La société de consommation a-t-elle tué notre civilisation ? Avec Patrick Buisson
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
j'entends bien que le sentiment de ne pouvoir de ne pas pouvoir accès à certains biens de consommation contribue au déclassement ou à l'impression de déclassement qu'éprouvent les classes moyennes ou la France périphérique dont on parlait à l'instant mon propos est un petit peu différent mon propos est de dire que la révolution consumériste des années 60 n'est pas simplement une mutation de l'économie on passe à une économie de production à une économie de consommation hein avec toutes les conséquences dont la désindustrialisation c'est un changement d'humanité le consumériste ne fabrique pas simplement de la marchandise il fabrique une nouvelle humanité qui se définit faut qu'elle le dit bien par ce qu'elle consomme et la consommation un journal comme l'expressait très bien compris du temps de François Girou c'est un élément de standing qui vous situe socialement vous avez la possibilité d'acheter tel ou tel produit ou tel ou ou telle marque donc on réduit l'être humain à ce qu'il a de plus impersonnel c'està-dire ce qu'il consomme non pas ce qu'il est métaphysiquement mais ce qu'il consomme marchandise ou corps parce que la révolution sexuelle va de perire avec la révolution du consoméris on va y revenir justement vous commencez votre livre avec cette formule pensez moins pour dépenser plus est-ce que la société de consommation selon vous c'est une société qui est cervelle ah mais mais totalement il n a qu'à voir le rôle qu'a eu la publicité dans cette mutation le rôle de la publicité a été majeur on peut dire que la publicité a fonctionné comme une anthropofacture une fabrication de cet homme nouveau qui réduit à ce qu'il a de plus imp personnel on passe si vous voulez de de de l'homme éternel de de Chesterton à l'homme sans qualité de de musile avec la consommation qu'est-ce que fait la publicité elle a pour rôle de construire des conduites d'achat c'estàd créer des besoins et en même temps d'occuper bah ce que le lait appelet à TF1 Les pars de cerveau disponibleat va le faire à travers finalement la pas le plus évident qui est l'érotisation de l'image public on va-être voir justement des imag publicitair notamment du pub d'un grand sodat très connu mais vous dites justement que selon les marxistes la pub est la dernière ruse du capitalisme pour transformer les travailleurs en consommateurs et en vous lisant d'ailleurs j'ai retrouvé le titre d'un livre le capitalisme de la séduction et vous citez beaucoup beaucoup dans votre livre dans beaucoup de pages dans beaucoup de chapitres son auteur Michel clouscar euh philosophe et compagnon de route euh jusqu'à sa mort du Parti communiste est-ce que vous seriez devenu marxiste pas trè pas du tout mais pas du tout je euh euh les les marxistes dans dans cette dans cette affaire cette analyse ne viennent qu'après je veux dire ceux qui ont des intuitions qui font une analyse qui sont les chrétiens je moi je cite aussi beaucoup deux auteurs vous l'avez remarqué Maurice Clavel et Pasolini voilà alors Pasolini c'est une variante de du Christian au marxisme vouz il dit le la seule institution qui qui peut s'élever contre le règne de la matière et de l'économie c'est l'église Clavel dit exactement la même chose et au lieu de sentir ça c'est l'occasion manqué du Conseil du Vatican 2 au lieu de s'emparer de ça c'estàdire donner une réponse à la au culte de la consommation qui est en train de s'installer l'église va essayer de courir après la modernité et ce n'est pas parce que un marxiste un peu particulier qui est Michel cousc fait cette analyse 20 ans ou 30 ans après que ne l'ont pas précédé sur ce terrain car c'est remarquable généralement les historiens les sociologues sont très forts pour vous expliquer les événements 20 ans ou 30 ans après mais les gens comme Pasolini comme Maurice Claval comme l'historien Pierre chonu voit très exactement ce qui est en train de passer ils sont contemporains de cette mutation il voit bien d'ailleurs que le craque de la démographie et l'avèement de la consommation est corrélé au craque au capsus de la foi de la pratique religieuse l'effondrement de la pratique religieuse et de la foi en France correspond à cette mutation à cette apparition d'un homme nouveau réduit encore une fois ce qu'il a de plus impersonnel c'est-à-dire la consommation ou du la marchandise ou des corps alors justement il y a une idée très répandue c'est que les sociétés catholiques sont moins performantes économiquement que les sociétés protestantes c'est notamment ce que sous-entend Durkheim est-ce que vous êtes d'accord avec ce point de vue alors c'est l'analyse de de de de de Max Weber mais il il ne l'étant pas il ne l'étend pas forcément catholicis il dit que oui il y a eu une convergence entre l'esprit du protestantisme et la naissance du capitalisme mais plus généralement on peut observer une chose oui c'est les marxistes se trompent quand ils disent ou avec feuerb que que le catholicisme ou le christianisme a été un obstacle au développement économique au contraire au contraire l'investissement dans le long terme c'estd le support même de la croissance ce n'est jamais que la laïcisation la laïisation d'un schéma chrétien c'estàd c'est le report de la Satis tion de même que l'Église catholique vous explique que vous aurez une autre vie à condition évidemment de se comportter de telle ou telle manière de suivre les observances du catholicisme pendant la vie terrestre cette notion de report de la satisfaction c'est de moteur de la croissance de satisfaction différé qui est au cœur du capitalisme productif le premier capitalisme pas le capitalisme financier c'était est-ce qu'il peut y avoir un capitalisme conciliable avec les vertus du mais bien sûr mais bien sûr ce premier capitaliste productif l'était dans la mesure encore une fois il s'agissait de séculariser une éthique et une anthropologie chrétienne c'est-à-dire la notion de sacrifice et de report de la satisfaction c'est le propr même de la notion d'investissement on accepte de se priver d'un bien ou d'une jouissance immédiate pour un bénéfice euh ultérieur est-ce que justement aujourd'hui bon il y a eu des mesures dans les années 2000 2010 euh purement économique en première vue le le choc de compétitivité le choc de production et de de vouloir repasser à une économie de l'offre mais justement est-ce que ça se heurte pas justement à cette à cette société de loisirs de désirs que vous décrivez ah ben alors évidemment c'est une des mutations essentielles qui s'est produit durant durant ces ces ces ces 15 années et nous en subissons aujourd'hui je veux dire des c'est le prolongement de ces ruptures anthropologiques et ce que vous disiez la différence entre le capitalisme de la production qui reposait sur une éthique chrétienne et le capitalisme financierisé qui ne connaît que la compulsivité de l'aller-retour spéculatif ce qu'on ce que les Américains appellent le capitalisme impatient c'est nous sommes nous sommes passés de ce type d'économie qui a prévalu jusque dans les années 70 au règne de la financierisation qui correspondent à une mutation anthropologique que je décris dans décadences et qui n'en est que le prolongement et pourquoi pour pour vous reprendre votre formule la grande mutation économique de 2e moitié du 20e siècle a davantage besoin de consommateur que de producteur ben elle a besoin de consomate plus de consommateurs que de de de de producteurs parce que l'amélioration du pouvoir d'achat la demande de bien-être que que suscite la création de besoins que suscite la révolution consumériste fait que le marché national est capable non seulement est capable mais demande à absorber de plus en plus de produits et ce choix le choix que nous allons faire dans les années 90 c'est un débat que nous connaissons tous il a été de délocaliser la production et de se concentrer sur une économie de la consommation mais ce qu'on a fait et fa qu'elle le disait à l'instant c'est faire corréler le statut social avec le niveau de consommation à partir de ce moment-là les gens se positionnaient socialement en fonction de la consommation qui devenait l'objectif numéro 1 de de de de la société et non plus la production telle que nous l'avions connu pendant les les 50 années précédentes et on a choisi pour les raisons que vous connaissez de délocaliser la production et d'être une société de consommation et tous ceux qui n'ont pas eu leur part ou estiment ne pas avoir eu leur part à cette société de consommation on le voit aujourd'hui avec les gilets jaunes évidemment subissent cette ce sentiment à la fois de déclassement et et et parti parcipe de ce mal-être existentiel dont on constate les les ravages depuis depuis un demi-sècle en France dans cette désindustrialisation aussi Patrick Bisson il y a une volonté en particulier des élites françaises en particulier des élites qui venaient de cet univers de la production de poltechnique totalement je pense à Serge turuc qui a théorisé la France sans usine est-ce que à quoi de de quoi cette cette volonté de désindustrialisation de la part de ces élites économiques était le nomégalement d'une volonté de jouir de de la rentabilité ou de de suivre un peu ce qui se faisait ailleurs oh bah je pense que le premier critère déterminant céit effectivement la recherche de la rentabilité et de la reconstitution des marges ça c'était c'est évident mais dans dans votre propos moi je voudrais mettre en garde contre une approche qui consiste aujourd'hui à opposer un Bloc populaire qui serait virginal voilà immaculé euh un bloc élitaire qui serait le dépositaire de toutes les corruptions de toutes les perversions et de toute la malfaisance euh les peuples ont les élites qu'ils méritent et l'étymologie du vous ê en train de me dire que le peuple lui aussi est consumériste et coupable des élites qui les les élites qui le méritent et l'étymologie du mot mérite c'est être à la mesure de voyez ce schéma me paraît beaucoup trop simplificateur en 1948 voyez en 48 Bernanos qui s'adressa directement au général de Gaulle il disait oui il faut réformer l'État c'est important mais je crois que le plus important c'est de voir que la société est en train de se dissoudre et pour refaire la France il faudrait d'abord refaire des Français voyez-vous c'est un bond de berlos en 1948 donc on ne peut pas dissocier je veux dire la critique de certain travers que nous connaissons que l'on impute aux élites d'un changement d'humanité dont je parlais tout à l'heure quand je parlais de rupture anthropologique c'est le peuple français a changé ses mentalités sa mentalité a changé son comportement ses habitus l'ancien régime des meurs a été balayé vous êtes très très dur à l'égard de de la génération salut les copains du rock and roll c'est la mienne c'est la mienne donc je suis très dur connais bien je la connais bien vous êtes pas très rock pourant je suis pas rock du tout et le grand mystère pour moi voyez-vous c'est que le général de Gaul qui a défié l'Impérium américain à ce moment-là est sorti de l'OTAN à lancé à la face du monde effectivement il avait raison de ce point de vue cette parole euh libératrice qui consistait à dire extrayons-nous de ce conflit des deux blocs les intérêts de la France sont au-delà ou au-dessus des intérêts des deux blocs et bien le général de Gaulle qui a si efficacement combattu l'Impérium américain parce que c'était un homme de l'Ancien Régime si je ve dire n'a pas su voir la révolution culturelle du rock et drô le rock c'est l'incubateur d'une conscience générationnelle et c'est l'incubateur d'une culture monde et d'une culture américaine et de qui ne parlait que d'ex tion française ne voit pas quelle est la révolution du transistor le marché jeune qui est en train précisément d'être parfaitement perméable à cette pénétration et cette déculturation se produit au moment où le chef de l'État lance ce défi à l'Impérium américain c'est un un des grands paradoxes de la période que reste-t-il de cette société enfin est-ce qu'il y a eu du positif ça sera ma dernière question une réponse courte Patrick Buisson est-ce qu'il y a eu du positif dans ces révolutions alors le le le positif c'est celui qui apporte le progrès technique personne ne discute ce que le problème c'est que on le sait maintenant le progrès est toujours recelleur de son contraire c'est-à-dire que le progrès s'accompagne d'un antiprogrès on l' on pourrait en parler à propos de l'agriculture et aujourd'hui effectivement le retour à la permaculture c'est mode de culture antérieure à la grande révolution de la motorisation la mécanisation et cetera on pourra en parler sur la révolution Internet avec la disparition pour du Logos au profit de ce que devrait appelle la vidéosphère c'est-à-dire l'image chaque progrès génère un antiprogrès alors forcément qu'il y a des progrès techniques mais ces progrès techniques ne s'accompagnent pas d'un progrès moral voilà décadence on n'est pas forcément d'accord avec ce qu'on peut lire on peut même parfois être choqué en tout cas on est souvent surpris et c'est ce qui fait comme d'habitude l'intérêt de ce livre des livres de Patrick Duon et de ce livre absolument passionnant ne vous effrayez pas de la taille ça se lit très bien on en sort comme toujours quand on lit Patrick Buisson plus instruit plus intelligent décadence c'est le nouveau livre de Patrick Buisson et c'est chez Albin Michel bien sûr on en recommande la lecture merci beaucoup de nous avoir suivi et à très vite sur le le site du Figaro
Nicolas Sarkozy