Invité

Comme le disait Mariam, ça fait 43 ans que ce régime est sous sanctions. Donc, ce ne sont pas des sanctions. On a vu Trump qui a prononcé contre l'Iran à l'époque de son administration des sanctions, plus de 1500 sanctions au titre de la pression maximale contre l'Iran sur les questions du nucléaire. Cela n'a pas empêché d'avancer vers la bombe. Je pense vraiment que les dirigeants occidentaux sont entre le marteau et l'enclume en ce qui concerne l'Iran parce que les Iraniens aujourd'hui qui sont dans la rue qui risquent leur vie chaque jour ont besoin de se sentir soutenus. Mais maintenant, il ne faut pas non plus tomber dans le piège tendu par les autorités iraniennes d'une ingérence.

Et d'ailleurs, que peut faire la communauté internationale mise à part, souligner, donner de l'information, partager, je pense que c'est le message principal, partager le combat des Iraniens et des Iraniens dans la rue. Ce que vous dites, si je vous comprends bien, c'est qu'en gros, ce qu'attendent les Iraniens, ce n'est pas tant une réaction des États puisqu'il y a le piège de l'ingérence effectivement et que s'il fait encore des sanctions, qu'est-ce que c'est encore plus de sanctions sur un pays qui est déjà ultra sanctionné ? Mais c'est presque les opinions publiques occidentales qu'elles relaient sur les réseaux sociaux, qu'elles en parlent dans les médias. C'est ça qu'ils attendent.

Et c'est ce qu'on essaye de faire, c'est de passer ici ce matin et dans notre travail de journaliste avec Mariam, relier au quotidien toutes les vidéos qui nous parviennent d'Iran et qui sont extrêmement difficiles à sortir du pays vu que l'Internet est régulièrement coupé. Après, on parle justement des gouvernements occidentaux, il y a certaines erreurs à ne pas commettre et malheureusement, c'est à mon sens ce qui s'est passé en France. Pourquoi le jour, c'est-à-dire 4 jours après les premières manifestations en Iran et la répression qui s'étant suivie, le président de la République, Emmanuel Macron, serrait la main du président ultraconservateur Abraham Raisi.

Certes, il s'agissait de nucléaire, c'était une rencontre qui était prévue de longue date en marge de l'Assemblée Générale de l'ONU, mais le message passé par la France, pays des droits de l'homme, était catastrophique à fortement déplu en Iran. Même si, au passage, il faut quand même rester objectif, la question du nucléaire est extrêmement importante car il s'agit aussi de la lignée de la prolifération dans la région, mais c'est vrai que le message en termes, en termes de message politique, était catastrophique pour un président pour qui, quand même, le message politique est très important, en ligne générale. Sadaf Kadem, vous êtes d'accord ?

Ce que je voulais dire, malheureusement, nous, les humains, pas seulement les Iraniens, on est les gens que toujours, on a manifesté, on a révolté avec notre sentiment. On ne pense pas ce qu'ils attendent pour demain. Moi, je ne suis pas d'accord avec les manifestations symboliques. Moi, je veux faire... Ah oui, vous, vous avez dit je ne suis pas allée manifester dimanche. Pourquoi ? Parce qu'on est en 2022. Ce n'est pas le temps que nous, moi, j'habite dans un pays libre, moi, je n'ai pas le droit de déranger les autres, les citoyens, les parisiens ou les français pour porter parole. Moi, je crois en les réseaux sociaux. Aujourd'hui, c'est le combat. numérique.

Si on veut vraiment changer quelque chose, c'est manifestation avec les stratégies. OK, aujourd'hui, on a... Si aujourd'hui, on n'a pas république islamique, si on supprime les républiques islamiques, qui veut venir et qui veut gérer l'Iran ? C'est ça, le problème. Il faut qu'on pense à une solution. Est-ce que c'est un... Il faut avancer avec la stratégie, il faut avancer avec les plomains. C'est ça, mon avis.

16:44
Présentateur

Mariam Birzadeh ?

16:45
Invité

Oui, en fait, effectivement, la rue iranienne, en grande majorité, ne veut pas aujourd'hui d'une révolution. Parce qu'ils voient ce qui s'est passé à côté en Afghanistan, ils voient ce qui s'est passé en Iran il y a 43 ans avec l'instauration de la république islamique. Eux, ils veulent une évolution de l'intérieur. Donc, effectivement, il y a une grande crainte si jamais on renverse, si on arrive à renverser ce régime, qui, après, il n'y a aucune alternative politique en Iran, que ce soit en Iran, que ce soit à l'extérieur de l'Iran, c'est-à-dire que le régime a totalement supprimé tout ce qui pourrait un jour lui succéder. Il n'y a pas de syndicat, il n'y a pas de presse-livre.

Je veux dire, c'est très compliqué. Qu'est-ce qui va se passer après ? Et c'est vrai que les Iraniens, ils ont tous en tête ce qui s'est passé en Afghanistan et ce qui s'est passé il y a 20 ans et il y a un an aussi. Oui, dites-nous Armin Arefi. Oui, alors c'est vrai que ça fait des années qu'on dit à juste titre qu'il n'y a pas d'alternative mais il n'y en a pas parce que les Mollahs n'ont pas laissé d'alternative politique émerger que ce soit à l'intérieur de l'Iran et qu'à l'extérieur l'opposition était trop désorganisée. Maintenant, moi je suis surpris par la colère, la violence, la mort de Massa Amini. C'est une étincelle pour un mouvement beaucoup plus large.

Ça fait 43 ans que les Iraniens fatigués d'une révolution qui a donné des lendemains difficiles pire que le Shah qui était lui-même d'ailleurs au passage un dictateur fatigué de la guerre contre l'Irak ont appelé à des réformes au sein même du régime. Jamais la République islamique qui a alterné les présidents réformateurs et conservateurs n'a laissé je dirais la moindre réforme se produire au sein même du régime. Ce régime a montré qu'il ne voulait pas de réforme preuve en est l'élection l'année dernière du président ultra-conservateur est-ce qu'un régime

18:22
Présentateur

de cette nature est réformable de l'intérieur ?

18:25
Invité

Aujourd'hui dans les manifestations on entend on entend les Iraniens clamer ni conservateurs ni réformateurs votre temps est terminé donc effectivement je suis d'accord sur le fait ils veulent un changement ils ne veulent plus de Mola ils n'en peuvent plus des Mola vous n'êtes pas d'accord vous vous dites ils ne veulent pas de régime change ils ne veulent pas changer le régime ils veulent un assouplissement des règles une réforme vous vous dites ils veulent un changement de régime moi ce que je vois aujourd'hui dans la rue c'est que les gens qui ne veulent plus de ce régime qui ne savent pas ce qu'il y aura après mais qui n'en peuvent plus et qui aujourd'hui sont prêts à en payer le prix en manifestant au risque de leur vie dans la rue alors effectivement après il y a une grande inconnue mais on n'en est pas encore à l'après aujourd'hui on a un régime qui continue à tenir le pays grâce à l'appareil répressif mais il peut réprimer aujourd'hui comme hier demain mais la révolte elle est là elle ne fonctionnera pas et le tout répressif on a vu d'autres exemples par le passé que ça ne fonctionnait pas aujourd'hui le message envoyé au reste du monde est énorme on ne veut pas de Mola on ne veut plus du voile obligatoire et pas de l'islam ce n'est pas de l'islam dont il s'agit et il faut je pense que le message est entendu c'est déjà la première victoire des iraniennes et des iraniens

19:27
Présentateur

ce message vous le partagez j'imagine Golshif Teferani

19:30
Invité

moi je n'ai moi voilà c'est ce que je pense c'est que comme cet mouvement là il n'y a pas un guide il n'y a pas un syndicat il n'y a pas une opposition en Iran parce que tout ce qui a été créé c'était mort tout début ça veut dire que le gouvernement islamique il ne laisse pas une partie d'opposition vivre alors ce mouvement là ça vient complètement organique de la base de la situation alors là je crois que quand on est tous piégés dans une rue on n'a pas un chemin pour sortir d'abord il faut penser de sortir de cette rue et après on peut décider on peut penser là on dit alors si les mots là part qui va venir comme on dit alors ce mouvement là c'est déjà dans les rues il n'y a pas on n'a pas un Che Guevara on n'a pas quelqu'un qui guide cette révolution mais il y a une collective qui guide cette évolution révolution tout ce qui est bien sûr que personne ne veut quelqu'un qui vient d'extérieur ou nulle part et l'Iran c'est dans une situation géopolitiquement très très vulnérable en Moyen-Orient ça veut dire qu'à un moment donné ça peut être vraiment dans 10 parties c'est très facile alors c'est très très dangereux tout ce qui se passe mais moi je suis sûr qu'après on a beaucoup de gens qui peuvent par exemple qui est en prison on a beaucoup beaucoup de gens qui peuvent venir de la de la de la société et venir et faire quelque chose mais déjà on n'a pas dans cette situation là on doit sortir de ces pièges et après moi je suis sûr qu'on ne va pas faire la même erreur qu'on a fait il y a il y a 40 ans ça ne va pas ça ne va pas être la même chose

21:11
Présentateur

on va passer au standard d'inter bonjour Marie-Laure

21:13
Auditeur

oui bonjour

21:15
Présentateur

on vous écoute

21:15
Auditeur

oui voilà je voudrais poser une question un peu en deux volets d'abord je voudrais savoir ce que les femmes rassemblées là autour de vous pensent du peu de réaction allo oui on vous écoute du peu de réaction des ce que j'appellerais les néo-féministes qui considèrent le voile comme un objet d'oppression en Iran ce qu'il est vraiment à mes yeux et qui le considérerait comme un vêtement possible d'émancipation dans une république laïque qu'est la France et puis plus basiquement que pensent les femmes qui sont autour de vous qui participent à ce débat lorsqu'elles croisent une femme voilée de pied en cap en France

22:00
Présentateur

merci pour cette double question Marie-Laure sur l'application d'inter que pensez-vous des femmes qui portent le voile dans les pays occidentaux où la liberté des femmes est possible qui veut qui veut répondre autour de la table

22:14
Invité

alors moi je vais pas répondre sur la deuxième parce que je pense que c'est trop périlleux je vais répondre sur la première partie de la question il y a un silence effectivement des néo-féministes que je trouve en tant que citoyenne française en tant que citoyenne iranienne assez décevant c'est c'est le combat c'est le combat de toutes les femmes en fait comme on l'a rappelé c'est pas contre l'islam c'est contre toutes les obligations qu'elles ont en Iran une femme elle ne peut pas chanter elle ne peut pas faire du vélo elle ne peut pas quitter le pays sans l'approbation de son mari il peut l'empêcher comme c'est arrivé par le passé donc ça va au-delà c'est contre toutes les restrictions dans lesquelles elles vivent depuis 43 ans vous avez la parole moi quand je raconte à mes amis français que je me suis arrêtée trois fois par les gendarmes la police des mœurs exactement pour eux c'est choquant ça n'existe pas c'est pas possible c'est quoi mal porté moi j'ai dit oui j'avais une manteur courte j'ai pas mis mon un morceau de de voile on voyait un petit peu de vos cheveux vous aviez un manteur je me suis arrêtée je me suis arrêtée c'est c'est c'est anormal Colchifte Farahani quelle est votre réaction à ça vous entendez la question de l'auditrice sur la réaction des néo-féministes

23:41
Présentateur

qu'est-ce que ça vous évoque en quelques mots

23:42
Invité

moi je crois comme Mariam a dit en Iran opposition c'est pas porter le voile parce que c'est pas seulement le voile c'est quelque chose beaucoup plus c'est c'est l'opposition pour une source et en France c'est au contraire porter le voile c'est une opposition alors il faut chercher c'est quoi la source de ça de quoi il réagit en Iran bien sûr c'est pour ça je dis ce mouvement là c'est pas contre le voile c'est pas contre l'islam c'est pour la liberté de choix moi j'aimerais juste dire un dernier mot je suis pas une femme mais je comprends pas en fait cette récupération et ces débats on parle d'Iran aujourd'hui on parle du courage inouï de ces iraniennes qui se battent contre le port du voile obligatoire ça fait 43 ans que ce voile est obligatoire et d'ailleurs c'est une des raisons pour lesquelles les MOLA ont recueilli l'effet inverse à savoir un voile qui depuis 43 ans tombe de plus en plus et qui malgré la police des mœurs ils ont du mal à faire respecter alors qu'en France bon moi la majorité des messages que je reçois sur les réseaux sociaux c'est oui Sandrine Rousseau devrait en prendre de la graine Daniel Obono aussi c'est pas la question c'est pas au niveau vous dites c'est pas du tout au niveau c'est pas à la hauteur et je rappellerai juste les déclarations de Shirin Ebadi et de Nasrina Sotoudé que j'ai interviewé pour le point mon hebdomadaire elles étaient contre le voile obligatoire en Iran mais elles étaient aussi contre les discriminations contre le port du voile qui peuvent exister en Occident donc en résumé pour le libre choix et je pense qu'aujourd'hui il faut laisser les Iraniens choisir et qu'il y a également des femmes voilées en Iran d'un Tchador voile intégral qui manifeste contre le port obligatoire du voile pour le libre choix c'est le maître mot après les polémiques qui ne servent à rien franco-français ça ne vous intéresse pas c'est vraiment pas à la hauteur du débat

25:25
Présentateur

merci en tout cas à tous les quatre cette journée Iran journée pour comprendre ce poursuivre jusqu'à ce soir sur France Inter merci d'avoir été à notre micro 8h48

25:37
Locuteur non identifié

France Inter Merci d'avoir regardé cette vidéo !